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Les vertus et les vices.

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Extraits du Livre des Esprits d'Allan Kardec

893. Quelle est la plus méritoire de toutes les vertus ?

" Toutes les vertus ont leur mérite, parce que toutes sont des signes de progrès dans la voie du bien. Il y a vertu toutes les fois qu'il y a résistance volontaire à l'entraînement des mauvais penchants ; mais le sublime de la vertu consiste dans le sacrifice de l'intérêt personnel pour le bien de son prochain sans arrière-pensée ; la plus méritoire est celle qui est fondée sur la charité la plus désintéressée. "

894. Il y a des gens qui font le bien par un mouvement spontané, sans qu'ils aient à vaincre aucun sentiment contraire ; ont-ils autant de mérite que ceux qui ont à lutter contre leur propre nature et qui la surmontent ?

" Ceux qui n'ont point à lutter, c'est que chez eux le progrès est accompli : ils ont lutté jadis et ils ont triomphé ; c'est pourquoi les bons sentiments ne leur coûtent aucun effort, et leurs actions leur paraissent toutes simples : le bien est devenu pour eux une habitude. On doit donc les honorer comme de vieux guerriers qui ont conquis leurs grades.

Comme vous êtes encore loin de la perfection, ces exemples vous étonnent par le contraste, et vous les admirez d'autant plus qu'ils sont plus rares ; mais sachez bien que dans les mondes plus avancés que le vôtre, ce qui chez vous est une exception est la règle. Le sentiment du bien y est partout spontané, parce qu'ils ne sont habités que par de bons Esprits, et une seule mauvaise intention y serait une exception monstrueuse. Voilà pourquoi les hommes y sont heureux ; il en sera ainsi sur la terre quand l'humanité se sera transformée, et quand elle comprendra et pratiquera la charité dans sa véritable acception. "

895. A part les défauts et les vices sur lesquels personne ne saurait se méprendre, quel est le signe le plus caractéristique de l'imperfection ?

" C'est l'intérêt personnel. Les qualités morales sont souvent comme la dorure mise sur un objet de cuivre et qui ne résiste pas à la pierre de touche. Un homme peut posséder des qualités réelles qui en font, pour tout le monde, un homme de bien ; mais ces qualités, quoiqu'elles soient un progrès, ne supportent pas toujours certaines épreuves, et il suffit quelquefois de toucher à la corde de l'intérêt personnel pour mettre le fond à découvert. Le véritable désintéressement est même chose si rare sur la terre, qu'on l'admire comme un phénomène quand il se présente.

L'attachement aux choses matérielles est un signe notoire d'infériorité, parce que plus l'homme tient aux biens de ce monde, moins il comprend sa destinée ; par le désintéressement, au contraire, il prouve qu'il voit l'avenir d'un point plus élevé. "

896. Il y a des gens désintéressés sans discernement, qui prodiguent leur avoir sans profit réel, faute d'en faire un emploi raisonné ; ont-ils un mérite quelconque ?

" Ils ont le mérite du désintéressement, mais ils n'ont pas celui du bien qu'ils pourraient faire. Si le désintéressement est une vertu, la prodigalité irréfléchie est toujours au moins un manque de jugement. La fortune n'est pas plus donnée à quelques-uns pour être jetée au vent, qu'à d'autres pour être enterrée dans un coffre-fort ; c'est un dépôt dont ils auront à rendre compte, car ils auront à répondre de tout le bien qu'il était en leur pouvoir de faire, et qu'ils n'auront pas fait ; de toutes les larmes qu'ils auraient pu sécher avec l'argent qu'ils ont donné à ceux qui n'en avaient pas besoin. "

897. Celui qui fait le bien, non en vue d'une récompense sur la terre, mais dans l'espoir qu'il lui en sera tenu compte dans l'autre vie, et que sa position y sera d'autant meilleure, est-il répréhensible, et cette pensée lui nuit-elle pour son avancement ?

" Il faut faire le bien par charité, c'est-à-dire avec désintéressement. "

- Cependant chacun a le désir bien naturel de s'avancer pour sortir de l'état pénible de cette vie ; les Esprits eux-mêmes nous enseignent à pratiquer le bien dans ce but ; est-ce donc un mal de penser qu'en faisant le bien on peut espérer mieux que sur la terre ?

" Non, certainement ; mais celui qui fait le bien sans arrière-pensée, et pour le seul plaisir d'être agréable à Dieu et à son prochain souffrant, est déjà à un certain degré d'avancement qui lui permettra d'arriver beaucoup plus tôt au bonheur que son frère qui, plus positif, fait le bien par raisonnement, et n'y est pas poussé par la chaleur naturelle de son coeur. " (894).

- N'y a-t-il pas ici une distinction à faire entre le bien que l'on peut faire à son prochain et le soin que l'on met à se corriger de ses défauts ? Nous concevons que faire le bien avec la pensée qu'il en sera tenu compte dans l'autre vie est peu méritoire ; mais s'amender, vaincre ses passions, corriger son caractère en vue de se rapprocher des bons Esprits et de s'élever, est-ce également un signe d'infériorité ?

" Non, non ; par faire le bien, nous voulons dire être charitable. Celui qui calcule ce que chaque bonne action peut lui rapporter dans la vie future, aussi bien que dans la vie terrestre, agit en égoïste ; mais il n'y a aucun égoïsme à s'améliorer en vue de se rapprocher de Dieu, puisque c'est le but auquel chacun doit tendre. "

898. Puisque la vie corporelle n'est qu'un séjour temporaire ici-bas, et que notre avenir doit être notre principale préoccupation, est-il utile de s'efforcer d'acquérir des connaissances scientifiques qui ne touchent qu'aux choses et aux besoins matériels ?

" Sans doute ; d'abord cela vous met à même de soulager vos frères ; puis, votre Esprit montera plus vite s'il a déjà progressé en intelligence ; dans l'intervalle des incarnations, vous apprendrez en une heure ce qui vous demanderait des années sur votre terre. Aucune connaissance n'est inutile ; toutes contribuent plus ou moins à l'avancement, parce que l'Esprit parfait doit tout savoir, et que le progrès devant s'accomplir en tous sens, toutes les idées acquises aident au développement de l'Esprit. "

899. De deux hommes riches, l'un est né dans l'opulence et n'a jamais connu le besoin ; l'autre doit sa fortune à son travail ; tous les deux l'emploient exclusivement à leur satisfaction personnelle ; quel est le plus coupable ?

" Celui qui a connu les souffrances ; il sait ce que c'est de souffrir ; il connaît la douleur qu'il ne soulage pas, mais trop souvent pour lui il ne s'en souvient plus. "

900. Celui qui accumule sans cesse et sans faire de bien à personne, trouve-t-il une excuse valable dans la pensée qu'il amasse pour laisser davantage à ses héritiers ?

" C'est un compromis avec la mauvaise conscience. "

901. De deux avares, le premier se refuse le nécessaire et meurt de besoin sur son trésor ; le second n'est avare que pour les autres : il est prodigue pour lui-même ; tandis qu'il recule devant le plus léger sacrifice pour rendre service ou faire une chose utile, rien ne lui coûte pour satisfaire ses goûts et ses passions. Lui demande-t-on un service, il est toujours gêné ; veut-il se passer une fantaisie, il a toujours assez. Quel est le plus coupable, et quel est celui qui aura la plus mauvaise place dans le monde des Esprits ?

" Celui qui jouit : il est plus égoïste qu'avare ; l'autre a déjà trouvé une partie de sa punition. "

902. Est-on répréhensible d'envier la richesse, quand c'est par le désir de faire le bien ?

" Le sentiment est louable, sans doute, quand il est pur ; mais ce désir est-il toujours bien désintéressé et ne cache-t-il aucune arrière-pensée personnelle ? La première personne à qui l'on souhaite faire du bien, n'est-ce pas souvent soi-même ? "

903. Est-on coupable d'étudier les défauts des autres ?

" Si c'est pour les critiquer et les divulguer on est très coupable, car c'est manquer de charité ; si c'est pour en faire son profit personnel et les éviter soi-même, cela peut quelquefois être utile ; mais il ne faut pas oublier que l'indulgence pour les défauts d'autrui est une des vertus comprises dans la charité. Avant de faire aux autres un reproche de leurs imperfections, voyez si l'on ne peut dire de vous la même chose. Tâchez donc d'avoir les qualités opposées aux défauts que vous critiquez dans autrui, c'est le moyen de vous rendre supérieur ; lui reprochez-vous d'être avare, soyez généreux ; d'être orgueilleux, soyez humble et modeste ; d'être dur, soyez doux ; d'agir avec petitesse, soyez grand dans toutes vos actions ; en un mot, faites en sorte qu'on ne puisse vous appliquer cette parole de Jésus : Il voit une paille dans l'oeil de son voisin, et ne voit pas une poutre dans le sien. "

904. Est-on coupable de sonder les plaies de la société et de les dévoiler ?

" Cela dépend du sentiment qui porte à le faire ; si l'écrivain n'a en vue que de produire du scandale, c'est une jouissance personnelle qu'il se procure en présentant des tableaux qui sont souvent plutôt un mauvais qu'un bon exemple. L'Esprit apprécie, mais il peut être puni de cette sorte de plaisir qu'il prend à révéler le mal. "

- Comment, dans ce cas, juger de la pureté des intentions et de la sincérité de l'écrivain ?

" Cela n'est pas toujours utile ; s'il écrit de bonnes choses, faites-en votre profit ; s'il fait mal, c'est une question de conscience qui le regarde. Du reste, s'il tient à prouver sa sincérité, c'est à lui d'appuyer le précepte par son propre exemple. "

905. Certains auteurs ont publié des oeuvres très belles et très morales qui aident au progrès de l'humanité, mais dont eux-mêmes n'ont guère profité ; leur est-il tenu compte, comme Esprits, du bien qu'ont fait leurs oeuvres ?

" La morale sans les actions, c'est la semence sans le travail. Que vous sert la semence si vous ne la faites pas fructifier pour vous nourrir ? Ces hommes sont plus coupables, parce qu'ils avaient l'intelligence pour comprendre ; en ne pratiquant pas les maximes qu'ils donnaient aux autres, ils ont renoncé à en cueillir les fruits. "

906. Celui qui fait bien est-il répréhensible d'en avoir conscience, et de se l'avouer à lui-même ?

" Puisqu'il peut avoir la conscience du mal qu'il fait, il doit avoir aussi celle du bien, afin de savoir s'il agit bien ou mal. C'est en pesant toutes ses actions dans la balance de la loi de Dieu, et surtout dans celle de la loi de justice, d'amour et de charité, qu'il pourra se dire si elles sont bonnes ou mauvaises, les approuver ou les désapprouver. Il ne peut donc être répréhensible de reconnaître qu'il a triomphé des mauvaises tendances, et d'en être satisfait, pourvu qu'il n'en tire pas vanité, car alors il tomberait dans un autre travers. " (919).

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Extraits de la Revue Spirite de Février 1858 d'Allan Kardec

L'avarice.

Dissertation morale dictée par saint Louis à Mlle Ermance Dufaux.

6 janvier 1858.

1.

Toi qui possèdes, écoute-moi. Un jour deux fils d'un même père reçurent chacun un boisseau de blé. L'aîné serra le sien dans un lieu dérobé ; l'autre rencontra sur son chemin un pauvre qui demandait l'aumône ; il courut à lui, et versa dans le pan de son manteau la moitié du blé qui lui était échue, puis il continua sa route, et s'en alla semer le reste dans le champ paternel.

Or vers ce temps-là il vint une grande famine, les oiseaux du ciel mouraient sur le bord du chemin. Le frère aîné courut à sa cachette, mais il n'y trouva que poussière ; le cadet s'en allait tristement contempler son blé séché sur pied, lorsqu'il rencontra le pauvre qu'il avait assisté. Frère, lui dit le mendiant, j'allais mourir, tu m'as secouru ; maintenant que l'espérance est séchée dans ton coeur, suis-moi. Ton demi-boisseau a quintuplé entre mes mains ; j'apaiserai ta faim et tu vivras dans l'abondance.

2.

Ecoute-moi, avare ! connais-tu le bonheur ? oui, n'est-ce pas ! Ton oeil brille d'un sombre éclat dans ton orbite que l'avarice a creusé plus profondément ; tes lèvres se serrent ; ta narine frémit et ton oreille se dresse. Oui, j'entends, c'est le bruit de l'or que ta main caresse en le versant dans la cachette. Tu dis : C'est là la volupté suprême. Silence ! on vient. Ferme vite. Bien ! que tu es pâle ! ton corps frissonne. Rassure-toi ; les pas s'éloignent. Ouvre ; regarde encore ton or. Ouvre ; ne tremble pas ; tu es bien seul. Entends-tu ! non, rien ; c'est le vent qui gémit en passant sur le seuil. Regarde ; que d'or ! plonge à pleines mains : fais sonner le métal ; tu es heureux.

Heureux, toi ! mais la nuit est sans repos et ton sommeil est obsédé de fantômes.

Tu as froid ! approche-toi de la cheminée ; chauffe-toi à ce feu qui pétille si joyeusement. La neige tombe ; le voyageur s'enveloppe frileusement de son manteau, et le pauvre grelotte sous ses haillons. La flamme du foyer se ralentit ; jette du bois. Mais non ; arrête ! c'est ton or que tu consumes avec ce bois ; c'est ton or qui brûle.

Tu as faim ! tiens, prends ; rassasie-toi ; tout cela est à toi, tu l'as payé de ton or. De ton or ! cette abondance t'indigne, ce superflu est-il nécessaire pour soutenir la vie ? non, ce petit morceau de pain suffira ; encore c'est trop. Tes vêtements tombent en lambeaux ; ta maison se lézarde et menace ruine ; tu souffres du froid et de la faim ; mais que t'importe ! tu as de l'or.

Malheureux ! cet or, la mort t'en séparera. Tu le laisseras sur le bord de la tombe, comme la poussière que le voyageur secoue sur le seuil de la porte où sa famille bien-aimée l'attend pour fêter son retour.

Ton sang appauvri, vieilli par ta misère volontaire, s'est glacé dans tes veines. Des héritiers avides viennent de jeter ton corps dans un coin du cimetière ; te voilà face à face avec l'éternité. Misérable ! qu'as-tu fait de cet or qui t'a été confié pour soulager le pauvre ? Entends-tu ces blasphèmes ? vois-tu ces larmes ! vois-tu ce sang ? Ces blasphèmes sont ceux de la souffrance que tu aurais pu calmer ; ces larmes, tu les as fait couler ; ce sang, c'est toi qui l'as versé. Tu as horreur de toi ; tu voudrais te fuir et tu ne le peux pas. Tu souffres, damné ! et tu te tords dans ta souffrance. Souffre ! point de pitié pour toi. Tu n'as point eu d'entrailles pour ton frère malheureux ; qui en aurait pour toi ? Souffre ! souffre ! toujours ! ton supplice n'aura point de fin. Dieu veut, pour te punir, que tu le CROIES ainsi.

Remarque. En écoutant la fin de ces éloquentes et poétiques paroles, nous étions tous surpris d'entendre saint Louis parler de l'éternité des souffrances, alors que tous les Esprits supérieurs s'accordent à combattre cette croyance, lorsque ces derniers mots : Dieu veut, pour te punir, que tu le CROIES ainsi, sont venus tout expliquer. Nous les avons reproduits dans les caractères généraux des Esprits du troisième ordre. En effet, plus les Esprits sont imparfaits, plus leurs idées sont restreintes et circonscrites ; l'avenir est pour eux dans le vague : ils ne le comprennent pas. Ils souffrent ; leurs souffrances sont longues ; et pour qui souffre longtemps c'est souffrir toujours. Cette pensée même est un châtiment.

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Extraits de la Revue Spirite d'Août 1858 d'Allan Kardec

La Charité

Par l'Esprit de saint Vincent de Paul.

(Société des études spirites, séance du 8 juin 1858.)

Soyez bons et charitables, c'est la clef des cieux que vous tenez en vos mains ; tout le bonheur éternel est renfermé dans cette maxime : Aimez-vous les uns les autres. L'âme ne peut s'élever dans les régions spirituelles que par le dévouement au prochain ; elle ne trouve de bonheur et de consolation que dans les élans de la charité ; soyez bons, soutenez vos frères, laissez de côté cette affreuse plaie de l'égoïsme ; ce devoir rempli doit vous ouvrir la route du bonheur éternel. Du reste, qui d'entre vous n'a senti son coeur bondir, sa joie intérieure se dilater par l'action d'une oeuvre charitable ? Vous ne devriez penser qu'à cette sorte de volupté que procure une bonne action, et vous resteriez toujours dans le chemin du progrès spirituel. Les exemples ne vous manquent pas ; il n'y a que les bonnes volontés qui sont rares. Voyez la foule des hommes de bien dont votre histoire vous rappelle le pieux souvenir. Je vous les citerais par milliers ceux dont la morale n'avait pour but que d'améliorer votre globe. Le Christ ne vous a-t-il pas dit tout ce qui concerne ces vertus de charité et d'amour ? Pourquoi laisse-t-on de côté ses divins enseignements ? Pourquoi ferme-t-on l'oreille à ses divines paroles, le coeur à toutes ses douces maximes ? Je voudrais que les lectures évangéliques fussent faites avec plus d'intérêt personnel ; on délaisse ce livre, on en fait un mot creux, une lettre close ; on laisse ce code admirable dans l'oubli : vos maux ne proviennent que de l'abandon volontaire que vous faites de ce résumé des lois divines. Lisez donc ces pages toutes brûlantes du dévouement de Jésus, et méditez-les. Je suis honteux moi-même d'oser vous promettre un travail sur la charité, quand je songe que dans ce livre vous trouvez tous les enseignements qui doivent vous mener par la main dans les régions célestes.

Hommes forts, ceignez-vous ; hommes faibles, faites-vous des armes de votre douceur, de votre foi ; ayez plus de persuasion, plus de constance dans la propagation de votre nouvelle doctrine ; ce n'est qu'un encouragement que nous sommes venus vous donner ; ce n'est que pour stimuler votre zèle et vos vertus que Dieu nous permet de nous manifester à vous ; mais si on voulait, on n'aurait besoin que de l'aide de Dieu et de sa propre volonté : les manifestations spirites ne sont faites que pour les yeux fermés et les coeurs indociles. Il y a parmi vous des hommes qui ont à remplir des missions d'amour et de charité ; écoutez-les, exaltez leur voix ; faites resplendir leurs mérites, et vous vous exalterez vous-mêmes par le désintéressement et par la foi vive dont ils vous pénétreront.

Les avertissements détaillés seraient très longs à donner sur le besoin d'élargir le cercle de la charité, et d'y faire participer tous les malheureux dont les misères sont ignorées, toutes les douleurs que l'on doit aller trouver dans leurs réduits pour les consoler au nom de cette vertu divine : la charité. Je vois avec bonheur que des hommes éminents et puissants aident à ce progrès qui doit relier entre elles toutes les classes humaines : les heureux et les malheureux. Les malheureux, chose étrange ! se donnent tous la main et soutiennent leur misère les uns par les autres. Pourquoi les heureux sont-ils plus tardifs à écouter la voix du malheureux ? Pourquoi faut-il que ce soit une main puissante et terrestre qui donne l'élan aux missions charitables ? Pourquoi ne répond-on pas avec plus d'ardeur à ces appels ? Pourquoi laisse-t-on les misères entacher, comme à plaisir, le tableau de l'humanité ?

La charité est la vertu fondamentale qui doit soutenir tout l'édifice des vertus terrestres ; sans elle les autres n'existent pas : point de charité, point de foi ni d'espérance ; car sans la charité point d'espoir dans un sort meilleur, pas d'intérêt moral qui nous guide. Sans la charité, point de foi ; car la foi n'est qu'un pur rayon qui fait briller une âme charitable ; elle en est la conséquence décisive.

Quand on laissera son coeur s'ouvrir à la prière du premier malheureux qui vous tend la main ; quand on lui donnera, sans se demander si sa misère n'est pas feinte, ou son mal dans un vice dont il est cause ; quand on laissera toute justice entre les mains divines ; quand on laissera le châtiment des misères menteuses au Créateur ; enfin, lorsqu'on fera la charité pour le seul bonheur qu'elle procure et sans recherche de son utilité, alors vous serez les enfants que Dieu aimera et qu'il appellera vers lui.

La charité est l'ancre éternelle du salut dans tous les globes : c'est la plus pure émanation du Créateur lui-même ; c'est sa propre vertu qu'il donne à la créature. Comment voudrait-on méconnaître cette suprême bonté ? Quel serait, avec cette pensée, le coeur assez pervers pour refouler et chasser ce sentiment tout divin ? Quel serait l'enfant assez méchant pour se mutiner contre cette douce caresse : la charité ?

Je n'ose pas parler de ce que j'ai fait, car les Esprits ont aussi la pudeur de leurs oeuvres ; mais je crois l'oeuvre que j'ai commencée une de celles qui doivent le plus contribuer au soulagement de vos semblables. Je vois souvent des Esprits demander pour mission de continuer mon oeuvre ; je les vois, mes douces et chères soeurs, dans leur pieux et divin ministère ; je les vois pratiquer la vertu que je vous recommande, avec toute la joie que procure cette existence de dévouement et de sacrifices ; c'est un grand bonheur pour moi de voir combien leur caractère est honoré, combien leur mission est aimée et doucement protégée. Hommes de bien, de bonne et forte volonté, unissez-vous pour continuer grandement l'oeuvre de propagation de la charité ; vous trouverez la récompense de cette vertu par son exercice même ; il n'est pas de joie spirituelle qu'elle ne donne dès la vie présente. Soyez unis ; aimez-vous les uns les autres selon les préceptes du Christ. Ainsi soit-il.

Nous remercions saint Vincent de Paul de la belle et bonne communication qu'il a bien voulu nous faire. - R. Je voudrais qu'elle vous profitât à tous.

Voulez-vous nous permettre quelques questions complémentaires au sujet de ce que vous venez de nous dire ? - R. Je le veux bien ; mon but est de vous éclairer ; demandez ce que vous voudrez.

1. La charité peut s'entendre de deux manières : l'aumône proprement dite, et l'amour de ses semblables. Lorsque vous nous avez dit qu'il faut laisser son coeur s'ouvrir à la prière du malheureux qui nous tend la main, sans lui demander si sa misère n'est pas feinte ; n'avez-vous pas voulu parler de la charité au point de vue de l'aumône ? - R. Oui, seulement dans ce paragraphe.

2. Vous nous avez dit qu'il faut laisser à la justice de Dieu l'appréciation de la misère feinte ; il nous semble cependant que donner sans discernement à des gens qui n'ont pas besoin, ou qui pourraient gagner leur vie par un travail honorable, c'est encourager le vice et la paresse. Si les paresseux trouvaient trop facilement la bourse des autres ouverte, ils se multiplieraient à l'infini au préjudice des véritables malheureux. - R. Vous pouvez discerner ceux qui peuvent travailler, et alors la charité vous oblige à faire tout pour leur procurer du travail ; mais il y a aussi des pauvres menteurs qui savent simuler adroitement des misères qu'ils n'ont pas ; c'est pour ceux-là qu'il faut laisser à Dieu toute justice.

3. Celui qui ne peut donner qu'un sou, et qui a le choix entre deux malheureux qui lui demandent, n'a-t-il pas raison de s'enquérir de celui qui a réellement le plus besoin, ou doit-il donner sans examen au premier venu ? - R. Il doit donner à celui qui paraît le plus souffrir.

4. Ne peut-on considérer aussi comme faisant partie de la charité la manière de la faire ? - R. C'est surtout dans la manière dont on oblige que la charité est vraiment méritoire ; la bonté est toujours l'indice d'une belle âme.

5. Quel genre de mérite accordez-vous à ceux qu'on appelle des bourrus bienfaisants ? - R. Ils ne font le bien qu'à moitié. On reçoit leurs bienfaits, mais ils ne touchent pas.

6. Jésus a dit : " Que votre main droite ne sache pas ce que donne votre main gauche. " Ceux qui donnent par ostentation n'ont-ils aucune espèce de mérite ? - R. Ils n'ont que le mérite de l'orgueil, ce dont ils seront punis.

7. La charité chrétienne, dans son acception la plus large, ne comprend-elle pas aussi la douceur, la bienveillance et l'indulgence pour les faiblesses d'autrui ? - R. Imitez Jésus ; il vous a dit tout cela ; écoutez-le plus que jamais.

8. La charité est-elle bien entendue quand elle est exclusive entre les gens d'une même opinion ou d'un même parti ? - R. Non, c'est surtout l'esprit de secte et de parti qu'il faut abolir, car tous les hommes sont frères. C'est sur cette question que nous concentrons nos efforts.

9. Je suppose un individu qui voit deux hommes en danger ; il n'en peut sauver qu'un seul, mais l'un est son ami et l'autre son ennemi ; lequel doit-il sauver ? - R. Il doit sauver son ami, parce que cet ami pourrait réclamer de celui qu'il croit l'aimer ; quant à l'autre, Dieu s'en charge.

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