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Giovanna - 1880 - (Nouvelle) (Dispo)

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Auteur : Denis Léon

Information sur ce livre :

Chapitre I

Tous ceux qui ont parcouru la Lombardie connaissent le lac de Côme, ce lambeau du ciel d’Italie tombé entre les montagnes, ce merveilleux éden où trône la nature, parée pour une fête éternelle. Les lignes tourmentées des monts qui l’encadrent, la nappe limpide et bleue de ses eaux forment un saisissant contraste.

Les villes et les blancs villages se succèdent sur ses bords comme les perles d’un collier. Au-dessus d’eux, sur le flanc des collines, s’étagent des jardins en terrasse que garnissent à l’envi orangers, citronniers, grenadiers et figuiers. Plus haut le feuillage pâle des amandiers, le gris d’argent des oliviers, les pampres des vignes tapissent les pentes. De gracieuses villas, peintes de couleurs tendres avec des ceintures de grands arbres ombrageant de blanches statues, trouent ça et là ce verdoyant manteau.

Au loin s’élèvent les Alpes majestueuses, couronnées d’un diadème de glaciers. Et sur toutes choses resplendit la lumière du Midi, lumière radieuse qui revêt de tons éblouissants les crêtes de rocs et les voiles des bateaux de pêche qui glissent, nombreux sur le lac paisible.

Pour goûter la poésie sereine de ces lieux, prenez une barque et gagnez le large quand vient l’heure du crépuscule. A ce moment, une brise légère ride les eaux, fait frissonner les tamariniers de la rive. L’odeur pénétrante des myrtes se marie aux douces senteurs des orangers et des citronniers. De tous les points du lac s’élèvent des chants. C’est l’heure où les contadini (travailleurs des champs) et les jeunes ouvrières des fabriques regagnent les villages en chantant des barcarolles. Leurs mélodies arrivent à vous affaiblies, par la distance ; dans le calme du soir, elles semblent descendre du ciel.

Bientôt à ces sons se joint le bruit des instruments de musique venant du rivage et des villas illuminées. Le lac tout entier vibre comme une harpe. Et si, ajoutant à la magie de cette scène, l'astre des nuits montre son disque au-dessus des montagnes ; si sous ses rayons tamisés les cimes alpestres se colorent ; s'il jette sur les eaux transparentes ses longues traînées d'argent fluide ; alors, cet air enivrant, ces cieux si doux, ces parfums, ces harmonies, ces jeux de la lumière et des ombres, tout cela remplira votre âme d'une émotion délicieuse, inexprimable.

Une grâce enchanteresse enveloppe toute la région sud du lac, mais plus haut, vers le nord, en se rapprochant des Alpes, l'aspect se fait sévère, imposant. Les roches ont des formes plus âpres ; les monts sont plus abrupts. Les jardins, les plantations d'oliviers font place aux châtaigneraies, aux sombres sapinières. De grands pics, chauves, solitaires, regardent du fond de l'horizon et semblent rêver.

Près de Gravedona s'ouvre une vallée étroite, parcourue par un torrent qui bondit de roche en roche et fait jaillir ses eaux vives en cascatelles joyeuses. Quelques modestes habitations y sont disséminées dans la verdure. Au pied d'une chute retentissante, par laquelle le torrent se précipite des derniers contreforts, un moulin croulant de vieillesse fait entendre son bruit monotone. De là, un sentier suit les inégalités du sol, escalade les escarpements, plonge dans les ravins pierreux et à travers les cistes, les noisetiers, les sauges et les buis, aboutit à une dernière chaumière que deux grands frênes protègent de leur ombre. Autour de leurs troncs robustes des guirlandes de vigne s'enroulent. Elles enlacent les branches de leurs festons et quand vient l'automne, laissent pendre ces beaux raisins d'Italie, longs d'un demi mètre, aux grains oblongs, savoureux, croquant sous la dent. La masure est presque entièrement cachée sous une épaisse couche de lierre.

Sur son toit, changé en parterre, des graminées germent, des fleurs s’épanouissent. Des hirondelles ont dressé leurs nids entre les solives. Au moindre bruit on voit apparaître leurs petites têtes inquiètes.

Un vaste enclos, envahi par les herbes et les plantes sauvages, s'étend derrière la chaumière et une étable vide, délabrée, ouverte à tous les vents, s'appuie à la haie touffue.

Il y a quelques années, l'aspect de ce coin de terre était tout différent. Le jardin, entretenu avec soin, était productif, agréable à voir ; l'étable abritait deux belles chèvres, un âne vigoureux. Piétro Menoni habitait cette masure avec sa femme Marta et leurs trois enfants. Toute cette famille vivait du produit de l'enclos.

Chaque semaine, Piétro chargeait son âne Ruffo de couffins de fruits, de paniers de légumes, de jarres d'huile qu'il allait vendre au marché de Gravedona. L'hiver, on avait le lait des chèvres, des châtaignes en quantité et, pendant les longues soirées, on tressait des paniers, on préparait les garnitures d'osier qui préservent les « fiasquettes » de vin.

L'abondance régnait en cette demeure. Mais vinrent les mauvais jours, Piétro, atteint d'une maladie grave, languit longtemps, puis mourut. Il fallut vendre les chèvres et Ruffo partit à son tour. Le jardin délaissé ne produisant plus, la, misère s'appesantit sur l'humble fa mille. Assujettie à un incessant labeur, minée par de douloureux soucis, Marta sentit ses forces s'évanouir rapidement.

Pénétrez dans cet intérieur et voyez, sur un grabat, cette femme vieillie avant l'âge, au teint jauni, aux joues creuses, aux yeux brillants de fièvre ; voilà ce que les veilles, la souffrance et les larmes ont fait de la robuste paysanne. Ses trois enfants sont auprès d'elle. L'aînée, Léna, fillette de quinze ans, aux membres grêles, aux traits déjà flétris par les privations et l'inquiétude, est assise sur un escabeau près du lit et répare quelques guenilles usées.

Ses petits frères à demi couchés sur la terre battue s'essaient à tresser une corbeille. Les murs sont nus, blanchis à la chaux. Dans un coin, des feuilles de fougère amoncelées servent de couche aux garçons. Une madone de bois, recouverte d'un lambeau d'étoffe jadis bleue, quelques grossières images de saints forment, avec des meubles rustiques, les seuls ornements du logis. Un pénible silence, à peine troublé par la respiration oppressée de la malade, règne dans la chaumière. Des rayons d'or, pénétrant par la porte grande ouverte, se jouent au sein de cette misère.

Mais un bruit léger se fait entendre au dehors. On dirait le frôlement d'une étoffe sur le sable du sentier. Les enfants se retournent et poussent des exclamations joyeuses. Une jeune fille est debout dans le cadre de la porte. Est-ce bien une jeune fille ? N'est-ce pas plutôt une créature surhumaine, quelque apparition céleste ? Le soleil illuminant ses tresses blondes, couronne son front d'une sorte d'auréole. Sa robe blanche, sa taille svelte, ses traits charmants, la rendent semblable à ces virginales peintures de Rafaël Sanzio. Elle s’avance et à sa vue le visage amaigri de Marta s'éclaire d'un pâle sourire ; les enfants l'entourent. Elle se penche vers la malade, de sa main blanche et douce presse ses doigts brûlants, lui fait entendre des paroles consolantes et amies. Une matrone, ployant sous le poids d'un énorme panier entre à son tour. Elle s'assied, essoufflée et étale bientôt sur le coffre de bois des provisions de toute sorte, un flacon de vin généreux, des vêtements, une couverture. Ces objets s'entassent sur le meuble trop étroit, pour les recevoir.

A l’air affectueux de la demoiselle, à l'empressement avec lequel on l'accueille, on la fête, on devine que ses visites sont fréquentes. La blonde et gracieuse jeune fille est la providence de cet humble logis, comme de tous ceux de la vallée où il y a des afflictions à consoler, des pleurs à essuyer des souffrances, à guérir. C'est, pourquoi on l'a nommée la fée des pauvres (fala dei poveri).

Giovanna (Jeanne) Speranzi est née dans la villa des Lentisques, dont on aperçoit de la vallée les terrasses blanchissantes.

Ses dix-huit ans se sont écoulés dans ces lieux aimés du soleil et des fleurs. On dit que l'âme est liée par, de secrètes influences aux régions qu'elle habite, qu'elle participe à leur grâce ou à leur rudesse. Sous ce ciel limpide, au milieu de cette nature sereine, Giovanna a grandi et toutes les harmonies physiques et morales se sont unies pour faire d'elle une merveille de beauté, de perfection. Elle est grande, élancée ; son teint est, blanc, sa chevelure blonde, épaisse et soyeuse, sa bouche mignonne garnie de dents petites, éclatantes, ses yeux d'un bleu profond et doux. Le haut du visage a un cachet de noblesse, d'idéale pureté. Des clartés semblent l'envelopper. Malgré l'expression de mélancolie qui lui est habituelle, Giovanna, dans la floraison de ses dix-huit printemps, est une des plus ravissantes enfants du Milanais. Orpheline à treize ans, elle a conservé de la perte des siens un souvenir toujours vivant. Devenue pensive, recueillie, son front rêveur se penche souvent vers la terre où dorment les morts aimés. D'ardentes aspirations la portent vers les choses d'en haut, vers Dieu, vers l'infini. Elle ne dédaigne pas, le monde, cependant un trésor de sensibilité, d'ineffable charité est renfermé en son cœur ; toute peine, toute, douleur, y éveille un écho. Aussi consacre-t-elle sa vie à ceux qui pleurent. Elle ne connaît pas de plus douce joie, de plus captivante tâche que de secourir, de consoler les malheureux.

Ainsi s'écoula sa jeunesse, entre une tante infirme et une vieille nourrice qui veille sur elle, l'accompagne dans ses visites aux indigents.

Un incident est pourtant venu depuis peu rompre l'uniformité de cette vie, jeter le trouble dans l'âme candide de Giovanna...

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