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Le Livre des Esprits

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Le Livre des Esprits - 1ère édition : le 18 avril 1857 (format d'un grand in-4° en deux colonnes).
- 2ème édition : le ... 1860 par Editeur Didier et Cie, Libraires-Editeurs, 33 Quai des Augustins (source : Livre de Canuto Abreu "Le Livre des Esprits et sa Traduction historique et légendaire".
- 3ème édition : le 1er janvier 1860
- 4ème édition :
- 5ème édition : 1er janvier 1861
- 6ème édition :
- 7ème édition :
- 8ème édition : 1er janvier 1862. Grand in-18 de 500 pages.
- 9ème édition :
- 10ème édition :
- 11ème édition :
- 12ème édition : 1er janvier 1863. grand in-18 de 500 pages.
- ... édition :
- 16ème édition : 1869



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1 - Commentaires du livre tiré de la biographie d’Allan Kardec par Henri Sausse
2 - Article du journal "Le Courrier de Paris" du 11 juillet 1857
3 - Lettres des lecteurs du Livre des Esprits
4 - Commentaire d'Allan Kardec sur le Livre des Esprits
5 - Le Livre des Esprits chez les Sauvages - Extrait de la Revue Spirite de mai 1859
6 - Le Livre des Esprits - Apréciations diverses (Revue Spirite janvier 1858)

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Commentaires du livre tiré de la biographie d’Allan Kardec par Henri Sausse



Le Livre des Esprits est l’ouvrage de base en matière de Spiritisme, il est composé de plus de mille questions posées aux Esprits qui nous enseignent sur la vie de l’Au-delà ainsi que sur la vie présente et sur de nombreux points philosophiques. Cet extrait de la biographie d’Allan Kardec nous explique comment il fut conçu :

M. Rivail, loin d’être un enthousiaste de ces manifestations, et absorbé par ses autres occupations, fut sur le point de les abandonner, ce qu’il eut fait peut-être sans les pressantes sollicitations de MM. Carlotti, René Taillandier, membre de l’Académie des sciences, Tiedeman-Manthèse, Sardou père et fils, Didier, éditeur, qui suivaient depuis cinq ans l’étude de ces phénomènes et avaient réuni cinquante cahiers de communications diverses, qu’ils ne parvenaient pas à mettre en ordre. Connaissant les vastes et rares aptitudes à synthétiser de M.Rivail, ces Messieurs lui remirent les cahiers en lui demandant d’en prendre connaissance et de les mettre au point. Ce travail était ardu et exigeait beaucoup de temps, en raison des lacunes et des obscurités de ces communications, et le savant. encyclopédiste se refusait à cette tâche ennuyeuse et absorbante en raison de ses autres travaux.

Un soir, son Esprit protecteur Z lui donna par un médium une communication toute personnelle, dans laquelle il lui disait, entre autres choses, l’avoir connu dans une précédente existence, alors qu’au temps des Druides ils vivaient ensemble dans les Gaules ; il s’appelait alors Allan Kardec, et, comme l’amitié qu’il avait eue pour lui n’avait fait que s’accroître, il lui promettait de le seconder dans la tâche très importante pour laquelle on le sollicitait et dont il viendrait facilement à bout.

M. Rivail se mit donc à l’oeuvre ; il prit les cahiers, les annota avec soin après une lecture attentive, écarta les redites et mit à leur rang chaque dictée, chaque rapport de séance ; il signala les lacunes à combler, les obscurités à éclaircir, prépara les demandes voulues pour arriver à ce résultat. « Jusqu’alors, dit-il lui-même, les séances chez M. Baudin n’avaient aucun but déterminé ; j’entrepris d’y faire résoudre les problèmes qui m’intéressaient au point de vue de la philosophie, de la psychologie et de la nature du monde invisible ; j’arrivais à chaque séance avec une série de questions préparées et méthodiquement arrangées ; il y était toujours répondu avec précision, profondeur et d’une façon logique. Dès ce moment, les réunions eurent un tout autre caractère ; parmi les assistants se trouvaient des personnes sérieuses qui y prirent un vif intérêt, et s’il m’arrivait d’y manquer on était comme désoeuvré, les questions futiles avaient perdu leur attrait pour le plus grand nombre. je n’avais d’abord en vue que ma propre instruction ; plus tard, quand je vis que tout cela formait un ensemble et prenait les proportions d’une doctrine, j’eus la pensée de les publier pour l’instruction de tout le monde. Ce sont ces mêmes questions qui, successivement développées et complétées, ont fait la base du Livre des Esprits. »

En 1856, M. Rivail suivit les réunions spirites qui se tenaient rue Tiquetonne, chez M. Roustan, avec Mle Japhet, somnambule, qui obtenait comme médium des communications très intéressantes à l’aide de la corbeille à bec ; il fit contrôler par ce médium les communications obtenues et mises en ordre précédemment. Ce travail eut d’abord lieu aux séances ordinaires ; mais sur la demande des Esprits, et pour qu’il fût apporté plus de soins, plus d’attention à ce contrôle, il fut poursuivi dans des séances particulières.

« je ne me contentai pas de cette vérification, dit encore Allan Kardec, les Esprits m’en avaient fait la recommandation. 1es circonstances m’ayant mis en rapport avec d’autres médiums, chaque fois que l’occasion se présentait, j’en profitais pour proposer quelques-unes des questions qui me semblaient les plus épineuses. C’est ainsi que plus de dix médiums ont prêté leur assistance pour ce travail. C’est de la comparaison et de la fusion de toutes ces réponses, coordonnées, classées et maintes fois remaniées dans le silence de la méditation, que je formai la première édition du Livre des Esprits, qui parut le 18 avril 1857. »

Sous format d’un grand in-4° en deux colonnes, une pour les demandes, une en regard pour les réponses ; l’auteur, au moment de le publier, fut très embarrassé pour savoir comment il le signerait, soit de son nom Denizard-Hippolyte-léon Rivail, ou sous un pseudonyme. Son nom étant très connu du monde scientifique en raison de ses travaux antérieurs et pouvant amener une confusion, peut- être même nuire au succès de son entreprise, il adopta le parti de le signer du nom d’Allan Kardec que, lui avait révélé son guide, il portait au temps des Druides.

Article du journal "Le Courrier de Paris" du 11 juillet 1857 :



LA DOCTRINE SPIRITE.

L'éditeur Dentu vient de publier, il y a peu de temps, un ouvrage fort remarquable ; nous allions dire fort curieux, mais il y a de ces choses qui repoussent toute qualification banale.

Le Livre des Esprits, de M. Allan Kardec, est une page nouvelle du grand livre lui-même de l'infini, et nous sommes persuadé qu'on mettra un signet à cette page. Nous serions désolé qu'on crût que nous venons faire ici une réclame bibliographique ; si nous pouvions supposer qu'il en fût ainsi, nous briserions notre plume immédiatement. Nous ne connaissons nullement l'auteur, mais nous avouons hautement que nous serions heureux de le connaître. Celui qui écrivit l'introduction placée en tête du Livre des Esprits doit avoir l'âme ouverte à tous les nobles sentiments.

Pour qu'on ne puisse pas d'ailleurs suspecter notre bonne foi et nous accuser de parti pris, nous dirons en toute sincérité que nous n'avons jamais fait une étude approfondie des questions surnaturelles. Seulement, si les faits qui se sont produits nous ont étonné, ils ne nous ont, du moins, jamais fait hausser les épaules. Nous sommes un peu de ces gens qu'on appelle rêveurs, parce qu'ils ne pensent pas tout à fait comme tout le monde. A vingt lieues de Paris, le soir, sous les grands arbres, quand nous n'avions autour de nous que quelques chaumières disséminées, nous avons naturellement pensé à toute autre chose qu'à la Bourse, au macadam des boulevards ou aux courses de Longchamp.

Nous nous sommes demandé bien souvent, et cela longtemps avant d'avoir entendu parler des médiums, ce qui se passait dans ce qu'on est convenu d'appeler là-haut. Nous avons même ébauché jadis une théorie sur les mondes invisibles, que nous avions soigneusement gardée pour nous, et que nous avons été bien heureux de retrouver presque tout entière dans le livre de M. Allan Kardec.

A tous les déshérités de la terre, à tous ceux qui marchent ou qui tombent en arrosant de leurs larmes la poussière du chemin, nous dirons : Lisez le Livre des Esprits, cela vous rendra plus forts. Aux heureux aussi, à ceux qui ne rencontrent soir leur route que les acclamations de la foule ou les sourires de la fortune, nous dirons : Etudiez-le, il vous rendra meilleurs.

Le corps de l'ouvrage, dit M. Allan Kardec, doit être revendiqué tout entier par les Esprits qui l'ont dicté. Il est admirablement classé par demandes et par réponses. Ces dernières sont quelquefois tout bonnement sublimes : cela ne nous surprend pas ; mais n'a-t-il pas fallu un grand mérite à qui sut les provoquer ?

Nous défions le plus incrédule de rire en lisant ce livre dans le silence et la solitude. Tout le monde honorera l'homme qui en a écrit la préface.

La doctrine se résume en deux mots : Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît. Nous sommes fâché que M. Allan Kardec n'ait pas ajouté : et faites aux autres ce que vous voudriez qui vous fût fait. Le livre, du reste, le dit clairement, et d'ailleurs la doctrine ne serait pas complète sans cela. Il ne suffit pas de ne jamais faire de mal, il faut aussi faire le bien. Si vous n'êtes qu'un honnête homme, vous n'avez rempli que la moitié de votre devoir. Vous êtes un atome imperceptible de cette grande machine qu'on appelle le monde, et où rien ne doit être inutile. Ne nous dites pas surtout qu'on peut être utile sans faire le bien ; nous nous verrions forcé de vous riposter par un volume.

En lisant les admirables réponses des Esprits dans l'ouvrage de M. Kardec, nous nous sommes dit qu'il y aurait là un beau livre à écrire. Nous avons bien vite reconnu que nous nous étions trompé : le livre est tout fait. On ne pourrait que le gâter en cherchant à le compléter.

Etes-vous homme d'étude et possédez-vous la bonne foi qui ne demande qu'à s'instruire ? Lisez le livre premier sur la doctrine spirite.

Etes-vous rangé dans la classe des gens qui ne s'occupent que d'eux-mèmes, font, comme on dit, leurs petites affaires tout tranquillement et ne voient rien autour de leurs intérêts ? Lisez les Lois morales.

Le malheur vous poursuit-il avec acharnement, et le doute vous entoure-t-il parfois de son étreinte glacée ? Etudiez le livre troisième : Espérances et Consolations.

Vous tous qui avez de nobles pensées au cœur et qui croyez au bien, lien le livre tout entier.

S'il se trouvait quelqu'un qui trouvât là-dedans matière à plaisanteries, nous le plaindrions sincèrement.

G. DU CHALARD

Lettres des lecteurs du Livre des Esprits :

Bordeaux, le 25 avril 1857.

Vous avez mis ma patience à une bien grande épreuve par le retard apporté dans la publication du Livre des Esprits, annoncé depuis si longtemps ; heureusement je n'ai pas perdu pour attendre, car il dépasse toutes les idées que j'avais pu m'en former d'après le prospectus. Vous peindre l'effet qu'il a produit en moi serait impossible : je suis comme un homme sorti de l'obscurité ; il me semble qu'une porte fermée jusqu'à ce jour vient d'être subitement ouverte ; mes idées ont grandi en quelques heures ! Oh ! combien l'humanité et toutes ses misérables préoccupations me semblent mesquines et puériles auprès de cet avenir, dont je ne doutais pas, mais qui était pour moi tellement obscurci par les préjugés que j'y songeais à peine ! Grâce à l'enseignement des Esprits, il se présente sous une forme définie, saisissable, mais grande, belle, et en harmonie avec la majesté du Créateur. Quiconque lira, comme moi, ce livre en le méditant, y trouvera des trésors inépuisables de consolations, car il embrasse toutes les phases de l'existence. J'ai fait, dans ma vie, des pertes qui m'ont vivement affecté ; aujourd'hui elles ne me laissent aucun regret, et toute ma préoccupation est d'employer utilement mon temps et mes facultés pour hâter mon avancement, car le bien a maintenant un but pour moi, et je comprends qu'une vie inutile est une vie d'égoïste qui ne peut nous faire faire un pas dans la vie à venir.

Si tous les hommes qui pensent comme vous et moi, et vous en trouverez beaucoup, je l'espère pour l'honneur de l'humanité, pouvaient s'entendre, se réunir, agir de concert, quelle puissance n'auraient-ils pas pour hâter cette régénération qui nous est annoncée ! Lorsque j'irai à Paris, j'aurai l'honneur de vous voir, et si ce n'est pas abuser de vos moments, je vous demanderai quelques développements sur certains passages, et quelques conseils sur l'application des lois morales à des circonstances qui me sont personnelles. Recevez en attendant, je vous prie, monsieur, l'expression de toute ma reconnaissance, car vous m'avez procuré un grand bien en me montrant la route du seul bonheur réel en ce monde, et peut-être vous devrai-je, en outre, une meilleure place dans l'autre.

Votre tout dévoué.

D…, capitaine en retraite.

Lyon, 4 juillet 1857.

MONSIEUR,

Je ne sais comment vous exprimer toute ma reconnaissance sur la publication du Livre des Esprits, que je suis après relire. Combien ce que vous nous faites savoir est consolant pour notre pauvre humanité ! Je vous avoue que, pour ma part, je suis plus fort et plus courageux à supporter les peines et les ennuis attachés à ma pauvre existence. Je fais partager à plusieurs de mes amis les convictions que j'ai puisées dans la lecture de votre ouvrage : ils en sont tous très heureux ; ils comprennent maintenant les inégalités des positions dans la société et ne murmurent plus contre la Providence ; l'espoir certain d'un avenir plus heureux, s'ils se comportent bien, les console et leur donne du courage. Je voudrais, monsieur, vous être utile ; je ne suis qu'un pauvre enfant du peuple qui s'est fait une petite position par son travail, mais qui manque d'instruction, ayant été obligé de travailler bien jeune ; pourtant j'ai toujours bien aimé Dieu, et j'ai fait tout ce que j'ai pu pour être utile à mes semblables ; c'est pour cela que je recherche tout ce qui peut aider au bonheur de mes frères. Nous allons nous réunir plusieurs adeptes qui étions épars ; nous ferons tous nos efforts pour vous seconder : vous avez levé l'étendard, c'est à nous de vous suivre ; nous comptons sur votre appui et vos conseils.

Je suis, monsieur, si j'ose dire mon confrère, votre tout dévoué.

- C…

Commentaire d'Allan Kardec sur le Livre des Esprits :

On nous a souvent adressé des questions sur la manière dont nous avons obtenu les communications qui font l'objet du Livre des Esprits. Nous résumons ici d'autant plus volontiers les réponses que nous avons faites à ce sujet, que cela nous fournira l'occasion d'accomplir un devoir de gratitude envers les personnes qui ont bien voulu nous prêter leur concours.

Comme nous l'avons expliqué, les communications par coups frappés, autrement dit par la typtologie, sont trop lentes et trop incomplètes pour un travail d'aussi longue haleine ; aussi n'avons-nous jamais employé ce moyen : tout a été obtenu par l'écriture et par l'intermédiaire de plusieurs médiums psychographes. Nous avons nous-même préparé les questions et coordonné l'ensemble de l'ouvrage ; les réponses sont textuellement celles qui ont été données par les Esprits ; la plupart ont été écrites sous nos yeux, quelques-unes sont puisées dans des communications qui nous ont été adressées par des correspondants, ou que nous avons recueillies partout où nous avons été à même de faire des études : les Esprits semblent à cet effet multiplier à nos yeux les sujets d'observation.

Les premiers médiums qui ont concouru à notre travail sont mesdemoiselles B*** dont la complaisance ne nous a jamais fait défaut : le livre a été écrit presque en entier par leur entremise et en présence d'un nombreux auditoire qui assistait aux séances et y prenait le plus vif intérêt. Plus tard, les Esprits en ont prescrit la révision complète dans des entretiens particuliers, pour y faire toutes les additions et corrections qu'ils ont jugées nécessaires. Cette partie essentielle du travail a été faite avec le concours de mademoiselle Japhet (Rue Tiquetonne, 14.), qui s'est prêtée avec la plus grande complaisance et le plus complet désintéressement à toutes les exigences des Esprits, car ce sont eux qui assignaient les jours et heures de leurs leçons. Le désintéressement ne serait point ici un mérite particulier, puisque les Esprits réprouvent tout trafic que l'on peut faire de leur présence ; mais mademoiselle Japhet, qui est également somnambule fort remarquable, avait son temps utilement employé : elle a compris que c'est également en faire un emploi profitable que de le consacrer à la propagation de la doctrine. Quant à nous, nous avons déclaré dès le principe, et nous nous plaisons à le confirmer ici, que nous n'avons jamais entendu faire du Livre des Esprits l'objet d'une spéculation, les produits devant être appliqués à des choses d'utilité générale ; c'est pour cela que nous serons toujours reconnaissant envers ceux qui s'associeront de cœur, et par amour du bien, à l'œuvre à laquelle nous nous sommes consacré.

ALLAN KARDEC



Le Livre des Esprits chez les Sauvages - Extrait de la Revue Spirite de mai 1859

Nous savions que le Livre des Esprits a des lecteurs sympathiques dans toutes les parties du monde, mais nous ne nous serions certes pas douté qu'on pût le trouver chez les sauvages de l'Amérique du Sud, sans une lettre qui nous a été adressée de Lima, il y a quelques mois, et dont nous croyons devoir publier la traduction intégrale en raison du fait significatif qu'elle renferme et dont chacun comprendra la portée. Elle porte avec elle son commentaire, et nous n'y ajouterons aucune réflexion.

" Très honoré monsieur Allan Kardec,

" Excusez-moi de ne pas vous écrire en français ; je comprends cette langue pour la lecture, mais je ne puis l'écrire correctement et intelligiblement.

" Je fréquente depuis plus de dix ans les peuplades aborigènes qui habitent le versant oriental des Andes, dans les contrées de l'Amérique, sur les confins du Pérou. Votre Livre des Esprits que je me suis procuré dans un voyage à Lima m'accompagne dans ces solitudes ; vous dire que je l'ai lu avec avidité et que je le relis sans cesse, cela ne doit pas vous étonner ; aussi, je ne viendrais point vous troubler pour si peu de chose, si je ne croyais que certains renseignements peuvent vous intéresser, et si je n'avais le désir d'obtenir de vous quelques conseils que j'attends de votre bonté, ne doutant pas que vos sentiments humains ne soient d'accord avec les sublimes principes de votre livre.

Ces peuples que nous appelons sauvages le sont moins qu'on ne le croit généralement ; si l'on veut dire qu'ils habitent des cabanes au lieu de palais, qu'ils ne connaissent pas nos arts et nos sciences, qu'ils ignorent l'étiquette des gens policés, ce sont de vrais sauvages ; mais sous le rapport de l'intelligence, on trouve chez eux des idées d'une justesse étonnante, une grande finesse d'observation, et des sentiments nobles et élevés. Ils comprennent avec une merveilleuse facilité, et ils ont l'esprit, sans comparaison, moins lourd que les paysans d'Europe. Ils méprisent ce qui leur semble inutile par rapport à la simplicité qui suffit à leur genre de vie. La tradition de leur antique indépendance est toujours vivante parmi eux, c'est pourquoi ils ont une aversion insurmontable pour leurs conquérants ; mais s'ils haïssent la race en général, ils s'attachent aux individus qui leur inspirent une confiance absolue. C'est à cette confiance que je dois de vivre dans leur intimité, et quand je suis au milieu d'eux, je suis plus en sûreté que dans certaines grandes villes. Quand je les quitte, ils sont dans la tristesse, et me font promettre de revenir ; quand je reviens, toute la tribu est en fête.

Ces explications étaient nécessaires pour ce qui va suivre.

Je vous ai dit que j'avais avec moi le Livre des Esprits. Il me prit un jour fantaisie de leur en traduire quelques passages, et j'ai été fort surpris de voir qu'ils le comprenaient mieux que je ne l'aurais pensé, par suite de certaines remarques très judicieuses qu'ils faisaient. En voici un exemple.

L'idée de revivre sur la Terre leur paraît toute naturelle, et l'un d'eux me dit un jour : Est-ce que quand nous serons morts, nous pouvons naître parmi les Blancs ? - Assurément, répondis-je. - Alors tu es peut-être un de nos parents ? - C'est possible. - C'est sans doute pour cela que tu es bon pour nous et que nous t'aimons ? - C'est encore possible. - Alors quand nous rencontrons un Blanc il ne faut pas lui faire de mal, parce que c'est peut-être un de nos frères.

Vous admirerez, sans doute, comme moi, Monsieur, cette conclusion d'un sauvage, et le sentiment de fraternité qu'elle a fait naître en lui. Au reste, l'idée des Esprits n'est point nouvelle pour eux ; elle est dans leurs croyances, et ils sont persuadés qu'on peut s'entretenir avec les parents qui sont morts et qui viennent visiter les vivants. Le point important est d'en tirer parti pour les moraliser, et je ne crois pas que ce soit une chose impossible, parce qu'ils n'ont pas encore les vices de notre civilisation. C'est ici que j'aurais besoin des conseils de votre expérience. On a tort, à mon avis, de croire qu'on ne peut influencer les gens ignorants qu'en parlant à leurs sens ; je pense au contraire que c'est les entretenir dans des idées étroites, et développer chez eux le penchant à la superstition. Je crois que le raisonnement, quand on sait se mettre à la portée des intelligences, aura toujours un empire plus durable.

Dans l'attente de la réponse dont vous voudrez bien me favoriser, recevez, etc.


DON FERNANDO GUERRERO.

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Auteur :

- Allan Kardec



































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