REVUE SPIRITE
JOURNAL D'ETUDES PSYCHOLOGIQUES
Publié sous la direction
DE
M. ALLAN KARDEC
Tout effet a une cause. Tout effet intelligent a une cause intelligente.
La puissance de la cause intelligente est en raison de la grandeur de l'effet.
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TROISIEME ANNEE. - 1860
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Janvier 1860
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Le Spiritisme en 1860.
La Revue Spirite commence sa troisième année, et nous sommes heureux de dire qu'elle le fait sous les plus favorables auspices. Nous saisissons avec empressement cette occasion pour témoigner à nos lecteurs toute notre gratitude pour les marques de sympathie que nous en recevons journellement. Cela seul serait un encouragement pour nous, si nous ne trouvions, dans la nature même et le but de nos travaux, une large compensation morale aux fatigues qui en sont la conséquence. La multiplicité de ces travaux, auxquels nous nous sommes entièrement consacré, est telle qu'il nous est matériellement impossible de répondre à toutes les lettres de félicitations qui nous parviennent. Force nous est donc d'adresser à leurs auteurs un remerciement collectif, que nous les prions de vouloir bien accepter. Ces lettres, et les nombreuses personnes qui nous font l'honneur de venir conférer avec nous sur ces graves questions, nous convainquent de plus en plus des progrès du Spiritisme vrai, et nous entendons par là le Spiritisme compris dans toutes ses conséquences morales. Sans nous faire illusion sur la portée de nos travaux, la pensée d'y avoir contribué en jetant quelques grains dans la balance, est, pour nous, une douce satisfaction, car ces quelques grains auront toujours servi à faire réfléchir.
La prospérité croissante de notre recueil est un indice de la faveur avec laquelle il est accueilli ; nous n'avons donc qu'à poursuivre notre œuvre dans la même ligne, puisqu'elle reçoit la consécration du temps, sans nous écarter de la modération, de la prudence et des convenances qui nous ont toujours guidé. Laissant à nos contradicteurs le triste privilège des injures et des personnalités, nous ne les suivrons pas non plus sur le terrain d'une controverse sans but ; nous disons sans but, parce qu'elle ne saurait amener chez eux la conviction, et que c'est perdre son temps de discuter avec des gens qui ne connaissent pas le premier mot de ce dont ils parlent. Nous n'avons qu'une chose à leur dire : Etudiez d'abord et nous verrons ensuite ; nous avons autre chose à faire qu'à parler à ceux qui ne veulent pas entendre. Qu'importe d'ailleurs, en définitive, l'opinion contraire de tel ou tel ? Cette opinion est-elle d'une importance si grande qu'elle puisse enrayer la marche naturelle des choses ? Les plus grandes découvertes ont rencontré de plus rudes adversaires, ce qui ne les a pas fait sombrer. Nous laissons donc l'incrédulité bourdonner autour de nous, et rien ne nous fera dévier de la voie qui nous est tracée par la gravité même du sujet qui nous occupe.
Nous avons dit que les idées Spirites sont en progrès. Depuis quelque temps, en effet, elles ont gagné un immense terrain ; on dirait qu'elles sont dans l'air, et certes ce n'est pas à la grosse caisse de la presse périodique, petite ou grande, qu'elles en sont redevables. Si elles progressent envers et contre tout, et nonobstant le mauvais vouloir qu'elles rencontrent dans certaines régions, c'est qu'elles possèdent assez de vitalité pour se suffire à elles-mêmes. Celui qui se donne la peine d'approfondir cette question du Spiritisme y trouve une satisfaction morale si grande, la solution de tant de problèmes dont il avait en vain demandé l'explication aux théories vulgaires ; l'avenir se déroule devant lui d'une manière si claire, si précise, si LOGIQUE, qu'il se dit qu'en effet il est impossible que les choses ne se passent pas ainsi, et qu'il est étonnant qu'on ne l'ait pas compris plus tôt ; que c'est là ce qu'un sentiment intime lui disait devoir être ; la science Spirite, développée, n'a fait autre chose que de formuler, de tirer du brouillard, des idées déjà existantes dans son for intérieur ; dès lors l'avenir a pour lui un but clair, précis, nettement défini ; il ne marche plus dans le vague, il voit son chemin ; ce n'est plus cet avenir de bonheur ou de malheur que sa raison ne pouvait comprendre, et que par cela même il repoussait ; c'est un avenir rationnel, conséquence des lois mêmes de la nature, et pouvant supporter l'examen le plus sévère ; c'est pourquoi il est heureux, et comme soulagé d'un poids immense : celui de l'incertitude, car l'incertitude est un tourment. L'homme, malgré lui, sonde les profondeurs de l'avenir, et ne peut s'empêcher de le voir éternel ; il le compare à la brièveté et à la fragilité de l'existence terrestre. Si l'avenir ne lui offre aucune certitude, il s'étourdit, se replie sur le présent, et pour le rendre plus supportable, rien ne lui coûte ; c'est en vain que sa conscience lui parle du bien et du mal, il se dit : Le bien est ce qui me rend heureux. Quel motif aurait-il, en effet, de voir le bien ailleurs ? Pourquoi endurer des privations ? Il veut être heureux, et pour être heureux, il veut jouir ; jouir de ce que possèdent les autres ; il veut de l'or, beaucoup d'or ; il y tient comme à sa vie, parce que l'or est le véhicule de toutes les jouissances matérielles ; que lui importe le bien-être de son semblable ! le sien avant tout ; il veut se satisfaire dans le présent, ne sachant s'il le pourra plus tard, dans un avenir auquel il ne croit pas ; il devient donc avide, jaloux, égoïste, et, avec toutes ses jouissances, il n'est pas heureux, parce que le présent lui semble trop court.
Avec la certitude de l'avenir, tout change d'aspect pour lui ; le présent n'est qu'éphémère, et il le voit s'écouler sans regret ; il est moins âpre aux jouissances terrestres, parce qu'elles ne lui donnent qu'une sensation passagère, fugitive, qui laisse le vide dans son cœur ; il aspire à un bonheur plus durable, et par conséquent plus réel ; et où peut-il le trouver, si ce n'est dans l'avenir ? Le Spiritisme, en lui montrant, en lui prouvant cet avenir, le délivre du supplice de l'incertitude, voilà pourquoi il le rend heureux ; or, ce qui rend heureux trouve toujours des partisans.
Les adversaires du Spiritisme attribuent sa propagation rapide à une fièvre superstitieuse qui s'empare de l'humanité, à l'amour du merveilleux ; mais il faudrait avant tout être logique ; nous accepterons leur raisonnement, si on peut appeler cela un raisonnement, quand ils nous auront clairement expliqué pourquoi cette fièvre atteint précisément les classes éclairées de la société plutôt que les classes ignorantes. Quant à nous, nous disons que c'est parce que le Spiritisme fait appel au raisonnement et non à une croyance aveugle, que les classes éclairées examinent, réfléchissent et comprennent ; or les idées superstitieuses ne supportent pas l'examen.
Au reste, vous tous qui combattez le Spiritisme, le comprenez-vous ? l'avez-vous étudié, scruté dans ses détails, mûrement pesé dans toutes ses conséquences ? Non, mille fois non. Vous parlez d'une chose que vous ne connaissez pas ; toutes vos critiques, je ne parle pas des sottes, plates et grossières diatribes, dénuées de tout raisonnement et qui n'ont aucune valeur, je parle de celles qui ont au moins l'apparence du sérieux ; toutes vos critiques, dis-je, accusent la plus complète ignorance de la chose.
Pour critiquer, il faut pouvoir opposer un raisonnement à un raisonnement, une preuve à une preuve ; cela est-il possible sans la connaissance approfondie du sujet que l'on traite ? Que penseriez-vous de celui qui prétendrait critiquer un tableau sans posséder, au moins en théorie, les règles du dessin et de la peinture ; discuter le mérite d'un opéra sans savoir la musique ? Savez-vous quelle est la conséquence d'une critique ignorante ? C'est d'être ridicule et d'accuser un défaut de jugement. Plus la position du critique est élevée, plus il est en évidence, plus son intérêt lui commande de circonspection pour ne pas s'exposer à recevoir des démentis, toujours faciles à donner à quiconque parle de ce qu'il ne connaît pas. C'est pourquoi les attaques contre le Spiritisme ont si peu de portée, et favorisent son développement au lieu de l'arrêter. Ces attaques sont de la propagande ; elles provoquent l'examen, et l'examen ne peut que nous être favorable, parce que nous nous adressons à la raison. Il n'est pas un des articles publiés contre cette doctrine qui ne nous ait valu un surcroît d'abonnés et qui n'ait fait vendre des ouvrages. Celui de M. Oscar Comettant (voir le Siècle du 27 octobre dernier, et notre réponse dans la Revue du mois de décembre 1859) a fait vendre en quelques jours, à M. Ledoyen, plus de cinquante exemplaires de la fameuse sonate de Mozart (qui se vend 2 fr., prix net, selon l'importante et spirituelle remarque de M. Comettant). Les articles de l'Univers des 13 avril et 28 mai 1859 (voir notre réponse dans les numéros de la Revue de mai et de juillet 1859) ont fait épuiser promptement ce qui restait de la première édition du Livre des Esprits, et ainsi des autres. Mais revenons à des choses moins matérielles. Tant qu'on n'opposera au Spiritisme que des arguments de cette nature, il n'aura rien à craindre.
Nous répétons que la source principale du progrès des idées Spirites est dans la satisfaction qu'elles procurent à tous ceux qui les approfondissent, et qui y voient autre chose qu'un futile passe-temps ; or, comme on veut son bonheur avant tout, il n'est pas étonnant qu'on s'attache à une idée qui rend heureux. Nous avons dit quelque part qu'en fait de Spiritisme la période de curiosité est passée, et que celle du raisonnement et de la philosophie lui a succédé. La curiosité n'a qu'un temps : une fois satisfaite, on en quitte l'objet pour passer à un autre ; il n'en est pas de même de ce qui s'adresse à la pensée sérieuse et au jugement. Le Spiritisme a surtout progressé depuis qu'il est mieux compris dans son essence intime, depuis qu'on en voit la portée, parce qu'il touche à la corde la plus sensible de l'homme : celle de son bonheur, même de ce monde ; là est la cause de sa propagation, le secret de la force qui le fera triompher. Vous tous qui l'attaquez, voulez-vous donc un moyen certain de le combattre avec succès ? Je vais vous l'indiquer. Remplacez-le par quelque chose de mieux ; trouvez une solution PLUS LOGIQUE à toutes les questions qu'il résout ; donnez à l'homme une AUTRE CERTITUDE qui le rende plus heureux, et comprenez bien la portée de ce mot certitude, car l'homme n'accepte comme certain que ce qui lui paraît logique ; ne vous contentez pas de dire que cela n'est pas, c'est trop facile ; prouvez, non par une négation, mais par des faits, que cela n'est pas, n'a jamais été et NE PEUT PAS ETRE ; prouvez enfin que les conséquences du Spiritisme ne sont pas de rendre les hommes meilleurs par la pratique de la plus pure morale évangélique, morale qu'on loue beaucoup, mais qu'on pratique si peu. Quand vous aurez fait cela, je serai le premier à m'incliner devant vous. Jusque-là, permettez-moi de regarder vos doctrines, qui sont la négation de tout avenir, comme la source de l'égoïsme, ver rongeur de la société, et, par conséquent, comme un véritable fléau. Oui, le Spiritisme est fort, plus fort que vous, parce qu'il s'appuie sur les bases mêmes de la religion : Dieu, l'âme, les peines et les récompenses futures basées sur le bien et le mal qu'on a fait ; vous, vous vous appuyez sur l'incrédulité ; il convie les hommes au bonheur, à l'espérance, à la véritable fraternité ; vous, vous leur offrez le NEANT pour perspective et L'EGOISME pour consolation ; il explique tout, vous n'expliquez rien ; il prouve par les faits, et vous ne prouvez rien ; comment voulez-vous qu'on balance entre les deux Doctrines ?
En résumé nous constatons, et chacun le voit et le sent comme nous, que le Spiritisme a fait un pas immense pendant l'année qui vient de s'écouler, et ce pas est le gage de celui qu'il ne peut manquer de faire pendant l'année qui commence ; non seulement le nombre de ses partisans s'est considérablement accru, mais il s'est opéré un changement notable dans l'opinion générale, même parmi les indifférents ; on se dit qu'au fond de tout cela il pourrait bien y avoir quelque chose ; qu'il ne faut pas se hâter de juger ; ceux qui, à ce nom, haussaient les épaules, commencent à craindre le ridicule pour eux-mêmes, en attachant leur nom à un jugement précipité qui peut recevoir un démenti ; ils préfèrent donc se taire et attendre. Il y aura sans doute longtemps encore des gens qui, n'ayant rien à perdre dans l'opinion de la postérité, chercheront à le dénigrer, les uns par caractère ou par état, d'autres par calcul ; mais on se familiarise avec l'idée d'aller à Charenton depuis qu'on se voit en si bonne compagnie, et cette mauvaise plaisanterie devient, comme tant d'autres, un lieu commun dont on ne s'émeut plus du tout, parce qu'au fond de ces attaques on voit un vide absolu de raisonnement. L'arme du ridicule, cette arme qu'on dit si terrible, s'émousse évidemment, et tombe des mains de ceux mêmes qui la tenaient ; a-t-elle donc perdu sa puissance ? Non, mais c'est à la condition de ne pas porter ses coups à faux. Le ridicule ne tue que ce qui est ridicule en soi et n'a du sérieux que l'apparence, car il fustige l'hypocrite et lui arrache son masque ; mais ce qui est véritablement sérieux ne peut en recevoir que des atteintes passagères et sort toujours triomphant de la lutte. Voyez si une seule des grandes idées qui ont été bafouées à leur origine par la tourbe ignorante et jalouse est tombée pour ne plus se relever ! Or, le Spiritisme est une des plus grandes idées, parce qu'il touche à la question la plus vitale, celle du bonheur de l'homme, et l'on ne joue pas impunément avec une pareille question ; il est fort, parce qu'il a ses racines dans les lois mêmes de la nature, et il répond à ses ennemis en faisant dès son début le tour du monde. Encore quelques années, et ses détracteurs, impuissants à le combattre par le raisonnement, se trouveront tellement débordés par l'opinion, tellement isolés, que force sera pour eux ou de se taire, ou d'ouvrir les yeux à la lumière.
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Le Magnétisme devant l'Académie.
Le Magnétisme, mis à la porte, est entré par la fenêtre à la faveur d'un déguisement et d'un autre nom ; au lieu de dire : Je suis le magnétisme, ce qui probablement ne lui eût pas valu un accueil favorable, il a dit : Je m'appelle hypnotisme (du grec upnos, sommeil). Grâce à ce mot de passe, il est arrivé, toutefois après vingt ans de patience ; mais il n'a pas perdu pour attendre, puisqu'il a su se faire introduire par une des plus grandes illustrations. Il s'est bien donné de garde de se présenter avec son cortège de passes, de somnambulisme, de vue à distance, d'extases, qui l'auraient trahi ; il a dit simplement : Vous êtes bons et humains, votre cœur saigne de voir souffrir vos malades ; vous cherchez un moyen d'endormir la douleur du patient que taille votre scalpel ; celui que vous employez est parfois très dangereux, je vous en apporte un plus simple et qui, dans tous les cas, est sans inconvénients. Il était bien sûr d'être écouté en parlant au nom de l'humanité ; et il ajoute, le rusé : Je suis de la famille, puisque c'est un des vôtres à qui je dois le jour. Il pense, non sans quelque raison, que cette origine ne peut lui nuire.
Si nous vivions au temps de la brillante et poétique Grèce, nous dirions : Le Magnétisme, enfant de la nature et d'un simple mortel, fut proscrit de l'Olympe, parce qu'il avait attenté aux privilèges d'Esculape, et marché sur ses brisées, en se flattant de pouvoir guérir sans son concours. Il erra longtemps sur la terre, où il enseigna aux hommes l'art de guérir par des moyens nouveaux ; il dévoila an vulgaire une foule de merveilles qui, jusqu'alors, avaient été tenues mystérieusement cachées dans les temples ; mais ceux dont il avait révélé les secrets et démasqué la fourberie le pourchassèrent à coups de pierres, de telle sorte qu'il était à la fois banni par les dieux et maltraité par les hommes ; mais il n'en continua pas moins à répandre ses bienfaits en soulageant l'humanité, certain qu'un jour son innocence serait reconnue, et que justice lui serait rendue. Il eut un fils dont il cacha soigneusement la naissance, de peur de lui attirer des persécutions ; il l'appela Hypnotisme. Ce fils partagea longtemps son exil, et pendant ce temps il l'instruisait. Quand il le crut assez formé, il lui dit : Va te présenter à l'Olympe ; garde-toi surtout de dire que tu es mon fils ; ton nom et un déguisement t'en faciliteront l'accès ; Esculape t'introduira. - Comment ! mon père ; Esculape ! votre ennemi le plus acharné ! lui qui vous a proscrit ! - Lui-même te tendra la main. - Mais, s'il me reconnaît, il me chassera. - Eh bien ! s'il te chasse, tu reviendras auprès de moi, et nous continuerons notre œuvre bienfaisante parmi les hommes, en attendant des temps meilleurs. Mais sois tranquille, j'ai bon espoir. Esculape n'est pas méchant ; il veut avant tout le progrès de la science, autrement il ne serait pas digne d'être le dieu de la médecine. J'ai, d'ailleurs, peut-être bien eu quelques torts envers lui ; blessé de me voir dénigrer, je me suis emporté, je l'ai attaqué sans ménagement ; je lui ai prodigué des injures, je l'ai bafoué, vilipendé, traité d'ignorant ; or, c'est là un mauvais moyen de ramener les hommes et les dieux, et son amour-propre froissé a pu s'irriter un instant contre moi. Ne fais pas comme moi, mon fils ; sois plus prudent, et surtout plus poli ; si les autres ne le sont pas avec toi, le tort sera pour eux et la raison pour toi. Va, mon fils, et souviens-toi qu'on ne prend pas des mouches avec du vinaigre. - Ainsi parla le père. Hypnotisme marcha timidement vers l'Olympe ; le coeur lui battait fort quand il se présenta sur le seuil de la porte sacrée ; mais, ô surprise ! Esculape lui-même lui tend la main et l'introduit.
Voilà donc le Magnétisme dans la place ; que va-t-il faire ? Oh ! ne croyez pas la victoire définitive ; nous n'en sommes pas même encore aux préliminaires de la paix. C'est une première barrière renversée, voilà tout ; ce pas est important, sans doute, mais n'allez pas croire que ses ennemis vont s'avouer vaincus ; Esculape lui-même, le grand Esculape, qui l'a reconnu à son air de famille, embrasserait hautement sa défense, qu'ils seraient capables de l'envoyer à Charenton. Ils vont dire que c'est... quelque chose... ; mais qu'assurément ce n'est pas du Magnétisme. Soit ; ne chicanons pas sur les mots ; ce sera tout ce qu'ils voudront ; mais, en attendant, c'est un fait qui aura des conséquences ; or, voici ces conséquences. On va d'abord s'en occuper au seul point de vue anesthétique (du grec aisthésis, sensibilité, et a privatif ; privation générale ou partielle de la faculté de sentir), et cela par suite de la prédominance des idées matérialistes, car il y a encore tant de gens qui tiennent, par modestie sans doute, à se réduire au rôle de tournebroche, qui, lorsqu'il est disloqué, est jeté à la ferraille sans qu'il en reste vestige ! On va donc expérimenter ce fait de toutes les manières, ne serait-ce que par simple curiosité ; on va étudier l'action des différentes substances pour produire le phénomène de la catalepsie ; puis un beau jour on reconnaîtra qu'il suffit de poser le doigt. Mais ce n'est pas tout ; en observant le phénomène de la catalepsie, il s'en présentera d'autres spontanément ; déjà on a remarqué la liberté de la pensée pendant la suspension des facultés organiques ; la pensée est donc indépendante des organes ; il y a donc en l'homme autre chose que la matière ; on verra des facultés étranges se manifester : la vue acquérir une amplitude insolite, franchir les limites des sens ; toutes les perceptions déplacées ; en un mot, c'est un vaste champ pour l'observation, et les observateurs ne manqueront pas ; le sanctuaire est ouvert, espérons qu'il en jaillira la lumière, à moins que le céleste aréopage n'en laisse l'honneur à d'autres qu'à lui.
Nos lecteurs nous sauront gré de rapporter le remarquable article que M. Victor Meunier, rédacteur de l'Ami des Sciences, a publié sur cet intéressant sujet, dans la Revue scientifique hebdomadaire du Siècle du 16 décembre 1859.
" Le magnétisme animal, conduit à l'Académie par M. Broca, présenté à l'illustre compagnie par M. Velpeau, expérimenté par MM. Follin, Verneuil, Faure, Trousseau, Denonvilliers, Nélaton, Azam, Ch. Robin, etc., tous chirurgiens des hôpitaux, c'est la grande nouvelle du jour.
Les découvertes, comme les livres ont leur destin. Celle dont il va être question n'est point nouvelle. Elle date d'une vingtaine d'années, et ni en Angleterre où elle est née, ni en France où pour le moment on ne s'occupe plus d'autre chose, la publicité ne lui a manqué. Un médecin écossais, M. le docteur Braid, l'a découverte et lui a consacré tout un livre (Neurypnology or the rationale of nervous sleep, considered in relation with animal magnetism) ; un célèbre médecin anglais, M. le docteur Carpenter, a longuement analysé la découverte de M. Braid dans l'article sleep (sommeil) de l'Encyclopédie d'anatomie et de physiologie de Tood (Cyclopedia of anatomy and physiology) ; un illustre savant français, M. Littré, a reproduit l'analyse du docteur Carpenter dans la seconde édition du Manuel de physiologie de J. Mueller ; enfin, nous avons nous-même consacré un de nos feuilletons de la Presse (7 juillet 1852) à l'hypnotisme (c'est le nom donné par M. Braid à l'ensemble de faits dont il s'agit). La plus récente des publications relatives à ce sujet date donc de sept années, et c'est quand on pouvait le croire oublié, qu'il acquiert cet immense retentissement.
Il y a dans l'hypnotisme deux choses : un ensemble de phénomènes nerveux, et le procédé au moyen duquel on les produit.
Ce procédé, employé anciennement, si je ne me trompe, par l'abbé Faria, est d'une grande simplicité.
Il consiste à tenir un objet brillant devant les yeux de la personne sur laquelle on expérimente, à une petite distance en avant de la racine du nez, de sorte qu'elle ne puisse le regarder sans loucher en dedans ; elle doit fixer les yeux sur lui. Ses pupilles se contractent d'abord, se dilatent fortement ensuite, et en peu d'instants l'état cataleptique est produit. Soulevez les membres du sujet, ils gardent la position que vous leur donnez. Ce n'est qu'un des phénomènes produits, nous parlerons tout à l'heure des autres.
M. Azam, professeur suppléant de clinique chirurgicale à l'Ecole de Médecine de Bordeaux, ayant répété avec succès les expériences de M. Braid, en entretint M. Paul Broca, qui pensa que les personnes hypnotisées seraient peut-être insensibles à la douleur des opérations chirurgicales. La lettre qu'il vient d'adresser à l'Académie des sciences est le résumé de ses expériences à ce sujet.
Avant tout, il devait s'assurer de la réalité de l'hypnotisme ; il y parvint sans difficulté.
Rendant visite à une dame âgée de quarante ans, quelque peu hystérique, et qui gardait le lit pour une légère indisposition, M. Broca feint de vouloir examiner les yeux de la malade, et la prie de regarder fixement un petit flacon doré, qu'il tient devant elle à 15 centimètres environ en avant de la racine du nez. Au bout de trois minutes, les yeux sont un peu rouges, les traits immobiles, les réponses lentes et difficiles, mais parfaitement raisonnables. M. Broca lève le bras de la malade, le bras reste dans l'attitude où on l'a mis : il donne aux doigts les situations les plus extrêmes, les doigts les conservent ; il pince la peau en plusieurs endroits avec une certaine force, la patiente ne paraît pas s'en apercevoir. Catalepsie, insensibilité ! M. Broca ne poussa pas plus loin l'expérience ; elle lui avait appris ce qu'il voulait savoir. Une friction sur les yeux, une insufflation d'air froid sur le front ramenèrent la malade à l'état normal. Elle n'avait aucun souvenir de ce qui venait de se passer.
Restait à savoir si l'insensibilité hypnotique résisterait à l'épreuve des opérations chirurgicales.
Parmi les hôtes de l'hôpital Necker, dans le service de M. Follin, était une pauvre jeune femme de 24 ans, atteinte d'une vaste brûlure du dos et des deux membres droits, et d'un énorme abcès extrêmement douloureux. Les moindres mouvements étaient pour elle un supplice ; épuisée par la souffrance, et d'ailleurs très pusillanime, cette malheureuse ne pensait qu'avec terreur à l'opération devenue nécessaire. C'est sur elle que, d'accord avec M. Follin, M. Broca résolut de compléter l'épreuve de l'hypnotisme.
On la plaça sur un lit, en face d'une fenêtre, la prévenant qu'on allait l'endormir. Au bout de deux minutes ses pupilles se dilatent, on lève son bras gauche presque verticalement au-dessus du lit, il reste immobile. Vers la quatrième minute, ses réponses sont lentes et presque pénibles, mais parfaitement sensées. Cinquième minute : M. Follin pique la peau du bras gauche, la malade ne bouge pas ; nouvelle piqûre plus profonde, qui amène le sang, même impassibilité. On élève le bras droit, qui reste levé. Alors les couvertures sont soulevées et les membres inférieurs écartés pour mettre à découvert le siège de l'abcès. La malade se laisse faire, et dit avec tranquillité qu'on va sans doute lui faire du mal. L'abcès est ouvert, elle pousse un faible cri ; c'est le seul signe de réaction qu'elle donne ; il a duré moins d'une seconde. Pas le moindre frémissement dans les muscles de la face ou des membres, pas un tressaillement dans les deux bras, toujours élevés verticalement au-dessus du lit. Les yeux un peu injectés restent largement ouverts ; le visage a l'immobilité d'un masque...
Le talon gauche soulevé reste suspendu. On enlève le corps brillant (une lorgnette) ; la catalepsie persiste ; pour la troisième fois on pique le bras gauche, le sang perle, l'opérée ne sent rien. Il y a 13 minutes que ce bras garde la situation qu'on lui a donnée.
Enfin, une friction sur les yeux, une insufflation d'air froid réveillent la jeune femme presque subitement ; ses bras et la jambe gauche relâchés à la fois retombent tout à coup sur le lit. Elle se frotte les yeux, reprend connaissance, ne se souvient de rien, et s'étonne qu'on l'a opérée. L'expérience avait duré 18 à 20 minutes ; la période d'anesthésie, 12 à 15.
Tels sont en abrégé les faits essentiels communiqués par M. Broca à l'Académie des sciences. Ils ne sont déjà plus isolés. Un grand nombre des chirurgiens de nos hôpitaux ont tenu à honneur de les répéter, et l'ont fait avec succès. Le but de M. Broca et de ses honorables collègues était et devait être chirurgical. Espérons que l'hypnotisme aura, comme moyen de provoquer l'insensibilité, tous les avantages des agents anesthésiques sans en avoir les inconvénients ; mais la médecine n'est pas de notre domaine, et, pour ne point sortir de ses attributions, notre Revue ne doit considérer le fait que sous le rapport physiologique.
Après avoir reconnu la véracité de M. Braid sur le point essentiel, on tiendra sans doute à vérifier tout ce qu'il rapporte de cet état singulier, auquel il donne le nom d'hypnotisme. Les phénomènes qu'il lui attribue peuvent être classés de la manière suivante.
Exaltation de la sensibilité. - L'odorat est porté à un degré d'acuité qui égale au moins ce qu'on observe chez les animaux ayant le meilleur nez. L'ouïe devient également très perçante. Le toucher acquiert surtout, par rapport à la température, une délicatesse incroyable.
Sentiments suggérés. - Mettez le visage, le corps ou les membres du sujet dans l'attitude qui convient à l'expression d'un sentiment particulier, aussitôt l'état mental correspondant est éveillé. Ainsi, la main de l'hypnotisé étant placée sur le sommet de sa tête, il se redresse spontanément de toute sa hauteur, rejette le haut du corps en arrière ; sa contenance est celle de l'orgueil le plus vif. En ce moment, courbez sa tête en avant, fléchissez doucement le corps et les membres, et l'orgueil fait place à la plus profonde humilité. Ecartez doucement les coins de sa bouche, comme dans le rire, une disposition gaie est aussitôt produite ; la mauvaise humeur en prend immédiatement la place si l'on tire les sourcils l'un vers l'autre et en bas.
Idées provoquées. - Levez la main du sujet au-dessus de sa tête et fléchissez les doigts sur la paume, l'idée de grimper, de se balancer, de tirer une corde est suscitée. Si au contraire on fléchit les doigts tout en laissant pendre les bras, l'idée qu'on provoque est celle de lever un poids. Si les doigts sont fléchis, le bras étant porté en avant comme pour donner un coup, c'est l'idée de boxer qui surgit. (La scène se passe à Londres.)
Accroissement de la force musculaire. - Veut-on susciter une force extraordinaire dans un groupe de muscles, il suffit de suggérer au sujet l'idée de l'action qui réclame cette force et de lui assurer qu'il peut l'accomplir avec la plus grande facilité s'il le veut. " Nous avons vu, dit M. Carpenter, un des sujets hypnotisés de M. Braid, remarquable par la pauvreté de son développement musculaire, soulever, à l'aide de son petit doigt seul, un poids de quatorze kilogrammes et le faire tourner autour de sa tête sur la seule assurance que ce poids était aussi léger qu'une plume. "
Nous nous bornons pour aujourd'hui à l'indication de ce programme ; la parole est aux faits, les réflexions viendront plus tard.
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L'Esprit d'un côté et le corps de l'autre.
Entretien avec l'Esprit d'une personne vivante.
Notre honorable collègue, M. le comte de R... C... nous a adressé la lettre suivante, à la date du 23 novembre dernier :
" Monsieur le Président,
" J'ai ouï dire que des médecins, enthousiastes de leur art et désireux de contribuer aux progrès de la science en se rendant utiles à l'humanité, avaient, par testament, légué leur corps au scalpel des salles anatomiques. L'expérience à laquelle j'ai assisté de l'évocation d'une personne vivante (séance de la Société du 14 octobre 1859) ne m'a pas paru assez instructive, parce qu'il s'agissait d'une chose toute personnelle : de mettre en communication un père vivant avec sa fille morte. J'ai pensé que ce que des médecins ont fait pour le corps, un membre de la Société pouvait le faire pour l'âme, de son vivant, en se mettant à votre disposition pour un essai de ce genre. Vous pourriez peut-être, en préparant d'avance des questions qui, cette fois, n'auraient rien de personnel, obtenir quelques lumières nouvelles sur le fait de l'isolement de l'âme et du corps. Profitant d'une indisposition qui me retient chez moi, je viens m'offrir comme sujet d'étude, si vous l'agréez. Vendredi prochain donc, si je ne reçois contre-ordre, je me coucherai à neuf heures, et je pense qu'à neuf heures et demie vous pourrez m'appeler, etc. "
Nous avons profité de l'offre de M. le comte de R... C... avec d'autant plus d'empressement que, se mettant à notre disposition, nous pensions que son Esprit se prêterait plus volontiers à nos recherches ; d'un autre côté, son instruction, la supériorité de son intelligence (ce qui, par parenthèse, ne l'empêche pas d'être un excellent Spirite) et l'expérience qu'il a acquise dans ses voyages autour du monde comme capitaine de la marine impériale, pouvait nous faire espérer de sa part une plus saine appréciation de son état : notre attente n'a pas été trompée. Nous avons, en conséquence, eu avec lui les deux entretiens suivants, le premier, le 25 novembre, et le second, le 2 décembre 1859.
(Société ; 25 novembre 1859.)
1. Evocation. - R. Je suis là.
2. Avez-vous en ce moment conscience du désir que vous m'avez exprimé d'être évoqué ? - R. Parfaitement.
3. A quelle place êtes-vous ici ? - R. Entre vous et le médium.
4. Nous voyez-vous aussi clairement que lorsque vous assistez en personne à nos séances ? - R. A peu près, mais c'est un peu voilé ; je ne dors pas encore bien.
5. Comment avez-vous conscience de votre individualité ici présente, tandis que votre corps est dans votre lit ? - R. Mon corps n'est qu'accessoire pour moi en ce moment, c'est MOI qui suis ici.
Remarque. C'est MOI qui suis ici est une réponse très remarquable ; pour lui, le corps n'est pas la partie essentielle de son être ; cette partie, c'est l'Esprit, qui constitue son moi ; son moi et son corps sont deux choses distinctes.
6. Pouvez-vous vous transporter instantanément et à volonté d'ici chez vous et de chez vous ici ? - R. Oui.
7. En allant de chez vous ici et réciproquement, avez-vous conscience du trajet que vous faites ? voyez-vous les objets qui sont sur votre route ? - R. Je le pourrais, mais je néglige de le faire, n'y étant pas intéressé.
8. L'état où vous êtes est-il semblable à celui d'un somnambule ? - R. Non pas entièrement ; mon corps dort, c'est-à-dire est à peu près inerte ; le somnambule ne dort pas ; ses facultés organiques sont modifiées et non annihilées.
9. L'Esprit d'une personne vivante évoqué pourrait-il indiquer des remèdes comme un somnambule ? - R. S'il les connaît, ou s'il se trouve en rapport avec un Esprit qui les connaisse, oui ; sinon, non.
10. Le souvenir de votre existence corporelle est-il nettement présent à votre mémoire ? - R. Très net.
11. Pourriez-vous citer quelques-unes de vos occupations les plus saillantes de la journée ? - R. Je le pourrais, mais je ne le ferai pas, et regrette d'avoir proposé cette question. (Il avait prié de lui adresser une question de ce genre comme épreuve.)
12. Est-ce comme Esprit que vous regrettez d'avoir proposé cette question ? - R. Comme Esprit.
13. Pourquoi le regrettez-vous ? - R. Parce que je comprends mieux combien il est juste qu'il soit la plupart du temps défendu de le faire.
14. Pourriez-vous nous faire la description de votre chambre à coucher ? - R. Certainement ; et de celle de mon concierge aussi.
15. Eh bien ! alors soyez assez bon pour nous décrire votre chambre, ou celle de votre concierge ? - R. J'ai dit que je le pourrais, mais pouvoir n'est pas vouloir.
16. Quelle est la maladie qui vous retient chez vous ? - R. La goutte.
17. Y a-t-il un remède pour la goutte ? si vous en connaissiez, vous seriez bien bon de l'indiquer, car ce serait rendre un grand service. - R. Je le pourrais, mais je m'en garderai bien ; le remède serait pire que le mal.
18. Pire on non, veuillez l'indiquer, sauf à ne pas s'en servir. - R. Il y en a plusieurs, entre autres le colchique.
Remarque. Eveillé, M. de R... a reconnu n'avoir jamais entendu parler de l'emploi de cette plante comme spécifique anti-goutteux.
19. Dans votre état actuel verriez-vous le danger que pourrait courir un ami, et pourriez-vous lui venir en aide ? - R. Je le pourrais ; je l'inspirerais, s'il écoutait mon inspiration, et avec encore plus de fruit s'il était médium.
20. Puisque nous vous évoquons d'après votre désir, et que vous voulez bien vous mettre à notre disposition pour nos études, veuillez nous décrire le mieux possible, et nous faire comprendre, si c'est possible, l'état où vous êtes maintenant. - R. Je suis dans l'état le plus heureux et le plus satisfaisant qu'on puisse éprouver. Avez-vous jamais fait un de ces rêves où la chaleur du lit vous fait croire que vous êtes bercé mollement dans les airs, ou dans les flots d'une onde tiède, sans nul souci de vos mouvements, sans aucune conscience de membres lourds et incommodes à mouvoir ou à entraîner, en un mot sans nul besoin à satisfaire ; ne sentant ni l'aiguillon de la faim, ni celui de la soif ? Je suis en cet état près de vous ; encore ne vous donné-je qu'une bien petite idée de ce que j'éprouve.
21. L'état actuel de votre corps éprouve-t-il une modification physiologique quelconque, par suite de l'absence de l'Esprit ? - R. En aucune façon ; je suis dans l'état que vous appelez le premier sommeil ; sommeil lourd et profond que nous éprouvons tous, et pendant lequel nous nous éloignons de notre corps.
Remarque. Le sommeil, qui n'était pas complet au commencement de l'évocation, s'est établi peu à peu, par suite même du dégagement de l'Esprit qui laisse le corps dans un plus grand repos.
22. Si, par suite d'un mouvement brusque, on réveillait instantanément votre corps pendant que votre Esprit est ici, qu'en résulterait-il ? - R. Ce qui est brusque pour l'homme est bien lent pour l'Esprit, qui a toujours le temps d'être averti.
23. Le bonheur que vous venez de nous dépeindre et dont vous jouissez dans votre état libre a-t-il quelque rapport avec les sensations agréables qu'on éprouve quelquefois dans les premiers moments de l'asphyxie ? M. S..., qui a eu la satisfaction de les éprouver (involontairement), vous adresse cette question. - R. Il n'a pas tout à fait tort ; dans la mort par asphyxie il y a un instant analogue à celui dont il parle, mais seulement l'Esprit perd de sa lucidité, tandis qu'ici elle est considérablement accrue.
24. Votre Esprit tient-il encore par un lien quelconque à votre corps ? - R. Oui, j'en ai parfaitement conscience.
25. A quoi pouvez-vous comparer ce lien ? - R. A rien que vous connaissiez, si ce n'est à une lueur phosphorescente, comme aspect, si vous pouviez le voir, mais qui ne produit sur moi aucune sensation.
26. La lumière vous affecte-t-elle de la même manière ; a-t-elle la même teinte que lorsque vous voyez par les yeux ? - R. Absolument, puisque mes yeux servent en quelque sorte de fenêtres à la boîte de mon cerveau.
27. Percevez-vous les sons aussi distinctement ? - R. Plus distinctement, car j'en perçois beaucoup qui vous échappent.
28. Comment transmettez-vous votre pensée au médium ? - R. J'agis sur sa main pour lui donner une direction que je facilite par une action sur le cerveau.
29. Vous servez-vous des mots du vocabulaire qu'il a dans la tête, ou lui indiquez-vous les mots qu'il doit écrire ? - R. L'un et l'autre, selon ma convenance.
29. Si vous aviez pour médium quelqu'un qui ne sût pas votre langue et dont la sienne vous fût inconnue, un Chinois, par exemple, comment feriez-vous pour lui dicter ? - R. Ce serait plus difficile ; et peut-être impossible ; mais dans tous les cas cela ne se pourrait qu'avec une souplesse et une docilité très rare à rencontrer.
30. L'Esprit dont le corps serait mort éprouverait-il la même difficulté à se communiquer à un médium complètement étranger à la langue qu'il parlait de son vivant ? - R. Peut-être moindre, mais elle existerait toujours ; je viens de vous dire que, selon l'occurrence, l'Esprit donne au médium ses expressions ou prend les siennes.
31. Votre présence ici fatigue-t-elle votre corps ? - R. Nullement.
32. Votre corps rêve-t-il ? - R. Non ; c'est en cela, justement, qu'il ne se fatigue pas ; la personne dont vous parlez éprouvait par ses organes des impressions qui se transmettaient à l'Esprit ; c'est ce qui la fatiguait ; je n'éprouve rien de pareil.
Remarque. Il fait allusion à une personne dont on parlait à ce moment, et qui, dans une situation pareille, avait dit que son corps se fatiguait, et avait comparé son Esprit à un ballon captif dont les secousses ébranlent le poteau qui le retient.
Le lendemain M. de R... C... nous a dit avoir rêvé qu'il était à la Société entre nous et le médium ; c'est évidemment un souvenir de l'évocation. Il est probable qu'au moment de la question il ne rêvait pas, puisqu'il a répondu négativement ; ou peut-être aussi, et cela est même plus probable, le rêve n'étant qu'un souvenir de l'activité de l'Esprit, ce n'est pas en réalité le corps qui rêve, puisque le corps ne pense pas. Il a donc pu, et même dû répondre négativement, ne sachant pas si, une fois réveillé, son Esprit se souviendrait. Si son corps eût rêvé, pendant que son Esprit était absent, c'est que l'Esprit aurait eu une double action ; or, il ne pouvait être à la fois à la Société et chez lui.
33. Votre Esprit est-il dans l'état où il sera quand vous serez mort ? - R. A peu de chose près ; à cela près du lien qui le rattache au corps.
34. Avez-vous conscience de vos existences précédentes ? - R. Très confusément : c'est encore là une différence que j'oubliais ; après le dégagement complet qui suit la mort, les souvenirs sont beaucoup plus précis ; actuellement ils sont plus complets que pendant la veille, mais pas assez pour pouvoir les spécifier d'une manière intelligible.
35. Si, à votre réveil on vous soumettait votre écriture, cela vous donnerait-il conscience des réponses que vous venez de faire ? - R. J'y pourrais retrouver quelques-unes de mes pensées ; mais beaucoup d'autres ne trouveraient aucun écho dans ma pensée de la veille.
36. Pourriez-vous exercer sur votre corps une influence assez grande pour vous réveiller ? - R. Non.
37. Pourriez-vous répondre à une question mentale ? - R. Oui.
38. Nous voyez-vous spirituellement ou physiquement ? - R. L'un et l'autre.
39. Pourriez-vous aller visiter le frère de votre père, qu'on a dit être dans une île de l'Océanie, et, comme marin pourriez-vous préciser la position de cette île ? - R. Je ne puis rien de tout cela.
40. Que pensez-vous maintenant de votre interminable ouvrage et de son but ? - R. Je pense que je dois le poursuivre, ainsi que le but ; c'est tout ce que je peux dire.
Remarque. Il avait désiré qu'on lui fît cette question au sujet d'un important travail qu'il a entrepris sur la marine.
41. Nous serions charmés que vous voulussiez bien adresser quelques mots à vos collègues, une sorte de petit discours. - R. Puisque j'en trouve l'occasion, j'en profite pour vous affirmer, sur ma foi dans l'avenir de l'âme, que la plus grande faute que puissent commettre les hommes est de chercher des épreuves et des preuves ; ceci est tout au plus pardonnable aux hommes qui débutent dans la connaissance du Spiritisme ; ne vous a-t-on pas répété mille fois qu'il faut croire, parce qu'on comprend et qu'on aime la justice et la vérité, et que s'il était donné satisfaction à une de ces puériles demandes, ceux qui prétendent les faire pour être convaincus ne manqueraient pas d'en faire de nouvelles le lendemain, et qu'infailliblement vous gaspilleriez un temps précieux à faire dire la bonne aventure aux Esprits ? je le comprends maintenant beaucoup mieux que dans mon réveil, et je puis vous donner le sage conseil, quand vous voudrez obtenir de ces résultats, de vous adresser à des Esprits frappeurs et à des tables parlantes qui, n'ayant rien de mieux à dire, peuvent s'occuper de ces sortes de manifestations. Pardonnez-moi la leçon, mais j'en ai besoin comme d'autres, et ne suis pas fâché de me la donner à moi-même.
(Deuxième entretien, 2 décembre 1859.)
42. Evocation. - R. Je suis là.
43. Dormez-vous bien ? - R. Pas trop ; mais cela va venir.
44. Dans le cas particulier où vous êtes, jugez-vous qu'il soit utile de faire l'évocation au nom de Dieu, comme pour l'Esprit d'un mort ? - R. Pourquoi donc pas ? Croyez-vous que, de ce que je ne suis pas mort, Dieu me soit indifférent ?
45. Si, au moment où vous êtes ici, votre corps éprouvait une piqûre, non assez forte pour vous éveiller, mais suffisante pour vous faire tressaillir, votre Esprit la ressentirait-il ? - R. Mon corps ne la sentirait pas.
46. Votre Esprit en aurait-il conscience ? - R. Pas la moindre ; mais notez bien que vous me parlez d'une sensation légère, et sans aucune portée, comme importance, vis-à-vis du corps ou de l'Esprit.
47. A propos de la lumière, vous avez dit qu'elle vous paraissait comme à l'état de veille, attendu que vos yeux sont comme les fenêtre par où elle arrive à votre cerveau. Nous concevons cela pour la lumière perçue par votre corps ; mais en ce moment ce n'est pas votre corps qui voit. Voyez-vous encore par un point circonscrit ou par tout votre être ? - R. C'est fort difficile à vous faire comprendre ; l'Esprit perçoit ses sensations sans l'intermédiaire des organes, et n'a pas de point circonscrit pour les percevoir.
48. J'insiste de nouveau pour savoir si les objets, l'espace qui vous environne, ont pour vous la même teinte que lorsque vous êtes éveillé. - R. Pour moi, oui, parce que mes organes ne me trompent pas ; mais certains Esprits y trouveraient de grandes différences ; vous, par exemple, vous percevez les sons et les couleurs tout différemment.
49. Percevez-vous les odeurs ? - R. Mieux que vous aussi.
50. Faites-vous la différence entre la lumière et l'obscurité ? - R. Différence, oui ; mais l'obscurité n'existe pas pour moi comme pour vous ; j'y vois parfaitement.
51. Votre vue pénètre-t-elle les corps opaques ? - R. Oui.
52. Pourriez-vous aller dans une autre planète ? - R. Cela dépend.
53. De quoi cela dépend-il ? - R. De la planète.
54. Dans quelle planète pourriez-vous aller ? - R. Dans celles qui sont au même degré que la terre, ou à peu près.
55. Voyez-vous les autres Esprits ? - R. Beaucoup et encore.
Remarque. Une personne qui le connaît intimement, et qui assistait à cette séance, dit que cette expression lui est très familière ; elle y voit, ainsi que dans toute la forme de son langage, une preuve d'identité.
56. En voyez-vous ici ? - R. Oui.
57. Comment constatez-vous leur présence ? Est-ce par une forme quelconque ? - R. C'est par leur forme propre ; c'est-à-dire celle de leur périsprit.
58. Voyez-vous quelquefois vos enfants, et pouvez-vous leur parler ? - R. Je les vois et leur parle très souvent.
59. Vous avez dit : Mon corps est un accessoire ; c'est moi qui suis ici. Ce moi est-il circonscrit, limité ; a-t-il une forme quelconque ; en un mot, comment vous voyez-vous ? - R. C'est toujours le périsprit.
60. Le périsprit est-il donc un corps pour vous ? - R. Mais sans doute.
61. Votre périsprit affecte-t-il la forme de votre corps matériel, et vous semble-t-il être ici avec votre corps ? - R. Oui, à la première question, et non à la seconde ; j'ai parfaitement conscience de n'être ici qu'avec mon corps fluidique lumineux.
62. Pourriez-vous me donner une poignée de main ? - R. Oui, mais vous ne la sentiriez pas.
63. Pourriez-vous le faire d'une manière sensible ? - R. Cela se peut, mais je ne le puis ici.
64. Si, au moment où vous êtes ici, votre corps venait à mourir subitement, qu'éprouveriez-vous ? - R. J'y serais avant.
65. Seriez-vous plus promptement dégagé que si vous mouriez dans les circonstances ordinaires ? - R. Beaucoup ; je ne rentrerais que pour fermer la porte après être ressorti.
66. Vous avez dit que vous avez la goutte ; vous n'êtes pas d'accord en cela avec votre médecin, ici présent, qui prétend que c'est un rhumatisme névralgique. Qu'en pensez-vous ? - R. J'en pense que puisque vous êtes si bien renseignés, cela doit vous suffire.
67. (Le médecin.) Sur quoi vous fondez-vous pour croire que c'est la goutte ? - R. C'est mon opinion à moi ; je me trompe peut-être, surtout si vous êtes TRES SUR de ne pas vous tromper vous-même.
68. (Le médecin.) Il serait possible qu'il y eût complication de goutte et de rhumatisme. - R. Alors nous aurions raison tous deux ; il ne nous resterait plus qu'à nous embrasser.
(Cette réponse provoque le rire dans l'assemblée.)
69. Cela vous fait-il rire de nous voir rire ? - R. Mais aux éclats ; vous ne m'entendez donc pas ?
70. Vous avez dit que le colchique est un remède efficace contre la goutte ; d'où vous est venue cette idée, puisque, éveillé vous ne le saviez pas ? - R. Je m'en suis servi jadis.
71. C'est donc dans une autre existence ? - R. Oui, et mal m'en a pris.
72. Si l'on vous faisait une question indiscrète, pourrait-on vous contraindre d'y répondre ? - R. Oh ! c'est trop fort ; essayez donc.
73. Ainsi vous avez parfaitement votre libre arbitre ? - R. Plus que vous.
Remarque. L'expérience a prouvé en maintes occasions que l'Esprit isolé du corps a toujours sa volonté et ne dit que ce qu'il veut ; comprenant mieux la portée des choses, il est même plus prudent et plus discret qu'il ne le serait éveillé. Quand il dit une chose, c'est qu'il croit utile de le faire.
74. Auriez-vous été libre de ne pas venir quand nous vous avons appelé ? - R. Oui, quitte à en subir les conséquences.
75. Quelles sont ces conséquences ? - R. Si je me refuse à être utile à mes semblables, surtout quand j'ai parfaite conscience de mes actes, je suis libre, mais je suis puni.
76. Quel genre de punition subiriez-vous ? - R. Il faudrait vous développer le code de Dieu, et ce serait trop long.
77. Si, dans ce moment-ci, quelqu'un vous insultait, vous disait de ces choses qu'éveillé vous ne supporteriez pas, quel sentiment cela vous ferait-il éprouver ? - R. Le mépris.
78. Ainsi vous ne chercheriez pas à vous venger ? - R. Non.
79. Vous faites-vous une idée du rang que vous occuperez parmi les Esprits quand vous y serez tout à fait ? - R. Non, cela n'est pas permis.
80. Croyez-vous que, dans l'état actuel où vous êtes, l'Esprit puisse prévoir la mort de son corps ? - R. Quelquefois, puisque si je devais mourir subitement, j'aurais toujours le temps d'y rentrer.
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Conseils de famille.
Nos lecteurs se rappellent sans doute l'article que nous avons publié dans le mois de septembre dernier, sous le titre de : Une Famille Spirite. Les communications suivantes en sont le digne pendant. Ce sont, en effet, des conseils dictés dans une réunion intime, par un Esprit éminemment supérieur et bienveillant. Elles se distinguent par le charme et la douceur du style, la profondeur des pensées, et en outre par des nuances d'une extrême délicatesse, appropriées à l'âge et au caractère des personnes auxquelles il s'adresse. M. Rabache, négociant de Bordeaux, qui a servi d'intermédiaire, a bien voulu nous autoriser à les publier ; nous ne pouvons que féliciter les médiums qui en obtiennent de semblables : c'est une preuve qu'ils ont d'heureuses sympathies dans le monde invisible.
Château de Pechbusque, novembre 1859.
(Première séance.)
Il fut demandé à l'Esprit protecteur de la famille s'il voulait bien donner quelques conseils aux membres présents ; il répondit :
Oui : Qu'ils aient confiance en Dieu, et qu'ils cherchent à s'instruire des vérités immuables et éternelles que leur enseigne le livre divin de la nature ; il contient toute la loi de Dieu, et ceux qui savent le lire et le comprendre, seuls suivent le véritable chemin de la sagesse. Que rien de ce qu'ils verront ne soit négligé par eux, car chaque chose porte en soi un enseignement, et doit, par l'usage du raisonnement, élever l'âme vers Dieu et la rapprocher de lui. Dans tout ce qui frappera leur intelligence, qu'ils cherchent toujours à distinguer le bien du mal ; le premier pour le pratiquer, le second pour l'éviter. Qu'avant de formuler leur jugement, ils tournent toujours leur pensée vers l'ETERNEL, qui seul les guidera dans le bien, ET NE LES TROMPERA JAMAIS.
(Deuxième séance.)
Bonsoir, mes enfants. Si vous m'aimez, cherchez à vous instruire ; réunissez-vous souvent dans cette pensée. Mettez vos idées en commun, c'est un excellent moyen, car on ne se communique, en général, que les choses que l'on croit bonnes : on a honte des mauvaises, aussi les garde-t-on secrètes, ou ne les communique-t-on qu'à ceux dont on espère faire des complices. On discerne les bonnes pensées des mauvaises en ce que les premières peuvent, sans crainte aucune, se communiquer à tout le monde, tandis que les dernières ne se pourraient, sans danger, communiquer qu'à quelques-uns. Lorsqu'une pensée vous viendra, pour juger sa valeur, demandez-vous si vous pouvez sans inconvénient la rendre publique, et si elle ne produira point de mal : si votre conscience vous y autorise, soyez sans crainte, votre pensée est bonne. Donnez-vous mutuellement de bons conseils, et, en cela, n'ayez jamais en vue que le bien de celui à qui vous les donnerez, et non le vôtre. Votre récompense, à vous, sera dans le plaisir que vous éprouverez d'avoir été utiles. L'union des cœurs est la source la plus féconde de félicités, et si beaucoup d'hommes sont malheureux, c'est qu'ils ne cherchent le bonheur que pour eux seuls ; il leur échappe précisément parce qu'ils ne croient le trouver que dans l'égoïsme. Je dis le bonheur et non pas la fortune, car cette dernière n'a guère servi jusqu'ici que de soutien à l'injustice, et le but de l'existence est la justice. Or, si la justice était pratiquée parmi les hommes, le plus fortuné serait celui qui aurait accompli la plus grande somme de bonnes œuvres. Si donc vous voulez devenir riches, mes enfants, faites beaucoup de bonnes actions ; peu importent les biens du monde, ce n'est pas la satisfaction de la chair qu'il faut chercher, mais celle de l'âme : celle-là n'a qu'une durée éphémère, celle-ci est éternelle.
C'est assez pour aujourd'hui ; méditez ces conseils, et tâchez de les mettre en pratique : là est le sentier du salut.
(Troisième séance.)
Oui, mes enfants, me voici. Ayez confiance en Dieu, qui n'abandonne jamais ceux qui font le bien. Ce que vous croyez un mal n'en est souvent un que relativement à vos conceptions. Souvent aussi le mal réel ne vient que du découragement qu'occasionne une difficulté que le calme d'esprit et la réflexion auraient évitée. Réfléchissez donc toujours, et, comme je vous l'ai déjà dit, reportez tout à Dieu. Quand vous éprouvez quelques chagrins, loin de vous abandonner à la tristesse, résistez au contraire, et faites tous vos efforts pour en triompher, en songeant que rien ne s'obtient sans peine, et que le succès est souvent hérissé de difficultés. Invoquez à votre aide les Esprits bienveillants ; ils ne peuvent pas, comme on vous l'enseigne, faire de bonnes œuvres à votre place, ni rien obtenir de Dieu pour vous, car il faut que chacun gagne lui-même la perfection à laquelle nous sommes tous destinés, mais ils peuvent vous inspirer le bien, vous suggérer une conduite convenable, et vous aider de leur concours. Ils ne se manifestent pas ostensiblement, mais dans le recueillement ; écoutez la voix de votre conscience, en vous rappelant mes précédents conseils. - Confiance en Dieu, calme et courage.
(Quatrième séance.)
Bonsoir, mes enfants. Oui, il faut continuer (les séances) jusqu'à ce qu'un médium se manifeste pour remplacer celui qui doit vous quitter. Son rôle d'initiateur parmi vous est accompli : continuez ce que vous avez commencé, car vous aussi, vous servirez un jour à la propagation de la vérité que proclament, en ce moment, dans le monde entier, les manifestations dites des Esprits. Persuadez-vous, mes enfants, que ce que l'on entend en général par Esprit sur la terre, n'est Esprit que pour vous. Après que cet Esprit, ou âme, est séparé de la matière grossière qui l'enveloppe, pour vous il n'a plus de corps, parce que vos yeux matériels ne le peuvent plus voir ; mais il est toujours matière, relativement à ceux qui sont plus élevés que lui. Pour vous, mes jeunes enfants, je vais faire une comparaison bien imparfaite, mais qui, pourtant, pourra vous donner une idée de la transformation que vous appelez improprement la mort. Figurez-vous une chenille que vous voyez tous les jours. Lorsque le temps de son existence à cet état est écoulé, elle se transforme en chrysalide ; elle passe encore un temps dans cet état, puis, le moment venu, elle dépouille sa grossière enveloppe, et donne naissance à un papillon qui s'envole. Or, la chenille, en laissant sa nature grossière, représente l'homme qui meurt, le papillon représente l'âme qui s'élève. La chenille rampait sur la terre, le papillon vole vers le ciel ; il a changé de matière, mais il est encore matériel. La chenille, si elle raisonnait, ne verrait pas le papillon qui, pourtant, serait sorti de la carapace pourrie de la chrysalide. Donc, le corps ne peut pas voir l'âme ; mais l'âme enveloppée de matière a conscience de son existence, et le plus grand des matérialistes lui-même le sent parfois intérieurement ; son orgueil, alors, l'empêche d'en convenir, et il reste avec sa science sans croyance, sans s'élever, jusqu'à ce qu'enfin le doute vienne en lui. Alors tout n'est pas fini, car chez lui la lutte est plus grande ; mais ce n'est plus qu'une question de temps ; car, rappelez-vous-le, mes amis, tous les enfants de Dieu sont créés pour la perfection : heureux ceux qui ne perdent pas leur temps en chemin. L'éternité se compose de deux périodes : celle de l'épreuve, qu'on pourrait appeler l'incubation, et celle de l'éclosion ou d'entrée dans la vie véritable, que vous appelez le bonheur des élus.
(Cinquième séance.)
Mes chers enfants, je vois avec satisfaction que vous commencez à réfléchir sur les avis et les conseils que je vous donne. Je sais que pour le développement actuel de votre intelligence, c'est trop à la fois de sujets de réflexion ; mais je dois profiter de l'occasion qui se présente : dans quelques jours ce moyen ne sera plus à ma disposition, et il fallait frapper votre imagination de manière à vous suggérer le désir de continuer vos séances, jusqu'à ce que quelqu'un de vous puisse servir de remplaçant au médium actuel. J'espère que ces quelques séances, sur lesquelles je vous engage à méditer longtemps, auront suffi pour éveiller voire attention, et le désir d'approfondir davantage ce vaste sujet d'investigations. Prenez pour règle de ne jamais chercher à satisfaire une vaine curiosité, mais de vous instruire et vous perfectionner. Il est inutile que vous vous préoccupiez de la différence qui peut exister entre ce que je vous enseignerai et ce que vous savez ou croyez savoir ; chaque fois qu'une instruction vous sera donnée, demandez-vous si elle est juste, et si elle répond aux exigences de la conscience et de l'équité : lorsque la réponse sera affirmative, ne vous inquiétez pas de savoir si cela concorde avec ce qui vous aura été dit. Que vous importe cela ! L'important, c'est le juste, le consciencieux et l'équitable : tout ce qui réunit ces conditions est de Dieu. Obéir à une bonne conscience, ne faire que des choses utiles, éviter toutes celles qui, sans être mauvaises, n'ont pas d'utilité, c'est l'essentiel ; car c'est déjà mal faire que de faire quelque chose d'inutile. Evitez de scandaliser, même par votre perfectionnement : il est telles circonstances où la vue seule de votre changement peut produire un mauvais effet. C'est ainsi, par exemple, que la lumière du jour ne saurait sans danger frapper soudain l'œil d'un homme enfermé dans un cachot obscur. Que votre progrès alors ne soit livré à l'investigation que selon que la sagesse vous le conseillera. Perfectionnez-vous toujours ; vous le ferez voir seulement lorsqu'il en sera temps. Ceux pour qui j'écris ce conseil le comprendront, sans que j'aie besoin d'être plus explicite ; leur conscience le leur dira.
Courage donc et persévérance ! ce sont les seules lois du succès.
Remarque. Ce dernier conseil ne saurait être d'une application générale ; l'Esprit a évidemment eu un but spécial, ainsi qu'il le dit lui-même, autrement on pourrait se méprendre sur le sens et la portée de ses paroles.
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Les pierres de Java.
Bruxelles, 9 décembre 1859.
Monsieur le Directeur,
Je lis dans la Revue Spirite le fait rapporté par Ida Pfeiffer sur les pierres tombées à Java en présence d'un officier supérieur hollandais avec lequel j'ai été fort lié en 1817, puisque c'est lui qui m'a prêté ses pistolets et servi de témoin dans mon premier duel. Il s'appelait Michiels, de Maestricht, et il est devenu général à Java. La lettre qui relatait ce fait ajoutait que cette chute de pierres dans l'habitation isolée du district de Chéribon n'a pas duré moins de douze jours, sans que les sentinelles placées par le général aient rien découvert, ni lui non plus pendant tout le temps qu'il y est resté. Ces pierres, formées d'une espèce de ponce, paraissaient se créer en l'air à quelques pieds du plafond. Le général en fit remplir plusieurs corbeilles ; les habitants venaient en chercher pour en faire des amulettes et même des remèdes. Ce fait est très connu à Java, parce qu'il se renouvelle assez souvent, surtout les crachats de siry. Plusieurs enfants ont été poursuivis à coups de pierres en rase campagne, mais sans en être atteints. On dirait des Esprits farceurs qui s'amusent à faire peur aux gens. Evoquez l'Esprit du général Michiels, il vous expliquera peut-être ce fait. Le docteur Vanden Kerkhove, qui a longtemps habité Java, me l'a confirmé comme je vous affirme que votre Revue devient tous les jours plus intéressante, plus moralisante et plus recherchée à Bruxelles.
Agréez, JOBARD.
Le caractère connu de Mme Ida Pfeiffer, le cachet de véracité que portent tous ces récits, ne nous laissaient aucun doute sur la réalité du phénomène en question : mais on conçoit toute l'importance que vient y ajouter la lettre de M. Jobard, par le témoignage du principal témoin oculaire chargé de vérifier le fait, et qui n'avait aucun intérêt à l'accréditer s'il l'eût reconnu faux. Au premier abord, la nature ponceuse de cette pluie de pierres pourrait leur faire attribuer une origine volcanique ou aérolithique, et les sceptiques ne manqueront pas de dire que la superstition a pris le change sur un phénomène naturel. Si nous n'avions que le témoignage des Javanais, la supposition serait fondée, et ces pierres, tombant en rase campagne, viendraient sans contredit à l'appui de cette opinion. Mais le général Michiels et le docteur Vanden Kerkhove n'étaient pas des Malais, et leur assertion a bien quelque valeur. A cette considération, déjà très puissante il faut ajouter que ces pierres ne tombaient pas seulement en plein air, mais dans une chambre où elles paraissaient se former à quelque distance du plafond : c'est le général qui l'affirme ; or, nous ne pensons pas qu'on ait jamais vu des aérolithes se former dans l'atmosphère d'une chambre. En admettant la cause météorologique ou volcanique, on ne saurait en dire autant des crachats de siry que les volcans n'ont jamais vomis, du moins à notre connaissance. Cette hypothèse étant écartée par la nature même des faits, il reste à savoir comment ces substances ont pu se former. On en trouvera l'explication dans notre article du mois d'août 1859, sur le Mobilier d'outre-tombe.
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Correspondance.
Toulouse, 17 décembre 1859.
Mon cher Monsieur.
Je viens de lire votre réponse à M. Oscar Comettant dont j'avais lu l'article. Si ce feuilletoniste sceptique et niaisement railleur n'est pas convaincu par les bonnes raisons que vous lui donnez, au moins il pourra reconnaître dans votre réponse l'urbanité du style qui manquait totalement à sa prose ; les parenthèses plates dont il avait lardé les évocations me semblaient de l'esprit de queue rouge ; les regrets dont il accompagnait les deux francs que lui avait coûtés la sonate auraient bien mérité que la Société lui votât un secours de 2 francs. Vous pensez bien, mon cher monsieur Allan Kardec, que je suis trop ardent Spirite pour avoir laissé sans réponse un article où j'étais nommé et mis en cause ; j'ai écrit aussi de mon côté à M. Oscar Comettant ; le lendemain de la réception de son journal il a reçu la lettre suivante de moi :
Monsieur,
J'ai eu le plaisir de lire votre feuilleton de jeudi : Variétés. Comme il me met en cause, puisque j'y suis personnellement nommé, je vous prie de m'accorder la permission de faire à ce sujet quelques observations que vous voudrez bien accepter, au même titre que j'ai moi-même accepté les spirituelles parenthèses dont il vous a plu d'émailler le rapport que vous faites des évocations de Mozart et de Chopin. Que voulez-vous plaisanter par cet article humoristique ? Est-ce le Spiritisme ? Vous vous tromperiez fort en croyant lui faire le moindre tort. En France on plaisante d'abord, puis l'on juge, et l'on n'accorde les honneurs de la plaisanterie qu'aux choses véritablement grandes et sérieuses, quitte à leur accorder après tout l'examen qu'elles méritent.
Si M. Ledoyen est aussi avide et intéressé que vous voulez bien le donner à croire, il doit vous être fort reconnaissant d'avoir bien voulu, par un feuilleton de onze colonnes, assurer, le succès d'une de ses plus modestes publications ; c'est la première fois qu'un article aussi important est publié dans un grand journal sur le Spiritisme ; je vois, par cet article quasi charivarique, que le Spiritisme est déjà pris en considération par ses ennemis même, et je vous dirai, en confidence, que les Esprits nous ont dit qu'ils se serviraient aussi de leurs ennemis pour faire triompher leur cause ; ainsi, vous n'avez qu'à vous bien tenir sur vos gardes, si vous ne voulez pas devenir l'apôtre malgré lui.
Vous ne voulez voir dans le Spiritisme que du charlatanisme moral et commercial ; nous autres, futurs locataires de Charenton, nous y trouvons la solution d'une foule de problèmes contre lesquels l'humanité heurtait sa raison depuis de longs siècles, à savoir la reconnaissance raisonnée de Dieu dans toutes ses œuvres matérielles et spirituelles ; l'immortalité et l'individualité certaines de l'âme prouvée par les manifestations des Esprits ; la science des lois de la justice divine étudiée dans les diverses incarnations des Esprits, etc., etc. Si l'on se donnait la peine d'approfondir un peu ces sujets, on pourrait voir qu'ils se trouvent au-dessus de tous les sarcasmes et de toutes les railleries. Vous aurez beau nous traiter de rêveurs, d'hallucinés, nous dirons tous, au lieu du : E pur si muove de Galilée : Et pourtant Dieu est là !
Je vous prie d'agréer, etc. BRION DORGEVAL,
Première basse d'opéra comique au théâtre de
Toulouse, ex-pensionnaire de M. Carvalho.
Remarque. Il n'est pas à notre connaissance que M. Oscar Comettant ait publié cette réponse, non plus que la nôtre ; or attaquer sans admettre la défense n'est pas une guerre loyale.
Bruxelles, 23 décembre 1859.
Mon cher collègue,
Je viens vous soumettre quelques réflexions ethnographiques sur le monde des Esprits, dans l'intention de redresser une opinion assez générale, mais, à mon avis, très erronée sur l'état de l'homme après sa spiritualisation.
On s'imagine à tort qu'un imbécile, un ignorant, une brute devient immédiatement un génie, un savant, un prophète, dès qu'il a quitté sa gaine. C'est une erreur analogue à celle qui supposerait qu'un scélérat délivré de la camisole de force va devenir honnête ; un sot spirituel, et un fanatique raisonnable, par cela seul qu'il aura franchi la frontière.
Il n'en est rien ; nous emportons avec nous tous nos acquêts moraux, notre caractère, notre science, nos vices et nos vertus, à l'exception de ceux qui tiennent à la matière : les boiteux, les borgnes et les bossus ne le sont plus ; mais les coquins, les avares, les superstitieux le sont encore. On ne doit donc pas s'étonner d'entendre des Esprits demander des prières, désirer qu'on accomplisse des pèlerinages qu'ils avaient promis, et même qu'on trouve l'argent qu'ils avaient caché, dans le but de le donner à la personne à laquelle ils l'avaient destiné, et qu'ils indiquent exactement, fût-elle réincarnée.
En somme, l'Esprit qui avait un désir, un plan, une opinion, une croyance sur la terre, désire en voir l'accomplissement. Ainsi, Hahnemann s'écriait : " Courage, mes amis, ma doctrine triomphe, quelle satisfaction pour mon âme ! "
Quant au docteur Gall, vous savez ce qu'il pense de sa science, ainsi que Lavater, Swedenborg et Fourier, lequel m'a dit que ses élèves avaient tronqué sa doctrine en voulant sauter par-dessus la phase du garantisme, qu'il me félicite de poursuivre.
En un mot, tous les Esprits qui professaient une religion, une idolâtrie ou un schisme par conviction, persistent dans les mêmes croyances, jusqu'à ce qu'ils se soient éclairés par l'étude et la réflexion. Tel est le sujet des miennes en ce moment, et c'est bien évidemment un Esprit logique qui me les dicte, car, il y a une heure, je ne songeais qu'à me mettre au lit pour achever la lecture de l'excellent petit livre de Mme Henry Gaugain sur les pitoyables préjugés des Bas-Bretons contre les inventions nouvelles.
En continuant vos études, vous reconnaîtrez que le monde d'outre tombe n'est que l'image daguerréotypée de celui-ci, qui renferme, comme vous savez, des Esprits malins comme le diable, et méchants comme des démons. Il n'est pas étonnant que les bonnes gens s'y trompent et s'interdisent tout commerce avec eux ; ce qui les prive de la visite des bons et des grands Esprits qui sont moins rares là-haut qu'ici-bas, puisqu'il y en a de tous les temps et de tous les pays, lesquels ne demandent qu'à nous donner de bons conseils et à nous faire du bien ; tandis que vous savez avec quelle répugnance et quelle colère les mauvais répondent à l'appel forcé ; mais le plus grand, le plus rare de tous les Esprits, celui qui ne vient que trois fois pendant la vie d'un globe, l'Esprit divin, le Saint Esprit enfin, n'obéit point aux évocations des pneumatologues ; il vient quand il veut, spiritus flat ubi vult, ce qui ne veut pas dire qu'il n'en envoie pas d'autres pour lui préparer la voie.
La hiérarchie est une loi universelle, tout est comme tout, ailleurs comme chez nous. Ce qui retarde plus le progrès des bonnes doctrines que la persécution ne les fait avancer, c'est le faux respect humain.
Il y a longtemps que le magnétisme aurait triomphe si, au lieu de dire : M. X., M. N., on avait donné le nom et l'adresse des personnes, pour références, comme disent les Anglais. Mais on se dit : Quel est ce M. M. qui se cache ? un menteur apparemment ; ce M. J. ? un jongleur ; ce M. F. ? un farceur, ou plutôt un être de raison auquel on a bien raison de ne pas se fier, car on ne se cache ou ne se masque que pour mal faire ou mentir.
Aujourd'hui que les académies admettent enfin le magnétisme et le somnambulisme, cousins germains du Spiritisme, il faut que leurs partisans s'enhardissent à signer en toutes lettres. La peur du qu'en dira-t-on est un sentiment lâche et mauvais.
L'action de signer ce qu'on a vu, ce que l'on croit, ne doit plus être regardée comme un trait de courage ; vous devez donc engager vos adeptes à faire ce que j'ai toujours fait, à signer.
JOBARD.
Remarque. Nous sommes en tous points de l'avis de M. Jobard ; d'abord, ses observations sur l'état des Esprits sont parfaitement exactes. Quant au second point, nous aspirons comme lui au moment où la crainte du qu'en dira-t-on ne retiendra plus personne ; mais, que voulez-vous ? il faut faire la part de la faiblesse humaine ; quelques-uns commencent, et M. Jobard aura le mérite d'avoir donné l'exemple ; d'autres suivront, soyez-en sûr, quand ils verront qu'on peut mettre le pied dehors sans être mordu ; il faut le temps pour tout ; or, le temps vient plus vite que ne le croit M. Jobard ; la réserve que nous mettons dans la publication des noms est motivée par des raisons de convenances dont nous n'avons jusqu'à présent qu'à nous applaudir ; mais, en attendant, nous constatons un progrès très sensible dans le courage de son opinion. Nous voyons tous les jours des personnes qui, il y a peu de temps encore, osaient à peine s'avouer Spirites ; aujourd'hui elles le font ouvertement dans la conversation, et soutiennent des thèses sur la doctrine, sans se soucier le moins du monde des épithètes mal sonnantes dont on les gratifie ; c'est un pas immense : le reste viendra. Je l'ai dit en commençant : Encore quelques années, et l'on verra bien un autre changement. Avant peu, il en sera du Spiritisme comme du magnétisme ; naguère, ce n'était qu'entre quatre yeux qu'on osait se dire magnétiseur, aujourd'hui c'est un titre dont on s'honore. Quand on sera bien convaincu que le Spiritisme ne brûle pas, on se dira Spirite sans plus de crainte qu'on se dit phrénologiste, homéopathe, etc. Nous sommes à un moment de transition, et les transitions ne se font jamais brusquement.
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BULLETIN
DE LA SOCIETE PARISIENNE DES ETUDES SPIRITES.
Vendredi, 2 décembre 1859. (Séance particulière.)
Lecture du procès-verbal de la séance du 25 novembre.
Demandes d'admission. Lettres de M. L. Benardacky, de Saint-Pétersbourg, et de Mme Elisa Johnson, de Londres, qui demandent à faire partie de la Société comme membres titulaires.
Communications diverses. Lecture de deux communications faites à M. Bouché, ancien recteur de l'Académie, médium écrivain, par l'Esprit de la duchesse de Longueville, au sujet d'une visite que cette dernière venait de faire, comme Esprit, à Port-Royal-des-Champs. Ces deux communications sont remarquables par le style et l'élévation des pensées. Elles prouvent que certains Esprits revoient avec plaisir les lieux qu'ils ont habités de leur vivant, et qu'ils ont le charme du souvenir. Sans doute, plus ils sont dématérialisés, moins ils attachent d'importance aux choses terrestres, mais il en est qui y tiennent longtemps encore après leur mort, et semblent continuer, dans le monde invisible les occupations qu'ils avaient en ce monde, ou tout au moins y prendre un certain intérêt.
Etudes. 1° Evocation de M. le comte Desbassyns de Richemont, mort en juin 1859, et qui, depuis plus de dix ans, professait les idées Spirites. Cette évocation confirme l'influence de ces idées sur le dégagement de l'Esprit après la mort.
2° Evocation de la sœur Marthe, morte en 1824.
3° Seconde évocation de M. le comte de R. C., membre de la Société, retenu chez lui par une indisposition, et suite des questions qui lui sont adressées sur l'isolement momentané de l'Esprit et du corps pendant le sommeil. (Publiée dans ce numéro.)
Vendredi, 9 décembre. (Séance générale.)
Lecture du procès-verbal de la séance du 2 décembre.
Communications diverses. M. de la Roche transmet une notice sur des faits de manifestations remarquables qui ont eu lieu dans une maison de Castelnaudary. Ces faits sont rapportés dans la note qui précède le compte rendu de l'évocation qui a eu lieu à ce sujet et qui sera publié.
Etudes. 1° Evocation du roi de Kanala (Nouvelle-Calédonie), déjà évoqué le 28 octobre, mais qui alors avait écrit avec beaucoup de difficulté, et avait promis de s'exercer à écrire plus lisiblement. Il donne de curieuses explications sur la manière dont il s'y est pris pour se perfectionner. (Sera publiée avec la première évocation.)
2° Evocation de l'Esprit de Castelnaudary. Il se manifeste par des signes de vive colère sans pouvoir rien écrire ; il casse sept ou huit crayons, dont plusieurs sont lancés avec force contre les assistants, et secoue violemment le bras du médium. Saint Louis donne des explications intéressantes sur l'état et la nature de cet Esprit, qui est, dit-il, de la pire espèce et dans la situation la plus malheureuse. (Sera publiée avec toutes les autres communications relatives à ce sujet.)
3° Quatre communications spontanées sont obtenues simultanément : la première de saint Vincent de Paul, par M. Roze ; la deuxième de Charlet, par M. Didier fils, faisant suite au travail commencé par le même Esprit, la troisième de Mélanchthon, par M. Colin ; la quatrième d'un Esprit qui s'est donné le nom de Mikaël, protecteur des enfants, par Mme de Boyer.
Vendredi 16 décembre 1859. (Séance particulière.)
Lecture du procès-verbal.
Admissions. Sont admis comme membres titulaires : M. L. Benadacky, de Saint-Pétersbourg, et Mme Elisa Johnson, de Londres, présentés le 2 décembre.
Demandes d'admission. M. Forbes, de Londres, officier du génie, et Mme Forbes, de Florence, écrivent pour demander à faire partie de la Société comme membres titulaires. Rapport et décision renvoyés au 30 déc.
Désignation de six commissaires qui devront se répartir le service des séances générales jusqu'au premier avril, sans qu'il soit besoin d'en désigner un à chaque séance. Ils auront, en outre, dans leurs attributions, de signaler les infractions que pourraient commettre les auditeurs étrangers contre le règlement, par suite de leur ignorance des exigences de la Société, afin d'en avertir les membres titulaires qui leur auraient donné des lettres d'introduction.
Sur la proposition de M. Allan Kardec, la Société décide que le Bulletin de ses séances sera dorénavant publié en supplément de la Revue, afin que cette publication ne soit pas au détriment des matières habituelles du journal. Par suite de cette addition, chaque numéro sera augmenté d'environ quatre pages, dont les frais seront portés au compte de la Société.
M. Lesourd propose que lorsqu'il y a cinq séances dans un mois, la cinquième soit consacrée à une séance particulière. (Adopté.)
Le même membre propose en outre que lorsqu'un nouveau membre est admis, il soit officiellement présenté aux autres membres de la Société, afin qu'il n'y arrive point comme un étranger. (Adopté.)
M. Thiry fait observer que souvent des Esprits souffrants réclament le secours des prières comme un adoucissement à leurs peines ; mais attendu qu'il peut arriver de les perdre de vue, il propose qu'à chaque séance le Président rappelle leurs noms. (Adopté.)
Communications diverses, 1° Lettre de M. Jobard, de Bruxelles, qui confirme, avec des détails circonstanciés, le fait des manifestations de Java, rapporté par Mme Ida Pfeiffer, et publié dans la Revue de décembre. Il les tient du général hollandais lui-même, avec lequel il était lié, et qui fut chargé de surveiller la maison où se passaient ces choses, et par conséquent témoin oculaire. (Publiée dans ce numéro.)
2° Lecture d'une communication de l'Esprit de Castelnaudary, obtenue par M. et Mme Forbes, auditeurs à la dernière séance. Il y est donné des détails intéressants et circonstanciés sur cet Esprit, et les événements qui se sont passés dans la maison en question. Plusieurs autres communications ayant été obtenues sur le même sujet, elles seront réunies à celle de la Société pour être publiées quand le tout sera complété.
3° Lecture d'une notice sur Mme Xavier, médium voyant. Cette dame ne voit point à volonté, mais les Esprits se présentent à elle spontanément ; sans être ni en somnambulisme, ni en extase, elle est néanmoins, à ces moments-là, dans un état particulier qui réclame le plus grand calme et beaucoup de recueillement ; de telle sorte que si on l'interrogeait sur ce qu'elle voit, cet état se dissiperait à l'instant, et elle ne verrait plus rien. Comme elle en conserve un souvenir complet, elle peut rendre compte plus tard de ce qu'elle a vu. C'est ainsi, par exemple, qu'elle a vu, entre autres, la sœur Marthe, le jour où on l'a évoquée, et qu'elle l'a désignée de manière à ne laisser aucun doute sur son identité. Elle a vu également, à la dernière séance, l'Esprit de Castelnaudary, vêtu d'une chemise déchirée, un poignard à la main, les mains teintes de sang, secouer fortement le bras du médium, pendant ses tentatives pour écrire, et chaque fois que saint Louis paraissait lui ordonner de le faire. Il avait une sorte de sourire hébété sur les lèvres ; puis, quand on a parlé de prières, il n'a pas d'abord paru comprendre ; mais aussitôt après l'explication donnée par saint Louis, il s'est précipité à ses genoux.
Le roi de Kanala lui est apparu avec la tête d'un blanc ; il avait les yeux bleus, des moustaches et des favoris gris, des mains de nègre, des bracelets d'acier, un costume bleu, la poitrine couverte d'une foule d'objets qu'elle n'a pu bien distinguer. " Cette apparence a-t-il été dit, tient à ce que, entre l'existence antérieure dont il a parlé et sa dernière, il a été soldat en France sous Louis XV. C'était une conséquence de son état avancé comparativement. Il a demandé à retourner chez les peuplades d'où il était sorti pour y faire, comme chef, pénétrer les idées de progrès. Cette forme qu'il a prise, et cette apparence moitié sauvage et moitié civilisée, sont destinées à vous montrer, sous une nouvelle face, celles que l'Esprit peut donner au périsprit, dans un but instructif, et comme indice des différents états par lesquels il a passé. "
Mme X... a encore vu les Esprits évoqués venir répondre à l'évocation et aux questions qui n'avaient rien de répréhensible quant à leur but ; et sur l'ordre de saint Louis, se retirer pour laisser des Esprits présents répondre à leur place, dès que les questions prenaient un caractère insidieux. " La plus grande bonne foi et la plus grande franchise devant dicter les questions, aucune arrière-pensée, ajoute l'Esprit interrogé à ce sujet par le mari de cette dame, ne nous échappe ; ne cherchez donc jamais à atteindre votre but par des voies détournées, vous le manquerez toujours ainsi infailliblement. "
Elle voyait une couronne fluidique ceindre la tête du médium, comme pour indiquer les moments pendant lesquels il était interdit aux Esprits non appelés de se communiquer, parce que les réponses devaient être sincères ; mais dès que cette couronne était retirée, elle voyait tous ces Esprits intrus se disputer, en quelque sorte, la place qu'on leur laissait.
Elle a vu enfin l'Esprit de M. le comte de R... sous la forme d'un cœur lumineux renversé, uni à un cordon fluidique qui aboutissait au dehors. C'était, a-t-il été dit, pour vous apprendre d'abord que l'Esprit peut donner à son périsprit l'apparence qu'il veut ; ensuite, parce qu'il eût pu y avoir de l'inconvénient pour cette dame à se rencontrer vis-à-vis d'un Esprit incarné qu'elle aurait vu comme Esprit dégagé. Plus tard, cet inconvénient aura diminué ou disparu.
Etudes. 1° Evocation de Charlet.
2° Trois communications spontanées sont obtenues simultanément : la première de saint Augustin, par M. Roze. Elle explique la mission du Christ, et confirme un point très important expliqué par Arago, sur la formation du globe ; - la deuxième de Charlet, par M. Didier fils (suite du travail commencé) ; - la troisième de Joinville, qui signe en vieille orthographe : Amy de Loys, par Mlle Huet.
Vendredi 23 décembre 1859. (Séance générale.)
Lecture du procès-verbal et des travaux de la séance du 16 décembre.
Demandes d'admission. Lettres de M. Demange, négociant à Paris ; de M. Soive, négociant à Paris, présentés comme membres titulaires. Rapport et décision renvoyés à la séance du 30 décembre.
Communications diverses. 1. Lecture d'une évocation faite en particulier par Mme de B..., de l'Esprit qui s'est spontanément communiqué par elle à la Société, sous le nom de Paul Miffet, au moment où il allait se réincarner. Cette évocation, qui présente un intéressant tableau de la réincarnation et de la situation physique et morale de l'Esprit dans les premiers instants de sa vie corporelle, sera publiée.
2. Lettre de M. Paul Netz sur les faits qui ont amené la prise de possession, par les Chartreux, des ruines du château de Vauvert, situé dans le quartier de l'Observatoire de Paris, sous Louis IX. Il se passait, soi-disant, dans ce château, des scènes de diableries, qui cessèrent dès que les moines y furent installés. Saint Louis, interrogé sur ces faits, répond qu'il en a parfaitement connaissance, mais que c'était une jonglerie.
Etudes. 1. Questions et problèmes moraux divers adressés à saint Louis, sur l'état des Esprits souffrants. (Seront publiées.)
2. Evocation de John Brown.
3. Trois communications spontanées : la première par M. Roze, et signée de l'Esprit de Vérité, contenant divers conseils à la Société ; la deuxième de Charlet, par M. Didier fils (suite du travail commencé) ; la troisième, sur les Esprits qui président aux fleurs, par Mme de B...
ALLAN KARDEC.
Nota. La nouvelle édition du Livre des Esprits va paraître en janvier.
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Paris. - Typ. H. CARION, rue Bonaparte, 64.
REVUE SPIRITE
JOURNAL D'ETUDES PSYCHOLOGIQUES
3° ANNEE. N° 2. FEVRIER 1860.
BULLETIN DE LA SOCIETE PARISIENNE DES ETUDES SPIRITES.
Vendredi, 30 décembre 1859. (Séance particulière.)
Lecture du procès-verbal de la séance du 23 décembre.
La Société décide qu'à chaque séance particulière, à la suite du procès-verbal, il sera donné lecture de la liste nominale des auditeurs ayant assisté à la séance générale précédente, avec indication des membres qui les ont présentés, et qu'invitation sera faite de signaler les inconvénients dont la présence des personnes étrangères à la Société aurait pu être la cause. En conséquence lecture est donnée de la liste des auditeurs assistant à la dernière séance.
Sont admis comme membres titulaires, sur leur demande écrite, et après rapport verbal :
1° M. Forbes, de Londres, officier du génie, présenté le 16 décembre. - 2° Madame Forbes, née comtesse Passerini Corretesi, de Florence, présentée le 23 décembre. - 3° M. Soive, négociant de Paris, présenté le 16 décembre. - 4° M. Demange, négociant de Paris, présenté le 23 décembre.
Lecture de trois nouvelles lettres de demandes d'admission. Rapport et décision renvoyés au 6 janvier.
Communications diverses. 1° Lettre de M. Brion Dorgeval, contenant la réponse qu'il a adressée à M. Oscar Commettant, au sujet de l'article publié par ce dernier dans le Siècle. (Voir le n° de janvier.)
2° Lettre de M. Jobard, de Bruxelles, contenant des observations fort justes sur l'état moral des Esprits. Il exprime le regret que les partisans du Spiritisme soient le plus souvent désignés par des initiales ; il pense que des indications plus explicites contribueraient au progrès de la science ; il invite en conséquence tous les partisans de la doctrine à mettre leur nom comme il le fait lui-même. (Voir le n° de janvier.)
Cette dernière remarque de M. Jobard est fortement appuyée par un grand nombre de membres qui déclarent autoriser à mettre leurs noms dans tous les comptes-rendus qui pourront les concerner.
M. Allan Kardec fait observer que la crainte du qu'en dira-t-on diminue chaque jour, et qu'aujourd'hui il est peu de personnes qui craignent d'avouer leurs opinions touchant le Spiritisme ; les épithètes de mauvais goût données à ses partisans deviennent elles-mêmes des lieux communs ridicules dont on se rit, quand on voit tant de gens d'élite se rallier à la doctrine ; car on entrevoit le moment où la force de l'opinion imposera silence aux sarcasmes. Mais autre chose est d'avoir le courage de son opinion dans la conversation, ou de livrer son nom à la publicité. Parmi les personnes qui soutiennent la cause du Spiritisme avec le plus d'énergie, il en est beaucoup qui ne se soucient pas de se mettre en évidence, pas plus pour d'autres choses que pour celles-là. Ces scrupules, qui n'impliquent nullement un manque de courage, doivent être respectés. Lorsque des faits extraordinaires se passent quelque part, on conçoit qu'il serait peu agréable pour les personnes qui en sont l'objet, de devenir le point de mire de la curiosité publique, et d'être assaillies par les importuns. Il faut sans doute savoir gré à ceux qui se mettent au-dessus des préjugés, mais il ne faut pas non plus blâmer trop légèrement ceux qui ont peut-être des motifs très légitimes de ne pas s'afficher.
Etudes. 1° Questions adressées à saint Louis sur les Esprits qui président aux fleurs, à propos de la communication obtenue par madame de B... Une explication très intéressante est donnée à ce sujet. (Sera publiée.)
2° Autres questions sur l'esprit des animaux.
3° Deux communications spontanées sont obtenues simultanément, la 1° de l'Esprit de vérité, par M. Roze, et contenant des conseils adressés à la Société ; la 2° de Fénelon, par mademoiselle Huet.
Vendredi, 6 janvier. (Séance particulière.)
Lecture du procès-verbal de la séance du 30 décembre.
Sont admis comme membres titulaires, sur leur demande écrite, et après rapport verbal : 1° M. Ducastel, propriétaire à Abbeville, présenté le 30 décembre ; 2° Madame Deslandes, de Paris, présentée le 30 décembre ; 3° Madame Rakowska, de Paris, présentée le 30 décembre.
Lecture d'une lettre de demande d'admission.
Lettre de M. Poinsignon, de Paris, qui félicite la Société à l'occasion de la nouvelle année, et exprime ses vœux pour la propagation du Spiritisme.
Lettre de M. Demange, nouvellement reçu, en remerciement de son admission. Il assure la Société de sa coopération active.
Examen de plusieurs questions touchant les affaires administratives de la Société.
Communications diverses. 1° Notice sur don Péra, prieur d'Armilly, mort il y a 30 ans. Il sera fait une étude à ce sujet.
2° Lettre de M. Lussiez, de Troyes, contenant des réflexions très judicieuses, relatives à l'influence moralisatrice du Spiritisme sur les classes ouvrières.
3° Lettre de madame P…, de Rouen, qui annonce avoir obtenu, comme médium, des communications remarquables, et en tout conformes à la doctrine du Livre des Esprits. Cette lettre contient en outre des réflexions qui dénotent de la part de son auteur une appréciation très saine des idées Spirites.
4° Lettre relative à mademoiselle Désirée Godu, médium guérisseur, à Hennebon. On sait que, de la part de mademoiselle Godu, c'est une œuvre de dévouement et de pure philanthropie.
Etudes. 1° Questions diverses adressées à saint Louis, comme éclaircissements et développements de plusieurs communications antérieures.
2° Mademoiselle Dubois, médium, membre de la Société, ayant eu une communication d'un Esprit qui s'est dit être Chateaubriand, désire avoir des éclaircissements à ce sujet. Un autre Esprit se présente sous son nom, mais il refuse d'affirmer son identité au nom de Dieu ; il avoue sa supercherie, fait des excuses et donne de curieuses indications sur sa personne.
Le véritable Chateaubriand fait ensuite une courte communication spontanée, et en promet une plus explicite pour une autre fois.
Vendredi, 13 janvier 1860. (Séance générale.)
Lecture du procès-verbal du 6 janvier.
Lecture de trois nouvelles demandes d'admission. - Examen et rapport renvoyés à la séance du 20 janvier.
Communications diverses. 1° Lettre de M. Maurice, du Teil, d'Ardèche, contenant la relation de faits extraordinaires qui ont eu lieu dans une maison de Fons, près Aubenas, et qui rappellent sous quelques rapports ceux qui se sont passés à Java.
2° Lettre de M. Albert Ferdinand, de Béziers, contenant trois faits remarquables qui lui sont personnels, et qui prouvent l'action physique que les Esprits peuvent exercer sur certains médiums.
3° Lettre de M. Crozet, du Havre, médium correspondant de la Société, qui rend compte d'une communication qu'il a eue conjointement avec M. Sprenger, de la part d'un Esprit joueur. Cet Esprit, qui est celui d'un capitaine de marine, mort à Marseille il y a six mois, explique avec une précision et une lucidité remarquables les différents coups de cartes du jeu de bésigue, et la manière dont il s'y prend pour faire perdre ou gagner les partenaires. (Sera publiée.)
4° Un Esprit danseur. M. et Mme Netz, membres de la Société, ont depuis quelque temps un Esprit qui se manifeste chez eux en dansant constamment, c'est-à-dire en faisant danser une table qui frappe le rythme parfaitement reconnaissable d'une polka, d'une mazourka, d'un quadrille, d'une valse à deux ou trois temps, etc. Il n'a jamais voulu écrire et ne répond que par des coups frappés. Par ce moyen, il est arrivé à dire qu'il était Péruvien, de race indienne, mort il y a cinquante-six ans, à l'âge de 35 ans ; que de son vivant il aimait beaucoup l'eau-de-vie, et que maintenant il fréquente les bals publics où il prend un grand plaisir. Il présente cette particularité qu'il n'arrive jamais avant 10 heures du soir, et à certains jours. Il vient, dit-il, pour Mme Netz, mais il ne peut se communiquer que par le concours de M. D..., médium à effets physiques, de sorte qu'il lui faut la présence des deux. Ainsi M. D... n'a jamais pu le faire venir chez lui, et Mme Netz ne peut l'avoir si elle est seule.
5° Lecture d'une communication spontanée, envoyée par M. Rabache, de Bordeaux, et faisant suite à la série de celles qui ont été publiées sous le titre de Conseils de famille.
6° Mme Forbes donne la lecture de trois communications spontanées obtenues par son mari, sur l'amour filial, l'amour paternel et la patience. Ces communications, remarquables par leur haute moralité et la simplicité du langage, peuvent être rangées dans la catégorie des conseils intimes.
Etudes. 1° Evocation de l'Esprit de Castelnaudary, déjà évoqué le 9 décembre. (Voir la relation complète, sous le titre de Histoire d'un damné.)
2° Evocation de l'Esprit danseur. Il ne veut pas écrire, mais il bat le rythme de plusieurs danses avec le crayon et agite le bras du médium en cadence. Saint Louis donne quelques explications sur son caractère, et confirme les renseignements fournis précédemment.
3° Questions sur les manifestations de Fons, près Aubenas. Il est répondu qu'il y a du vrai dans ces faits, mais qu'il ne faut pas les accepter sans contrôle, et qu'on doit surtout se tenir en garde contre l'exagération.
4° Evocation de don Péra, prieur d'Armilly. Il fournit d'intéressants détails sur sa situation et son caractère.
5° Deux communications spontanées sont obtenues : la première, par M. Roze, d'un Esprit qui se désigne sous le nom d'Estelle Riquier, et qui avait mené une vie désordonnée et manqué à tous ses devoirs d'épouse et de mère. La deuxième par M. Forbes, contenant des conseils sur la colère.
Vendredi, 20 janvier 1860. (Séance particulière.)
Lecture du procès-verbal du 13 janvier.
Sont admis comme membres titulaires sur leur demande écrite et après rapport verbal :
1° M. Krafzoff, de Saint-Pétersbourg, présenté le 13 janvier. - 2° M. Julien, de Belfort, (Haut-Rhin), présenté le 13 janvier. - 3° M. le comte Alexandre Stenbock Fermor, de Saint-Pétersbourg, présenté le 6 janvier.
Communications diverses. 1° Lecture d'une communication spontanée, obtenue par M. Pécheur, membre de la Société.
2° Nouveaux détails sur l'Esprit danseur. Mme Netz, qui est médium écrivain, ayant interrogé un autre Esprit à son sujet, obtint plusieurs renseignements sur son compte, entre autres qu'il était assez riche de son vivant ; qu'il est mort d'un accident à la chasse, dans un moment où il se trouvait complètement seul. Ayant plus tard interrogé le danseur lui-même sur ces faits à l'aide de son médium et par coups frappés, elle en obtint des réponses identiques. Or, Mme Netz n'avait point fait part au médium des premières réponses écrites ; d'un autre côté, ce n'était plus elle qui servait de médium, et de plus elle avait posé des questions insidieuses qui pouvaient amener des réponses contraires ; il y avait donc de part et d'autre indépendance de pensée, et la corrélation des réponses est un fait caractéristique.
Un autre fait également curieux, c'est que son médium de prédilection pour la danse fut pris un jour, en sortant de chez lui, de mouvements involontaires qui le faisaient marcher en cadence tout le long de la rue. Par sa volonté, et en se raidissant, il pouvait arrêter ce mouvement ; mais dès qu'il s'abandonnait à lui-même, ses jambes reprenaient leur allure dansante. Il n'y avait rien d'assez ostensible pour être remarqué des passants ; mais on conçoit, d'après cela, que des Esprits d'un autre ordre et plus malintentionnés que le danseur qui, en définitive, ne veut que s'amuser, puissent provoquer sur certaines organisations, des mouvements plus violents et de la nature de ceux qu'on voit chez les convulsionnaires et les crisiaques.
3° Relation d'un fait de communication spontanée de l'Esprit d'une personne vivante, rapporté par M. de G..., médium écrivain, et qui lui est personnel. Cet Esprit est entré dans des détails circonstanciés complètement ignorés du médium, et dont l'exactitude a été vérifiée. M. de G... ne connaissait cette personne que pour l'avoir vue une seule fois dans une visite, et ne l'a plus revue depuis. Il ne savait que son nom de famille ; or l'Esprit signa en même temps de son nom de baptême qui était parfaitement le sien. Cette circonstance, jointe aux autres indications de temps et de localités, fournies par l'Esprit, est une preuve évidente d'identité.
M. le comte de R... fait observer à ce sujet que ces sortes de communications peuvent parfois être indiscrètes, et il se demande si la personne en question eût été satisfaite si on lui eût fait part de sa conversation.
A cela il est répondu : 1° que si cette personne s'est communiquée, c'est qu'elle l'a voulu, comme Esprit, puisqu'elle est venue de son propre mouvement, M. de G..., qui n'y songeait point, ne l'ayant pas appelée ; 2° que l'Esprit dégagé du corps a toujours son libre arbitre, et ne dit que ce qu'il veut ; 3° que, dans cet état, l'Esprit a même plus de prudence que dans l'état normal, parce qu'il apprécie mieux la portée des choses. Si cet Esprit eût vu un inconvénient quelconque à ses paroles il ne les aurait point dites.
4° Lecture d'une communication adressée de Lyon à la Société, et dans laquelle il est dit, entre autres choses :
Que la réforme de l'humanité se prépare par l'incarnation sur la terre d'Esprits meilleurs qui constitueront une nouvelle génération dominée par l'amour du bien ; que les hommes adonnés au mal et qui ferment les yeux à la lumière seront réincarnés dans une nouvelle phalange d'Esprits simples et ignorants, et envoyés par Dieu pour travailler à la formation d'un globe inférieur à celui de la terre. Ils ne pourront rejoindre leurs frères terriens qu'après avoir gagné, par de rudes travaux, le rang où ces derniers vont entrer après cette génération ; car il ne sera pas donné aux Esprits mauvais d'assister au commencement de cette brillante transformation. "
M. Theubet fait observer que cette communication semble consacrer le principe d'une marche rétrograde, contrairement à tout ce qui nous a été enseigné.
Une longue et profonde discussion s'engage à ce sujet. Elle se résume ainsi : L'Esprit peut déchoir comme position, mais non sous le rapport des aptitudes acquises. Le principe de la non-rétrogadation doit s'entendre du progrès intellectuel et moral ; c'est-à-dire que l'Esprit ne peut perdre ce qu'il a acquis en intelligence et en moralité, et ne retourne pas à l'état d'enfance d'Esprit ; en d'autres termes, qu'il ne devient ni plus ignorant, ni plus mauvais qu'il n'était ; ce qui ne l'empêche pas d'être réincarné dans une position inférieure plus pénible, et parmi d'autres Esprits plus ignorants que lui, s'il a démérité. Un Esprit très arriéré qui s'incarnera chez un peuple civilisé y sera déplacé et ne pourra y soutenir son rang ; en retournant chez les sauvages, dans une nouvelle existence, il ne fera donc que reprendre la place qu'il avait quittée trop tôt ; mais les idées qu'il aura acquises pendant son séjour parmi les hommes plus éclairés ne seront pas perdues pour lui. Il doit en être de même des hommes qui iront concourir à la formation d'un monde nouveau. Se trouvant déplacés sur la terre améliorée, ils iront dans un monde en rapport avec leur état moral.
Etudes. Evocation du nègre du navire le Constant, déjà évoqué le 30 septembre 1859. Il donne de nouvelles explications sur les circonstances qui ont accompagné sa mort.
2° Trois communications spontanées : la première de Chateaubriand, par M. Roze ; la deuxième de Platon, par M. Colin ; la troisième de Charlet, par M. Didier fils, faisant suite au travail commencé par lui sur la nature des animaux.
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Les Esprits globules.
Le désir de voir les Esprits est une chose bien naturelle, et nous connaissons peu de personnes qui ne souhaitent jouir de cette faculté ; malheureusement c'est une des plus rares, surtout quand elle est permanente. Les apparitions spontanées sont assez fréquentes, mais elles sont accidentelles, et presque toujours motivées par une circonstance tout individuelle, basée sur les rapports qui ont pu exister entre le voyant et l'Esprit qui lui apparaît ; autre chose est donc de voir fortuitement un Esprit ou d'en voir habituellement, et dans les conditions normales les plus ordinaires ; or, c'est là ce qui constitue, à proprement parler, la faculté des médiums voyants. Elle résulte d'une aptitude spéciale dont la cause est encore inconnue, et qui peut se développer, mais que l'on provoquerait en vain quand la prédisposition naturelle n'existe pas. Il faut donc se tenir en garde contre les illusions qui peuvent naître du désir de la posséder, et qui ont donné lieu à d'étranges systèmes. Autant nous combattons les théories hasardées par lesquelles on attaque les manifestations, surtout quand ces théories accusent l'ignorance des faits, autant nous devons chercher, dans l'intérêt de la vérité, à détruire des idées qui prouvent plus d'enthousiasme que de réflexion, et qui, par cela même, font plus de mal que de bien, en donnant prise au ridicule.
La théorie des visions et des apparitions est aujourd'hui parfaitement connue ; nous l'avons développée dans plusieurs articles, et notamment dans les numéros de décembre 1858, de février et d'août 1859 et dans notre Livre des Médiums, ou Spiritisme expérimental ; nous ne la répéterons donc pas ici, mais nous rappellerons seulement quelques points de fait, avant d'arriver à l'examen du système des globules.
Les Esprits peuvent se produire à la vue sous différents aspects : le plus fréquent est la forme humaine. Leur apparition a généralement lieu sous une forme vaporeuse et diaphane, quelquefois vague et indécise ; c'est souvent au premier abord une lueur blanchâtre, dont les contours se déterminent peu à peu. D'autres fois les lignes sont plus accentuées, et les moindres traits du visage dessinés avec une précision qui permet d'en donner la description la plus exacte. Un peintre, en ces moments, pourrait assurément en faire le portrait avec autant de facilité qu'il le ferait pour une personne vivante. Les allures et l'aspect sont les mêmes que du vivant de l'Esprit. Pouvant donner toutes les apparences à son périsprit, qui constitue son corps éthéré, il se présente sous celle qui peut le mieux le faire reconnaître ; ainsi, bien que, comme Esprit, il n'ait plus aucune des infirmités corporelles qu'il pouvait avoir comme homme, il se montrera estropié, boiteux ou bossu, s'il le juge à propos pour attester son identité. Quant au costume, il se compose le plus ordinairement d'une draperie qui se termine en longue robe flottante ; c'est du moins l'apparence des Esprits supérieurs qui n'ont rien conservé des choses terrestres ; mais les Esprits vulgaires, ceux que l'on a connus, ont presque toujours le costume qu'ils avaient dans la dernière période de leur vie. Souvent ils ont des attributs caractéristiques de leur rang. Les Esprits supérieurs ont toujours une figure belle, noble et sereine ; les Esprits inférieurs, au contraire, ont une physionomie vulgaire, miroir où se peignent les passions plus ou moins ignobles qui les ont agités ; quelquefois ils portent encore les traces des crimes qu'ils ont commis ou des supplices qu'ils ont endurés. Une chose remarquable, c'est qu'à moins de circonstances particulières, les parties les moins bien dessinées sont généralement les membres inférieurs, tandis que la tête, la poitrine et les bras sont toujours nettement tracés.
Nous avons dit que l'apparition a quelque chose de vaporeux, malgré sa netteté ; on pourrait, dans certain cas, la comparer à l'image reflétée dans une glace sans étain, qui n'empêche pas de voir les objets qui sont par derrière. C'est assez ordinairement ainsi que les distinguent les médiums voyants ; ils les voient aller, venir, entrer, sortir, circuler parmi la foule des vivants, en ayant l'air, pour les Esprits vulgaires du moins, de prendre une part active à ce qui se passe autour d'eux, de s'y intéresser selon le sujet, d'écouter ce qui se dit. On les voit souvent s'approcher des personnes, leur souffler des idées, les influencer, les consoler, se montrer tristes ou contents du résultat qu'ils obtiennent : c'est, en un mot, la doublure ou le reflet du monde corporel, avec ses passions, ses vices ou ses vertus, plus des vertus que notre nature matérielle nous permet difficilement de comprendre. Tel est ce monde occulte qui peuple les espaces, qui nous entoure, au milieu duquel nous vivons sans nous en douter, comme nous vivons au milieu des myriades du monde microscopique.
Mais il peut arriver que l'Esprit revête une forme plus nette encore et prenne toutes les apparences d'un corps solide, au point de produire une illusion complète et de faire croire à la présence d'un être corporel. Enfin la tangibilité peut devenir réelle, c'est-à-dire qu'on peut toucher, palper ce corps, sentir la même résistance, la même chaleur que de la part d'un corps animé, à cela près qu'il peut s'évanouir avec la rapidité de l'éclair. Outre que l'apparition de ces êtres, désignés sous le nom d'agénères, est fort rare, elle est toujours accidentelle et de courte durée, et ils ne sauraient devenir sous cette forme, les commensaux habituels d'une maison.
On sait que, parmi les facultés exceptionnelles dont M. Home a donné des preuves irrécusables, il faut placer celle de faire apparaître des mains tangibles que l'on peut palper, et qui, de leur côté, peuvent saisir, étreindre, et laisser des empreintes sur la peau. Les faits d'apparitions tangibles, disons-nous, sont assez rares, mais ceux qui se sont passés dans ces derniers temps confirment et expliquent ceux que l'histoire rapporte au sujet de personnes qui se sont montrées après leur mort avec toutes les apparences de la nature corporelle. Au reste, quelque extraordinaires que soient de pareils phénomènes, tout le surnaturel disparaît quand on en connaît l'explication, et l'on comprend alors que, loin d'être une dérogation aux lois de la nature, ils n'en sont qu'une application.
Quand les Esprits affectent la forme humaine, on ne saurait s'y tromper ; il n'en est pas ainsi quand ils prennent d'autres apparences. Nous ne parlerons pas de certaines images terrestres reflétées par l'atmosphère, et qui ont pu alimenter la superstition chez des gens ignorants, mais de quelques autres effets sur lesquels des hommes, même éclairés, ont pu se méprendre ; c'est là surtout qu'il faut se tenir en garde contre l'illusion pour ne pas s'exposer à prendre pour des Esprits des phénomènes purement physiques.
L'air n'est pas toujours d'une limpidité parfaite, et il est telles circonstances où l'agitation et les courants des molécules aériformes produits par la chaleur sont parfaitement visibles. L'agglomération de ces parcelles forme de petites masses transparentes qui semblent nager dans l'espace, et qui ont donné lieu au singulier système des Esprits sous forme de globules. La cause de cette apparence est donc dans l'air lui-même, mais elle peut être aussi dans l'œil. L'humeur aqueuse offre des points imperceptibles qui ont perdu de leur transparence ; ces points sont comme des corps semi-opaques en suspension dans le liquide dont ils suivent les mouvements et les ondulations. Ils produisent dans l'air ambiant et à distance, par l'effet du grossissement et de la réfraction, l'apparence de petits disques quelquefois irisés, variant de 1 à 10 millimètres de diamètre. Nous avons vu certaines personnes prendre ces disques pour des Esprits familiers qui les suivaient et les accompagnaient partout, et dans leur enthousiasme voir des figures dans les nuances de l'irisation. Une simple observation, fournie par ces personnes mêmes, va les ramener sur le terrain de la réalité. Ces disques ou médaillons, disent-elles, non seulement les accompagnent, mais suivent tous leurs mouvements ; ils vont à droite, à gauche, en haut, en bas, ou s'arrêtent selon le mouvement de la tête ; cette coïncidence prouve à elle seule que le siège de l'apparence est en nous et non hors de nous, et ce qui le démontre en outre, c'est que, dans leurs mouvements ondulatoires, ces disques ne s'écartent jamais d'un certain angle ; mais comme ils ne suivent pas avec brusquerie le mouvement de la ligne visuelle, ils semblent avoir une certaine indépendance. La cause de cet effet est bien simple. Les points opaques on semi-opaques de l'humeur aqueuse, cause première du phénomène, sont, avons-nous dit, comme tenus en suspension, mais ils ont toujours une tendance à descendre ; lorsqu'ils montent, c'est qu'ils y sont sollicités par le mouvement de l'œil de bas en haut ; arrivés à une certaine hauteur, si on fixe l'œil, on voit le disque descendre lentement, puis s'arrêter ; leur mobilité est extrême, parce qu'il suffit d'un mouvement imperceptible de l'œil pour faire parcourir au rayon visuel toute l'amplitude de l'angle à son ouverture, dans l'espace où l'image se projette.
Nous en dirons autant des étincelles qui se produisent quelquefois en gerbes ou en faisceaux plus ou moins compactes, par la contraction des muscles de l'œil, et qui sont dues probablement à la phosphorescence ou à l'électricité naturelle de l'iris, puisqu'elles sont généralement circonscrites dans la circonférence du disque de cet organe.
De pareilles illusions ne peuvent provenir que d'une observation incomplète ; quiconque aura sérieusement étudié la nature des Esprits par tous les moyens que donne la science pratique, comprendra tout ce qu'elles ont de puéril. Si ces globules aériens étaient des Esprits, il faudrait convenir qu'ils seraient astreints à un rôle bien mécanique pour des êtres intelligents et libres ; rôle passablement fastidieux pour des Esprits inférieurs, à plus forte raison incompatible avec l'idée que nous nous faisons des Esprits supérieurs.
Les seuls signes qui puissent véritablement attester la présence des Esprits sont les signes intelligents. Tant qu'il ne sera pas prouvé que les images dont nous venons de parler, eussent-elles même la forme humaine, ont un mouvement propre, spontané, ayant un caractère intentionnel évident et accusant une volonté libre, nous n'y verrons que de simples phénomènes physiologiques ou d'optique. La même observation s'applique à tous les genres de manifestations, et surtout aux bruits, aux coups frappés, aux mouvements insolites des corps inertes que mille causes physiques peuvent produire. Nous le répétons, tant qu'un effet n'est pas intelligent par lui-même, et indépendant de l'intelligence des hommes, il faut y regarder à deux fois avant de l'attribuer aux Esprits.
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Les Médiums spéciaux.
L'expérience prouve chaque jour combien sont nombreuses les variétés de la faculté médianimique ; mais elle nous prouve aussi que les diverses nuances de cette faculté tiennent à des aptitudes spéciales non encore définies, abstraction faite des qualités et des connaissances de l'Esprit qui se manifeste.
La nature des communications est toujours relative à la nature de l'Esprit, et porte le cachet de son élévation ou de son infériorité, de son savoir ou de son ignorance ; mais à mérite égal, au point de vue hiérarchique, il y a incontestablement chez lui une propension à s'occuper d'une chose plutôt que d'une autre ; les Esprits frappeurs, par exemple, ne sortent guère des manifestations physiques ; et parmi ceux qui donnent des manifestations intelligentes, il y a des Esprits poètes, musiciens, dessinateurs, moralistes, savants, médecins, etc. Nous parlons des Esprits d'un ordre moyen, car, arrivés à un certain degré, les aptitudes se confondent dans l'unité de la perfection. Mais, à côté de l'aptitude de l'Esprit, il y a celle du médium qui est pour lui un instrument plus ou moins commode, plus ou moins flexible, et dans lequel il découvre des qualités particulières que nous ne pouvons apprécier.
Prenons une comparaison : Un musicien très habile a sous la main plusieurs violons qui, pour le vulgaire, seront tous de bons instruments, mais entre lesquels l'artiste consommé fait une grande différence ; il y saisit des nuances d'une extrême délicatesse qui lui feront choisir les uns et rejeter les autres, nuances qu'il comprend par intuition plutôt qu'il ne peut les définir. Il en est de même à l'égard des médiums : à qualités égales dans la puissance médianimique, l'Esprit donnera la préférence à l'un ou à l'autre, selon le genre de communication qu'il veut faire. Ainsi, par exemple, on voit des personnes écrire, comme médiums, d'admirables poésies quoique, dans les conditions ordinaires, elles n'aient jamais pu ou su faire deux vers ; d'autres au contraire qui sont poètes, et qui, comme médiums, n'ont jamais pu écrire que de la prose, malgré leur désir. Il en est de même du dessin, de la musique, etc. Il y en a qui, sans avoir par eux-mêmes de connaissances scientifiques, ont une aptitude toute particulière pour recevoir des communications savantes ; d'autres sont pour les études historiques ; d'autres servent plus aisément d'interprètes aux Esprits moralistes ; en un mot, quelle que soit la flexibilité du médium, les communications qu'il reçoit avec le plus de facilité ont généralement un cachet spécial ; il en est même qui ne sortent pas d'un certain cercle d'idées, et quand ils s'en écartent, ils n'ont que des communications incomplètes, laconiques, et souvent fausses. En dehors des causes d'aptitude, les Esprits se communiquent encore plus ou moins volontiers par tel ou tel intermédiaire selon leurs sympathies ; ainsi, toutes choses égales d'ailleurs, le même Esprit sera beaucoup plus explicite avec certains médiums, par cela seul qu'ils lui conviennent mieux.
On serait donc dans l'erreur si, par cela seul qu'on a sous la main un bon médium, eût-il même l'écriture la plus facile, on pensait obtenir par lui de bonnes communications en tous genres. Pour avoir de bonnes communications, la première condition est, sans contredit, de s'assurer de la source d'où elles émanent, c'est-à-dire des qualités de l'Esprit qui les transmet ; mais il n'est pas moins nécessaire d'avoir égard aux qualités de l'instrument que l'on donne à l'Esprit ; il faut donc étudier la nature du médium comme on étudie la nature de l'Esprit, parce que ce sont là les deux éléments essentiels pour obtenir un résultat satisfaisant. Il en est un troisième qui joue un rôle également important, c'est l'intention, la pensée intime, le sentiment plus ou moins louable de celui qui interroge ; et cela se conçoit. Pour qu'une communication soit bonne, il faut qu'elle émane d'un Esprit bon ; pour que ce bon Esprit PUISSE la transmettre, il lui faut un bon instrument. Pour qu'il VEUILLE la transmettre, il faut que le but lui convienne. L'Esprit, qui lit dans la pensée, juge si la question qu'on lui propose mérite une réponse sérieuse, et si la personne qui la lui adresse est digne de la recevoir ; dans le cas contraire, il ne perd pas son temps à semer de bons grains sur des pierres, et c'est alors que les Esprits légers et moqueurs se donnent carrière, parce que, s'inquiétant peu de la vérité, ils n'y regardent pas de si près, et sont généralement assez peu scrupuleux sur le but et sur les moyens.
D'après ce que nous venons de dire, on comprend qu'il doit y avoir des Esprits plus spécialement occupés, par goût ou par raison, du soulagement de l'humanité souffrante ; qu'il doit pareillement y avoir des médiums plus aptes que d'autres à leur servir d'intermédiaires. Or, comme ces Esprits agissent exclusivement en vue du bien, ils doivent rechercher dans leurs interprètes, outre l'aptitude qu'on pourrait appeler physiologique, certaines qualités morales parmi lesquelles figurent en première ligne le dévouement et le désintéressement. La cupidité a toujours été, et sera toujours un motif de répulsion pour les bons Esprits et une cause d'attraction pour les autres. Tombe-t-il, en effet, sous le bon sens, que des Esprits supérieurs se prêtent à toutes les combinaisons de l'intérêt matériel, et qu'ils soient aux ordres du premier venu qui prétend les exploiter ? Les Esprits, quels qu'ils soient, ne veulent pas être exploités, et si quelques-uns paraissent y donner la main, si même ils vont au-devant de certains désirs trop mondains, c'est presque toujours en vue d'une mystification dont ils se rient ensuite comme d'un bon tour joué aux gens trop crédules. Du reste, il n'est peut-être pas inutile que quelques-uns se brûlent les doigts, afin de leur apprendre qu'il ne faut pas jouer avec les choses sérieuses.
Ce serait ici le cas de parler d'un de ces médiums privilégiés que les Esprits guérisseurs semblent avoir pris sous leur patronage direct. Mlle Désirée Godu, qui habite Hennebon (Morbihan), jouit sous ce rapport d'une faculté véritablement exceptionnelle, et dont elle fait usage avec la plus pieuse abnégation. Nous en avons déjà dit quelques mots dans un compte-rendu des séances de la Société, mais l'importance du sujet mérite un article spécial que nous serons heureux de lui consacrer dans notre prochain numéro. A part l'intéret qui s'attache à l'étude de toute faculté hors ligne, nous regarderons toujours comme un devoir de faire connaître le bien et de rendre justice à qui le pratique.
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BIBLIOGRAPHIE.
La comtesse Mathilde de Canossa.
Tel est le titre d'un roman légendaire, publié à Rome en 1858, par le R. P. Bresciani de la Compagnie de Jésus1, auteur du Juif de Vérone. Le sujet de l'ouvrage est l'Histoire, dans le genre de Walter Scott, de l'antique famille de Canossa : c'est pourquoi l'auteur l'a dédié au descendant actuel de cette illustre famille, le marquis Octave de Canossa podestat de Vérone et chambellan de S. M. l'empereur d'Autriche. L'action se passant au moyen âge, les sorciers et les magiciens y jouent un grand rôle, et les scènes de diableries y sont décrites avec une précision qui ferait envie au romancier écossais. L'auteur nous semble moins heureux dans son appréciation des phénomènes Spirites modernes, des tables parlantes, du magnétisme, du somnambulisme ; or, voici ce que nous lisons à ce sujet dans le chapitre X, page 170 :
" Plus d'un de mes lecteurs, et peut-être n'est-ce pas le moindre nombre, pourrait bien s'étonner de voir s'étaler, dans les chapitres qui précèdent, tout cet appareil de diableries, de conjurations, de sortilèges, d'hallucinations, d'irruptions fantastiques qui ne ressemblent pas mal à des récits de veillées et à des contes de nourrices. - Qui croit encore, de nos jours, aux nécromanciens, aux sorciers, aux enchanteurs, aux charmes, aux philtres, au commerce avec le diable ? Voudriez-vous nous ramener aux contes bleus de Martin del Rio2, aux niaises superstitions du peuple et des commères des carrefours, par des légendes à faire venir la chair de poule aux paysannes joufflues qui ont peur du loup-garou, et à empêcher de dormir les marmots tremblants, au nom de Croquemitaine ? Vraiment, l'ami, le moment est bien choisi pour nous débiter ces balivernes ! - Tel est, à peu près, le langage que je crois m'entendre adresser.
" Je répondrai que, avant de faire tant fi des anciennes croyances, il faudrait que chacun mît la main sur sa conscience et se demandât, bien franchement, s'il n'est pas au moins aussi crédule qu'aucun de ses devanciers. Voyons un peu : Que signifie cette vogue de magnétiseurs et de médiums, de tables tournantes, parlantes, prophétisantes ; de somnambules qui voient au travers des murailles, qui lisent par le coude, qui ont présent devant eux ce qui se dit et se fait à vingt, trente, quarante milles de là ; qui lisent et écrivent sans savoir ni A ni B. ; qui, sans connaître un mot de médecine signalent, déterminent tous les cas pathologiques, en indiquent les causes, en prescrivent le remède avec les doses de l'ordonnance, dans tous les termes gréco-arabes du vocabulaire scientifique ? Qu'est-ce que ces interrogatoires d'esprits, ces réponses de gens morts et enterrés, ces prophéties d'événements futurs ? Qui évoque ces ombres ? qui les fait parler ? qui leur fait voir un avenir qui n'existe pas ? Qui leur fait proférer ces blasphèmes contre Dieu, contre les saints du Ciel, contre les sacrements de l'Eglise ?
" Voyons, braves gens, parlez ! Pourquoi ces contorsions et ces regards ombrageux ? - Eh ! finissez-vous par me dire, qui sait ! Mystères de la nature, lois inconnues, force de lucidité, sens caché dans l'organisme humain ! subtilité du fluide magnétique, de l'influx nerveux, des ondulations optiques, et acoustiques ; vertus secrètes que l'électricité ou le magnétisme excitent dans le cerveau, dans le sang, dans les fibres, dans toutes les parties vitales ; puissances et forces suprêmes de la volonté et de l'imagination.
" Mes amis, ce sont là des sornettes, des mots vides de sens, des phrases creuses, des détours ambigus, des énigmes que vous ne comprenez pas vous-mêmes. Toute la différence qu'il y a entre nous et nos ancêtres, c'est que, pour nier un mystère, nous en forgeons cent autres ; tandis que ces bonnes gens appelaient un chat un chat, et le diable le diable, nous avons la prétention de gratifier la nature de forces qu'elle n'a et ne peut pas avoir ; nos vieux, plus sages et plus francs, disaient, sans tant d'ambages, qu'il existait des opérations surnaturelles, et ils les traitaient, tout bonnement, de diableries.
" Moins versés que nous, cependant, dans la connaissance des phénomènes naturels, il leur arrivait sans doute, de prendre quelquefois pour un effet prodigieux des choses qui ne sortent pas de l'ordre naturel, tandis que les modernes, beaucoup plus éclairés, ne laissent pas que de regarder bon nombre des supercheries des magnétiseurs comme l'effet mystérieux des lois secrètes de la nature, et les opérations vraiment diaboliques comme des tours de passe-passe plus ou moins subtils. Mais les hommes plus chrétiens du bon vieux temps savaient fort bien que les mauvais Esprits, évoqués au moyen de certains signes, de certaines conjurations, de certains pactes, apparaissaient, répondaient, hallucinaient l'imagination en l'impressionnant de mille manières et en faisant surtout le plus de mal qu'ils pouvaient à ceux qui conversaient avec eux. Avouez donc de bonne foi que, de nos jours même, nous avons, et en plus grand nombre que les anciens, nos nécromanciens, nos enchanteurs et nos sorciers, avec cette différence que nos pauvres pères avaient horreur de ces maléfices, qu'ils les pratiquaient en secret, dans les ténèbres, dans les cavernes, dans les forêts, et que beauconp s'en repentaient, s'en confessaient et en faisaient ensuite pénitence ; au lieu que, de nos jours, on les exerce dans les salons étincelants de dorures et de lumières, en présence des curieux, devant des jeunes filles, des enfants, des mères, sans s'en faire le moindre scrupule et en s'ébaudissant souvent des superstitions du moyen âge.
" Croyez-moi, à toutes les époques, les hommes ont voulu avoir affaire avec le démon, et cet esprit rusé, pour peu que les hommes ne le renvoient pas à ses abîmes et qu'ils tiennent à son commerce, se plie à toutes les transformations. Dans les siècles idolâtres, il vivait avec les oracles et les pythonisses ; il se montrait sous la forme de colombe, de pie, de coq, de serpent, et chantait des vers fatidiques. Au moyen âge il faisait le pédant vis-à-vis de ces peuples barbares, et leur apparaissait sous des formes terribles, dans de monstrueuses conjurations. Si, parfois, il se rapetissait et se subtilisait au point de se loger dans les cheveux, dans des fioles, dans des philtres, que les sorciers faisaient avaler aux amoureux, ce n'était pas sans inspirer encore une grande terreur. Aujourd'hui, en revanche, il se prête à la civilisation du siècle ; il se plaît dans le beau monde, dans les soirées brillantes ; tour à tour, dormant avec les somnambules, dansant avec les tables, écrivant avec les guéridons. N'est-il pas bien gentil, en vérité ? Il se garde bien d'effaroucher personne ! Il s'habille à l'américaine, à l'anglaise, à la parisienne, à l'allemande ; il est vraiment aimable, sous la barbe et la fine moustache des Italiens ; il est la coqueluche des salons, et il faudrait être bien malotru pour ne pas le trouver d'une irréprochable distinction. Voyez donc ! Il est devenu si bon apôtre qu'il s'entretient le plus courtoisement du monde avec telle dame qui va encore à la messe et qui, si vous lui disiez : - Prenez garde ! il y a des choses qui ne sont pas naturelles et qui ne sauraient l'être : il y a quelque anguille sous roche ; les bons chrétiens ne s'occupent pas de tout cela, - vous rirait au nez, et vous répondrait d'un petit air piqué : - Que diantre ! tout cela est fort naturel : je suis chrétienne aussi, moi ; mais je ne suis pas une imbécile.
" En attendant, si l'occasion se présente, elle fera magnétiser sa jeune fille de vingt ans, pour lui faire lire, dans l'intuition magnétique, des faits éloignés ou des secrets de l'avenir.
" Je vous laisse à penser si ce beau diable en gants jaunes doit rire dans sa barbe de la bonne chrétienne ! "
Nous laissons à nos lecteurs le soin d'apprécier le jugement du P. Bresciani : ils y chercheront sans doute en vain, comme nous, des arguments péremptoires contre les idées Spirites, une démonstration quelconque de la fausseté de ces idées ; il pense, sans doute, qu'elles ne valent pas la peine d'une réfutation sérieuse et qu'il suffit de souffler dessus pour les dissiper. Mais il nous semble que, à l'exemple de la plupart des adversaires, il arrive à une conséquence tout autre que celle qu'il espère, dès lors qu'il ne prouve pas, par A plus B, que cela n'est pas et ne PEUT pas être. Comme le P. Bresciani est un homme d'un talent incontestable et d'une instruction supérieure, nous pensons que, puisque son but était de combattre les Esprits, il a dû réunir contre eux ses armes les plus redoutables ; d'où nous concluons que s'il ne dit pas davantage, c'est qu'il n'a rien de plus à dire ; que s'il ne donne pas d'autres preuves, c'est qu'il n'en a pas de meilleures à opposer : autrement il n'aurait eu garde de les laisser au fond du sac. Les plus ridiculisés, dans toute cette argumentation, ce ne sont pas les Esprits, mais bien le diable lui-même qui y est traité un peu cavalièrement, et non point comme une chose prise au sérieux. On serait tenté de penser, à ce style facétieux, que l'auteur ne croit pas plus au diable qu'aux Esprits. Si pourtant c'est, comme il le prétend, l'agent unique de toutes les manifestations, on conviendra qu'il lui fait jouer un rôle plus plaisant que terrible, et bien plus capable de piquer la curiosité que d'effrayer. Tel est, au reste, jusqu'à présent, le résultat de tout ce qu'on a dit et écrit contre le Spiritisme ; on l'a bien plus servi qu'on ne lui a nui.
Selon la plupart des critiques, le fait des manifestations est sans portée ; c'est un engouement passager, un joujou de salon, et l'auteur ne nous paraît pas l'avoir envisagé sous un côté plus grave ; s'il en est ainsi, à quoi bon s'en tourmenter ? Laissez à la mode le soin d'apporter demain un autre passe-temps, et le Spiritisme vivra ce qu'a vécu la potichomanie : l'espace de deux saisons. En lui lançant des pierres, on fait croire qu'on en a peur, car on ne cherche à abattre que ce qu'on redoute ; si c'est une chimère, une utopie, pourquoi se battre contre des moulins à vent ? Il est vrai qu'on dit que le diable s'en mêle quelquefois ; mais il ne faudrait pas beaucoup d'auteurs comme celui-ci, peignant le diable sous des couleurs aussi roses, pour donner à toutes les femmes l'envie de le connaître.
Le P. Bresciani a-t-il bien examiné la question ? a-t-il pesé la portée de toutes ses paroles ? Il nous permettra d'en douter. Quand il dit : Qu'est-ce que ces réponses de gens morts et enterrés ? Qui leur fait voir un avenir QUI N'EXISTE PAS ? Nous nous demandons si c'est un chrétien ou un matérialiste qui a écrit de pareilles choses ; et encore le matérialiste parlerait-il des morts avec plus de respect. - Qui leur fait proférer ces blasphèmes contre Dieu ? Où sont ces blasphèmes ? L'auteur, qui met tout sur le compte du diable, les suppose sans doute, autrement il saurait que la confiance la plus illimitée en la bonté infinie de Dieu est la base même du Spiritisme ; que tout s'y fait au nom de Dieu ; que les Esprits les plus pervers n'en parlent qu'avec crainte et respect, et les bons qu'avec amour. Qu'y a-t-il là de blasphématoire ? - Mais que penser de ces paroles : Nous avons la prétention de gratifier la nature de forces quelle n'a et ne PEUT avoir ; nos VIEUX, plus sages, les traitaient tout bonnement de diableries. Ainsi, il est plus sage d'attribuer les phénomènes de la nature au diable qu'à Dieu. Tandis que nous proclamons la puissance infinie du Créateur, le P. Bresciani lui pose des limites ; la nature, qui résume l'oeuvre divine, n'a pas, et ne PEUT pas avoir d'autres forces que celles que nous lui connaissons ; quant à celles qu'on pourrait découvrir, il est plus sage d'en faire hommage au diable, qui serait ainsi plus puissant que Dieu. Est-il besoin de demander de quel côté est le blasphème, ou le plus grand respect pour l'Être Suprême ? - Enfin, le diable prend toutes les formes : N'est-il pas bien gentil, en vérité ? Il s'habille à l'américaine, à l'anglaise, à la parisienne ; il est vraiment aimable sous la barbe et la fine moustache des Italiens, et il faudrait être bien malotru pour ne pas le trouver d'une irréprochable distinction. Nous ne savons si les Italiens seront bien flattés d'être pris pour des diables en gants jaunes. Quelles sont ces belles dames, qui font leur coqueluche de ces gentils démons, et qui, à l'avis charitable qu'une anguille sous roche est à craindre, vous rient au nez en vous lançant un : Que diantre ! je ne suis pas une imbécile ! Si c'est la nature prise sur le fait, nous demanderons dans quel monde, l'entier ou le demi, elles se servent d'aussi jolies expressions. Nous regrettons que l'auteur n'ait pas puisé ses connaissances en Spiritisme à une source plus sérieuse, sans quoi il n'en parlerait pas aussi légèrement. Tant qu'on n'y opposera pas des arguments plus péremptoires, ses partisans pourront dormir bien tranquilles.
1 Un vol. in-8, traduit de l'italien ; chez J.-B. Pélagaud, et Cie, rue des Saints-Pères, 57, à Paris. Prix, 3 fr. 50 c.
2 Del Rio, savant jésuite, né à Anvers en 1551, mourut en 1608. L'auteur fait illusion ici à son ouvrage intitulé : Disquisitiones magicœ.
Histoire d'un damné.
(Société, 9 décembre 1859. - Première séance.)
M. de la Roche, membre titulaire, communique le fait suivant qui est à sa connaissance personnelle :
Dans une petite maison près de Castelnaudary avaient lieu des bruits étranges et diverses manifestations qui la faisaient regarder comme hantée par quelque mauvais génie. Pour ce fait, elle fut exorcisée en 1848, et l'on y avait placé un grand nombre d'images de sainteté. Depuis lors M. D..., ayant voulu l'habiter, y fit faire des réparations, et fit en outre enlever toutes les gravures. Il y mourut subitement, il y a quelques années. Son fils, qui l'occupe en ce moment, ou plutôt qui l'occupait encore il y a peu de temps, reçut un jour, en entrant dans un appartement, un vigoureux soufflet donné par une main invisible ; comme il était parfaitement seul, il ne put douter qu'il ne lui vint d'une source occulte. Maintenant il n'y veut plus demeurer, et va la quitter définitivement. Il y a, dans le pays, une tradition selon laquelle un grand crime aurait été commis dans cette maison.
Saint Louis, interrogé sur la possibilité d'évoquer le donneur de soufflets, répond que cela se peut.
L'Esprit appelé se manifeste par des signes de violence ; le médium est saisi d'une agitation extrême, sept ou huit crayons sont cassés, plusieurs sont lancés contre les assistants, une page est lacérée et couverte de traits insignifiants tracés avec colère. Tous les efforts sont impuissants pour le calmer ; pressé de répondre aux questions qu'on lui adresse, il écrit avec la plus grande difficulté, un non presque indéchiffrable.
1. (A saint Louis.) Auriez-vous la bonté de nous donner quelques renseignements sur cet Esprit, puisqu'il ne peut ou ne veut pas en donner lui-même ? - R. C'est un Esprit de la pire espèce, un véritable monstre ; nous l'avons fait venir, mais nous n'avons pu le contraindre à écrire, malgré tout ce qui lui a été dit ; il a son libre arbitre : le malheureux en fait un triste usage.
2. Y a-t-il longtemps qu'il est mort comme homme ? - R. Prenez vos informations : c'est lui qui a commis le crime dont la légende existe dans le pays.
3. Qui était-il de son vivant ? - R. Vous le saurez par vous-même.
4. C'est donc lui qui hante cette maison maintenant ? - R. Sans doute, puisque c'est ainsi que je vous l'ai fait désigner.
5. Les exorcismes que l'on a pratiqués n'ont donc pu l'en chasser ? - R. En aucune façon.
6. Est-il pour quelque chose dans la mort subite de M. D... ? - R. Oui.
7. De quelle manière a-t-il pu contribuer à cette mort ? - R. Par la frayeur.
8. Est-ce lui qui a donné un soufflet à M. D... fils ? - R. Oui.
9. Aurait-il pu en donner ici à quelqu'un d'entre nous ? - R. Mais sans doute, et l'envie ne lui en manquait pas.
10. Pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? - R. On ne le lui a pas permis.
11. Y aurait-il un moyen de le faire déloger de cette maison, et quel serait-il ? - R. Si l'on veut se débarrasser des obsessions de semblables Esprits, cela est facile en priant pour eux : c'est ce qu'on néglige toujours de faire. On préfère les effrayer par des formules d'exorcisme qui les divertissent beaucoup.
12. En donnant aux personnes intéressées l'idée de prier pour cet Esprit, et priant nous-mêmes pour lui, le ferait-on déloger ? - R. Oui ; mais remarquez que j'ai dit de prier et non de faire prier.
13. Cet Esprit est-il susceptible d'amélioration ? - R. Pourquoi non ? Ne le sont-ils pas tous, celui-là comme les autres ? Il faut cependant s'attendre à trouver des difficultés ; mais quelque pervers qu'il soit, le bien rendu pour le mal finira par le toucher. Que l'on prie d'abord, et qu'on l'évoque dans un mois, vous pourrez juger du changement qui se sera opéré en lui.
14. Cet Esprit est souffrant, malheureux ; veuillez nous dépeindre le genre de souffrances qu'il endure ? - R. Il est persuadé qu'il doit rester dans la situation où il se trouve pendant l'éternité. Il se voit constamment au moment où il a commis son crime : tout autre souvenir lui est retiré, et toute communication avec un autre Esprit interdite ; il ne peut, sur terre, se tenir que dans cette maison, et s'il est dans l'espace, il y est dans les ténèbres et la solitude.
15. D'où venait-il avant sa dernière incarnation ; à quelle race appartenait-il ? - R. Il avait eu une existence parmi les peuplades les plus féroces et les plus sauvages, et précédemment il venait d'une planète inférieure à la terre.
16. Si cet Esprit se réincarnait, dans quelle catégorie d'individus se trouverait-il ? - R. Cela dépendra de lui et du repentir qu'il éprouvera.
17. Pourrait-il, dans sa prochaine existence corporelle, être ce qu'on appelle un honnête homme ? - R. Cela lui serait difficile ; quoi qu'il fasse, il ne pourra éviter une vie encore bien orageuse.
Remarque. - Mme X..., médium voyant qui assistait à la séance, a vu cet Esprit au moment où on a voulu le faire écrire : il secouait le bras du médium ; son aspect était effrayant ; il était vêtu d'une chemise couverte de sang, et tenait un poignard.
M. et Mme F..., qui n'assistaient à cette séance que comme auditeurs, n'étant point encore sociétaires, se sont, dès le soir même, acquittés de la recommandation faite au sujet du malheureux Esprit, et ont prié pour lui. Ils en ont obtenu plusieurs communications ainsi que de ses victimes. Nous les rapportons dans leur ordre, avec celles qui ont eu lieu à la Société sur le même sujet. Outre l'intérêt qui s'attache à cette dramatique histoire, il en ressort un enseignement qui n'échappera à personne.
(Deuxième séance (chez M. F...)
18. (A l'Esprit familier.) Peux-tu nous dire quelque chose de l'Esprit de Castelnaudary ? - R. Evoque-le.
19. Sera-t-il méchant ? - R. Tu le verras.
20. Que faut-il faire ? - R. Ne pas lui parler, si tu n'as rien à lui dire.
21. Si nous lui parlons pour compatir à ses peines, cela lui fera-t-il du bien ? - R. La compassion fait toujours du bien aux malheureux.
22. Evocation de l'Esprit de Castelnaudary. - R. Que me veut-on ?
23. Nous t'appelons dans le but de t'être utile. - R. Oh ! votre pitié me fait du bien, car je souffre... oh ! que je souffre !.. Que Dieu ait pitié de moi !... Pardon !... pardon !
24. Nos prières te seront-elles salutaires ? - R. Oui ; priez, priez.
25. Eh bien ! nous prierons pour toi. - R. Merci ! toi, au moins, tu ne maudis pas.
26. Pourquoi n'as-tu pas voulu écrire à la Société quand on t'a appelé ? - R. Oh ! malédiction !
27. Malédiction sur qui ? - R. Sur moi, qui expie bien cruellement des crimes où ma volonté n'eut qu'une faible part.
Remarque. - En disant que sa volonté n'a eu qu'une faible part à ses crimes, il veut les atténuer, comme on l'a su plus tard.
28. Si tu te repens, tu seras pardonné ? - R. Oh ! jamais.
29. Ne désespère pas. - R. Eternité de souffrances, tel est mon lot.
30. Quelle est ta souffrance ? - R. Ce qu'il y a de plus horrible ; tu ne peux la comprendre.
31. A-t-on prié pour toi depuis hier au soir ? - R. Oui ; mais je souffre encore davantage.
32. Comment se fait-il ? - Le sais-je !
Remarque. - Cette circonstance a été expliquée plus tard.
33. Doit-on faire quelque chose par rapport à la maison où tu es installé ? - R. Non ! non ! ne m'en parlez pas... Pardon, mon Dieu ! j'ai bien assez souffert.
34. Tiens-tu à y rester ? - R. J'y suis condamné.
35. Est-ce pour que tu aies constamment tes crimes sous les yeux ? - R. C'est cela.
36. Ne désespère pas ; tout peut être pardonné au repentir. - Non point de pardon pour Caïn.
37. As-tu donc tué ton frère ? - R. Nous sommes tous frères.
38. Pourquoi as-tu voulu faire du mal à M. D... ? - R. Assez, de grâce, assez !
39. Eh bien ! adieu ; aie confiance en la miséricorde divine ! - R. Priez.
(Troisième séance.)
40. Evocation. - Je suis près de vous.
41. Commences-tu à espérer ? - R. Oui, mon repentir est grand.
42. Quel était ton nom ? - R. Vous le saurez plus tard.
43. Depuis combien d'années souffres-tu ? - R. 200 ans.
44. A quelle époque as-tu commis le crime ? - R. En 1608.
45. Peux-tu répéter ces dates pour nous les confirmer ? - R. Inutile ; c'est bien assez d'une fois. Adieu, je vous parlerai demain ; une volonté m'appelle.
(Quatrième séance.)
46. Evocation. - Merci, Hugo (nom de baptême de M. F...
47. Veux-tu nous parler de ce qui s'est passé à Castelnaudary ? - R. Non ; vous me faites souffrir lorsque vous m'en parlez ; ce n'est pas généreux de votre part.
48. Tu sais bien que si nous t'en parlons, c'est dans le but de pouvoir t'éclairer sur ta position, et non pour l'aggraver ; ainsi parle sans crainte. Comment t'es-tu laissé aller à commettre ce crime ? - R. Un moment d'égarement.
49. Y a-t-il eu préméditation ? - R. Non.
50. Ce ne peut être la vérité. Tes souffrances prouvent que tu es plus coupable que tu ne le dis. Sache que ce n'est que par le repentir que tu peux adoucir ton sort, et non par le mensonge. Allons ! sois franc. - R. Eh bien ! puisqu'il le faut, oui.
51. Est-ce un homme ou une femme que tu as tué ? - R. Un homme.
52. Comment as-tu causé la mort de M. D... - R. Je lui ai apparu visiblement, et je suis si affreux à voir, que ma vue seule l'a tué.
53. L'as-tu fait exprès ? - R. Oui.
54. Pourquoi cela ? - R. Il a voulu me braver, et j'en ferais encore autant si l'on venait me tenter.
55. Si j'allais demeurer dans cette maison, me ferais-tu du mal ? - R Oh ! non, certainement ; tu as pitié de moi, toi, et tu me veux du bien.
56. M. D... est-il mort instantanément ? - R. Non ; la frayeur l'a saisi, mais il n'est mort que deux heures après.
57. Pourquoi t'es-tu borné à donner un soufflet à M. D... fils ? - R. C'était bien assez d'avoir tué deux hommes.
Cinquième séance. (Société, 16 décembre 1859.)
58. Questions adressées à saint Louis. L'Esprit qui s'est communiqué à M. et Mme F... est-il bien celui de Castelnaudary ? - R. Oui.
59. Comment se fait-il qu'il ait pu se communiquer à eux si promptement ? - R. A la Société il ignorait encore ; il ne s'était pas repenti ; le repentir est tout.
60. Les renseignements qu'il a donnés sur son crime sont-ils exacts ? - R. C'est à vous de chercher à vous en assurer et à vous en expliquer ensuite avec lui.
61. Il dit que le crime a été commis en 1608, et qu'il est mort en 1659 ; il y a donc 200 ans qu'il est en cet état ? - R. Ceci vous sera expliqué plus tard.
62. Veuillez nous décrire le genre de son supplice. - R. Il est atroce pour lui ; il a été, comme vous le savez, condamné au séjour de la maison où le crime a été commis, sans pouvoir diriger sa pensée sur autre chose que sur ce crime, toujours devant ses yeux, et il se croit condamné à cette torture pour l'éternité.
63. Est-il plongé dans l'obscurité ? - R. Obscurité quand il veut s'éloigner de ce lieu d'exil.
64. Quel est le genre de souffrance le plus terrible qu'un Esprit puisse être dans le cas d'éprouver ? - R. Il n'y a pas de description possible des tortures morales qui sont la punition de certains crimes ; celui-là même qui les éprouve aurait de la peine à vous en donner une idée ; mais la plus affreuse est la certitude où il se croit d'y être condamné sans retour.
65. Voici deux siècles qu'il est dans cette situation ; apprécie-t-il le temps comme il l'eût fait de son vivant ; c'est-à-dire le temps lui paraît-il aussi long ou moins long que s'il était vivant ? - R. Il lui paraît plutôt plus long : le sommeil n'existe pas pour lui.
66. Il nous a été dit que pour les Esprits le temps n'existait pas, et que, pour eux, un siècle est un point dans l'éternité ; il n'en est donc pas de même pour tous ? - R. Non, certes ; il n'en est ainsi que pour les Esprits arrivés à un degré très élevé d'avancement ; mais pour les Esprits inférieurs le temps est quelquefois bien long, surtout quand ils souffrent.
67. Cet Esprit est puni bien sévèrement pour le crime qu'il a commis ; or, vous nous avez dit qu'avant cette dernière existence il avait été parmi les peuplades les plus barbares. Là il a dû commettre des actes au moins aussi atroces que le dernier ; en a-t-il été puni de même ? - R. Il en a été moins puni, parce que, plus ignorant encore, il en comprenait moins la portée.
Remarque. Toutes les observations confirment ce fait, éminemment conforme à la justice de Dieu, que les peines sont proportionnées, non à la nature de la faute, mais au degré d'intelligence du coupable et à la possibilité, pour lui, de comprendre le mal qu'il fait. Ainsi une faute, moins grave en apparence, pourra être plus sévèrement punie chez un homme civilisé, qu'un acte de barbarie chez un sauvage.
68. L'état où se trouve cet Esprit est-il celui des êtres vulgairement appelés damnés ? - R. Absolument ; et il y en a de bien plus affreuses encore. Les souffrances sont loin d'être les mêmes pour tous, même pour des crimes semblables, car elles varient selon que le coupable est plus ou moins accessible au repentir. Pour celui-ci, la maison où il a commis son crime est son enfer ; d'autres le portent en eux, par les passions qui les tourmentent et qu'ils ne peuvent assouvir.
Remarque. - Nous avons en effet vu des avares souffrir de la vue de l'or, qui, pour eux, était devenu une véritable chimère ; des orgueilleux, tourmentés par la jalousie des honneurs qu'ils voyaient rendre, et qui ne s'adressaient pas à eux ; des hommes, qui avaient commandé sur la terre, humiliés par la puissance invisible qui les contraignait d'obéir, et par la vue de leurs subordonnés qui ne pliaient plus devant eux ; des athées subir les angoisses de l'incertitude, et se trouver dans un isolement absolu au milieu de l'immensité, sans rencontrer aucun être qui pût les éclairer. Dans le monde des Esprits, s'il y a des joies pour toutes les vertus, il y a des peines pour toutes les fautes, et celles que n'atteint pas la loi des hommes sont toujours frappées par la loi de Dieu.
69. Cet Esprit, malgré son infériorité, ressent les bons effets de la prière ; nous avons vu la même chose pour d'autres Esprits également pervers et de la nature la plus brute ; comment se fait-il que des Esprits plus éclairés, d'une intelligence plus développée, montrent une absence complète de bons sentiments ; qu'ils se rient de tout ce qu'il y a de plus sacré ; en un mot, que rien ne les touche, et qu'il n'y a aucune trêve dans leur cynisme ? - R. La prière n'a d'effet qu'en faveur de l'Esprit qui se repent ; celui qui, poussé par l'orgueil, se révolte contre Dieu et persiste dans ses égarements en les exagérant encore, comme le font de malheureux Esprits, sur ceux-là la prière ne peut rien, et ne pourra rien que du jour où une lueur de repentir se sera manifestée chez eux. L'inefficacité de la prière est encore pour eux un châtiment ; elle ne soulage que ceux qui ne sont pas tout à fait endurcis.
70. Lorsqu'on voit un Esprit inaccessible aux bons effets de la prière, est-ce une raison pour s'abstenir de prier pour lui ? - R. Non, sans doute, car tôt ou tard elle pourra triompher de son endurcissement et faire germer en lui des pensées salutaires.
(Sixième séance ; chez M. F...)
71. Evocation. - Me voilà.
72. Tu peux donc quitter maintenant quand tu veux la maison de Castelnaudary ? - R. On me le permet, parce que je profite de vos bons conseils.
73. En éprouves-tu quelque soulagement ? - R. Je commence à espérer.
74. Si nous pouvions te voir, sous quelle apparence te verrions-nous ? - R. Vous me verriez en chemise, sans poignard.
75. Pourquoi n'aurais-tu plus ton poignard ; qu'en as-tu fait ? - R. Je le maudis ; Dieu m'en épargne la vue.
76. Si M. D... fils retournait dans la maison, lui ferais-tu encore du mal ? - R. Non, car je suis repentant.
77. Et s'il voulait encore te braver ? - R. Oh ! ne me demandez pas ça ; je ne pourrais me dominer, ce serait au-dessus de mes forces... car je ne suis qu'un misérable.
78. Les prières de M. D... fils te seraient-elles plus salutaires que celles d'autres personnes ? - R. Oui, car c'est celui auquel j'ai fait le plus grand mal.
79. Eh bien ! nous continuerons à faire ce que nous pourrons pour toi. - R. Merci ; au moins j'ai trouvé en vous des âmes charitables. Adieu.
(Septième séance.)
80. Evocation de l'homme assassiné. - Je suis là.
81. Quel nom portiez-vous de votre vivant ? - Je m'appelais Pierre Dupont.
82. Quelle était votre profession ? - R. J'étais charcutier à Castelnaudary où je suis mort assassiné par mon frère, le 6 mai 1608, par Charles Dupont, mon frère aîné, avec un poignard, au milieu de la nuit.
83. Quelle a été la cause de ce crime ? - Mon frère a cru que je voulais faire la cour à une femme qu'il aimait, et que je voyais assez souvent ; mais il se trompait, car je n'y avais jamais songé.
84. Comment vous a-t-il tué ? - R. Je dormais ; il m'a frappé à la gorge, puis au cœur ; en me frappant il m'a réveillé ; j'ai voulu lutter, mais j'ai succombé.
85. Lui avez-vous pardonné ? - R. Oui, du moment de sa mort, il y a 200 ans.
86. A quel âge est-il mort ? - R. A 80 ans.
87. Il n'a donc pas été puni de son vivant ? - R. Non.
88. Qui a-t-on accusé de votre mort ? - R. Personne ; dans ces temps de confusion, on faisait peu d'attention à ces choses-là ; cela n'aurait eu aucun but.
89. Qu'est devenue la femme ? - R. Peu après elle est morte assassinée dans ma maison par mon frère.
90. Pourquoi l'a-t-il assassinée ? - R. Amour trompé ; il l'avait épousée avant ma mort.
(Huitième séance.)
91. Pourquoi ne parle-t-il pas du meurtre de cette femme ? - R. Parce que le mien est le plus mauvais pour lui.
92. Evocation de la femme assassinée. - Je suis ici.
93. Quel nom portiez-vous de votre vivant ? - R. Marguerite Aeder, femme Dupont.
94. Combien de temps avez-vous été mariée ? - R. Cinq années.
95. Pierre nous a dit que son frère croyait à des rapports criminels entre vous deux, cela est-il vrai ? - R. Aucun rapport criminel n'existait entre Pierre et moi ; ne croyez pas cela.
96. Combien de temps après la mort de son frère Charles vous a-t-il assassinée ? - Deux ans après.
97. Quel motif l'y a poussé ? - Jalousie, et le désir d'avoir mon argent.
98. Pouvez-vous relater les circonstances du crime ? - R. Il m'a saisie et m'a frappée sur la tête dans l'atelier de travail avec son couteau de charcutier.
99. Comment se fait-il qu'on ne l'ait point poursuivi ? - A quoi bon ! tout était désordre dans ces temps de malheur.
100. La jalousie de Charles était-elle fondée ? - Oui, mais cela ne pouvait l'autoriser à commettre un pareil crime, car dans ce monde nous sommes tous pécheurs.
101. Depuis combien d'années étiez-vous mariée à la mort de Pierre ? - R. Depuis trois années.
102. Pouvez-vous préciser la date de votre mort ? - Oui, le 3 mai 1610.
103. Qu'a-t-on pensé de la mort de Pierre ? - On a fait croire à des assassins qui voulaient voler.
Remarque. Quoi qu'il en soit de l'authenticité de ces récits, qu'il paraît difficile de contrôler, il y a un fait remarquable, c'est la précision et la concordance des dates et de tous les événements ; cette circonstance est à elle seule un curieux sujet d'étude, si l'on considère que ces trois Esprits appelés à divers intervalles ne se contredisent en rien. Ce qui semblerait confirmer leurs paroles, c'est que le principal coupable dans cette affaire ayant été évoqué par un autre médium, a donné des réponses identiques.
(Neuvième séance.)
104. Evocation de M. D... - Me voici.
105. Nous désirons vous demander quelques détails sur les circonstances de votre mort ; voulez-vous bien nous les donner ? - R. Volontiers.
106. Saviez-vous que la maison que vous habitiez était hantée par un Esprit ? - R. Oui ; mais j'ai voulu le braver et j'ai eu tort de le faire ; j'aurais mieux fait de prier pour lui.
Remarque. On voit, par là, que les moyens que l'on emploie généralement pour se débarrasser des Esprits importuns ne sont pas les plus efficaces. Les menaces les excitent plus qu'elles ne les effraient. La bienveillance et la commisération ont plus d'empire que l'emploi de moyens coercitifs qui les irritent, ou des formules dont ils se rient.
107. Comment cet Esprit vous est-il apparu ? - R. A mon entrée chez moi il était visible, et me regardait fixement ; je n'ai pu m'échapper ; la frayeur m'a saisi, et j'ai dû expirer sous les yeux terribles de cet Esprit que j'avais méprisé et pour lequel je m'étais montré si peu charitable.
108. Ne pouviez-vous appeler pour vous donner du secours ? - R. Impossible ; mon heure était venue, et c'est ainsi que je devais mourir.
109. Quelle apparence avait-il ? - R. D'un furieux disposé à me dévorer.
110. Avez-vous souffert en mourant ? - R. Horriblement.
111. Etes-vous mort subitement ? - R. Non, deux heures après.
112. Quelles réflexions faisiez-vous en vous sentant mourir ? - R. Je n'ai pu réfléchir ; j'ai été frappé d'une terreur inexprimable.
113. L'apparition est-elle restée visible jusqu'à la fin ? - R. Oui, elle n'a pas quitté un instant mon pauvre Esprit.
114. Quand votre Esprit s'est trouvé dégagé avez-vous vu la cause de votre mort ? - R. Non, tout était fini ; je l'ai comprise plus tard.
115. Pouvez-vous indiquer la date de votre mort ? - R. Oui, 9 août 1853. (La date précise n'a pu encore être vérifiée ; mais elle est exacte approximativement.)
Dixième séance. (Société, 13 janvier 1860.)
Lorsque cet Esprit fut évoqué le 9 décembre, saint Louis engagea à l'appeler de nouveau dans un mois, afin de juger des progrès qu'il aurait pu faire dans l'intervalle. On a déjà pu juger, par les communications de M. et de Mme F..., du changement qui s'est opéré dans ses idées, grâce à l'influence des prières et des bons conseils. Un mois et plus s'étant écoulé depuis sa première évocation, il fut appelé de nouveau dans la Société le 13 janvier.
116. Evocation. - Je suis là.
117. - Vous rappelez-vous avoir été appelé parmi nous il y a un mois environ ? - R. Comment l'oublierais-je ?
118. Pourquoi n'avez-vous pas pu écrire alors ? - R. Je ne le voulais pas.
119. Pourquoi ne le vouliez-vous pas ? - R. Ignorance et abrutissement.
120. Vos idées ont-elles changé depuis ce moment-là ? - R. Beaucoup ; plusieurs d'entre vous ont été compatissants et ont prié pour moi.
121. Confirmez-nous tous les renseignements qui ont été donnés tant par vous que par vos victimes. - R. Si je ne les confirmais pas, ce serait dire que ce n'est pas moi qui les ai donnés, et c'est bien moi.
122. Entrevoyez-vous la fin de vos peines ? - R. Oh ! pas encore ; c'est déjà beaucoup plus que je ne mérite de savoir, grâce à votre intercession, qu'elles ne dureront pas toujours.
123. Veuillez nous décrire la situation où vous étiez avant notre première évocation. Vous comprenez que nous vous demandons cela pour notre instruction, et non par un motif de curiosité. - R. Je vous l'ai dit, je n'avais conscience de rien au monde que de mon crime, et je ne pouvais quitter la maison où je l'ai commis que pour m'élever dans l'espace où tout autour de moi était solitude et obscurité ; je ne saurais vous donner une idée de ce que c'est, je n'y ai jamais rien compris ; dès que je m'élevais au-dessus de l'air, c'était noir, c'était vide ; je ne sais ce que c'était. Aujourd'hui j'éprouve beaucoup plus de remords, mais, comme vous le prouvent mes communications, je ne suis plus contraint de rester dans cette maison fatale ; il m'est permis d'errer sur terre, et de chercher à m'éclairer par mes observations ; mais alors je n'en comprends que mieux l'énormité de mes forfaits ; et si je souffre moins d'un côté, mes tortures augmentent de l'autre par le remords ; mais au moins j'ai l'espérance.
124. Si vous deviez reprendre une existence corporelle, laquelle choisiriez-vous ? - R. Je n'ai pas encore assez vu et assez réfléchi pour le savoir.
125. Rencontrez-vous vos victimes ? - R. Oh ! que Dieu m'en garde !
Remarque. Il a toujours été dit que la vue des victimes est un des châtiments des coupables. Celui-là ne les a pas encore vues, parce qu'il était dans l'isolement et les ténèbres : c'était un châtiment ; mais il redoute cette vue, ce sera peut-être là le complément de son supplice.
126. Pendant votre long isolement, et l'on peut dire votre captivité, avez-vous eu des remords ? - R. Pas le moindre, et c'est pour cela que j'ai tant souffert ; c'est seulement quand j'ai commencé à en éprouver qu'ont été provoquées, à mon insu, les circonstances qui ont amené mon évocation, à laquelle je dois le commencement de ma délivrance. Merci donc à vous qui avez eu pitié de moi et m'avez éclairé.
Remarque. Cette évocation n'est donc point le fait du hasard ; comme elle devait être utile à ce malheureux, les Esprits qui veillaient sur lui, voyant qu'il commençait à comprendre l'énormité de ses crimes, ont jugé que le moment était venu de lui donner un secours efficace, et c'est alors qu'ils ont amené les circonstances propices. C'est un fait que nous avons vu se produire bien des fois.
On a demandé, à ce sujet, ce qu'il serait advenu de lui s'il n'avait pu être évoqué, et ce qu'il en est de tous les Esprits souffrants qui ne peuvent pas l'être, ou auxquels on ne songe pas. A cela il est répondu que les voies de Dieu, pour le salut de ses créatures, sont innombrables ; l'évocation peut être un moyen de les assister, mais n'est certainement pas le seul ; et Dieu n'en laisse aucune dans l'oubli. D'ailleurs, les prières collectives doivent aussi avoir sur les Esprits, accessibles au repentir, leur part d'influence.
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Communications spontanées.
Estelle Riquier.
(Société, 13 janvier 1860.)
L'ennui, le chagrin, le désespoir me dévorent. Epouse coupable, mère dénaturée, j'ai abandonné les saintes joies de la famille, le domicile conjugal embelli par la présence de deux petits anges descendus du ciel. Entraînée dans les sentiers du vice par un égoïsme, un orgueil et une coquetterie effrénés, femme sans cœur, j'ai conspiré contre le saint amour de celui que Dieu et les hommes m'avaient donné pour soutien et pour compagnon dans la vie ; il chercha dans la mort un refuge contre le désespoir que lui avaient causé mon lâche abandon et son déshonneur.
Le Christ a pardonné à la femme adultère et à Madeleine repentante ; la femme adultère avait aimé, et Madeleine s'était repentie ; mais moi ! misérable, j'ai vendu à prix d'or un semblant d'amour que je n'ai jamais éprouvé ; j'ai semé à pleines mains le plaisir, et n'ai récolté que le mépris. La hideuse misère et la cruelle faim sont venues mettre un terme à une vie qui m'était devenue odieuse... et je ne me suis pas repentie ! et moi, misérable et infâme, j'ai employé souvent, hélas ! avec un fatal succès, mon infernale influence comme Esprit à pousser dans le vice de pauvres femmes que je voyais vertueuses et jouir du bonheur que j'avais foulé aux pieds. Dieu me pardonnera-t-il jamais ? Peut-être, si le mépris qu'elle vous inspire ne vous empêche pas de prier pour la malheureuse Estelle Riquier.
Remarque. Cet Esprit s'étant communiqué spontanément, sans être appelé et sans être connu d'aucun des assistants, on lui adressa les questions suivantes :
1. A quelle époque êtes-vous morte ? - R. Il y a cinquante ans.
2. Quel pays habitiez-vous ? - R. Paris.
3. A quelle classe de la société appartenait votre mari ? - R. A la classe moyenne.
4. A quel âge êtes-vous morte ? - R. Trente-deux ans.
5. Quels motifs vous a portée à vous communiquer spontanément à nous ? - R. On me l'a permis pour votre instruction et pour l'exemple.
6. Aviez-vous reçu une certaine éducation ? - R. Oui.
7. Nous espérons que Dieu vous tiendra compte de la franchise de vos aveux et de votre repentir. Nous le prions d'étendre sa miséricorde sur vous, et de vous envoyer de bons Esprits pour vous éclairer sur les moyens de réparer votre passé. - R. Oh ! merci ! merci ! que Dieu vous entende !
Remarque. Plusieurs personnes nous informent qu'elles ont cru accomplir un devoir en priant pour les Esprits souffrants que nous signalons et qui réclament assistance. Nous faisons des vœux pour que cette charitable pensée se généralise parmi nos lecteurs. Quelques-uns ont reçu la visite spontanée des Esprits auxquels ils s'étaient intéressés, et qui sont venus les remercier.
Le Temps présent.
(Société, 20 janvier 1860.)
Vous êtes guidés par le véritable Génie du Christianisme, vous ai-je dit ; c'est parce que le Christ lui-même préside les travaux de toute nature qui sont en voie d'accomplissement pour ouvrir l'ère de rénovation et de perfectionnement que vous prédisent vos guides spirituels. Si en effet vous jetez les yeux, en dehors des manifestations spirites, sur les événements contemporains, vous reconnaîtrez sans aucune hésitation les signes avant-coureurs qui vous prouveront d'une manière irréfragable que les temps prédits sont arrivés. Les communications s'établissent entre tous les peuples, les barrières matérielles sont renversées ; les obstacles moraux qui s'opposent à leur union, les préjugés politiques et religieux, s'effaceront rapidement, et le règne de la fraternité s'établira enfin d'une manière solide et durable. Observez dès aujourd'hui les souverains eux-mêmes, poussés par une main invisible, prendre - chose inouïe pour vous - l'initiative des réformes ; et les réformes qui partent d'en haut et spontanément sont bien plus rapides et bien plus durables que celles qui partent d'en bas et sont arrachées par la force. J'avais, malgré des préjugés d'enfance et d'éducation, malgré le culte du souvenir, pressenti l'époque actuelle ; j'en suis heureux, et suis plus heureux encore de venir vous dire : Frères, courage ! travaillez pour vous et pour l'avenir des vôtres ; travaillez surtout à votre amélioration personnelle, et vous jouirez dans votre première existence d'un bonheur dont il vous est aussi difficile de vous faire une idée, qu'à moi de vous la faire comprendre.
CHATEAUBRIAND.
Les Cloches.
(Obtenue par M. Pécheur, 13 janvier 1860.)
Peux-tu me dire pourquoi j'ai toujours aimé à entendre le son des cloches ? c'est que l'âme de l'homme qui pense ou qui souffre cherche toujours à se dégager, lorsqu'elle éprouve ce bonheur muet qui réveille en nous des souvenirs vagues d'une vie passée ; c'est que ce son est une traduction de la parole du Christ qui vibre dans l'air depuis dix-huit siècles : c'est la voix de l'espérance. Que de cœurs elle a consolés ! que de force elle a donnée à l'humanité croyante ! Cette voix divine effraya les grands de l'époque : ils en eurent peur, car la vérité qu'ils avaient étouffée les fit trembler. Le Christ la montrait à tous : ils tuèrent le Christ, mais non l'idée ; sa parole sacrée avait été comprise ; elle était immortelle, et pourtant que de fois le doute s'est glissé dans vos cœurs ! Que de fois l'homme a-t-il accusé Dieu d'être injuste ! Il s'écriait : Mon Dieu, qu'ai-je donc fait ? Le malheur m'a-t-il marqué à mon berceau ? Suis-je donc destiné à suivre cette route qui me déchire le cœur ? Il semble qu'une fatalité s'attache à mes pas ; je sens mes forces qui m'abandonnent ; je vais briser cette vie.
A ce moment, Dieu fait entrer dans votre cœur un rayon d'espérance ; une main amie vous ôte le bandeau du matérialisme qui couvre vos yeux ; une voix du ciel vous dit : Regarde à l'horizon ce foyer lumineux : c'est un feu sacré qui émane de Dieu ; ce flambeau doit éclairer le monde et le purifier ; il doit faire pénétrer sa lumière dans le cœur de l'homme et en chasser les ténèbres qui obscurcissent ses yeux. Des hommes ont prétendu vous donner la lumière, ils n'ont produit qu'un brouillard qui a fait perdre le droit chemin.
Vous à qui Dieu montre la lumière, ne soyez pas aveugles ; c'est le Spiritisme qui vous permet de lever un coin du voile qui couvrait votre passé. Regardez maintenant ce que vous avez été, et jugez-vous. Courbez la tête devant la justice du Créateur ; remerciez-le de vous rendre le courage pour continuer l'épreuve que vous avez choisie. Le Christ a dit : Celui qui se servira de l'épée périra par l'épée : cette pensée, toute Spirite, renferme le mystère de vos souffrances. Que l'espérance en la bonté de Dieu vous donne le courage et la foi ; écoutez toujours cette voix qui vibre dans vos cœurs ; c'est à vous de comprendre, d'étudier avec sagesse, d'élever votre âme par des pensées toutes fraternelles ; que le riche tende la main à celui qui souffre, car la richesse ne lui a pas été donnée pour ses jouissances personnelles, mais pour qu'il en soit le dispensateur, et Dieu lui demandera compte de l'usage qu'il en aura fait. La seule richesse que Dieu reconnaisse, ce sont vos vertus ; c'est la seule que vous emporterez avec vous en quittant ce monde. Laissez dire ces prétendus sages qui vous traitent de fous ; demain peut-être ils vous demanderont de prier pour eux, car Dieu les jugera. Ta fille qui t'aime et qui prie pour toi.
Conseils de famille.
Suite. (Voir le n° de janvier. - Lue à la Société le 20 janvier 1860.)
Mes chers enfants, dans mes précédentes instructions, je vous ai conseillé le calme et le courage, et pourtant vous n'en montrez pas tous autant que vous le devriez. Songez que la plainte ne calme jamais la douleur, qu'elle tend au contraire à l'accroître. Un bon conseil, une bonne parole, un sourire, un geste même, donnent de la force et du courage. Une larme amollit le cœur au lieu de le raffermir. Pleurez, si le cœur vous y pousse, mais que ce soit plutôt dans les moments de solitude qu'en présence de ceux qui ont besoin de toute leur force et de toute leur énergie, qu'une larme ou un soupir peut diminuer ou affaiblir. Nous avons tous besoin d'encouragements, et rien n'est plus propre à nous encourager qu'une voix amie, qu'un regard bienveillant, qu'un mot sorti du cœur. Quand je vous ai conseillé de vous réunir, ce n'était point pour que vous unissiez vos larmes et vos amertumes ; ce n'était pas pour vous exciter à la prière, qui ne prouve qu'une bonne intention, mais bien pour que vous unissiez vos pensées, vos efforts mutuels et collectifs ; pour que vous vous donniez mutuellement de bons conseils, et que vous cherchiez en commun, non le moyen de vous attrister, mais la marche à suivre pour vaincre les obstacles qui se présentent devant vous. En vain un malheureux qui n'a pas de pain se jettera à genoux pour prier Dieu, la subsistance ne lui tombera pas du ciel ; mais qu'il travaille, et si peu qu'il obtienne, cela lui vaudra plus que toutes ses prières. La prière la plus agréable à Dieu c'est le travail utile quel qu'il soit. Je le répète, la prière ne prouve qu'une bonne intention, un bon sentiment, mais ne peut produire qu'un effet moral, puisqu'elle est toute morale. Elle est excellente comme une consolation de l'âme, car l'âme qui prie sincèrement trouve dans la prière un soulagement à ses douleurs morales : hors de ces effets et de ceux qui découlent de la prière, comme je vous l'ai expliqué dans d'autres instructions, n'en attendez rien, car vous seriez déçus dans votre espoir.
Suivez donc exactement mes conseils ; ne vous contentez pas de demander à Dieu de vous aider, aidez-vous vous-mêmes, car c'est ainsi que vous prouverez la sincérité de votre prière. Il serait trop commode, en vérité, qu'il suffît de demander une chose dans ses prières pour qu'elle soit accordée ! ce serait le plus grand encouragement à la paresse et à la négligence des bonnes actions. Je pourrais, sur ce sujet, m'étendre davantage, mais ce serait trop pour vous : votre état d'avancement ne le comporte pas encore. Méditez sur cette instruction comme sur les précédentes, elles sont de nature à occuper longtemps vos esprits, car elles contiennent en germe tout ce qui vous sera dévoilé dans l'avenir. Suivez mes précédents avis.
ALLAN KARDEC.
Paris. - Imprimerie de H. CARION, 64, rue Bonaparte.
REVUE SPIRITE
JOURNAL D'ETUDES PSYCHOLOGIQUES
3° ANNEE. N° 3. MARS 1860.
BULLETIN DE LA SOCIETE PARISIENNE DES ETUDES SPIRITES.
Vendredi, 27 janvier 1859. (Séance générale.)
Le procès-verbal de la séance du 20 janvier est lu et adopté.
Dépôt d'une lettre en demande d'admission. Renvoi pour lecture, examen et rapport, à la prochaine séance particulière.
Communications diverses. 1° Lettre de M. Hinderson Mackensie, de Londres, membre de la Société royale des antiquaires, qui donne des détails du plus haut intérêt sur l'emploi des globes de cristal ou métalliques comme moyen d'obtenir des communications spirites. C'est celui dont il fait usage, à l'aide d'un médium voyant spécial, d'après le conseil d'un de ses amis qui a fait à ce sujet, depuis trente-cinq ans, les expériences les plus complètes et les plus concluantes. Le médium voit, dans cette espèce de miroir, les réponses écrites aux questions proposées, et l'on obtient ainsi des communications très développées et si rapides qu'il est souvent difficile de suivre le médium.
2° Lecture d'un article du Siècle du 22 janvier 1860 dans lequel on remarque le passage suivant : " Les tables parlaient, tournaient et dansaient longtemps avant l'existence de la secte américaine qui prétend leur avoir donné naissance. Ce bal des tables était déjà célèbre à Rome dans les premiers siècles de notre ère, et voici comment, dans le chapitre XXIII de l'Apologétique, s'exprimait Tertullien en parlant des médiums de son temps : " S'il est donné à des magiciens de faire apparaître des fantômes, d'évoquer les âmes des morts, de forcer la bouche des enfants à rendre des oracles ; si ces charlatans imitent un grand nombre de miracles qui semblent dus aux cercles et aux chaînes que des personnes forment entre elles, s'ils envoient des songes, s'ils font des conjurations, s'ils ont à leurs ordres des esprits mensongers et des démons par la vertu desquels, les chaises et les tables qui prophétisent sont un fait vulgaire, etc. "
On fait remarquer à ce sujet que jamais les Spirites modernes n'ont prétendu avoir découvert ni inventé les manifestations ; ils ont, au contraire, constamment proclamé l'ancienneté et l'universalité des phénomènes spirites, et cette ancienneté même est un argument en faveur de la doctrine, en démontrant qu'elle a son principe dans la nature, et qu'elle n'est pas le fait d'une combinaison systématique. Ceux qui prétendent lui opposer cette circonstance prouvent qu'ils en parlent sans en connaître le premier mot, autrement ils sauraient que le Spiritisme moderne s'appuie sur ce fait incontestable qu'on le retrouve dans tous les temps et chez tous les peuples.
Etudes. 1° Questions sur le phénomène des globes métalliques ou de cristal comme moyen d'obtenir des communications. Il est répondu que : " La théorie de ce phénomène ne peut encore être expliquée ; qu'il manque pour la comprendre certaines connaissances préalables qui naîtront d'elles-mêmes et découleront d'observations ultérieures. Elle sera donnée en temps opportun. "
2° Nouvelle évocation d'Urbain Grandier qui confirme et complète certains faits historiques, et donne en outre sur la planète de Saturne des explications qui viennent à l'appui de ce qui a déjà été dit à ce sujet.
3° Deux dictées spontanées sont obtenues simultanément ; la 1° d'Abeilard, par M. Rose, la 2° de Jean le baptiseur, par M. Colin.
Ayant ensuite demandé qu'un des Esprits souffrants qui ont réclamé le secours des prières veuille bien se communiquer spontanément, un des médiums écrit ce qui suit : " Puissiez-vous être bénis d'avoir consenti à prier pour l'être immonde et inutile que vous avez appelé, et qui s'est montré encore si honteusement attaché à ses misérables richesses. Recevez les sincères remerciements du Père Crépin. "
Vendredi, 3 février 1860. (Séance particulière.)
Le procès-verbal de la séance du 27 janvier est adopté. Lecture de la liste nominative des auditeurs ayant assisté à la dernière assemblée générale. Aucun inconvénient n'est signalé dans leur présence.
M. le docteur Gotti, directeur de l'Institut homéopathique de Gênes (Piémont), est admis comme membre correspondant.
Lecture de deux nouvelles demandes d'admission. - Renvoi à la prochaine séance particulière.
Communications diverses. - 1° M. Allan Kardec annonce qu'une dame de ses abonnées de province vient de lui adresser une somme de dix mille francs pour être utilisée au profit du Spiritisme.
Cette personne ayant fait un héritage sur lequel elle ne comptait pas, elle veut y faire participer la doctrine spirite, à laquelle elle doit de suprêmes consolations et d'être éclairée sur les véritables conditions de bonheur en cette vie et en l'autre. " Vous m'avez, dit-elle dans sa lettre, fait comprendre le Spiritisme en m'en montrant le véritable but ; seul il a pu triompher des doutes et de l'incertitude qui étaient pour moi la source d'inexprimables anxiétés. Je marchais dans la vie comme au hasard, maudissant les pierres que je rencontrais sous mes pas ; maintenant je vois clair autour de moi, devant moi ; l'horizon s'est élargi et je marche avec certitude et confiance vers l'avenir, sans m'inquiéter des épines semées sur ma route. Je désire que cette faible obole vous aide à répandre sur d'autres la bienfaisante lumière qui m'a rendue si heureuse. Employez-la comme vous l'entendrez : je ne veux ni reçu ni contrôle ; la seule chose à laquelle je tiens, c'est à garder le plus strict incognito. "
Je respecterai, ajoute M. Allan Kardec, le voile de modestie dont cette personne veut se couvrir, et m'efforcerai de répondre à ses généreuses intentions. Je ne crois pas pouvoir mieux les remplir qu'en affectant sur cette somme ce qui sera nécessaire pour l'installation de la Société dans des conditions plus favorables à ses travaux.
Un membre exprime le regret que l'anonyme gardé par cette personne ne permette pas à la Société de lui témoigner directement sa gratitude.
M. Allan Kardec répond que le don n'ayant aucune affectation spéciale déterminée autre que le Spiritisme en général, il s'est chargé de ce soin au nom de tous les partisans sérieux du Spiritisme. Il insiste sur la qualification de partisans sérieux, attendu qu'on ne peut donner ce nom à ceux qui, ne voyant dans le Spiritisme qu'une question de phénomène et d'expérience, ne peuvent en comprendre les hautes conséquences morales, et encore moins en profiter eux-mêmes ou en faire profiter les autres.
2° Le président dépose sur le bureau une lettre cachetée remise par M. le docteur Vignal, membre titulaire, et qui ne devra être ouverte qu'à la fin de mars prochain.
3° M. Netz remet un numéro de l'Illustration, contenant le récit d'un fait d'apparition. Ce fait sera l'objet d'un examen spécial.
Etudes. 1° Observation à propos des effets de visions dans certains corps, tels que verres, globes de cristal, boules métalliques, etc., dont il a été question dans la dernière séance. M. Allan Kardec pense qu'il faut soigneusement écarter le nom de miroirs magiques donné vulgairement à ces objets ; il propose de les appeler miroirs psychiques. Sur l'avis de plusieurs membres, l'assemblée pense que la désignation de miroirs psychographiques répondrait mieux à la nature du phénomène.
2° Evocation de M. le docteur Vignal, qui s'est offert pour une étude sur l'état de l'Esprit des personnes vivantes. Il répond avec une parfaite lucidité aux questions qui lui sont adressées. Deux autres Esprits, celui de Castelnaudary et celui du docteur Cauvière, se communiquent en même temps par un autre médium, d'où il résulte un échange d'observations très instructives. Les docteurs terminent chacun par une dictée qui porte le cachet des hautes capacités qu'on leur connaît. (Publiée ci-après.)
3° Deux autres dictées spontanées sont obtenues : la première de saint François de Sales, par madame Mallet ; la deuxième, par M. Colin, signée Moïse, Platon, puis Julien.
Vendredi, 10 février 1860. (Séance générale.)
Le procès-verbal du 3 février est lu et adopté.
Dépôt d'une lettre en demande d'admission. - Renvoi à la prochaine séance particulière.
Lecture des communications obtenues dans la dernière séance.
Communications diverses. - M. Soive transmet la note suivante, et demande si l'on croirait utile d'en faire le sujet d'une évocation. " Le nommé T..., âgé de trente-cinq ans, demeurant boulevard de l'Hôpital, était poursuivi par une idée fixe, celle d'avoir involontairement tué un de ses amis dans une rixe. Malgré tout ce qu'on avait fait pour l'en dissuader en lui montrant cet ami vivant, il croyait avoir affaire à son ombre. Tourmenté par ses remords pour un crime imaginaire, il s'est asphyxié. "
L'évocation du sieur T... sera faite s'il y a lieu.
Etudes. - 1° Cinq dictées spontanées sont obtenues simultanément, la première par M. Roze, signée Lamennais ; la deuxième par mademoiselle Eugénie, signée Staël ; la troisième par M. Colin, signée Fourier ; la quatrième par mademoiselle Huet, d'un Esprit qui, dit-il, se fera connaître plus tard et annonce une série de communications ; la cinquième par M. Didier fils, signée Charlet.
2° Après la lecture de la dictée de Fourier, le président fait observer, pour l'intelligence des personnes étrangères à la Société et qui peuvent n'être pas au courant de sa manière de procéder, que cette communication lui semble, à première vue, susceptible de quelques commentaires ; que parmi les Esprits qui se manifestent, il y en a de tous les degrés ; que leurs communications sont le reflet de leurs idées personnelles, qui peuvent n'être pas toujours justes ; la Société, selon le conseil qui lui a été donné, les reçoit donc comme l'expression d'une opinion individuelle qu'elle se réserve de juger en la soumettant au contrôle de la logique et de la raison. Il est essentiel que l'on sache bien qu'elle n'adopte pas comme vrai tout ce qui vient des Esprits ; par ses communications, l'Esprit fait connaître ce qu'il est en bien ou en mal, en science ou en ignorance : c'est pour elle un sujet d'étude ; elle en accepte ce qui est bon, et rejette ce qui est mauvais.
3° Evocation de mademoiselle Indermuhle, de Berne, sourde-muette de naissance, âgée de trente-deux ans, et vivante. Cette évocation offre un grand intérêt au point de vue moral et scientifique par la sagacité et la précision des réponses qui dénotent en cette personne un Esprit déjà avancé.
4° Evocation de M. T..., dont il a été parlé plus haut. Il donne des signes d'une grande agitation, et casse plusieurs crayons avant de pouvoir tracer quelques lignes à peine lisibles. Le trouble de ses idées est évident ; il persiste d'abord dans la croyance qu'il a tué son ami, et finit par convenir que ce n'était chez lui qu'une idée fixe ; mais il ajoute que s'il ne l'a pas tué, il en avait la volonté, et que ce n'est que la force qui lui a manqué. - Saint Louis donne quelques explications sur l'état de cet Esprit et les conséquences pour lui de son suicide.
Cette évocation sera reprise plus tard, lorsque l'Esprit sera plus dégagé.
Vendredi, 17 février 1860. (Séance particulière.)
Le procès-verbal de la séance du 10 février est lu et adopté.
Sont admis comme membres titulaires, sur leur demande écrite, et après procès-verbal :
Madame de Regnez, de Paris ;
M. Indermuhle de Wytenbach, de Berne ;
Madame Lubrat, de Paris.
Lecture de deux nouvelles demandes d'admission. - Renvoi à la prochaine séance particulière.
M. Allan Kardec transmet à la Société les observations suivantes au sujet de la donation qui lui a été faite :
" Si, dit-il, la donatrice ne réclame, pour ce qui la concerne, aucun compte de l'emploi des fonds, je n'en tiens pas moins, pour ma propre satisfaction, à ce que cet emploi soit soumis à un contrôle. Cette somme formera le premier fonds d'une Caisse spéciale, qui n'aura rien de commun avec mes affaires personnelles, et qui sera l'objet d'une comptabilité distincte sous le nom de Caisse du Spiritisme.
" Cette caisse sera ultérieurement augmentée par les fonds qui pourront lui arriver d'autres sources, et exclusivement affectée aux besoins de la doctrine et au développement des études spirites.
" Un de mes premiers soins sera la création d'une bibliothèque spéciale, et de pourvoir, ainsi que je l'ai dit, à ce qui manque matériellement à la Société pour la régularité de ses travaux.
" J'ai prié plusieurs de nos collègues de vouloir bien accepter le contrôle de cette caisse, et de constater, à des époques qui seront ultérieurement déterminées, l'utile emploi des fonds.
" Cette commission est composée de MM. Solichon, Thiry, Levent, Mialhe, Krafzoff, et de madame Parisse. "
Lecture des communications obtenues dans la dernière séance.
La Société s'occupe ensuite de l'examen de plusieurs questions administratives.
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Les Préadamites.
Une lettre que nous avons reçue contient le passage suivant :
" L'enseignement qui vous a été donné par les Esprits repose, je dois en convenir, sur une morale tout à fait conforme à celle du Christ, et même beaucoup plus développée qu'elle ne l'est dans l'Evangile, car vous montrez l'application de ce qui, bien souvent, ne s'y trouve qu'en préceptes généraux. Quant à la question de l'existence des Esprits et de leurs rapports avec les hommes, elle ne fait pour moi l'objet d'aucun doute ; j'en serais convaincu par le seul témoignage des Pères de l'Eglise, si je n'en avais la preuve par ma propre expérience. Je n'élève donc aucune objection à ce sujet ; il n'en est pas de même de certains points de leur doctrine qui sont évidemment contraires au témoignage de l'Ecriture. Je me bornerai, pour aujourd'hui, à une seule question, celle relative au premier homme. Vous dites qu'Adam n'est ni le premier ni le seul qui ait peuplé la terre. S'il en était ainsi, il faudrait admettre que la Bible est une erreur, puisque le point de départ serait controuvé ; voyez un peu à quelles conséquences cela nous conduit ! Cette pensée, je l'avoue, a jeté quelque trouble dans mes idées ; mais comme je suis avant tout pour la vérité, et que la foi ne peut gagner à être bâtie sur une erreur, veuillez, je vous prie, me donner à ce sujet quelques éclaircissements, si vos loisirs vous le permettent ; et si vous pouvez rassurer ma conscience, je vous en serai très reconnaissant. "
Réponse.
La question du premier homme dans la personne d'Adam, comme unique souche de l'humanité, n'est point la seule sur laquelle les croyances religieuses aient dû se modifier.
Le mouvement de la terre a paru, à une certaine époque, tellement opposé au texte de l'Ecriture, qu'il n'est sortes de persécutions dont cette théorie n'ait été le prétexte, et pourtant, on le voit, Josué arrêtant le soleil n'a pu empêcher la terre de tourner ; elle tourne malgré les anathèmes, et nul aujourd'hui ne pourrait le contester sans faire tort à sa propre raison.
La Bible dit également que le monde fut créé en six jours, et en fixe l'époque à environ 4000 ans avant l'ère chrétienne. Avant cela, la terre n'existait pas, elle a été tirée du néant : le texte est formel ; et voilà que la science positive, inexorable, vient prouver le contraire. La formation du globe est écrite en caractères imprescriptibles dans le monde fossile, et il est prouvé que les six jours de la création sont autant de périodes chacune, peut-être, de plusieurs centaines de milliers d'années. Ceci n'est point un système, une doctrine, une opinion isolée, c'est un fait aussi constant que celui du mouvement de la terre, et que la théologie ne peut se refuser d'admettre ; aussi n'est-ce plus que dans les petites écoles qu'on enseigne que le monde a été fait en six fois vingt-quatre heures, preuve évidente de l'erreur dans laquelle on peut tomber en prenant à la lettre les expressions d'un langage souvent figuré. L'autorité de la Bible en a-t-elle reçu une atteinte aux yeux des théologiens ? Nullement, ils se sont rendus à l'évidence, et en ont conclu que le texte pouvait recevoir une interprétation.
La science, fouillant les archives de la terre, a reconnu l'ordre dans lequel les différents êtres vivants ont paru à sa surface ; l'observation ne laisse aucun doute sur les espèces organiques qui appartiennent à chaque période, et cet ordre est d'accord avec celui qui est indiqué dans la Genèse, avec cette différence, que cette œuvre, au lieu d'être sortie miraculeusement des mains de Dieu en quelques heures, s'est accomplie, toujours par sa volonté, mais selon la loi des forces de la nature, en quelques millions d'années. Dieu en est-il moins grand et moins puissant ? son œuvre en est-elle moins sublime pour n'avoir pas le prestige de l'instantanéité ? Evidemment non ; il faudrait se faire de la Divinité une idée bien mesquine pour ne pas reconnaître sa toute-puissance dans les lois éternelles qu'elle a établies pour régir les mondes.
La science, de même que Moïse, place l'homme en dernier dans l'ordre de la création des êtres vivants ; mais Moïse place le déluge universel l'an du monde 1654, tandis que la géologie nous montre ce grand cataclysme antérieur à l'apparition de l'homme, attendu que, jusqu'à ce jour, on ne trouve dans les couches primitives aucune trace de sa présence, ni des animaux de la même catégorie au point de vue physique ; mais rien ne prouve que cela soit impossible ; plusieurs découvertes ont déjà jeté des doutes à cet égard ; il se peut donc que, d'un moment à l'autre, on acquière la certitude de cette antériorité de la race humaine. Reste à voir si le cataclysme géologique dont les traces sont par toute la terre est le même que le déluge de Noé ; or, la loi de la durée de formation des couches fossiles ne permet pas de les confondre, le premier remontant peut-être à cent mille ans. Du moment que l'on aura trouvé les traces de l'existence de l'homme avant la grande catastrophe, il demeurera prouvé, ou qu'Adam n'est pas le premier homme, ou que sa création se perd dans la nuit des temps. Contre l'évidence il n'y a pas de raisonnements possibles ; les théologiens devront donc accepter ce fait comme ils ont accepté le mouvement de la terre et les six périodes de la création.
L'existence de l'homme avant le déluge géologique est, il est vrai, encore hypothétique, mais voici qui l'est moins. En admettant que l'homme ait paru pour la première fois sur la terre 4000 ans avant le Christ, si 1650 ans plus tard toute la race humaine a été détruite à l'exception d'un seul, il en résulte que le peuplement de la terre ne date que de Noé, c'est-à-dire de 2350 ans avant notre ère. Or, lorsque les Hébreux émigrèrent en Egypte, au dix-huitième siècle, ils trouvèrent ce pays très peuplé et déjà fort avancé en civilisation.
L'histoire prouve qu'à cette époque les Indes et d'autres contrées étaient également florissantes. Il aurait donc fallu que du quatorzième au dix-huitième siècle, c'est-à-dire dans l'espace de 600 ans, non seulement la postérité d'un seul homme eût pu peupler toutes les immenses contrées alors connues, en supposant que les autres ne le fussent pas, mais que, dans ce court intervalle, l'espèce humaine ait pu s'élever de l'ignorance absolue de l'état primitif au plus haut degré du développement intellectuel, ce qui est contraire à toutes les lois anthropologiques. Tout s'explique, au contraire, en admettant l'antériorité de l'homme, le déluge de Noé comme une catastrophe partielle confondue avec le cataclysme géologique, et Adam, qui vivait il y a 6000 ans, comme ayant peuplé une contrée encore inhabitée. Encore une fois, rien ne saurait prévaloir contre l'évidence des faits ; c'est pourquoi nous croyons prudent de ne pas s'inscrire trop légèrement en faux contre des doctrines qui peuvent, tôt ou tard, comme tant d'autres, donner tort à ceux qui les combattent. Les idées religieuses, loin de perdre, grandissent en marchant avec la science ; c'est le moyen de ne pas donner prise au scepticisme en lui montrant un côté vulnérable.
Que serait-il advenu de la religion si elle se fût roidie contre l'évidence, et si elle eût persisté à frapper d'anathème quiconque n'aurait pas accepté la lettre de l'Ecriture ? Il en serait résulté qu'on n'aurait pu être catholique sans croire au mouvement du soleil, aux six jours, aux 6000 ans d'existence de la terre ; comptez donc alors ce qui resterait aujourd'hui de catholiques. Proscrivez-vous aussi celui qui ne prend pas à la lettre l'allégorie de l'arbre et de son fruit, de la côte d'Adam, du serpent, etc. ? La religion sera toujours forte quand elle marchera d'accord avec la science, parce qu'elle se ralliera la partie éclairée de la population ; c'est le seul moyen de donner un démenti au préjugé qui la fait regarder, par les gens superficiels, comme l'antagoniste du progrès. Si jamais, ce qu'à Dieu ne plaise, elle repoussait l'évidence des faits, elle s'aliénerait les hommes sérieux, et provoquerait au schisme, parce que rien ne saurait prévaloir contre l'évidence. Aussi la haute théologie, qui compte des hommes éminents par le savoir, admet-elle sur beaucoup de points controversés une interprétation conforme à la saine raison. Il est fâcheux seulement qu'elle réserve ses interprétations pour les privilégiés, et qu'elle continue à faire enseigner la lettre dans les écoles ; il en résulte que cette lettre, d'abord acceptée par les enfants, est plus tard rejetée par eux quand vient l'âge du raisonnement ; n'ayant rien pour compensation, ils rejettent tout et augmentent le nombre des incrédules absolus. Ne donnez au contraire à l'enfant que ce que sa raison peut admettre plus tard, et sa raison, en se développant, le fortifiera dans les principes qui lui auront été inculqués. En parlant ainsi nous croyons servir les véritables intérêts de la religion ; elle sera toujours respectée quand on la montrera où elle est réellement, et quand on ne la fera pas consister dans des allégories dont le bon sens ne peut admettre la réalité.
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Un Médium guérisseur.
Mademoiselle Désirée Godu, d'Hennebon (Morbihan).
Nous prions nos lecteurs de vouloir bien se reporter à notre article du mois dernier sur les médiums spéciaux ; on comprendra mieux les renseignements que nous avons à donner sur mademoiselle Désirée Godu, dont la faculté offre un caractère de spécialité des plus remarquables. Depuis huit ans environ, elle a passé successivement par toutes les phases de la médiumnité ; d'abord médium à effets physiques très puissant, elle est devenue alternativement médium voyant, auditif, parlant, écrivain, et finalement toutes ses facultés se sont concentrées sur la guérison des malades qui paraît être sa mission, mission qu'elle remplit avec un dévouement et une abnégation sans bornes. Laissons parler le témoin oculaire, M. Pierre, instituteur à Lorient, qui nous transmet ces détails en réponse aux questions que nous lui avons adressées :
" Mademoiselle Désirée Godu, jeune personne de vingt-cinq ans, appartient à une famille très honorable, respectable et respectée de Lorient ; son père est un ancien militaire, chevalier de la Légion d'honneur, et sa mère, femme patiente et laborieuse, aide de son mieux sa fille dans sa pénible, mais sublime mission. Voilà près de six ans que cette famille patriarcale fait l'aumône des remèdes prescrits, et souvent de tout ce qui est nécessaire aux pansements, aux riches comme aux pauvres qui s'adressent à elle. Ses rapports avec les Esprits ont commencé à l'époque des tables tournantes ; elle habitait alors Lorient, et pendant plusieurs mois on ne parlait que des merveilles opérées par mademoiselle Godu sur les tables, toujours complaisantes et dociles sous ses mains. C'était une faveur d'être admis chez elle aux séances de la table, et n'y allait pas qui voulait ; simple et modeste, elle ne cherchait pas à se mettre en évidence ; cependant, comme bien vous le pensez, la malignité ne l'a pas épargnée.
" Le Christ lui-même a été bafoué, quoiqu'il ne fît que du bien et n'enseignât que le bien ; doit-on s'étonner de trouver encore des Pharisiens, alors qu'il y a encore des hommes qui ne croient à rien ? C'est le sort de tous ceux qui montrent une supériorité quelconque d'être en butte aux attaques de la médiocrité envieuse et jalouse ; rien ne lui coûte pour renverser celui qui élève sa tête au-dessus du vulgaire, pas même le poison de la calomnie : l'hypocrite démasqué ne pardonne jamais. Mais Dieu est juste, et plus l'homme de bien aura été maltraité, plus éclatante sera sa réhabilitation, et plus humiliante sera la honte de ses ennemis : la postérité le vengera.
" En attendant sa vraie mission qui doit, dit-on, commencer dans deux ans, l'Esprit qui la guide lui proposa celle de guérir toutes sortes de maladies, ce qu'elle a accepté. Pour se communiquer, il se sert maintenant de ses organes, et souvent malgré elle, au lieu du frappement insipide des tables. Quand c'est l'Esprit qui parle, le son de la voix n'est plus le même ; les lèvres ne remuent pas.
" Mademoiselle Godu n'a reçu qu'une instruction vulgaire, mais le principal de son éducation ne devait pas être l'œuvre des hommes. Quand elle eut consenti à devenir médium guérisseur, l'Esprit procéda méthodiquement à son instruction, sans qu'elle vît autre chose que des mains. Un mystérieux personnage lui mettait sous les yeux des livres, des gravures ou des dessins, et lui expliquait tout l'organisme du corps humain, les propriétés des plantes, les effets de l'électricité, etc. Elle n'est pas somnambule ; personne ne l'endort ; c'est tout éveillée, et bien éveillée, qu'elle pénètre ses malades de son regard ; l'Esprit lui indique les remèdes, que le plus souvent elle prépare et applique elle-même, soignant et pansant les plaies les plus dégoûtantes avec le dévouement d'une sœur de charité. On commença par lui donner la composition de certains onguents qui guérissaient en peu de jours les panaris et des plaies de peu de gravité, et cela dans le but de l'habituer peu à peu à voir, sans trop de répugnance, toutes les affreuses et repoussantes misères qui devaient s'étaler sous ses yeux, et mettre la finesse et la délicatesse de ses sens aux plus rudes épreuves. Qu'on ne s'imagine pas trouver en elle un être souffreteux, malingre et chétif ; elle jouit du mens sana in corpore sano dans toute sa plénitude ; loin de soigner ses malades par intermédiaire, c'est elle qui met la main à tout, et elle suffit à tout, grâce à sa robuste constitution. Elle sait inspirer à ses malades une confiance sans bornes, et trouve dans son cœur des consolations pour toutes les douleurs, sous sa main des remèdes pour tous les maux. Elle est d'un caractère naturellement gai et enjoué. Eh bien ! sa gaieté est contagieuse comme la foi qui l'anime, et agit instantanément sur ses malades. J'en ai vu beaucoup sortir les yeux pleins de larmes, douces larmes d'admiration, de reconnaissance et de joie. Tous les jeudis, jour de marché, et le dimanche depuis six heures du matin jusqu'à cinq ou six heures du soir, la maison ne désemplit pas. Pour elle, travailler, c'est prier, et elle s'en acquitte en conscience. Avant d'avoir à traiter les malades, elle passait des journées entières à confectionner des vêtements pour les pauvres et des trousseaux pour les nouveau-nés, employant les moyens les plus ingénieux pour faire parvenir incognito ses cadeaux à leur destination, de sorte que la main gauche ignorait toujours ce que donnait la main droite. Elle possède un grand nombre de certificats authentiques délivrés par des ecclésiastiques, des autorités et des personnes notables attestant des cures qu'en d'autres temps on eût regardées comme miraculeuses. "
Nous savons, par des personnes dignes de foi, qu'il n'y a rien d'exagéré dans le récit qu'on vient de lire, et nous sommes heureux de pouvoir signaler le digne emploi que mademoiselle Godu fait de la faculté exceptionnelle qui lui a été donnée. Nous espérons que ces éloges, que nous nous faisons un plaisir de reproduire dans l'intérêt de l'humanité, n'altéreront point en elle sa modestie, qui double le prix du bien, et qu'elle n'écoutera point les suggestions de l'Esprit d'orgueil. L'orgueil est l'écueil d'un grand nombre de médiums, et nous en avons vu beaucoup dont les facultés transcendantes se sont annihilées ou perverties dès qu'ils ont prêté l'oreille à ce démon tentateur. Les meilleures intentions ne garantissent pas de ses embûches, et c'est précisément contre les bons qu'il dresse ses batteries, parce qu'il est satisfait de les faire succomber, et de montrer qu'il est le plus fort ; il se glisse dans le cœur avec tant d'adresse que souvent il y est en plein sans qu'on s'en doute ; aussi l'orgueil est-il le dernier défaut que l'on s'avoue à soi-même, semblable à ces maladies mortelles dont on a le germe latent, et sur la gravité desquelles le malade se fait illusion jusqu'au dernier moment ; c'est pourquoi il est si difficile à déraciner. Dès qu'un médium jouit d'une faculté tant soit peu remarquable, il est recherché, prôné, adulé ; c'est là pour lui une terrible pierre de touche, car il finit par se croire indispensable s'il n'est pas foncièrement simple et modeste. Malheur à lui surtout s'il se persuade qu'il ne peut avoir affaire qu'à de bons Esprits ; il lui en coûte de reconnaître qu'il a été abusé, et souvent même il écrit ou entend sa propre condamnation, sa propre censure, sans croire que cela s'adresse à, lui ; or c'est précisément cet aveuglement qui donne prise sur lui ; les Esprits trompeurs en profitent pour le fasciner, le dominer, le subjuguer de plus en plus, au point de lui faire prendre pour vraies les choses les plus fausses, et c'est ainsi que se perd en lui le don précieux qu'il n'avait reçu de Dieu que pour se rendre utile à ses semblables, parce que les bons Esprits se retirent toujours de quiconque écoute de préférence les mauvais. Celui que la Providence destine à être mis en évidence le sera par la force des choses, et les Esprits sauront bien le tirer de l'obscurité, si cela est utile, tandis qu'il n'y a souvent que déception pour celui que tourmente le besoin de faire parler de lui. Ce que nous savons du caractère de mademoiselle Godu nous donne la ferme confiance qu'elle est au-dessus de ces petites faiblesses, et qu'ainsi elle ne compromettra jamais, comme tant d'autres, la noble mission qu'elle a reçue.
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Manifestations physiques spontanées.
Le Boulanger de Dieppe.
Les phénomènes par lesquels les Esprits peuvent manifester leur présence sont de deux natures, que l'on désigne par les noms de manifestations physiques et de manifestations intelligentes. Par les premières, les Esprits attestent leur action sur la matière ; par les secondes, ils révèlent une pensée plus ou moins élevée, selon le degré de leur épuration. Les unes et les autres peuvent être spontanées ou provoquées. Elles sont provoquées quand elles sont sollicitées par le désir, et obtenues à l'aide des personnes douées d'une aptitude spéciale, autrement dit des médiums. Elles sont spontanées quand elles ont lieu naturellement, sans aucune participation de la volonté, et souvent en l'absence de toute connaissance et même de toute croyance spirite. C'est à cet ordre qu'appartiennent certains phénomènes qui ne peuvent s'expliquer par les causes physiques ordinaires. Il ne faut cependant pas se hâter, ainsi que nous l'avons déjà dit, d'attribuer aux Esprits tout ce qui est insolite et tout ce que l'on ne comprend pas. Nous ne saurions trop insister sur ce point, afin de mettre en garde contre les effets de l'imagination, et souvent de la peur. Nous le répétons, quand un phénomène extraordinaire se produit, la première pensée doit être qu'il y a une cause naturelle, parce que c'est la plus fréquente et la plus probable, tels sont surtout les bruits, et même certains mouvements d'objets. Ce qu'il faut faire, dans ce cas, c'est de chercher la cause, et il est plus que probable qu'on en trouvera une fort simple et très vulgaire. Nous le disons encore, le véritable, et pour ainsi dire le seul signe réel de l'intervention des Esprits, c'est le caractère intentionnel et intelligent de l'effet produit, alors que l'impossibilité d'une intervention humaine est parfaitement démontrée. Dans ces conditions, raisonnant d'après cet axiome que tout effet a une cause, et que tout effet intelligent doit avoir une cause intelligente, il demeure évident que, si la cause n'est pas dans les agents ordinaires des effets matériels, elle est en dehors de ces mêmes agents ; que si l'intelligence qui agit n'est pas une intelligence humaine, il faut qu'elle soit en dehors de l'humanité. - Il y a donc des intelligences extra-humaines ? - Cela paraît probable ; si certaines choses ne sont pas et ne peuvent pas être l'œuvre des hommes, il faut bien qu'elles soient l'œuvre de quelqu'un ; or, si ce quelqu'un n'est pas un homme, il nous semble qu'il faut, de toute nécessité, qu'il soit en dehors de l'humanité ; si on ne le voit pas, il faut qu'il soit invisible. C'est un raisonnement aussi péremptoire et aussi facile à comprendre que celui de M. de La Palisse. - Quelles sont alors ces intelligences ? Sont-ce des anges ou des démons ? et comment des intelligences invisibles peuvent-elles agir sur la matière visible ? - C'est ce que savent parfaitement ceux qui ont approfondi la science spirite, science que l'on n'apprend pas plus que les autres en un clin d'œil, et que nous ne pouvons résumer en quelques lignes. A ceux qui font cette question nous poserons seulement celle-ci : Comment votre pensée, qui est immatérielle, fait-elle mouvoir à volonté votre corps qui est matériel ? Nous pensons qu'ils ne doivent pas être embarrassés de résoudre ce problème, et que, s'ils rejettent l'explication donnée par le Spiritisme de ce phénomène si vulgaire, c'est qu'ils en ont une autre bien plus logique à y opposer ; mais jusqu'à présent nous ne la connaissons pas.
Venons aux faits qui ont motivé ces observations.
Plusieurs journaux, et entre autres l'Opinion nationale du 14 février dernier, et le Journal de Rouen du 12 du même mois, rapportent le fait suivant, d'après la Vigie de Dieppe. Voici l'article du Journal de Rouen :
" La Vigie de Dieppe contient la lettre suivante, que lui adresse son correspondant des Grandes-Ventes. Nous avons déjà signalé, dans notre numéro de vendredi, une partie des faits relatés aujourd'hui dans ce journal ; mais l'émotion excitée dans la commune par ces événements extraordinaires nous engage à donner les nouveaux détails contenus dans cette correspondance.
" Nous nous rions aujourd'hui des histoires plus ou moins fantastiques du bon vieux temps, et, de nos jours, les prétendus sorciers ne sont pas précisément en bien grande vénération. On n'y croit pas plus aux Grandes-Ventes qu'ailleurs ; mais, cependant, nos vieux préjugés populaires ont encore quelques adeptes parmi nos bons villageois, et la scène vraiment extraordinaire dont nous venons d'être témoin est bien faite pour fortifier leur croyance superstitieuse.
" Hier matin, M. Goubert, un des boulangers de notre bourg, son père, qui lui sert d'ouvrier, et un jeune apprenti de seize à dix-sept ans, allaient commencer leur travail ordinaire, quand ils s'aperçurent que plusieurs objets quittaient spontanément la place qui leur est assignée pour s'élancer dans le pétrin. C'est ainsi qu'ils eurent à débarrasser successivement la farine qu'ils travaillaient de plusieurs morceaux de charbon, de deux poids de différente grosseur, d'une pipe et d'une chandelle. Malgré leur extrême surprise, ils continuèrent leur besogne, et ils en étaient arrivés à tourner leur pain, quand tout à coup un morceau de pâte de deux kilogrammes, s'échappant des mains du jeune mitron, s'élança à une distance de plusieurs mètres. Ce fut là le prélude et comme le signal du plus étrange désordre. Il était alors neuf heures environ, et, jusqu'à midi, il fut positivement impossible de rester dans le four et dans la cave attenante. Tout fut bouleversé, renversé et brisé ; le pain, lancé au milieu de l'atelier avec les planches qui le soutenaient, parmi les débris de toutes sortes, fut complètement perdu ; plus de trente bouteilles pleines de vin se cassèrent successivement, et, pendant que le treuil de la citerne tournait seul avec une vitesse extrême, les braisières, les pelles, les tréteaux et les poids sautaient en l'air et exécutaient des évolutions du plus diabolique effet.
" Vers midi, le vacarme cessa peu à peu, et quelques heures après, quand tout fut rentré dans l'ordre et les ustensiles replacés, le chef de la maison put reprendre ses travaux habituels.
" Ce bizarre événement a causé à M. Goubert une perte de 100 fr. au moins. "
A ce même récit, l'Opinion nationale ajoute les réflexions suivantes :
" Ce serait faire injure à nos lecteurs, en reproduisant cette singulière pièce, que de les inviter à se tenir en garde contre les faits surnaturels qu'elle relate. Voilà, nous le savons parfaitement, une histoire qui n'est pas de notre époque, et qui pourra bien scandaliser plus d'un des doctes lecteurs de la Vigie ; mais, tout invraisemblable qu'elle paraît, elle n'en est pas moins vraie, et cent personnes pourraient, au besoin, en certifier l'exactitude. "
Nous avouons ne pas trop comprendre les réflexions du journaliste qui nous semble se contredire ; d'un côté, il dit à ses lecteurs de se tenir en garde contre les faits surnaturels que cette lettre relate, et il termine en disant que " tout invraisemblable que paraisse cette histoire, elle n'en est pas moins vraie, et que cent personnes pourraient, au besoin, la certifier. " De deux choses l'une, ou elle est vraie, ou elle est fausse ; si elle est fausse, tout est dit ; mais si elle est vraie, comme l'atteste l'Opinion nationale, le fait révèle une chose assez grave pour mériter d'être traitée un peu moins légèrement. Mettons de côté la question des Esprits, et n'y voyons qu'un phénomène physique ; n'est-il pas assez extraordinaire pour mériter l'attention des observateurs sérieux ? Que les savants se mettent donc à l'œuvre, et, fouillant dans les archives de la science, nous en donnent une explication rationnelle, irréfutable, rendant raison de toutes les circonstances. S'ils ne le peuvent pas, il faut bien convenir qu'ils ne connaissent pas tous les secrets de la nature ; et si la science spirite donne seule cette solution, il faudra bien opter entre la théorie qui explique et celle qui n'explique rien.
Lorsque des faits de cette nature sont rapportés, notre premier soin est, avant même de nous enquérir de la réalité, d'examiner s'ils sont ou non possibles, d'après ce que nous connaissons de la théorie des manifestations spirites. Nous en avons cité dont nous avons démontré l'impossibilité absolue, notamment l'histoire que nous avons racontée dans notre numéro de février 1859, d'après le Journal des Débats, sous le titre de : Mon ami Hermann, et à laquelle certains points de la doctrine spirite auraient pu donner une apparence de probabilité. A ce point de vue, les phénomènes qui se sont passés chez le boulanger des environs de Dieppe n'ont rien de plus extraordinaire que beaucoup d'autres qui sont parfaitement avérés et dont la science spirite donne la solution complète. Donc, à nos yeux, si le fait n'était pas vrai, il était possible. Nous avons prié un de nos correspondants de Dieppe, en qui nous avons toute confiance, de vouloir bien s'enquérir de la réalité. Voici ce qu'il nous répond :
" Je puis aujourd'hui vous donner tous les renseignements que vous désirez, m'étant informé à bonne source. Le récit fait dans la Vigie est l'exacte vérité ; inutile d'en relater tous les faits. Il paraît que plusieurs hommes de science sont venus d'assez loin pour se rendre compte de ces faits extraordinaires qu'ils n'auront pu expliquer s'ils n'ont aucune notion de la science spirite. Quant aux gens de nos campagnes, ils sont interdits ; les uns disent : Ce sont des sorciers ; les autres : c'est parce que le cimetière a été changé de place et qu'on a bâti dessus ; et les plus malins, ceux qui passent parmi les leurs pour tout connaître, surtout s'ils ont été militaires, finissent par dire : Ma foi ! je ne sais pas trop comment cela peut arriver. Inutile de vous dire qu'on ne manque pas de faire dans tout cela une large part au diable. Pour faire comprendre aux gens du peuple tous ces phénomènes, il faudrait entreprendre de les initier à la science spirite vraie ; ce serait le seul moyen de déraciner parmi eux la croyance aux sorciers et toutes les idées superstitieuses qui seront longtemps encore le plus grand obstacle à leur moralisation. "
Nous terminerons par une dernière remarque.
Nous avons entendu des personnes dire qu'elles ne voudraient pas s'occuper de Spiritisme dans la crainte d'attirer les Esprits, et de provoquer des manifestations du genre de celle que nous venons de rapporter.
Nous ne connaissons pas le boulanger Goubert, mais nous croyons pouvoir affirmer que ni lui, ni son fils, ni son mitron ne se sont jamais occupés des Esprits. Il est même à remarquer que les manifestations spontanées se produisent de préférence chez les personnes qui n'ont aucune idée du Spiritisme, preuve évidente que les Esprits viennent sans être appelés ; nous disons plus, c'est que la connaissance éclairée de cette science est le meilleur moyen de se préserver des Esprits importuns, parce qu'elle indique la seule manière rationnelle de les écarter.
Notre correspondant est parfaitement dans le vrai en disant que le Spiritisme est un remède contre la superstition. N'est-ce pas, en effet, une idée superstitieuse de croire que ces phénomènes étranges sont dus au déplacement du cimetière ? La superstition ne consiste pas dans la croyance à un fait, quand le fait est avéré ; mais dans la cause irrationnelle attribuée à ce fait. Elle est surtout dans la croyance à de prétendus moyens de divination, à l'effet de certaines pratiques, à la vertu des talismans, aux jours et heures cabalistiques, etc., toutes choses dont le Spiritisme démontre l'absurdité et le ridicule.
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Etudes sur l'Esprit des personnes vivantes.
Le Docteur Vignal.
M. le docteur Vignal, membre titulaire de la Société, s'étant offert pour servir à une étude sur une personne vivante, comme cela a eu lieu pour M. le comte de R.., il fut évoqué dans la séance du 3 février 1860.
1. (A saint Louis.) Pouvons-nous évoquer M. le docteur Vignal ? - R. Sans aucun danger, puisqu'il y est préparé.
2. Evocation. - R. Je suis là ; je l'affirme au nom de Dieu, ce que je ne ferais pas si je répondais pour un autre.
3. Quoique vous soyez vivant, jugez-vous nécessaire que l'évocation soit faite au nom de Dieu ? - R. Dieu n'existe-t-il pas pour les vivants comme pour les morts ?
4. Nous voyez-vous aussi clairement que lorsque vous assistiez en personne à nos séances ? - R. Mais plutôt plus clairement que moins.
5. A quelle place êtes-vous ici ? - R. Naturellement à la place que nécessite mon action : à la droite et un peu en arrière du médium.
6. Pour venir de Souilly ici, avez-vous eu conscience de l'espace que vous avez franchi ; avez-vous vu le chemin que vous avez parcouru ? - R. Pas plus que la voiture qui m'a amené.
7. Pourrait-on vous offrir un siège ? - R. Vous êtes bien bons ; je ne suis pas si fatigué que vous.
8. Comment constatez-vous votre individualité ici présente ? - R. Comme les autres.
Remarque. Il fait allusion à ce qui a déjà été dit en pareil cas, savoir que l'Esprit constate son individualité au moyen de son périsprit qui est pour lui la représentation de son corps.
9. Nous vous serions cependant obligés de nous en donner vous-même l'explication. - R. C'est une répétition que vous me demandez.
10. Puisque vous ne voulez pas répéter ce qui a été dit, c'est que vous pensez de même ? - R. Mais c'est bien clair.
11. Ainsi votre périsprit est pour vous une sorte de corps circonscrit et limité ? - R. C'est puéril ; cela va sans dire.
12. Pouvez-vous voir votre corps dormant ? - R. Pas d'ici ; je l'ai vu en le quittant ; il m'a donné envie de rire.
13. Comment le rapport est-il établi entre votre corps qui est à Souilly, et votre Esprit qui est ici ? - R. Comme je vous l'ai dit, par un cordon fluidique.
14. Veuillez nous décrire le mieux possible, afin de nous le faire comprendre, la manière dont vous vous voyez, abstraction faite de votre corps. - R. C'est bien facile ; je me vois comme pendant la veille, ou plutôt, la comparaison sera plus juste, comme on se voit soi-même en rêve ; j'ai mon corps, mais j'ai conscience qu'il est autrement organisé et plus léger que l'autre ; je ne ressens pas le poids, la force attractive qui me cloue à la terre pendant la veille ; en un mot, comme je vous l'ai dit, je ne suis pas fatigué.
15. La lumière vous paraît-elle avec la même teinte que dans l'état normal ? - R. Non ; elle est augmentée d'une lumière qui n'est pas accessible à vos sens grossiers ; cependant n'en inférez pas que la sensation que produisent les couleurs sur le nerf optique soit différente pour moi : ce qui est rouge est rouge, et ainsi de suite ; seulement, des objets que je ne verrais pas en état de veille dans l'obscurité, sont lumineux par eux-mêmes, et sont perceptibles pour moi. C'est ainsi que l'obscurité n'existe pas absolument pour l'Esprit, bien qu'il puisse établir une différence entre ce qui, pour vous, est éclairé et ce qui ne l'est pas.
16. Votre vue est-elle indéfinie, ou bornée à l'objet sur lequel vous portez votre attention ? - Elle n'est ni l'un ni l'autre. Je ne sais pas absolument ce qu'elle peut éprouver de modifications pour l'Esprit entièrement dégagé ; mais, pour moi, je sais que les objets matériels sont perceptibles dans leur intérieur ; que ma vue les traverse ; cependant je ne pourrais voir partout et au loin.
17. Voudriez-vous vous prêter à une petite expérience d'épreuve qui n'est point motivée par la curiosité, mais par le désir de nous instruire ? - R. Pas le moins du monde ; cela m'est expressément défendu.
18. C'eût été de lire vous-même la question qu'on vient de me faire passer, et d'y répondre sans que j'aie besoin de l'articuler ? - R. Je le pourrais, mais, je vous le répète, cela m'est interdit.
19. Comment avez-vous conscience de la défense qui vous est faite ? - R. Par la communication de la pensée de l'Esprit qui me l'interdit.
20. Eh bien ! voici cette question. Vous voyez-vous dans une glace ? - R. Non. Que voyez-vous dans une glace ? Le reflet d'un objet matériel ; je ne suis pas matériel et ne puis produire le reflet qu'à l'aide de l'opération qui rend le périsprit tangible.
21. Ainsi un Esprit qui se trouverait dans les conditions d'un agénère, par exemple, pourrait se voir dans une glace. - R. Certainement.
22. Pourriez-vous en ce moment juger de la santé ou de la maladie d'une personne aussi sainement que dans votre état normal. - R. Plus sainement.
23. Pourriez-vous donner une consultation si quelqu'un vous en demandait une ? - R. Je le pourrais, mais je ne veux pas faire concurrence aux somnambules et aux Esprits bienfaisants qui les guident. Quand je serai mort, je ne dis pas.
24. L'état où vous êtes maintenant est-il identique à celui où vous serez quand vous serez mort ? - R. Non ; j'aurai certaines perceptions beaucoup plus précises ; n'oubliez pas que je suis ENCORE lié à la matière.
25. Votre corps pourrait-il mourir pendant que vous êtes ici, sans que vous vous en doutiez ? - R. Non ; on mourrait comme cela tous les jours.
26. Cela se conçoit pour une mort naturelle, toujours précédée de quelques symptômes ; mais supposons que quelqu'un vous frappe et vous tue instantanément, comment le sauriez-vous ? - R. Je serais prêt à recevoir le coup avant que le bras ne fût abaissé.
27. Quelle nécessité y aurait-il à ce que votre Esprit retournât vers votre corps, puisqu'il n'y aurait plus rien à faire ? - C'est une loi très sage, sans quoi, une fois sorti, on hésiterait souvent si bien à y rentrer qu'on en ferait un prétexte pour se suicider... hypocritement.
28. Supposons que votre Esprit ne soit pas ici, mais chez vous, à se promener, pendant que le corps est endormi, vous devriez voir tout ce qui s'y passe ? - R. Oui.
29. Dans ce cas supposons qu'il s'y commette une mauvaise action quelconque, de la part de quelqu'un des vôtres ou d'un étranger, vous en seriez donc témoin ? - R. Sans doute, mais pas toujours libre de m'y opposer ; cependant cela arrive plus souvent que vous ne croyez.
30. Quelle impression la vue de cette mauvaise action vous ferait-elle ; en seriez-vous aussi affecté que si vous en étiez témoin oculaire ? - R. Quelquefois plus, quelquefois moins, selon les circonstances.
31. Eprouveriez-vous le désir de vous en venger ? - R. Me venger, non ; empêcher, oui.
Remarque. Il résulte de ce qui vient d'être dit, et, du reste, c'est la conséquence de ce que nous savons déjà, que l'Esprit d'une personne qui dort sait parfaitement ce qui se passe autour d'elle ; et que celui qui voudrait profiter de son sommeil pour commettre une mauvaise action à son préjudice, se trompe lorsqu'il croit n'en être pas vu. Il ne devrait même pas toujours compter sur l'oubli qui suit le réveil, car la personne peut en garder une intuition assez forte quelquefois pour lui inspirer des soupçons. Les rêves à pressentiment ne sont autre chose qu'un souvenir plus précis de ce qu'on a vu. C'est encore là une des conséquences morales du Spiritisme ; en donnant la conviction de ce phénomène, il peut être un frein pour beaucoup de gens. Voici un fait qui vient à l'appui de cette vérité. Une personne reçut un jour une lettre sans signature et fort désobligeante ; elle se creusait inutilement la tête pour en découvrir l'auteur. Il faut croire que pendant la nuit elle apprit ce qu'elle désirait savoir, car le lendemain, à son réveil, et sans qu'il y ait eu rêve, sa pensée se porta sur quelqu'un qu'elle n'avait pas soupçonné, et après vérification, elle acquit la certitude qu'elle ne s'était pas trompée.
32. Revenons à vos sensations et à vos perceptions. Par où voyez-vous ? - R. Par tout mon être.
33. Percevez-vous les sons et par où ? - R. C'est la même chose ; puisque la perception est transmise à l'Esprit enfermé par ses organes imparfaits, il doit être clair pour vous qu'il ressent, lorsqu'il est libre, des perceptions nombreuses qui vous échappent.
34. (On frappe sur un timbre.) Entendez-vous parfaitement ce son là ? - Plus que vous.
35. Si l'on vous faisait entendre une musique discordante, en éprouveriez-vous une sensation pareille à celle que vous en ressentiriez dans l'état de veille ? - Je n'ai pas dit que les sensations fussent analogues ; il y a une différence ; mais il y a perception beaucoup plus complète.
36. Percevez-vous les odeurs ? - R. Sans doute ; toujours de la même manière.
Remarque. On pourrait dire, d'après cela, que la matière qui enveloppe l'Esprit est une sorte d'étouffoir qui amortit l'acuité de la perception. L'Esprit dégagé, recevant cette perception sans intermédiaire, peut saisir des nuances qui échappent à celui à qui elle arrive en passant par un milieu plus dense que le périsprit. On conçoit, dès lors, que les Esprits souffrants puissent avoir des douleurs qui, pour n'être pas physiques, à notre point de vue, sont plus poignantes que les douleurs corporelles, et que les Esprits heureux ont des jouissances dont nos sensations ne peuvent nous donner une idée.
37. Si vous aviez devant vous des mets appétissants, éprouveriez-vous le désir d'en manger ? - R. Le désir serait une distraction.
38. Supposons qu'à ce moment, tandis que votre Esprit est ici, votre corps ait faim, quel effet la vue de ces mets produirait-elle sur vous ? - R. Cela me ferait partir pour satisfaire un besoin irrésistible.
39. Pourriez-vous nous faire comprendre ce qui se passe en vous quand vous quittez votre corps pour venir ici, ou quand vous nous quittez pour rentrer dans votre corps ? comment apercevez-vous que vous y êtes ? - R. Cela me serait bien difficile ; j'y rentre comme j'en sors, sans m'en apercevoir, ou pour mieux dire, sans me rendre compte de la manière dont s'opère ce phénomène. Cependant ne croyez pas que, lorsque l'Esprit rentre dans le corps, il y soit enfermé comme dans sa chambre ; il rayonne sans cesse au dehors, de telle sorte qu'on peut dire qu'il est plus souvent dehors que dedans ; seulement l'union est plus intime, et les liens sont plus resserrés.
40. Voyez-vous d'autres Esprits ? - R. Ceux que l'on veut bien que je voie.
41. Comment les voyez-vous ? - R. Comme moi-même.
42. En voyez-vous ici autour de nous ? - R. En foule.
43. Evocation de Charles Dupont (Esprit de Castelnaudary). - R. Je me rends à votre appel.
44. (Au même.) Etes-vous plus tranquille aujourd'hui que la dernière fois que nous vous avons appelé ? - R. Oui ; je progresse dans le bien.
45. Comprenez-vous maintenant que vos peines ne dureront pas toujours ? - R. Oui.
46. Entrevoyez-vous la fin de vos peines ? - R. Non ; Dieu, pour ma punition, ne me permet pas de voir ce but.
47. (A M. Vignal.) Voyez-vous l'Esprit qui vient de nous répondre ? - R. Oui ; il n'est pas beau.
48. Veuillez le dépeindre ? - R. Je le vois comme il a été vu, à la différence près qu'il n'y a plus ni sang ni poignard, et que sa physionomie respire plutôt la tristesse que l'hébétement féroce qu'elle présentait à sa première apparition.
49. Eveillé, avez-vous connaissance du portrait qui a été fait de cet Esprit ? - R. Oui, et de plus je suis renseigné.
50. A quoi reconnaissez-vous, en voyant un Esprit, si son corps est mort ou vivant ? - R. A son cordon fluidique.
51. Comment jugez-vous le moral de celui-ci ? - Son moral a dû être bien triste ; mais il s'améliore.
52. (A Charles Dupont.) Vous entendez ce qu'on dit de vous ; cela doit vous encourager à persévérer dans la voie de progrès où vous êtes entré. - R. Merci ; c'est ce que je tâche de faire.
53. Voyez-vous l'Esprit du docteur avec lequel nous nous entretenons ? - R. Oui.
54. Comment le voyez-vous ? - R. Je le vois avec une enveloppe moins transparente que celle des autres Esprits.
55. Comment jugez-vous qu'il est encore vivant ? - R. Les Esprits ordinaires sont sans forme apparente ; celui-ci a comme une forme humaine ; il est enveloppé d'une matière semblable à un nuage qui répète sa forme humaine terrestre ; l'Esprit des morts n'a plus cette enveloppe : il en est dégagé.
56. (A M. Vignal). Si nous évoquions un fou, le reconnaîtriez-vous et à quoi ? - R. Je ne le reconnaîtrais pas si sa folie était récente, car elle n'aurait eu aucune action sur l'Esprit ; mais s'il était aliéné depuis longtemps, la matière aurait pu avoir une certaine influence sur lui, ce dont il donnerait quelques signes qui me serviraient à le reconnaître comme pendant la veille.
57. Pouvez-vous nous décrire les causes de la folie ? - R. Ce n'est autre chose qu'une altération, une perversion des organes qui ne reçoivent plus les impressions d'une manière régulière, et transmettent des sensations fausses, et par cela même accomplissent des actes diamétralement opposés à la volonté de l'Esprit.
Remarque. Il arrive souvent que certaines personnes, dont l'Esprit est parfaitement sain, ont dans les membres ou autres parties du corps, des mouvements involontaires et indépendants de leur volonté, comme par exemple ceux que l'on désigne sous le nom de tics nerveux. On comprend que si l'altération, au lieu d'être dans le bras ou dans les muscles de la face, était dans le cerveau, l'émission des idées en souffrirait ; l'impuissance de diriger ou de maîtriser cette émission constitue la folie.
58. Après la dernière réponse de M. Vignal, le médium qui servait d'interprète à Charles Dupont écrit spontanément : On reconnaît ces Esprits (ceux des fous) à leur arrivée parmi nous, en ce qu'ils tournent dans tous les sens sans avoir une idée fixe ni de Dieu, ni des prières ; il leur faut du temps pour pouvoir se fixer.
Signé CAUVIERE.
Personne n'ayant songé à appeler cet Esprit, M. Belliol demande si ce serait celui du docteur Cauvière, de Marseille, dont il a été jadis l'élève. - R. Oui, c'est moi, mort il y a un an et demi.
Remarque. M. Belliol reconnaît la signature pour être celle du docteur Cauvière ; plus tard on put la comparer à une signature originale, et constater la parfaite similitude de l'écriture et du paraphe.
59. (A M. Cauvière.) Qu'est-ce qui nous a procuré l'avantage de votre visite inattendue ? - R. Ce n'est pas la première fois que je viens parmi vous ; aujourd'hui j'ai trouvé une occasion favorable pour me communiquer, et j'en ai profité.
60. Voyez-vous votre confrère le docteur Vignal qui est ici en Esprit ? - R. Oui, je le vois.
61. A quoi reconnaissez-vous qu'il est encore vivant ? - R. A son enveloppe moins transparente que la nôtre.
62. Cette réponse concorde avec celles que Charles Dupont vient de nous donner et qui nous ont paru dépasser la portée de son intelligence ; est-ce vous qui les lui auriez dictées ? - R. Je pouvais bien l'influencer, puisque j'étais là.
63. Dans quel état êtes-vous comme Esprit ? - Je ne suis pas encore réincarné, mais je suis un Esprit avancé, et cependant j'étais loin, sur terre, de croire à ce que vous appelez le Spiritualisme ; il a fallu que je fasse mon éducation ici où je suis ; mais mon intelligence perfectionnée par l'étude y est arrivée tout de suite.
64. Nous allons, si vous le voulez bien, vous adresser une question préparée pour M. Vignal, et nous vous prierons de vouloir bien y répondre chacun de votre côté à l'aide de vos interprètes particuliers. Comment envisagez-vous maintenant la différence entre l'esprit des animaux et celui de l'homme ? - Rép. de M. Vignal. Il ne m'est pas beaucoup plus facile de le faire qu'en état de veille ; ma pensée actuelle est que l'Esprit animal dort, est engourdi moralement, et que chez l'homme, à son début, il s'éveille péniblement.
Rép. de M. Cauvière. - L'Esprit de l'homme est appelé à une plus grande perfection que celui des animaux ; la différence en est sensible par la raison que, chez ces derniers, il n'existe encore qu'à l'état d'instinct ; plus tard cet instinct peut se perfectionner.
65. Peut-il se perfectionner au point de devenir un Esprit humain ? - R. Il le peut, mais après avoir passé par bien des existences d'animaux, soit dans notre planète terrestre, soit dans d'autres.
66. Veuillez être assez bons l'un et l'autre pour nous dicter, chacun de votre côté, une petite allocution spontanée sur un sujet à votre choix.
Dictée de M. Cauvière.
Mes bons amis, je suis si heureux de pouvoir un peu causer avec vous que je veux vous donner un conseil, non à vous particulièrement qui êtes croyants, mais à ceux dont la foi est encore chancelante, ou qui ne l'ont pas encore et la repoussent. Que ne puis-je voir ici tous mes confrères vivants, qui ne croiraient pas à moi, il est vrai ; cependant je leur dirais que, de mon vivant, j'ai repoussé hautement la vérité quoique je la sentisse au de fond mon cœur. La plupart d'entre eux font comme moi : par un faux amour-propre, ils ne veulent pas convenir de ce qu'ils éprouvent parfois ; ils ont tort, car l'indécision fait souffrir sur la terre, surtout au moment de la quitter. Instruisez-vous donc ; soyez de bonne foi ; vous serez plus heureux de votre vivant ainsi que dans le monde où je suis maintenant. Si vous le voulez bien, je viendrai causer quelquefois avec vous. CAUVIERE.
Dictée de M. Vignal.
A quoi bon l'astronomie, et que nous importe le temps que mettra un boulet de canon à parcourir la distance qui existe entre la terre et le soleil ? Ainsi raisonnent de fort honnêtes gens qui ne voient d'autre résultat dans les sciences que l'application qui peut en être faite à l'industrie ou à leur bien-être ; mais sans l'astronomie, quelle raison auriez-vous d'adopter plutôt l'admirable système qui nous est développé que tel ou tel autre mis au jour autour de nous par des Esprits ignorants ou jaloux ?
Si la terre était, comme on l'a cru si longtemps, le point central de l'univers ; si les nombreux soleils qui peuplent l'espace n'étaient que de simples points brillants fixés à une voûte de cristal, quelle raison auriez-vous d'admettre le passé et l'avenir de l'Esprit ? L'astronomie, au contraire, vient nous démontrer que la vie planétaire qui circule autour de notre soleil, est réfléchie autour de tous ceux qui composent la nébuleuse dont notre monde fait partie ; que toutes ces planètes sont organisées d'une manière différente les unes des autres, et que, par conséquent, les conditions de la vie n'y sont pas les mêmes. Vous êtes alors conduits à vous demander, si Dieu crée instantanément et pour chaque corps spécialement l'Esprit qui doit l'animer, pour quelle raison il aurait jugé juste de le créer ici plutôt que là, plutôt sur la terre que dans un autre monde, et plutôt dans une condition que dans une autre.
Une logique inflexible vous conduit donc à admettre comme l'expression de la plus grande vérité, l'habitabilité des mondes, la préexistence des âmes et la réincarnation.
L'astronomie est donc utile, puisqu'elle vous met en mesure de recevoir l'ébauche des sublimes vérités qui se développeront pour vous à la suite des progrès que fera le Spiritisme et la science elle-même ; car, aidée de l'industrie, elle est appelée à vous faire découvrir bien d'autres merveilles que celles que vous n'aurez fait qu'entrevoir : dorénavant l'astronomie et la théologie sont sœurs et vont marcher en se donnant la main.
VIGNAL, par Arago.
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Mademoiselle Indermuhle.
SOURDE-MUETTE DE NAISSANCE, AGEE DE TRENTE-DEUX ANS, VIVANTE, DEMEURANT A BERNE.
(Séance du 10 février 1860.)
1. (A saint Louis.) Pouvons-nous entrer en communication avec l'Esprit de mademoiselle Indermuhle ? - R. Vous le pouvez.
2. Evocation. - Je suis là, je l'affirme au nom de Dieu.
3. (A saint Louis.) Veuillez nous dire si l'Esprit qui répond est bien celui de mademoiselle Indermuhle ? - R. Je puis vous l'affirmer et je vous l'affirme ; mais en êtes-vous plus avancés, et croyez-vous que, s'il est utile qu'un autre réponde à sa place, cela soit embarrassant ? L'affirmation vous prouve qu'elle est là ; c'est à vous de vous assurer une bonne communication par la nature et le mobile de vos questions.
3. Savez-vous bien où vous êtes en ce moment ? - R. Parfaitement ; croyez-vous que je n'en aie pas été instruite ?
4. Comment se fait-il que vous puissiez nous répondre ici, tandis que votre corps est en Suisse ? - R. Parce que ce n'est pas mon corps qui vous répond ; il en est du reste parfaitement incapable, vous le savez.
5. Que fait votre corps en ce moment ? - R. Il sommeille.
6. Est-il en bonne santé ? - R. Excellente.
Remarque. Le frère de mademoiselle Indermuhle, qui est présent, confirme qu'en effet elle est en bonne santé.
7. Combien avez-vous mis de temps pour venir de la Suisse jusqu'ici ? - Un temps inappréciable pour vous.
8. Avez-vous vu le chemin que vous avez parcouru pour venir ici ? - R. Non.
9. Etes-vous surprise de vous trouver dans cette réunion ? - Ma première réponse vous prouve que non.
10. Qu'arriverait-il si votre corps venait à se réveiller pendant que vous nous parlez ? - J'y serais.
11. Y a-t-il entre votre Esprit qui est ici, et votre corps qui est là-bas, un lien quelconque ? - R. Oui, sans cela qui m'avertirait que je dois y rentrer ?
12. Nous voyez-vous bien distinctement ? - Oui, parfaitement.
13. Comprenez-vous que vous puissiez nous voir, et que nous ne puissions pas vous voir ? - Mais sans doute.
14. Entendez-vous le bruit que je fais en ce moment en frappant ? - Je ne suis pas sourde ici.
15. Comment vous en rendez-vous compte, puisque vous n'avez pas, par comparaison, le souvenir du bruit à l'état de veille ? - R. Je ne suis pas née d'hier.
Remarque. Le souvenir de la sensation du bruit lui vient des existences où elle n'était pas sourde. Cette réponse est parfaitement logique.
16. Entendriez-vous de la musique avec plaisir ? - R. Avec d'autant plus de plaisir que depuis longtemps cela ne m'est arrivé ; chantez-moi donc quelque chose.
17. Nous regrettons de ne pouvoir le faire en ce moment, et qu'il n'y ait pas ici un instrument pour vous procurer ce plaisir ; mais il nous semble que votre Esprit se dégageant tous les jours pendant votre sommeil, vous devez vous transporter dans des endroits où vous pouvez entendre de la musique ? - R. Cela m'arrive assez rarement.
18. Comment pouvez-vous nous répondre en français, puisque vous êtes Allemande, et que vous ne savez pas notre langue. - R. La pensée n'a pas de langue ; je la communique au guide du médium, qui la traduit dans la langue qui lui est familière.
19. Quel est ce guide dont vous parlez ? - R. Son Esprit familier ; c'est toujours ainsi que vous recevez des communications d'Esprits étrangers, et c'est ainsi que les Esprits parlent toutes les langues.
Remarque. - De cette façon les réponses ne nous arriveraient souvent que de troisième main ; l'Esprit interrogé transmet la pensée à l'Esprit familier, celui-ci au médium, et le médium la traduit par l'écriture ou la parole ; or, le médium pouvant être assisté par des Esprits plus ou moins bons, ceci explique comment, dans beaucoup de circonstances, la pensée de l'Esprit interrogé peut être altérée ; aussi saint Louis a-t-il dit en commençant que la présence de l'Esprit évoqué ne suffit pas toujours pour assurer l'intégrité des réponses. C'est à nous de les apprécier, et de juger si elles sont logiques et en rapport avec la nature de l'Esprit. Du reste, selon mademoiselle Indermuhle, cette triple filière n'aurait lieu que pour les Esprits étrangers.
20. Quelle est la cause de l'infirmité dont vous êtes affectée ? - R. Une cause volontaire.
21. Par quelle singularité êtes-vous six frères et sœurs atteints de la même infirmité ? - Par les mêmes causes que moi.
22. Ainsi c'est volontairement que tous vous avez choisi cette épreuve ; nous pensons que cette réunion dans une même famille doit avoir eu lieu en vue d'une épreuve pour les parents ; cette raison est-elle bonne ? - R. Elle approche de la vérité.
23. Voyez-vous ici votre frère ? - R. Quelle question !
24. Etes-vous contente de le voir ? - Même réponse.
Remarque. - On sait que les Esprits n'aiment pas à se répéter ; notre langage est si lent pour eux qu'ils évitent tout ce qui leur paraît inutile. C'est là un point qui caractérise les Esprits sérieux ; les Esprits légers, moqueurs, obsesseurs et faux savants, sont souvent verbeux et prolixes ; comme les hommes qui manquent de fond, ils parlent pour ne rien dire ; les mots remplacent les pensées, et ils croient en imposer par des phrases redondantes et un style pédantesque.
25. Voudriez-vous lui dire quelque chose ? - R. Je le prie de recevoir l'expression de mes sincères remerciements pour la bonne pensée qu'il a eue de me faire appeler ici où je me trouve très heureusement en contact avec de bons Esprits, bien que, cependant, j'en voie qui ne les valent pas à beaucoup près ; j'y aurais gagné en instruction, et je n'oublierai pas que je le lui dois.
Bibliographie.
Siamora la Druidesse
OU LE SPIRITUALISME AU QUINZIEME SIECLE1,
Par Clément de la Chave.
Les idées spirites fourmillent chez un grand nombre d'écrivains anciens et modernes, et plus d'un auteur contemporain serait bien étonné si on lui prouvait, par ses propres écrits, qu'il est Spirite sans le savoir. Le Spiritisme peut donc trouver des arguments dans ses adversaires eux-mêmes, qui semblent avoir été poussés, à leur insu, à lui fournir des armes. Les auteurs sacrés et profanes présentent ainsi un champ ou il n'y a pas seulement à glaner, mais à moissonner à pleines mains ; c'est ce que nous nous proposons de faire quelque jour, et nous verrons alors si les critiques jugent à propos d'envoyer aux Petites-Maisons ceux qu'ils ont encensés et dont le nom fait à bon droit autorité dans les lettres, les arts, les sciences, la philosophie ou la théologie. L'auteur du petit livre que nous annonçons n'est pas de ceux que l'on peut dire Spirites sans le savoir ; c'est, au contraire, un adepte sérieux et éclairé, qui s'est plu à résumer les vérités fondamentales de la doctrine dans un ordre moins aride que la forme didactique, et ayant l'attrait d'un roman semi-historique ; nous y retrouvons en effet le dauphin qui fut plus tard Louis XI, et quelques-uns des personnages de son temps, avec la peinture des mœurs de l'époque. Siamora, dernier rejeton des anciennes Druidesses, a conservé les traditions du culte de ses ancêtres, mais éclairé par les vérités du christianisme. Nous avons vu, dans un article de la Revue du mois d'avril 1858, à quel degré les prêtres de la Gaule étaient arrivés touchant la philosophie spirite ; il n'y a donc aucune contradiction à mettre ces mêmes idées dans la bouche de leur descendante ; c'est, au contraire, mettre en évidence une vérité trop peu connue, et sous ce rapport l'auteur a bien mérité des Spirites modernes. On en peut juger par les citations suivantes. Edda, jeune novice, dans un moment d'extase, s'adressant à Siamora, s'exprime ainsi :
" Sous la forme de mon bon ange, de mon ange familier, un Esprit m'apparaît ; il s'offre pour me guider dans les visions pénibles d'ici-bas. Les hommes, me dit-il, ne sont mauvais que parce qu'ils ont méconnu leur nature spirituelle ; que parce qu'ils ont rejeté cet agent subtil, ce flux divin que Dieu avait répandu pour le bonheur des hommes dans la création, et qui en faisait des égaux et des frères. Alors les hommes guérissaient, car faisant appel à cet agent subtil de la création, ils en retiraient un puissant secours. (…)
" C'est à l'heure de la mort que chaque homme m'apparaît ! O tristesse ! ô dégoût ! quel amer désespoir ! Ils ont cessé d'aimer, ces êtres pervers. Siamora, chaque homme en mourant emporte des vertus et des vices. Légère, ou chargée de fautes, leur âme s'élève plus ou moins, car elle a gardé peu ou beaucoup de l'agent subtil, l'amour, cette substance de Dieu qui, d'après les affinités, attire à elle les substances semblables et repousse celles qui procèdent d'un principe contraire.
" L'âme de l'homme mauvais reste errante ici-bas, soufflant à tous son essence empestée. Elle a la joie du mal et l'orgueil du vice. Nous l'avons appelée démon ; au ciel elle a nom frère égaré. - Mais de tous les cœurs pieux, Siamora, une douce vapeur s'élève, et, malgré elle l'âme-démon parvient à en être saturée ; elle s'y retrempe, y dépouille en partie sa corruption... Alors elle commence à percevoir l'idée de Dieu, ce qu'à l'état d'âme elle ne pouvait faire. De même que l'âme emporte avec elle l'image exacte, mais toute spirituelle de son corps, de même il s'y joint cette autre empreinte de ses vices et de ses souillures, et l'âme ainsi épaissie ne peut voir.
" Dans ce monde invisible au-dessus du nôtre, Siamora, où, avec effort, peu à peu je m'élève, des nuages étincelants bornent ma vue ; des milliers d'âmes, Esprits célestes, y entrent et en ressortent ; ainsi que des flocons neigeux, abaissés, remontés, égarés, courent, emportés par la fougue capricieuse des vents. Dans leur essence spirituelle, descendent parmi nous les anges, disant à l'un des paroles de paix, insinuant au cœur de l'autre la divine croyance ; inspirant celui-ci dans la recherche de la science ; soufflant à celui-là l'instinct du bon et du beau ; car il a été touché du doigt de Dieu, celui qui, dans son art, y a porté le goût des nobles et grandes choses. Tout homme a son Egérie, son conseil, son aimant ; elle a été jetée à tous, la corde de sauvetage ; c'est à nous de la saisir. (…)
" Et cet homme mauvais, ou plutôt cette âme-démon, dont les yeux, au contact d'un air pur, ont commencé à s'ouvrir, s'en va pleurant son crime et demandant à souffrir pour l'expier. Seul et privé de secours, que fera-t-il ?
" Un ange de charité s'approche : Frère égaré, lui dit-il, rentre avec moi dans la vie : là est l'enfer, là est le lieu de souffrances, où chacun de nous se régénère ; viens, je t'y soutiendrai : tâchons d'y faire un peu de bien, afin que pour toi la balance du bien et du mal finisse par pencher du bon côté.
" C'est ainsi, Siamora, qu'il arrive pour tous les hommes au moment de mourir. Je les vois plus ou moins s'élever dans les cieux, rentrer dans la vie, souffrir de nouveau, s'épurer, mourir encore, et monter sans cesse plus haut dans les espaces célestes ; ils n'atteignent pas encore le ciel du Dieu unique, mais de longues pérégrinations à travers d'autres mondes, bien plus merveilleux et plus perfectionnés que celui-ci, parviendront, à force de les épurer, à le leur faire posséder. "
1 Un vol. in-18, prix 2 fr. ; Vannier, libraire-éditeur, rue Notre-Dame-des-Victoires, n° 52. - 1860.
Dictées spontanées.
Le génie des fleurs.
(Séance du 23 décembre 1859. Médium, madame de Boyer.)
Je suis Hettani, un des Esprits qui président à la formation des fleurs, à la diversité de leurs parfums ; c'est moi, ou plutôt c'est nous, car nous sommes plusieurs milliers d'Esprits, c'est nous qui ornons les champs, les jardins ; qui donnons à l'horticulteur le goût des fleurs ; nous ne saurions lui enseigner la mutilation qu'il leur fait quelquefois subir ; mais nous lui apprenons à varier leurs parfums, à embellir leurs formes déjà si gracieuses. Cependant, c'est surtout sur les fleurs naturellement écloses que se porte toute notre attention ; à celles-là nous prodiguons encore plus de soins : elles sont nos préférées ; comme tout ce qui est seul a plus besoin d'aide, voilà pourquoi nous les soignons mieux.
Nous sommes aussi chargés de répandre les parfums ; c'est nous qui portons à l'exilé un souvenir de son pays en faisant entrer dans sa prison un parfum des fleurs qui ornaient le jardin paternel. A celui qui aime, qui aime réellement, nous apportons le parfum des fleurs portées par sa fiancée ; à celui qui pleure, un souvenir de ceux qui ne sont plus, en faisant éclore sur leur tombe les roses et les violettes qui rappellent leurs vertus.
Qui de vous ne nous a pas dû de douces émotions ? Qui n'a pas tressailli au contact d'un parfum aimé ? Vous êtes étonné, je pense, de nous entendre dire qu'il y a des Esprits pour tout cela, et pourtant c'est très vrai. Nous n'avons jamais été incarnés, et ne le serons peut-être jamais parmi vous ; cependant il y en a qui ont déjà été hommes, mais peu parmi les Esprits des éléments. Notre mission, sur votre terre, n'est rien ; nous progressons comme vous, mais c'est dans ces planètes supérieures surtout que nous sommes heureux ; dans Jupiter, nos fleurs rendent des sons mélodieux, et nous formons les demeures aériennes, dont les nids de colibris seuls peuvent vous donner une faible idée. Je vous ferai la première fois la description de quelques-unes de ces fleurs, magnifiques, non, mais sublimes et dignes des Esprits élevés auxquels elles servent de demeures.
Adieu ; qu'un parfum de charité vous anime ; les vertus même ont leur parfum.
Questions sur le génie des fleurs.
(Société, 30 décembre 1859. Médium, M. Roze.)
(A saint Louis.) Nous avons eu l'autre jour une communication spontanée d'un Esprit qui a dit présider aux fleurs et à leurs parfums ; y a-t-il réellement des Esprits qu'on peut regarder comme les génies des fleurs ? - R. Cette expression est poétique et bien appliquée au sujet ; mais à proprement parler elle serait défectueuse. Vous ne devez pas douter que l'Esprit ne préside, par toute la création, au travail que Dieu lui confie ; c'est ainsi qu'il faut entendre cette communication.
2. Cet Esprit s'est appelé Hettani ; comment se fait-il qu'il ait un nom s'il n'a jamais été incarné ? - R. C'est une fiction. L'Esprit ne préside pas d'une manière particulière à la formation des fleurs ; l'Esprit élémentaire, avant de passer à la série animale, dirige l'action fluidique dans la création du végétal ; celui-ci n'a pas encore été incarné ; mais il n'agit que sous la direction d'intelligences plus élevées, ayant déjà assez vécu pour acquérir la science nécessaire à leur mission. C'est un de ceux-ci qui s'est communiqué ; il vous a fait un mélange poétique de l'action des deux classes d'Esprits qui agissent dans la création végétale.
3. Cet Esprit n'ayant pas encore vécu, même dans la vie animale, comment se fait-il qu'il soit si poétique ? - Relisez.
Remarque. - Voyez la remarque faite plus haut après la question 24, page 90.
4. Ainsi l'Esprit qui s'est communiqué n'est pas celui qui habite et anime la fleur ? - R. Non, non ; je vous l'ai dit assez clairement : il guide.
5. Cet Esprit qui nous a parlé a-t-il été incarné ? - R. Il l'a été.
6. L'Esprit qui donne la vie aux plantes et aux fleurs, a-t-il une pensée, l'intelligence de son moi ? - R. Aucune pensée, aucun instinct.
Bonheur.
(Société, 10 février 1860. Médium, mademoiselle Eugénie.)
Quel est le but de chaque individu sur cette terre ? Il veut du bonheur à quelque prix que ce soit. Et qu'est-ce qui fait que tous nous suivons une route différente ? C'est que chacun de nous espère le trouver dans un lieu ou dans une chose qui lui plaît particulièrement : les uns cherchent la gloire, d'autres les richesses, d'autres les honneurs ; le plus grand nombre court après la fortune, car de nos jours c'est le moyen le plus puissant pour arriver à tout ; elle sert de piédestal à tout. Mais combien voient ce besoin de bonheur réalisé ? Bien peu ; et demandez à chacun de ceux qui arrivent s'ils ont atteint le but qu'ils s'étaient proposé : s'ils sont heureux ? Ils répondent tous : pas encore ; car tous les désirs augmentent en raison de ce qu'ils sont satisfaits. Si aujourd'hui il y a tant de gens qui veulent s'intéresser au Spiritisme, c'est qu'après avoir vu que tout est chimère, et voulant arriver quand même, ils essayent du Spiritisme comme ils ont essayé de la richesse et de la gloire.
Si Dieu a mis dans nos cœurs ce besoin si grand de bonheur, c'est qu'il doit exister quelque part. Oui, ayez confiance en lui, mais sachez que tout ce que Dieu promet doit être divin comme lui, et que le bonheur que vous cherchez ne peut être matériel.
Venez à nous, vous tous qui souffrez ; venez à nous, vous tous qui avez besoin d'espérance, car lorsque tout sur la terre vous manquera, faiblira, nous ici, nous aurons plus que vos besoins ne demanderont. Mères désespérées qui vous lamentez sur une tombe, venez ici : l'ange que vous pleurez vous parlera, vous protégera, vous inspirera la résignation pour les peines que vous avez endurées sur la terre. Vous tous qui avez le besoin insatiable de la science, adressez-vous à nous, nous seuls pouvons donner à votre esprit la nourriture dont il a besoin. Venez, mous saurons trouver pour chaque plaie une douceur, et quelque délaissés que vous paraissiez, il y a des Esprits qui vous aiment et qui sont prêts à vous le prouver. Je parle au nom de tous. Je désire vous voir venir nous demander des conseils, car je suis sûre que vous vous en irez l'espérance dans le cœur.
STAEL.
Nota. - Un instant après, l'Esprit écrit de nouveau spontanément :
Le sourire vient plus d'une fois sur les lèvres de certains auditeurs, et s'il échappe au médium, il n'échappe pas aux Esprits ; mais soyez sans crainte ; ce sont ceux qui ont le plus ri qui croiront le plus après, et nous vous pardonnons, car un jour vous pourrez vous repentir de votre ironie. Je suis sûre que si, près de chacune de vous, mesdames, il venait un être perdu et que vous avez aimé vous rappeler un souvenir, vous changeriez votre sourire d'incrédulité en un soupir, et vous seriez ou heureuses ou anxieuses. Soyez tranquilles, votre jour viendra, et vous serez touchées par le cœur, car c'est votre corde la plus sensible : je la connais.
STAEL
EN VENTE :
Le Livre des Esprits.
Seconde édition
ENTIEREMENT REFONDUE ET CONSIDERABLEMENT AUGMENTEE.
Avis sur cette nouvelle édition.
Dans la première édition de cet ouvrage, nous avons annoncé une partie supplémentaire. Elle devait se composer de toutes les questions qui n'avaient pu y trouver place, ou que les circonstances ultérieures et de nouvelles études devaient faire naître ; mais comme elles sont toutes relatives à quelqu'une des parties déjà traitées et dont elles sont le développement, leur publication isolée n'eût présenté aucune suite. Nous avons préféré attendre la réimpression du livre pour fondre le tout ensemble, et nous en avons profité pour apporter dans la distribution des matières un ordre beaucoup plus méthodique en même temps que nous avons élagué tout ce qui faisait double emploi. Cette réimpression peut donc être considérée comme un ouvrage nouveau, quoique les principes n'aient subi aucun changement, à un très petit nombre d'exceptions près, qui sont plutôt des compléments et des éclaircissements que de véritables modifications. Cette conformité dans les principes émis, malgré la diversité des sources où nous avons puisé, est un fait important pour l'établissement de la science spirite. Notre correspondance nous prouve même que des communications de tous points identiques, sinon pour la forme du moins pour le fond, ont été obtenues en différentes localités, et cela bien avant la publication de notre livre, qui est venu les confirmer et leur donner un corps régulier. L'histoire, de son côté, atteste que la plupart de ces principes ont été professés par les hommes les plus éminents des temps anciens et modernes, et vient y apporter sa sanction.
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Aux lecteurs de la REVUE.
Lettres non signées.
Nous recevons quelquefois des lettres portant pour unique souscription : Un de vos abonnés, un de vos lecteurs, un de vos adeptes, etc., sans autre désignation. Ces lettres contiennent, pour la plupart, des récits de faits, des communications spirites, ou des questions auxquelles on nous prie de répondre, ou bien encore la prière d'évoquer certaines personnes. Nous croyons devoir prévenir nos lecteurs, abonnés ou non, que toute lettre non authentique est pour nous non avenue et que nous n'y avons aucun égard. Dans nos comptes rendus nous usons d'une grande réserve, quant à la publication des noms propres, parce que nous comprenons la nécessité de certaines positions, c'est pourquoi nous ne nommons que ceux qui nous y autorisent ; mais il n'en saurait être de même au sujet des communications qui nous sont faites : tout ce qui n'est pas signé est mis au rebus, sans même être lu, parce que nos travaux sont trop multipliés pour pouvoir nous occuper de ce qui n'a pas un caractère sérieux. ALLAN KARDEC.
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Paris. - Typ. De COSSON ET C°, rue du Four-Saint-Germain, 43.
REVUE SPIRITE
JOURNAL D'ETUDES PSYCHOLOGIQUES
3° ANNEE. N° 4. AVRIL 1860.
BULLETIN DE LA SOCIETE PARISIENNE DES ETUDES SPIRITES.
Vendredi, 24 février 1860. (Séance générale.)
Communications diverses. 1° Lettre de Dieppe qui confirme de tous points les faits de manifestations spontanées qui ont eu lieu chez un boulanger du bourg des Grandes-Ventes, près Dieppe, et rapportés par la Vigie. (Publié dans le n° de mars.)
2° Lettre de M. M..., du Teil d'Ardèche, qui donne de nouveaux renseignements sur les faits qui se sont passés au château de Fons, près Aubenas.
3° Lettre de M. le baron Tscherkassoff, qui donne des détails circonstanciés et authentiques sur un fait très extraordinaire de manifestation spontanée par un Esprit perturbateur, arrivé au commencement de ce siècle, chez un fabricant de Saint-Pétersbourg. (Publié ci-après.)
4° Relation d'un fait d'apparition tangible ayant tous les caractères d'un agénère, arrivé le 15 janvier dernier dans la commune de Brix, près Valognes. Ce fait est transmis à M. Ledoyen par une personne de sa connaissance et qui en certifie l'exactitude. (Publié ci-après.)
5° Lecture d'une tradition musulmane sur le prophète Esdras, extraite du Moniteur du 15 février 1860, et qui repose sur un fait de faculté médianimique.
Etudes. 1° Dictée spontanée de Charlet, obtenue par M. Didier fils, et faisant suite au travail commencé.
2° Evocation de M. Jules-Louis C..., mort le 30 janvier dernier, à l'hôpital du Val-de-Grâce, des suites d'un cancer qui lui avait détruit une partie de la face et de la mâchoire. Cette évocation est faite d'après le désir d'un de ses amis présent à la séance et d'une personne de sa famille ; elle est surtout instructive au point de vue de la modification des idées après la mort, en ce que, de son vivant, M. C... professait hautement le matérialisme.
3° Saint Louis est prié de dire si l'on peut appeler l'Esprit qui s'est manifesté chez le boulanger de Dieppe. Il répond que cela ne se peut pas, pour des raisons que l'on saura plus tard.
Vendredi, 2 mars 1860. (Séance particulière.)
Examen et discussion de plusieurs questions administratives.
Etude et appréciation de plusieurs communications Spirites obtenues soit dans la société, soit en dehors des séances.
Saint Louis, prié de vouloir bien donner une dictée spontanée, écrit ce qui suit par l'intermédiaire de Mlle Huet :
" Me voici, mes amis, prêt à vous donner mes conseils, comme je l'ai fait jusqu'à ce jour. Défiez-vous des mauvais Esprits qui pourraient se glisser parmi vous et chercheraient à y semer la désunion. Malheureusement, ceux qui veulent se rendre utiles à une œuvre trouvent toujours des obstacles ; ici ce n'est pas la personne généreuse qui les rencontre, mais celui qui est chargé d'exécuter les désirs qu'elle manifeste. Soyez sans crainte ; vous triompherez de tous les obstacles par la patience, une tenue ferme contre les volontés qui veulent s'imposer. Quant aux diverses communications que l'on m'attribue, c'est souvent un autre Esprit qui prend mon nom ; je me communique peu en dehors de la Société que j'ai prise sous mon patronage ; j'aime ces lieux de réunion qui me sont principalement consacrés ; c'est ici seulement que j'aime à donner des avis et des conseils ; aussi méfiez-vous des Esprits qui souvent se servent de mon nom. Que la paix et l'union soient parmi vous ! au nom de Dieu tout-puissant qui a créé le bien, je le désire. Saint Louis.
Un membre fait cette remarque : Comment un Esprit inférieur peut-il usurper le nom d'un Esprit supérieur sans le consentement de ce dernier ? Ce ne peut être que dans une mauvaise intention, et alors pourquoi les bons Esprits le permettent-ils ? S'ils ne peuvent s'y opposer, ils sont donc moins puissants que les mauvais ?
A cela il est répondu : Il y a quelque chose de plus puissant que les bons Esprits : c'est Dieu. Dieu peut permettre aux mauvais Esprits de se manifester pour les aider à s'améliorer, et en outre pour éprouver notre patience, notre foi, notre confiance, notre fermeté à résister à la tentation, et surtout pour exercer notre perspicacité à distinguer le vrai du faux. Il dépend de nous de les écarter par notre volonté, en leur prouvant que nous ne sommes pas leurs dupes ; s'ils prennent de l'empire sur nous, ce n'est que par notre faiblesse ; c'est l'orgueil, la jalousie, et toutes les mauvaises passions des hommes qui font leur force en leur donnant prise. Nous savons, par expérience, qu'ils cessent leurs obsessions quand ils voient qu'ils ne réussissent pas à nous lasser ; c'est donc à nous de leur montrer qu'ils perdent leur temps. Si Dieu veut nous éprouver, il n'est au pouvoir d'aucun Esprit de s'y opposer. L'obsession des Esprits trompeurs ou malveillants n'est donc le résultat ni de leur puissance, ni de la faiblesse des bons, mais d'une volonté qui leur est supérieure à tous ; plus la lutte a été grande, plus nous avons de mérite à en sortir vainqueurs.
Vendredi, 9 mars 1860. (Séance particulière.)
Lecture du projet de modifications à introduire dans le règlement de la Société.
A ce sujet, M. Allan Kardec présente les observations suivantes :
Considérations sur le but et le caractère de la Société.
" Messieurs,
" Quelques personnes paraissent s'être méprises sur le véritable but et sur le caractère de la Société ; permettez-moi de les rappeler en peu de mots.
" Le but de la Société est nettement défini par son titre, et dans le préambule du règlement actuel ; ce but est essentiellement, et l'on peut dire exclusivement, l'étude de la science Spirite ; ce que nous voulons avant tout, ce n'est pas de nous convaincre, puisque nous le sommes déjà, mais de nous instruire et d'apprendre ce que nous ne savons pas. Nous voulons, à cet effet, nous placer dans les conditions les plus favorables ; ces études exigeant le calme et le recueillement, nous voulons éviter tout ce qui serait une cause de trouble. Telle est la considération qui doit prévaloir dans l'appréciation des mesures que nous adopterons.
" Partant de ce principe, la Société ne se pose nullement comme une Société de propagande. Sans doute, chacun de nous désire la diffusion d'idées qu'il croit justes et utiles ; il y contribue dans le cercle de ses relations et dans la mesure de ses forces, mais il serait faux de croire qu'il soit nécessaire pour cela d'être réunis en société, et plus faux encore de croire que la Société soit la colonne sans laquelle le Spiritisme serait en péril. Notre Société étant régulièrement constituée, elle procède par cela même avec plus d'ordre et de méthode que si elle marchait au hasard ; mais à part cela, elle n'est pas plus prépondérante que les milliers de sociétés libres ou réunions particulières qui existent en France et à l'étranger. Ce qu'elle veut, encore une fois, c'est s'instruire ; voilà pourquoi elle n'admet dans son sein que des personnes sérieuses et animées du même désir, parce que l'antagonisme de principes est une cause de perturbation ; je parle d'un antagonisme systématique sur les bases fondamentales, car elle ne saurait, sans se contredire, écarter la discussion sur les faits de détail. Si elle a adopté certains principes généraux, ce n'est point par un étroit esprit d'exclusivisme ; elle a tout vu, tout étudié, tout comparé, et c'est d'après cela qu'elle s'est formée une opinion basée sur l'expérience et le raisonnement ; l'avenir seul peut se charger de lui donner tort ou raison ; mais, en attendant, elle ne recherche aucune suprématie, et il n'y a que ceux qui ne la connaissent pas qui peuvent lui supposer la ridicule prétention d'absorber tous les partisans du Spiritisme ou de se poser en régulatrice universelle. Si elle n'existait pas, chacun de nous s'instruirait de son côté, et, au lieu d'une seule réunion, nous en formerions peut-être dix ou vingt voilà toute la différence. Nous n'imposons nos idées à personne ; ceux qui les adoptent, c'est qu'ils les trouvent justes ; ceux qui viennent à nous, c'est qu'ils pensent y trouver l'occasion d'apprendre, mais ce n'est point comme affiliation, car nous ne formons ni secte, ni parti ; nous sommes réunis pour l'étude du Spiritisme comme d'autres pour l'étude de la phrénologie, de l'histoire ou d'autres sciences ; et comme nos réunions ne reposent sur aucun intérêt matériel, peu nous importe qu'il s'en forme d'autres à côté de nous. Ce serait, en vérité, nous supposer des idées bien mesquines, bien rétrécies, bien puériles, de croire que nous les verrions d'un œil jaloux, et ceux qui penseraient à nous créer des rivalités montreraient, par cela même, combien peu ils comprennent le véritable esprit de la doctrine ; nous ne regretterions qu'une chose, c'est qu'ils nous connussent assez mal pour nous croire accessibles à l'ignoble sentiment de la jalousie. Que des entreprises mercenaires rivales, qui peuvent se nuire par la concurrence, se regardent d'un mauvais œil, cela se conçoit ; mais si ces réunions n'ont, comme cela doit être, en vue qu'un intérêt purement moral, s'il ne s'y mêle aucune considération mercantile, je le demande, en quoi peuvent-elles se nuire par la multiplicité ? On dira, sans doute, que s'il n'y a pas d'intérêt matériel, il y a celui de l'amour-propre, le désir de détruire le crédit moral de son voisin ; mais ce mobile serait peut-être plus ignoble encore ; s'il en était ainsi, ce qu'à Dieu ne plaise, il n'y aurait qu'à plaindre ceux qui seraient mus par de pareilles pensées. Veut-on primer son voisin ? qu'on tâche de faire mieux que lui ; c'est là une lutte noble et digne, si elle n'est pas ternie par l'envie et la jalousie.
" Voilà donc, Messieurs, un point qu'il est essentiel de ne pas perdre de vue, c'est que nous ne formons ni une secte, ni une société de propagande, ni une corporation ayant un intérêt commun ; que si nous cessions d'exister, le Spiritisme n'en subirait aucune atteinte, et que de nos débris vingt autres sociétés se formeraient ; donc, ceux qui chercheraient à nous détruire dans le but d'entraver le progrès des idées Spirites n'y gagneraient rien ; car il faut bien qu'ils sachent que les racines du Spiritisme ne sont pas dans notre société, mais dans le monde entier. Il y a quelque chose de plus puissant qu'eux, de plus influent que toutes les sociétés, c'est la doctrine qui va au cœur et à la raison de ceux qui la comprennent ; et surtout de ceux qui la pratiquent.
" Ces principes, Messieurs, nous indiquent le véritable caractère de notre règlement, qui n'a rien de commun avec les statuts d'une corporation ; aucun contrat ne nous lie les uns aux autres ; en dehors de nos séances, nous n'avons d'autre obligation à l'égard des uns des autres que celle de nous comporter en gens bien élevés. Ceux qui ne trouveraient pas dans ces réunions ce qu'ils espéraient y trouver ont toute liberté de se retirer, et je ne concevrais même pas qu'ils y restassent du moment que ce qu'on y ferait ne leur conviendrait pas. Il ne serait pas rationnel qu'ils vinssent y perdre leur temps.
" Dans toute réunion, il faut une règle pour le maintien du bon ordre ; notre règlement n'est donc, à proprement parler, qu'une consigne destinée établir la police de nos séances, à maintenir, entre les personnes qui y assistent, les rapports d'urbanité et de convenance qui doivent présider à toutes les assemblées de personnes qui ont du savoir-vivre, abstraction faite des conditions inhérentes à la spécialité de nos travaux ; car nous avons affaire, non seulement à des hommes, mais à des Esprits qui, comme vous le savez, ne sont pas tous bons, et contre la fourberie desquels il faut se mettre en garde. Dans le nombre, il y en a de très astucieux, qui peuvent même, par haine pour le bien, nous pousser dans une voie périlleuse ; c'est à nous d'avoir assez de prudence et de perspicacité pour les déjouer, et c'est ce qui nous oblige à prendre des précautions particulières.
" Rappelez-vous, Messieurs, la manière dont la Société s'est formée. Je recevais chez moi quelques personnes en petit comité ; le nombre s'en étant accru, on s'est dit : il faut un local plus grand ; pour avoir ce local, il faut le payer, donc il faut se cotiser. On s'est dit encore : il faut de l'ordre dans les séances ; on ne peut y admettre le premier venu, donc il faut un règlement : voilà toute l'histoire de la Société ; elle est bien simple, comme vous voyez. Il n'est entré dans la pensée de personne de fonder une institution, ni de s'occuper de quoi que ce soit en dehors des études, et je déclare même, d'une manière très formelle que si jamais la Société voulait aller au-delà de ce but je ne l'y suivrais pas.
" Ce que j'ai fait, d'autres sont maîtres de le faire de leur côté, en s'occupant à leur gré selon leurs goûts, leurs idées, leurs vues particulières ; et ces différents groupes peuvent parfaitement s'entendre et vivre en bons voisins. A moins de prendre une place publique pour lieu d'assemblée, comme il est matériellement impossible de réunir dans un même local tous les partisans du Spiritisme, ces différents groupes doivent être des fractions d'un grand tout, mais non des sectes rivales ; et le même groupe, devenu trop nombreux, peut se subdiviser comme les essaims des abeilles. Ces groupes existent déjà en grand nombre, et se multiplient tous les jours ; or, c'est précisément contre cette multiplicité que le mauvais vouloir des ennemis du Spiritisme viendra se briser, car les entraves auraient pour effet inévitable, et par la force même des choses, de multiplier les réunions particulières.
" Il y a pourtant, il faut en convenir, entre certains groupes, une sorte de rivalité ou plutôt d'antagonisme ; quelle en est la cause ? Eh ! mon Dieu ! cette cause est dans la faiblesse humaine, dans l'esprit d'orgueil qui veut s'imposer ; elle est surtout dans la connaissance encore incomplète des vrais principes du Spiritisme. Chacun défend ses Esprits, comme jadis les villes de la Grèce défendaient leurs dieux, qui, soit dit en passant, n'étaient autres que des Esprits plus ou moins bons. Ces dissidences n'existent que parce qu'il y a des gens qui veulent juger avant d'avoir tout vu, ou qui jugent au point de vue de leur personnalité ; elles s'effaceront, comme déjà beaucoup se sont effacées, à mesure que la science se formulera ; car, en définitive, la vérité est une, et elle sortira de l'examen impartial des différentes opinions. En attendant que la lumière se fasse sur tous les points, quel sera le juge ? La raison, dira-t-on ; mais quand deux personnes se contredisent, chacune invoque sa raison ; quelle raison supérieure décidera entre ces deux raisons ?
" Sans nous arrêter à la forme plus ou moins imposante du langage, forme que savent très bien prendre les Esprits imposteurs et faux savants pour séduire, par les apparences, nous partons de ce principe que les bons Esprits ne peuvent conseiller que le bien, l'union, la concorde ; que leur langage est toujours simple, modeste, empreint de bienveillance, exempt d'acrimonie, d'arrogance et de fatuité, en un mot, que tout en eux respire la charité la plus pure. La charité, voilà le véritable critérium pour juger les esprits et pour se juger soi-même. Quiconque, sondant le for intérieur de sa conscience, y trouve un germe de rancune contre son prochain, même un simple souhait de mal, peut se dire à coup sûr qu'il est sollicité par un mauvais Esprit, car il oublie cette parole du Christ : Vous serez pardonné comme vous aurez pardonné vous-mêmes. Donc s'il y avait rivalité entre deux groupes Spirites, les Esprits véritablement bons ne pourraient être du côté de celui qui lancerait l'anathème à l'autre ; car jamais un homme sensé ne pourra croire que la jalousie, la rancune, la malveillance, en un mot, tout sentiment contraire à la charité puisse émaner d'une source pure. Cherchez donc de quel côté il y a le plus de charité pratique et non en paroles, et vous reconnaîtrez sans peine de quel côté sont les meilleurs Esprits, et par conséquent ceux dont il y a plus de raison d'attendre la vérité.
" Ces considérations, Messieurs, loin de nous écarter de notre sujet, nous placent sur notre véritable terrain. Le règlement, envisagé à ce point de vue, perd complètement son caractère de contrat, pour revêtir celui, bien plus modeste, d'une simple règle disciplinaire.
" Toutes les réunions, quel qu'en soit l'objet, ont à se prémunir contre un écueil, c'est celui des caractères brouillons qui semblent nés pour semer le trouble et la zizanie partout où ils se trouvent ; le désordre et la contradiction sont leur élément. Les réunions Spirites ont, plus que d'autres, à les redouter, parce que les meilleures communications ne s'obtiennent que dans un calme et un recueillement incompatibles avec leur présence et avec les Esprits sympathiques qu'ils amènent.
" En résumé, ce que nous devons chercher, c'est de parer à toutes les causes de trouble et d'interruption ; de maintenir entre nous les bons rapports dont les Spirites sincères doivent, plus que d'autres, donner l'exemple ; de nous opposer, par tous les moyens possibles, à ce que la Société s'écarte de son but, qu'elle aborde des questions qui ne sont pas de son ressort, et qu'elle dégénère en arène de controverse et de personnalités. Ce que nous devons chercher encore, c'est la possibilité de l'exécution en simplifiant le plus possible les rouages. Plus ces rouages seront compliqués, plus il y aura de causes de perturbation ; le relâchement s'introduirait par la force des choses, et du relâchement à l'anarchie il n'y a qu'un pas. "
Vendredi, 16 mars 1860. (Séance particulière.)
Discussion et adoption du règlement modifié.
Vendredi, 23 mars. (Séance particulière.)
Nomination du bureau et du comité.
Etudes. - Deux dictées spontanées sont obtenues, la première de l'Esprit de Charlet, par M. Didier fils ; la deuxième par madame de Boyer, d'un Esprit qui dit être forcé de venir s'accuser d'avoir voulu rompre la bonne harmonie et jeter le trouble parmi les hommes, en suscitant la jalousie et la rivalité entre ceux qui devaient être unis ; il cite quelques-uns des faits dont il s'est rendu coupable. Cet aveu spontané, dit-il, fait partie de la punition qui lui est infligée.
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Formation de la terre.
Théorie de l'incrustation planétaire.
Notre savant confrère, M. Jobard, de Bruxelles, nous écrit ce qui suit à propos de notre article sur les Préadamistes, publié dans la Revue du mois dernier :
" Permettez-moi quelques réflexions sur la création du monde, dans le but de réhabiliter la Bible à vos yeux et à ceux des libres-penseurs. Dieu créa le monde en six jours, 4,000 ans avant l'ère chrétienne ; voilà ce que les géologues contestent par l'étude des fossiles et les milliers de caractères incontestables de vétusté qui font remonter l'origine de la terre à des milliers de millions d'années, et pourtant l'Ecriture a dit la vérité et les géologues aussi, et c'est un simple paysan qui les met d'accord en nous apprenant que notre terre n'est qu'une planète incrustative, fort moderne, composée de matériaux fort anciens.
" Après l'enlèvement de la planète inconnue, arrivée à maturité ou en harmonie avec celle qui existait à la place que nous occupons aujourd'hui, l'âme de la terre reçut l'ordre de réunir ses satellites pour former notre globe actuel selon les règles du progrès en tout et pour tout. Quatre de ces astres seulement consentirent à l'association qui leur était proposée ; la lune seule persista dans son autonomie, car les globes ont aussi leur libre arbitre. Pour procéder à cette fusion, l'âme de la terre dirigea vers les satellites un rayon magnétique attractif qui cataleptisa tout leur mobilier végétal, animal et hominal qu'ils apportèrent à la communauté. L'opération n'eut pour témoins que l'âme de la terre et les grands messagers célestes qui l'aidèrent dans ce grand œuvre, en ouvrant ses globes pour mettre leurs entrailles en commun. La soudure opérée, les eaux s'écoulèrent dans les vides laissés par l'absence de la lune, dont on avait droit d'attendre une meilleure appréciation de ses intérêts.
" Les atmosphères se confondirent, et le réveil, ou la résurrection des germes cataleptisés commença ; l'homme fut tiré en dernier lieu de son état d'hypnotisme, et se vit entouré de la végétation luxuriante du paradis terrestre et des animaux qui paissaient en paix autour de lui. Tout cela, vous en conviendrez, pouvait se faire en six jours avec des ouvriers aussi puissants que ceux que Dieu avait chargés de cette besogne. La planète Asie nous apporta la race jaune, la plus anciennement civilisée, l'Afrique, la race noire, l'Europe, la race blanche, et l'Amérique, la race rouge. La lune nous eût sans doute apporté la race verte ou bleue.
" Ainsi, certains animaux, dont on ne retrouve que les débris, n'auraient jamais vécu sur notre terre actuelle, mais auraient été apportés d'autres mondes disloqués par la vieillesse. Les fossiles que l'on rencontre dans des climats où ils n'auraient pu exister ici-bas vivaient sans doute dans des zones différentes sur les globes où ils sont nés. Tels débris se trouvent aux pôles chez nous, qui vivaient à l'équateur chez eux. Et puis ces énormes masses dont nous ne pouvons nous imaginer la possibilité d'existence dans l'air vivaient au fond des mers, sous la pression d'un milieu qui leur rendait la locomotion facile. Les soulèvements futurs des mers nous apporteront bien d'autres débris, bien d'autres germes qui se réveilleront de leur longue léthargie pour nous montrer des espèces inconnues de plantes, d'animaux et d'autochtones, contemporains du déluge, et vous serez bien étonnés de découvrir au milieu du vaste Océan des îles nouvelles peuplées de plantes et d'animaux qui ne peuvent venir de nulle part, ni par le transport des vents, ni par celui des flots.
" Notre science qui trouve la Bible en défaut finira par lui restituer son estime, comme elle est forcée de le faire à propos de la rotation de la terre, car ce n'est pas la faute de la Bible, c'est la faute de ceux qui ne la comprennent pas. En voici la preuve :
" Josué arrêta le soleil en lui disant : Sta, sol ! Or depuis ce temps il est arrêté, car vous ne trouvez nulle part qu'il lui ait ordonné de remarcher, et si, depuis la défaite des Amalécites la nuit succède encore au jour, il faut bien que la terre tourne. Donc ce n'est pas Galilée, mais les inquisiteurs qui méritaient d'être réprimandés pour n'avoir pas pris la Bible à la lettre.
" On niait aussi l'existence de la licorne biblique, et l'on vient d'en tuer deux dans les montagnes du Thibet. On niait l'apparition du spectre de Saül, et, Dieu merci ! vous êtes à même de convaincre les négateurs. Rappelons-nous toujours cet avertissement de l'Écriture : Noli esse incredulus sicut equus et mulus, quibus non est intellectus.
" Salut cordial et respectueux à l'auteur de l'Ethnographie du monde Spirite. JOBARD. "
La théorie de la formation de la terre par l'incrustation de plusieurs corps planétaires a déjà été donnée à diverses époques par certains Esprits et par l'entremise de médiums étrangers les uns aux autres. Nous ne nous faisons point l'apôtre de cette doctrine que nous avouons n'avoir pas encore suffisamment étudiée pour nous prononcer, mais nous reconnaissons qu'elle mérite un sérieux examen. Les réflexions qu'elle nous suggère ne sont donc qu'à l'état d'hypothèse jusqu'à ce que des données plus positives soient venues les confirmer ou les démentir ; en attendant, c'est un jalon qui peut mettre sur la voie d'une grande découverte et guider dans les recherches, et peut-être un jour les savants y trouveront-ils la solution de plus d'un problème.
Mais, diront certains critiques, vous n'avez donc pas confiance aux Esprits, puisque vous doutez de leurs assertions ? Comment des intelligences dégagées de la matière ne peuvent-elles lever tous les doutes de la science, jeter de la lumière où règne l'obscurité ?
Ceci est une très grave question qui tient à la base même du Spiritisme, et que nous ne pourrions résoudre en ce moment sans répéter ce que nous avons déjà dit à ce sujet ; nous n'en dirons donc que quelques mots afin de justifier nos réserves. Nous leur répondrons d'abord qu'on deviendrait savant à bon marché s'il ne s'agissait que d'interroger les Esprits pour connaître tout ce qu'on ignore. Dieu veut que nous acquérions la science par le travail, et il n'a pas chargé les Esprits de nous l'apporter toute faite pour favoriser notre paresse. En second lieu l'humanité, comme les individus, a son enfance, son adolescence, sa jeunesse et sa virilité. Les Esprits, chargés par Dieu d'instruire les hommes, doivent donc proportionner leur enseignement au développement de l'intelligence ; ils ne diront pas tout à tout le monde, et ils attendent, avant de semer, que la terre soit prête à recevoir la semence pour la faire fructifier. Voilà pourquoi certaines vérités qui nous sont enseignées aujourd'hui ne l'ont pas été à nos pères qui, eux aussi, interrogeaient les Esprits ; voilà pourquoi encore des vérités pour lesquelles nous ne sommes pas mûrs ne seront enseignées qu'à ceux qui viendront après nous. Notre tort est de nous croire arrivés au sommet de l'échelle, tandis que nous ne sommes encore qu'à moitié chemin.
Disons en passant que les Esprits ont deux manières d'instruire les hommes ; ils peuvent le faire, soit en se communiquant directement, ce qu'ils ont fait dans tous les temps, ainsi que le prouvent toutes les histoires sacrées et profanes, soit en s'incarnant parmi eux pour y remplir des missions de progrès ; tels sont ces hommes de bien et de génie qui apparaissent de temps en temps comme des flambeaux pour l'humanité et lui font faire quelques pas en avant. Voyez ce qui arrive lorsque ces mêmes hommes viennent avant le temps propice pour les idées qu'ils doivent répandre : ils sont méconnus de leur vivant, mais leur enseignement n'est pas perdu ; déposé dans les archives du monde, comme une graine précieuse mise en réserve, il sort un beau jour de la poussière, au moment où il peut porter ses fruits.
On comprend dès lors que si le temps voulu pour répandre certaines idées n'est pas arrivé, ce serait en vain qu'on interrogerait les Esprits ; ils ne peuvent dire que ce qu'il leur est permis de dire. Mais il est une autre raison, que comprennent parfaitement tous ceux qui ont quelque expérience du monde Spirite.
Il ne suffit pas d'être Esprit pour posséder la science universelle, autrement la mort nous rendrait presque les égaux de Dieu. Le simple bon sens, du reste, se refuse à admettre que l'Esprit d'un sauvage, d'un ignorant ou d'un méchant, du moment qu'il est dégagé de la matière, soit au niveau de celui du savant ou de l'homme de bien ; cela ne serait pas rationnel. Il y a donc des Esprits avancés, et d'autres plus ou moins arriérés qui doivent fournir plus d'une étape, passer par de nombreuses étamines avant d'être dépouillés de toutes leurs imperfections. Il en résulte qu'on rencontre dans le monde des Esprits toutes les variétés morales et intellectuelles qu'on trouve parmi les hommes, et bien d'autres encore ; or, l'expérience prouve que les mauvais se communiquent tout aussi bien que les bons. Ceux qui sont franchement mauvais sont facilement reconnaissables ; mais il y a aussi parmi eux des demi-savants, des faux savants, des présomptueux, des systématiques et même des hypocrites ; ceux-là sont les plus dangereux parce qu'ils affectent une apparence de gravité, de sagesse et de science, à la faveur de laquelle ils débitent souvent, au milieu de quelques vérités, de quelques bonnes maximes, les choses les plus absurdes ; et pour mieux donner le change, ils ne craignent pas de se parer des noms les plus respectables. Démêler le vrai du faux, découvrir la supercherie cachée sous une parade de grands mots, démasquer les imposteurs, c'est là, sans contredit, une des plus grandes difficultés de la science Spirite. Pour la surmonter il faut une longue expérience, connaître toutes les roueries dont sont capables les Esprits de bas étage, avoir beaucoup de prudence, voir les choses avec le plus imperturbable sang-froid, et se garder surtout de l'enthousiasme qui aveugle. Avec l'habitude et un peu de tact on arrive aisément à voir le bout de l'oreille, même sous l'emphase du langage le plus prétentieux. Mais malheur au médium qui se croit infaillible, qui se fait illusion sur les communications qu'il reçoit : l'Esprit qui le domine peut le fasciner au point de lui faire trouver sublime ce qui souvent est simplement absurde et saute aux yeux de tout autre que de lui-même.
Revenons à notre sujet. La théorie de la formation de la terre par incrustation n'est pas la seule qui ait été donnée par les Esprits. Laquelle croire ? Cela nous prouve qu'en dehors de la morale, qui ne peut avoir deux interprétations, il ne faut accepter les théories scientifiques des Esprits qu'avec la plus grande réserve, parce que, encore une fois, ils ne sont pas chargés de nous apporter la science toute faite ; qu'ils sont loin de tout savoir, surtout en ce qui concerne le principe des choses ; qu'il faut enfin se défier des idées systématiques que certains d'entre eux cherchent à faire prévaloir, et auxquelles ils ne se font même pas scrupule de donner une origine divine. Si l'on examine ces communications avec sang-froid, sans prévention surtout, si l'on en pèse mûrement toutes les paroles, on y découvre aisément les traces d'une origine suspecte incompatible avec le caractère de l'Esprit qui est censé parler. Ce sont quelquefois des hérésies scientifiques tellement patentes qu'il faudrait être aveugle ou bien ignorant pour ne pas les apercevoir ; or, comment supposer qu'un Esprit supérieur commette de pareilles absurdités ? D'autres fois ce sont des expressions triviales, des formes ridicules, puériles, et mille autres signes qui trahissent l'infériorité pour quiconque n'est pas fasciné. Quel homme de bon sens pourrait jamais croire qu'une doctrine qui contredirait les données les plus positives de la science pût émaner d'un Esprit savant, alors même qu'elle porterait le nom d'Arago ? Comment croire à la bonté d'un Esprit qui donnerait des conseils contraires à la charité et à la bienveillance, fussent-ils signés d'un apôtre de la bienfaisance ? Nous disons plus, c'est qu'il y a profanation à mêler des noms vénérés à des communications qui portent des traces évidentes d'infériorité. Plus les noms sont élevés, plus il faut les accueillir avec circonspection, et craindre d'être le jouet d'une mystification. En résumé, le grand critérium de l'enseignement donné par les Esprits, c'est la logique. Dieu nous a donné le jugement et la raison pour nous en servir ; les bons Esprits nous le recommandent, et nous donnent en cela une preuve de leur supériorité ; les autres s'en donnent bien garde : ils veulent être crus sur parole, parce qu'ils savent bien qu'ils ont tout à perdre à l'examen.
Nous avons donc, comme on le voit, bien des motifs de ne pas accepter légèrement toutes les théories données par les Esprits. Quand il en surgit une, nous nous renfermons dans le rôle d'observateur ; nous faisons abstraction de son origine spirite, sans nous laisser éblouir par l'éclat de noms pompeux ; nous l'examinons comme si elle émanait d'un simple mortel, et nous voyons si elle est rationnelle, si elle rend compte de tout, si elle résout toutes les difficultés. C'est ainsi que nous avons procédé pour la doctrine de la réincarnation que nous n'avons adoptée, quoique venant des Esprits, qu'après avoir reconnu qu'elle seule, mais elle seule, pouvait résoudre ce qu'aucune philosophie n'avait encore résolu, et cela abstraction faite des preuves matérielles qui en sont données chaque jour à nous et à bien d'autres. Peu nous importent donc les contradicteurs, fussent-ils même des Esprits ; dès lors qu'elle est logique, conforme à la justice de Dieu ; qu'ils ne peuvent rien y substituer de plus satisfaisant, nous ne nous en inquiétons pas plus que de ceux qui affirment que la terre ne tourne pas autour du soleil, - car il y a des Esprits de cette force et qui se donnent pour savants, - ou qui prétendent que l'homme est venu tout formé d'un autre monde porté sur le dos d'un éléphant ailé.
Nous n'en sommes pas, à beaucoup près, au même point touchant la formation et surtout le peuplement de la terre ; c'est pourquoi nous avons dit en commençant que, pour nous, la question n'était pas suffisamment élucidée. Envisagée au point de vue purement scientifique, nous disons seulement qu'au premier aperçu la théorie de l'incrustation ne nous paraît pas dénuée de fondement, et sans nous prononcer ni pour ni contre, nous disons que nous y trouvons matière à examen. En effet, si l'on étudie les caractères physiologiques des différentes races humaines, il n'est pas possible de leur attribuer une souche commune, car la race nègre n'est point un abâtardissement de la race blanche. Or, en adoptant la lettre du texte biblique qui fait procéder tous les hommes de la famille de Noé, 2,400 ans avant l'ère chrétienne, il faudrait admettre non seulement qu'en quelques siècles cette seule famille aurait peuplé l'Asie, l'Europe et l'Afrique, mais qu'elle se serait transformée en Nègres. Nous savons très bien quelle influence le climat et les habitudes peuvent exercer sur l'économie ; un soleil ardent roussit l'épiderme et brunit la peau, mais nulle part on n'a vu, même sous l'ardeur tropicale la plus intense, des familles blanches procréer des noirs sans croisements de races. Donc, pour nous, il est évident que les races primitives de la terre proviennent de souches différentes. Quel en est le principe ? Là est la question, et jusqu'à preuves certaines il n'est permis de faire à ce sujet que des conjectures ; aux savants, donc, à voir celles qui concordent le mieux avec les faits constatés par la science.
Sans examiner comment a pu se faire la jonction et la soudure de plusieurs corps planétaires pour en former notre globe actuel, nous devons reconnaître que la chose n'est pas impossible, et dès lors se trouverait expliquée la présence simultanée de races hétérogènes si différentes de mœurs et de langages, dont chaque globe aurait apporté les germes ou les embryons ; et qui sait même ? peut-être des individus tout formés. Dans cette hypothèse la race blanche proviendrait d'un monde plus avancé que celui qui aurait apporté la race noire. Dans tous les cas, la jonction n'a pu s'opérer sans un cataclysme général, lequel n'aurait laissé subsister que quelques individus. Ainsi, selon cette théorie, notre globe serait à la fois très ancien par ses parties constituantes, et très nouveau par son agglomération. Ce système, comme on le voit, ne contredit en rien les périodes géologiques qui remonteraient ainsi à une époque indéterminée et antérieure à la jonction. Quoi qu'il en soit, et quoi qu'en dise M. Jobard, si les choses se sont passées ainsi, il paraît difficile qu'un tel événement se soit accompli, et surtout que l'équilibre d'un pareil chaos ait pu s'établir en six jours de 24 heures. Les mouvements de la matière inerte sont soumis à des lois éternelles auxquelles il ne peut être dérogé que par des miracles.
Il nous reste à expliquer ce que l'on doit entendre par l'âme de la terre, car il ne peut entrer dans la pensée de personne d'attribuer une volonté à la matière. Les Esprits ont toujours dit que certains d'entre eux ont des attributions spéciales ; agents et ministres de Dieu, ils dirigent selon le degré de leur élévation les faits de l'ordre physique, aussi bien que ceux de l'ordre moral. De même que quelques-uns veillent sur les individus dont ils se constituent les génies familiers ou protecteurs, d'autres prennent sous leur patronage les réunions d'individus, les groupes, les villes, les peuples et même les mondes. L'âme de la terre doit donc s'entendre de l'Esprit appelé par sa mission à la diriger et à la faire progresser, ayant sous ses ordres les innombrables légions d'Esprits chargés de veiller à l'accomplissement de ses desseins. L'Esprit directeur d'un monde doit nécessairement être d'un ordre très supérieur, et d'autant plus élevé que le monde lui-même est plus avancé.
Si nous avons insisté sur plusieurs points qui ont pu paraître étrangers à notre sujet, c'est précisément parce qu'il s'agit d'une question scientifique éminemment controversable. Il importe qu'il soit bien constaté, pour ceux qui jugent les choses sans les connaître, que le Spiritisme est loin de tenir pour article de foi tout ce qui vient du monde invisible, et qu'ainsi il ne s'appuie pas, comme ils le prétendent, sur une croyance aveugle, mais sur la raison. Si tous ses partisans n'apportent pas la même circonspection, ce n'est pas la faute de la science, mais de ceux qui ne se donnent pas la peine de l'approfondir ; or, il ne serait pas plus logique de le juger sur l'exagération de quelques-uns, qu'il ne le serait de condamner la religion sur l'opinion de quelques fanatiques.
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Lettres du docteur Morhéry sur Mlle Désirée Godu.
Nous avons parlé de la remarquable faculté de Mlle Désirée Godu, comme médium guérisseur, et nous aurions pu citer les attestations authentiques que nous avons sous les yeux ; mais voici un témoignage dont personne ne contestera la haute portée ; ce n'est plus un de ces certificats qu'on délivre souvent un peu à la légère, c'est le résultat des observations sérieuses d'un homme de savoir, éminemment compétent pour apprécier les choses au double point de vue de la science et du Spiritisme. M. le docteur Morhéry nous adresse les deux lettres suivantes que nos lecteurs nous sauront gré de reproduire.
" Plessis-Boudet, près Loudéac (Côtes-du-Nord).
" Monsieur Allan Kardec,
" Bien qu'écrasé d'occupations en ce moment, je crois devoir, comme membre correspondant de la Société parisienne des études Spirites, vous informer d'un événement inattendu pour moi et qui intéresse sans doute tous nos collègues.
" Vous avez parlé avec éloge dans les derniers numéros de votre Revue de Mlle Désirée Godu, d'Hennebon. Vous avez dit qu'après avoir été médium voyant, médium auditif et médium écrivain, cette demoiselle est devenue, depuis quelques années environ, médium curatif. C'est en cette dernière qualité qu'elle s'est adressée à moi et qu'elle a réclamé mon concours comme docteur en médecine pour prouver l'efficacité de sa médication, qu'on pourrait nommer, je crois, Spiritique. J'ai pensé d'abord que les menaces qu'on lui faisait et les obstacles que l'on mettait à sa pratique médicale sans diplôme était la seule cause de sa démarche ; mais elle m'a dit que l'Esprit qui la dirige depuis six années le lui avait conseillé comme nécessaire, au point de vue de la doctrine Spirite. Quoi qu'il en soit, j'ai cru qu'il était de mon devoir, et de l'intérêt de l'humanité, d'accepter sa généreuse proposition, mais je doutais qu'elle l'eût réalisée. Sans la connaître ni l'avoir jamais vue, j'avais su que cette pieuse jeune personne n'avait voulu se séparer de sa famille que dans une circonstance exceptionnelle et pour remplir encore une mission non moins importante à l'âge de 17 ans. J'ai donc été bien agréablement surpris en la voyant arriver chez moi, conduite par sa mère qu'elle a quittée le lendemain avec un profond chagrin ; mais ce chagrin était tempéré par le courage de la résignation. Depuis dix jours, Mlle Godu est au milieu de ma famille dont elle fait la joie malgré son occupation énervante.
" Depuis son arrivée, j'ai déjà consigné 75 cas d'observation de maladies diverses et contre lesquelles, pour la plupart, les secours de la médecine ont échoué. Nous avons des amauroses, des ophtalmies graves, des paralysies anciennes et rebelles à tout traitement, des scrofuleux, des dartreux, des cataractes et des cancers à la dernière période ; tous les cas sont numérotés, la nature de la maladie est constatée par moi, les pansements sont mentionnés, et tout est tenu en règle comme dans une salle de clinique destinée aux observations.
" Il n'y a pas encore assez de temps pour que je puisse me prononcer d'une manière péremptoire sur les cures opérées par la médication de Mlle Godu ; mais, dès aujourd'hui, je peux manifester ma surprise sur les résultats révulsifs qu'elle obtient par l'application de ses onguents dont les effets varient à l'infini par une cause que je ne saurais m'expliquer avec les règles ordinaires de la science. J'ai vu aussi avec plaisir qu'elle coupait les fièvres sans aucune préparation de quinquina ou de ses extraits, et par de simples infusions de fleurs ou de feuilles de diverses plantes.
" Je suis surtout avec un vif intérêt le traitement d'un cancer à la troisième période. Ce cancer, qui a été constaté et traité sans succès, comme toujours, par plusieurs de mes confrères, est l'objet de la plus grande préoccupation de Mlle Godu. Ce n'est ni une, ni deux fois qu'elle le panse, mais bien toutes les heures. Je désire bien vivement que ses efforts soient couronnés de succès, et qu'elle guérisse cet indigent qu'elle panse avec un zèle au-dessus de tout éloge. Si elle réussit sur celui-là, on peut naturellement espérer qu'elle réussira sur d'autres, et dans ce cas elle rendra un immense service à l'humanité en guérissant cette horrible et atroce maladie.
" Je sais que quelques confrères frondeurs pourront se rire de l'espoir dont je me berce ; mais que m'importe si cet espoir se réalise ! Déjà l'on me fait un reproche de prêter ainsi mon concours à une personne, dont aucun ne conteste l'intention, mais dont la plupart dénient l'aptitude à guérir, puisque cette aptitude ne lui a pas été donnée par la Faculté.
" A cela je répondrai : ce n'est point la Faculté qui a découvert la vaccine, mais bien de simples pâtres ; ce n'est point la Faculté qui a découvert l'écorce du Pérou, mais les indigènes de ce pays. La Faculté constate les faits ; elle les groupe et les classe pour en former la précieuse base de l'enseignement, mais elle ne les produit pas exclusivement. Quelques sots (il s'en trouve malheureusement ici comme partout) croient se donner de l'esprit en qualifiant Mlle Godu de sorcière. C'est assurément une aimable et bien utile sorcière, car elle n'inspire aucune frayeur de la sorcellerie, ni aucun désir de la vouer au bûcher.
" A d'autres, qui prétendent qu'elle est l'instrument du démon, je répondrai très carrément : si le démon vient sur la terre pour guérir les incurables abandonnés et indigents, il faut en conclure que le démon s'est enfin converti et qu'il a droit à nos remerciements ; or, je doute fort que parmi ceux qui tiennent ce langage il y en ait beaucoup qui ne préfèrent encore guérir par ses mains que de mourir par celles du médecin. Prenons donc le bien d'où il vient, et, à moins de preuve authentique, n'en attribuons pas le mérite au diable. Il est plus moral et plus rationnel d'attribuer le bien à Dieu et de l'en remercier, et sous ce rapport je pense que mon avis sera partagé par vous et par tous mes collègues.
" Au reste, que cela devienne ou non une réalité, il en résultera toujours quelque chose pour la science. Je ne suis pas homme à laisser dans l'oubli certains moyens employés que nous négligeons trop aujourd'hui. La médecine, dit-on, a fait d'immenses progrès ; oui, sans doute, pour la science, mais pas autant pour l'art de guérir. Nous avons beaucoup appris et trop oublié ; l'esprit humain est comme l'Océan : il ne peut tout embrasser ; quand il envahit une plage, il en laisse une autre. Je reviendrai sur ce sujet et je vous tiendrai au courant de cette curieuse expérimentation. J'y attache la plus grande importance ; si elle réussit, ce sera une manifestation éclatante contre laquelle il sera impossible de lutter, car rien n'arrête ceux qui souffrent et qui veulent guérir. Je suis décidé à tout braver dans ce but, même le ridicule qu'on craint tant en France.
" Je profite de l'occasion pour vous adresser ma thèse inaugurale. Si vous voulez bien prendre la peine de la lire, vous comprendrez facilement combien j'étais disposé à admettre le Spiritisme. Cette thèse a été soutenue quand la médecine était tombée dans le plus profond matérialisme. C'était une protestation contre ce courant qui nous a entraînés à la médecine organique et à la pharmacologie minérale, dont on a fait un si grand abus. Combien de santés délabrées par l'usage de ces substances minérales qui, en cas d'échec, augmentent le mal, et, en cas de réussite, laissent trop souvent des traces dans notre organisation !
" Agréez, etc. MORHERY. "
" 20 mars 1860.
" Monsieur,
" Dans ma dernière lettre je vous ai annoncé que Mlle Désirée Godu avait bien voulu venir exercer sous mes yeux sa faculté curative ; je viens aujourd'hui vous donner quelques nouvelles.
" Depuis le 25 février, j'ai commencé mes observations sur un grand nombre de malades, presque tous indigents et dans l'impossibilité de se traiter convenablement. Quelques-uns ont des maladies peu importantes ; mais le plus grand nombre est atteint d'affections qui ont résisté aux moyens curatifs ordinaires. J'ai numéroté, depuis le 25 février, 152 cas de maladies très variées. Malheureusement dans notre pays, surtout les malades indigents, suivent leur caprice et n'ont pas la patience de se résigner à un traitement suivi et méthodique ; dès qu'ils éprouvent du mieux, ils se croient guéris et ne font plus rien ; c'est un fait que j'ai souvent constaté dans ma clientèle, et qui devait nécessairement se représenter avec Mlle Godu.
" Comme je vous l'ai dit, je ne veux rien préjuger, rien affirmer, à moins de résultats constatés par l'expérience ; plus tard, je ferai le dépouillement de mes observations, et je constaterai les plus remarquables ; mais, dès aujourd'hui, je peux vous exprimer mon étonnement pour certaines guérisons obtenues en dehors de nos moyens ordinaires.
" J'ai vu guérir sans quinquina trois fièvres intermittentes rebelles dont l'une avait résisté à tous les moyens que j'avais employés.
" Mlle Godu a guéri également trois panaris et deux inflammations sous-aponévrotiques de la main en très peu de jours ; j'en ai été véritablement surpris.
" Je peux constater aussi la guérison, non pas encore radicale, mais bien avancée, d'un de nos plus intelligents laboureurs, Pierre Le Boudec, de Saint-Hervé, atteint de surdité depuis 18 ans ; il a été aussi émerveillé que moi quand, après trois jours de traitement, il a pu entendre le chant des oiseaux et la voix de ses enfants. Je l'ai vu ce matin, tout fait espérer une guérison radicale avant peu.
" Parmi nos malades, celui qui attire le plus mon attention en ce moment est le nommé Bigot, ouvrier laboureur à Saint-Caradec, atteint depuis deux ans et demi d'un cancer à la lèvre inférieure. Ce cancer est arrivé à la dernière période ; la lèvre inférieure est en partie mangée ; les gencives, les glandes sublinguales et sous-maxillaires sont cancéromateuses ; l'os maxillaire inférieur participe lui-même de la maladie. Quand il s'est présenté chez moi son état était désespéré ; ses douleurs étaient atroces ; il n'avait pas dormi depuis six mois ; toute opération est impraticable, le mal étant trop avancé ; toute guérison me semblait impossible, et je le déclarai très franchement à Mlle Godu afin de la prémunir contre un échec inévitable. Mon opinion n'a pas varié au sujet du pronostic ; je ne puis croire à la guérison d'un cancer si avancé ; cependant je dois déclarer que, dès le premier pansement, le malade a éprouvé du soulagement, et que depuis ce jour, 25 février, il dort bien et peut prendre des aliments ; la confiance lui est revenue ; la plaie a changé d'aspect d'une manière visible, et si cela continue, je serai, malgré mon opinion si formelle, obligé d'espérer une guérison. Si elle se réalise, ce sera le plus grand phénomène curatif que l'on puisse constater ; il faut attendre et prendre patience comme le malade. Mlle Godu en a un soin tout particulier ; elle l'a pansé parfois toutes les demi-heures ; cet indigent est son favori.
" Par ailleurs, rien à vous dire. Je pourrais vous édifier sur les cancans, les commérages, les allusions à la sorcellerie ; mais comme la sottise est inhérente à l'humanité, je ne me préoccupe nullement du soin de la guérir.
" Agréez, etc. MORHERY. "
Remarque. Comme on a pu s'en convaincre par les deux lettres ci-dessus, M. Morhéry ne se laisse point éblouir par l'enthousiasme ; il observe les choses froidement, en homme éclairé qui ne se fait point d'illusions ; il y apporte une entière bonne foi, et mettant de côté l'amour-propre du docteur, il ne craint pas d'avouer que la nature peut se passer de lui, en inspirant à une jeune fille sans instruction des moyens de guérir qu'il n'a trouvés ni dans l'enseignement de la Faculté, ni dans son propre cerveau, et il ne s'en croit nullement humilié. Ses connaissances en Spiritisme lui montrent que la chose est possible sans qu'il y ait pour cela dérogation aux lois de la nature ; il la comprend, dès lors cette faculté remarquable est pour lui un simple phénomène plus développé chez Mlle Godu que chez d'autres. On peut dire que cette jeune fille est pour l'art de guérir ce que Jeanne d'Arc était pour l'art militaire. M. Morhéry, éclairé sur les deux points essentiels : le Spiritisme comme source, et la médecine ordinaire comme contrôle, mettant de côté tout amour-propre et tout sentiment personnel, est dans la meilleure position pour porter un jugement impartial, et nous félicitons Mlle Godu de la résolution qu'elle a prise de se mettre sous son patronage. Nos lecteurs nous sauront gré, sans doute, de les tenir au courant des observations qui seront faites ultérieurement.
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Variétés.
Le Fabricant de Saint-Pétersbourg.
Le fait suivant de manifestation spontanée a été transmis à notre collègue M. Kratzoff, de Saint-Pétersbourg, par son compatriote le baron Gabriel Tscherkassoff, qui habite Cannes (Var), et qui en certifie l'authenticité. Il paraît, du reste, que le fait est très connu, et fit beaucoup de sensation à l'époque où il s'est produit.
" Au commencement de ce siècle, il y avait à Saint-Pétersbourg un riche artisan qui occupait un grand nombre d'ouvriers dans ses ateliers ; son nom m'échappe, mais je crois que c'était un Anglais. Homme probe, humain et rangé, il vaquait non seulement à la bonne facture de ses produits, mais bien plus encore au bien-être physique et moral de ses ouvriers, qui offraient, par conséquent, l'exemple de la bonne conduite et d'une concorde presque fraternelle. D'après une coutume observée en Russie jusqu'à nos jours, ils étaient défrayés du logement et de la nourriture par leur patron, et occupaient les étages supérieurs et les combles de la même maison que lui. Un matin, plusieurs des ouvriers, en se réveillant, ne trouvèrent plus leurs habits qu'ils avaient mis à côté d'eux en se couchant. On ne pouvait supposer un vol ; on questionna, mais inutilement, et on soupçonna les plus malicieux d'avoir voulu jouer un tour à leurs camarades ; enfin, à force de recherches, on trouva tous les objets disparus au grenier, dans les cheminées, et jusque sur les toits. Le patron fit des remontrances générales, puisque personne ne s'avouait coupable ; chacun, au contraire, protestait de son innocence.
" A quelque temps de là, la même chose se renouvela ; nouvelles remontrances, nouvelles protestations. Peu à peu cela commença à se répéter toutes les nuits, et le patron en conçut de vives inquiétudes, car, outre que son travail en souffrait beaucoup, il se voyait menacé par une émigration de tous ses ouvriers, qui avaient peur de rester dans une maison où il se passait, disaient-ils, des choses surnaturelles. D'après le conseil du patron, il fut organisé un service nocturne, choisi par les ouvriers mêmes, pour surprendre le coupable ; mais rien ne réussit, tout au contraire, les choses allèrent en empirant. Les ouvriers, pour gagner leurs chambres, devaient monter des escaliers qui n'étaient point éclairés ; or, il arriva à plusieurs d'entre eux de recevoir des coups et des soufflets ; et quand ils cherchaient à se défendre, ils ne frappaient que l'espace, tandis que la force des coups leur faisait supposer qu'ils avaient affaire à un être solide. Cette fois, le patron leur conseilla de se diviser en deux groupes ; l'un d'eux devait rester au haut de l'escalier, l'autre arriver d'en bas ; de cette manière, le mauvais plaisant ne pouvait manquer d'être pris et de recevoir la correction qu'il méritait. Mais la prévoyance du patron se trouva encore en défaut, les deux groupes furent battus à outrance, et chacun accusa l'autre. Les récriminations étaient devenues sanglantes, et la mésintelligence entre les ouvriers étant arrivée à son comble, le pauvre patron songeait déjà à fermer ses ateliers ou à déménager.
" Un soir, il était assis, triste et pensif, entouré de sa famille ; tout le monde était plongé dans l'abattement, lorsque tout à coup un grand bruit se fait entendre dans la chambre à côté qui lui servait de cabinet de travail. Il se lève précipitamment, et va reconnaître la cause de ce bruit. La première chose qu'il voit en ouvrant la porte, c'est son bureau ouvert et un bougeoir allumé ; or, il venait peu d'instants avant de fermer le bureau et d'éteindre la lumière. S'étant approché, il distingue sur le bureau un encrier de verre et une plume qui ne lui appartenaient pas, et une feuille de papier sur laquelle étaient écrits ces mots, qui n'avaient pas encore eu le temps de sécher : " Fais démolir le mur à tel endroit (c'était sur l'escalier) ; tu y trouveras des ossements humains que tu feras ensevelir en terre sainte. " Le patron prit le papier et courut en informer la police.
" Le lendemain on se mit donc à chercher d'où provenaient l'encrier et la plume. En les montrant aux habitants de la même maison, on arriva jusqu'à un marchand de légumes et de denrées coloniales qui avait sa boutique au rez-de-chaussée, et qui reconnut l'un et l'autre pour les siens. Interrogé sur la personne à laquelle il les avait donnés, il répondit : " Hier soir, ayant déjà fermé la porte de ma boutique, j'entendis un petit coup frappé au vasistas de la fenêtre ; je l'ouvris, et un homme dont il me fut impossible de distinguer les traits me dit : Donne-moi, je te prie, un encrier et une plume, je te les paierai. Lui ayant passé ces deux objets, il me jeta une grosse monnaie de cuivre que j'entendis tomber sur le plancher, mais que je n'ai pu retrouver.
" On fit démolir le mur à l'endroit indiqué, et l'on y trouva des ossements humains, qui furent enterrés, et tout rentra dans l'ordre. On ne put jamais savoir à qui avaient appartenu ces ossements. "
Des faits de cette nature ont dû se produire à toutes les époques, et l'on voit qu'ils ne sont nullement provoqués par les connaissances Spirites. On conçoit que, dans les siècles reculés, ou chez des peuples ignorants, ils aient pu donner lieu à toutes sortes de suppositions superstitieuses.
Apparition tangible.
Le 14 janvier dernier, le sieur Lecomte, cultivateur dans la commune de Brix, arrondissement de Valognes, a été visité par un individu qui s'est dit être un de ses anciens camarades, avec lequel il avait travaillé au port de Cherbourg, et dont la mort remonte à deux ans et demi. Cette apparition avait pour but de prier Lecomte de lui faire dire une messe. Le 15, l'apparition se reproduisit ; Lecomte, moins effrayé, reconnut effectivement son ancien camarade ; mais, troublé encore, il ne sut que répondre ; il en fut de même les 17 et 18 janvier. Ce ne fut que le 19 que Lecomte lui dit : Puisque tu désires une messe, où veux-tu qu'elle soit dite, et y assisteras-tu ? - Je désire, répond l'Esprit, que la messe soit dite à la chapelle de Saint-Sauveur dans huit jours, et je m'y trouverai. Il ajouta : Il y a longtemps que je ne t'avais vu, et il y avait loin pour venir te trouver. Cela dit il le quitte en lui serrant la main.
Le sieur Lecomte n'a pas manqué à sa promesse ; le 27 janvier, la messe a été dite à Saint-Sauveur, et il a vu son ancien camarade agenouillé sur les marches de l'autel près du prêtre officiant ; mais personne autre que lui ne l'a aperçu, bien qu'il ait demandé au prêtre et aux assistants s'ils ne le voyaient pas.
Depuis ce jour, le sieur Lecomte n'a plus été visité, et il a repris sa tranquillité habituelle.
Remarque. Selon ce récit, dont l'authenticité est garantie par une personne digne de foi, il ne s'agit point d'une simple vision, mais d'une apparition tangible, puisque le défunt ami du sieur Lecomte lui aurait serré la main. Les incrédules appelleront cela une hallucination ; mais, jusqu'à présent, nous attendons encore de leur part une explication claire, logique et vraiment scientifique des étranges phénomènes qu'ils désignent sous ce nom, qui nous semble plutôt une fin de non-recevoir qu'une solution.
Le Fabricant de Saint-Pétersbourg.
Le fait suivant de manifestation spontanée a été transmis à notre collègue M. Kratzoff, de Saint-Pétersbourg, par son compatriote le baron Gabriel Tscherkassoff, qui habite Cannes (Var), et qui en certifie l'authenticité. Il paraît, du reste, que le fait est très connu, et fit beaucoup de sensation à l'époque où il s'est produit.
" Au commencement de ce siècle, il y avait à Saint-Pétersbourg un riche artisan qui occupait un grand nombre d'ouvriers dans ses ateliers ; son nom m'échappe, mais je crois que c'était un Anglais. Homme probe, humain et rangé, il vaquait non seulement à la bonne facture de ses produits, mais bien plus encore au bien-être physique et moral de ses ouvriers, qui offraient, par conséquent, l'exemple de la bonne conduite et d'une concorde presque fraternelle. D'après une coutume observée en Russie jusqu'à nos jours, ils étaient défrayés du logement et de la nourriture par leur patron, et occupaient les étages supérieurs et les combles de la même maison que lui. Un matin, plusieurs des ouvriers, en se réveillant, ne trouvèrent plus leurs habits qu'ils avaient mis à côté d'eux en se couchant. On ne pouvait supposer un vol ; on questionna, mais inutilement, et on soupçonna les plus malicieux d'avoir voulu jouer un tour à leurs camarades ; enfin, à force de recherches, on trouva tous les objets disparus au grenier, dans les cheminées, et jusque sur les toits. Le patron fit des remontrances générales, puisque personne ne s'avouait coupable ; chacun, au contraire, protestait de son innocence.
" A quelque temps de là, la même chose se renouvela ; nouvelles remontrances, nouvelles protestations. Peu à peu cela commença à se répéter toutes les nuits, et le patron en conçut de vives inquiétudes, car, outre que son travail en souffrait beaucoup, il se voyait menacé par une émigration de tous ses ouvriers, qui avaient peur de rester dans une maison où il se passait, disaient-ils, des choses surnaturelles. D'après le conseil du patron, il fut organisé un service nocturne, choisi par les ouvriers mêmes, pour surprendre le coupable ; mais rien ne réussit, tout au contraire, les choses allèrent en empirant. Les ouvriers, pour gagner leurs chambres, devaient monter des escaliers qui n'étaient point éclairés ; or, il arriva à plusieurs d'entre eux de recevoir des coups et des soufflets ; et quand ils cherchaient à se défendre, ils ne frappaient que l'espace, tandis que la force des coups leur faisait supposer qu'ils avaient affaire à un être solide. Cette fois, le patron leur conseilla de se diviser en deux groupes ; l'un d'eux devait rester au haut de l'escalier, l'autre arriver d'en bas ; de cette manière, le mauvais plaisant ne pouvait manquer d'être pris et de recevoir la correction qu'il méritait. Mais la prévoyance du patron se trouva encore en défaut, les deux groupes furent battus à outrance, et chacun accusa l'autre. Les récriminations étaient devenues sanglantes, et la mésintelligence entre les ouvriers étant arrivée à son comble, le pauvre patron songeait déjà à fermer ses ateliers ou à déménager.
" Un soir, il était assis, triste et pensif, entouré de sa famille ; tout le monde était plongé dans l'abattement, lorsque tout à coup un grand bruit se fait entendre dans la chambre à côté qui lui servait de cabinet de travail. Il se lève précipitamment, et va reconnaître la cause de ce bruit. La première chose qu'il voit en ouvrant la porte, c'est son bureau ouvert et un bougeoir allumé ; or, il venait peu d'instants avant de fermer le bureau et d'éteindre la lumière. S'étant approché, il distingue sur le bureau un encrier de verre et une plume qui ne lui appartenaient pas, et une feuille de papier sur laquelle étaient écrits ces mots, qui n'avaient pas encore eu le temps de sécher : " Fais démolir le mur à tel endroit (c'était sur l'escalier) ; tu y trouveras des ossements humains que tu feras ensevelir en terre sainte. " Le patron prit le papier et courut en informer la police.
" Le lendemain on se mit donc à chercher d'où provenaient l'encrier et la plume. En les montrant aux habitants de la même maison, on arriva jusqu'à un marchand de légumes et de denrées coloniales qui avait sa boutique au rez-de-chaussée, et qui reconnut l'un et l'autre pour les siens. Interrogé sur la personne à laquelle il les avait donnés, il répondit : " Hier soir, ayant déjà fermé la porte de ma boutique, j'entendis un petit coup frappé au vasistas de la fenêtre ; je l'ouvris, et un homme dont il me fut impossible de distinguer les traits me dit : Donne-moi, je te prie, un encrier et une plume, je te les paierai. Lui ayant passé ces deux objets, il me jeta une grosse monnaie de cuivre que j'entendis tomber sur le plancher, mais que je n'ai pu retrouver.
" On fit démolir le mur à l'endroit indiqué, et l'on y trouva des ossements humains, qui furent enterrés, et tout rentra dans l'ordre. On ne put jamais savoir à qui avaient appartenu ces ossements. "
Des faits de cette nature ont dû se produire à toutes les époques, et l'on voit qu'ils ne sont nullement provoqués par les connaissances Spirites. On conçoit que, dans les siècles reculés, ou chez des peuples ignorants, ils aient pu donner lieu à toutes sortes de suppositions superstitieuses.
Apparition tangible.
Le 14 janvier dernier, le sieur Lecomte, cultivateur dans la commune de Brix, arrondissement de Valognes, a été visité par un individu qui s'est dit être un de ses anciens camarades, avec lequel il avait travaillé au port de Cherbourg, et dont la mort remonte à deux ans et demi. Cette apparition avait pour but de prier Lecomte de lui faire dire une messe. Le 15, l'apparition se reproduisit ; Lecomte, moins effrayé, reconnut effectivement son ancien camarade ; mais, troublé encore, il ne sut que répondre ; il en fut de même les 17 et 18 janvier. Ce ne fut que le 19 que Lecomte lui dit : Puisque tu désires une messe, où veux-tu qu'elle soit dite, et y assisteras-tu ? - Je désire, répond l'Esprit, que la messe soit dite à la chapelle de Saint-Sauveur dans huit jours, et je m'y trouverai. Il ajouta : Il y a longtemps que je ne t'avais vu, et il y avait loin pour venir te trouver. Cela dit il le quitte en lui serrant la main.
Le sieur Lecomte n'a pas manqué à sa promesse ; le 27 janvier, la messe a été dite à Saint-Sauveur, et il a vu son ancien camarade agenouillé sur les marches de l'autel près du prêtre officiant ; mais personne autre que lui ne l'a aperçu, bien qu'il ait demandé au prêtre et aux assistants s'ils ne le voyaient pas.
Depuis ce jour, le sieur Lecomte n'a plus été visité, et il a repris sa tranquillité habituelle.
Remarque. Selon ce récit, dont l'authenticité est garantie par une personne digne de foi, il ne s'agit point d'une simple vision, mais d'une apparition tangible, puisque le défunt ami du sieur Lecomte lui aurait serré la main. Les incrédules appelleront cela une hallucination ; mais, jusqu'à présent, nous attendons encore de leur part une explication claire, logique et vraiment scientifique des étranges phénomènes qu'ils désignent sous ce nom, qui nous semble plutôt une fin de non-recevoir qu'une solution.
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Dictées spontanées.
L'Ange des Enfants.
(Société. Méd. Mad. de Boyer.)
J'ai nom Micaël ; je suis un des Esprits préposés à la garde des enfants. Quelle douce mission et que de bonheur elle donne à l'âme ! À la garde des enfants, direz-vous ? Mais n'ont-ils pas leurs mères, bons anges préposés à cette garde ? et pourquoi faut-il encore un Esprit chargé de s'en occuper ? Mais ne pensez-vous pas à ceux qui n'ont plus cette bonne mère ? N'y en a-t-il pas, hélas ! beaucoup trop de ceux-ci ? Et la mère, elle-même, n'a-t-elle pas besoin d'aide quelquefois ? Qui l'éveille au milieu de son premier sommeil ? Qui lui fait pressentir le danger, inventer le soulagement quand le mal est grave ? Nous, toujours nous ; nous, qui détournons l'enfant de la rive où il accourt à l'étourdie, qui éloignons de lui les animaux nuisibles, qui écartons le feu qui se pourrait mêler à ses blonds cheveux. Notre mission est douce ! C'est encore nous qui lui inspirons la compassion pour le pauvre, la douceur, la bonté ; aucun des plus méchants même ne saurait nous fâcher ; il y a toujours un instant où son petit cœur nous est ouvert. Plus d'un de vous sera étonné de cette mission ; mais ne dites-vous pas souvent : il y a un Dieu pour les enfants ? pour les enfants pauvres, surtout ? Non, il n'y a pas un Dieu, mais des anges, des amis. Et comment pourriez-vous expliquer autrement les miraculeux sauvetages ? Il y a encore bien d'autres puissances dont vous ne soupçonnez même pas l'existence ; il y a l'Esprit des fleurs, celui des parfums, il y en a mille dont les missions plus ou moins élevées vous sembleraient délicieuses, enviables après votre dure vie d'épreuves ; je les engagerai à venir au milieu de vous. Moi, je suis en ce moment récompensée d'une vie toute dévouée à des enfants. Mariée jeune à un homme qui en avait plusieurs, je n'eus pas le bonheur d'en avoir moi-même ; toute dévouée à eux, Dieu, le bon et souverain maître, m'a accordé d'être encore le gardien des enfants. Douce et sainte mission ! je le répète, et dont les mères ici présentes ne pourraient nier la toute-puissance. Adieu, je vais au chevet de mes petits protégés ; l'heure du sommeil est mon heure, et il faut que je visite toutes ces jolies paupières closes. Le bon ange qui veille sur eux, sachez-le, n'est pas une allégorie, mais bien une vérité.
Conseils.
(Société, 25 novembre 1859. Méd. M. Roze)
Jadis on vous eût crucifiés, brûlés, torturés ; le gibet est renversé ; le bûcher est éteint ; les instruments de torture sont brisés ; l'arme terrible du ridicule, si puissante contre le mensonge, s'émoussera contre la vérité ; ses ennemis les plus redoutables sont enfermés dans un cercle infranchissable. En effet, nier la réalité de nos manifestations serait nier la révélation qui est la base de toutes les religions ; les attribuer au démon, prétendre que l'Esprit du mal vient vous confirmer, vous développer l'Évangile, vous exhorter au bien, à la pratique de toutes les vertus, c'est simplement et heureusement prouver qu'il n'existe pas. Tout royaume divisé contre lui-même périra. Restent les mauvais Esprits. Jamais un bon arbre ne produira de mauvais fruits ; jamais un mauvais arbre ne produira de bons fruits. Vous n'avez donc rien de mieux à faire que de leur répondre ce que répondait le Christ à leurs prédécesseurs quand ils formulèrent contre lui les mêmes accusations, et comme lui de prier Dieu de leur pardonner, car ils ne savent ce qu'ils font.
L'ESPRIT DE VÉRITÉ.
(Autre, dictée à M. Roze et lue à la Société.)
La France porte l'étendard du progrès, et doit guider les autres nations ; les événements passés et contemporains le prouvent. Vous avez été choisis pour devenir le miroir qui doit recevoir et refléter la lumière divine, qui doit éclairer la terre jusqu'alors plongée dans les ténèbres de l'ignorance et du mensonge. Mais si vous n'êtes pas animés par l'amour du prochain et par un désintéressement sans bornes, si le désir de connaître et de propager la vérité dont vous devez ouvrir les voies à la postérité n'est pas le seul mobile qui guide vos travaux ; si la plus légère arrière-pensée d'orgueil, d'égoïsme et d'intérêt matériel trouve une place dans vos cœurs, nous ne nous servirons de vous que comme l'artisan qui emploie provisoirement un outil défectueux ; nous viendrons à vous jusqu'à ce que nous ayons rencontré ou provoqué un centre plus riche que vous en vertus, plus sympathique à la phalange d'Esprits que Dieu a envoyés pour révéler la vérité aux hommes de BONNE volonté. Pensez-y sérieusement ; descendez dans vos cœurs, sondez-en les replis les plus cachés, et chassez-en avec énergie les mauvaises passions qui nous éloignent, sinon retirez-vous plutôt que de compromettre les travaux de vos frères par votre présence, ou celle des Esprits que vous amèneriez avec vous.
L'ESPRIT DE VÉRITÉ.
L'ostentation.
(Société, 16 décembre 1860. Méd. Mlle Huet.)
Par une belle soirée de printemps, un homme riche et généreux était assis dans son salon ; il humait avec bonheur le parfum des fleurs de son jardin. Il énumérait avec complaisance toutes les bonnes œuvres qu'il avait faites pendant l'année. A ce souvenir, il ne put s'empêcher de jeter un regard presque méprisant sur la maison d'un de ses voisins, lequel n'avait pu donner qu'une modique pièce de monnaie pour la construction de l'église paroissiale. Pour ma part, dit-il, j'ai donné plus de mille écus pour cette œuvre pie ; j'ai jeté négligemment un billet de 500 francs dans la bourse que me tendait cette jeune duchesse en faveur des pauvres ; j'ai donné beaucoup pour les fêtes de bienfaisance, pour toute espèce de loterie, et je crois que Dieu me saura gré de tant de bien que j'ai fait. Ah ! j'oubliais une légère aumône que j'ai faite dernièrement à une malheureuse veuve chargée d'une nombreuse famille, et qui élève encore un orphelin ; mais ce que je lui ai donné est si peu de chose, que ce n'est certainement pas cela qui m'ouvrira le ciel.
Tu te trompes, lui répondit tout à coup une voix qui lui fit tourner la tête : c'est la seule que Dieu accepte, en voilà la preuve. A l'instant une main effaça le papier qu'il avait noirci de toutes ses bonnes œuvres, et ne laissant que la dernière inscrite, elle l'emporta dans le ciel.
Ce n'est donc pas l'aumône faite avec ostentation qui est la meilleure, mais celle qui est faite dans toute l'humilité du cœur.
JOINVILLE, AMY DE LOYS.
Amour et Liberté.
(Société, 27 janvier 1860. Méd. M. Roze.)
Dieu est amour et liberté ; c'est par l'amour et la liberté que l'Esprit se rapproche de lui. Par l'amour il se crée, dans chaque existence, de nouvelles relations qui se rapprochent de l'unité ; par la liberté il choisit le bien qui le rapproche de Dieu. Soyez ardents à propager la nouvelle foi ; que la sainte ardeur qui vous anime ne vous fasse jamais porter atteinte à la liberté d'autrui. Évitez, par une trop grande insistance près de l'incrédulité orgueilleuse et craintive, d'exaspérer une résistance à moitié vaincue et près de se rendre. Le règne de la contrainte et de l'oppression est fini ; celui de la raison, de la liberté et de l'amour fraternel commence. Ce n'est plus par la crainte et la force que les puissances de la terre acquerront dorénavant le droit de diriger les intérêts moraux, spirituels et physiques des peuples, mais par l'amour et la liberté.
ABEILLARD.
L'immortalité.
(Société, 3 février 1860. Méd. Mlle Huet.)
Comment un homme, et un homme intelligent, peut-il ne pas croire à l'immortalité de l'âme, et par conséquent à une vie future qui n'est autre que le Spiritisme ? Que deviendrait cet amour immense que la mère porte à son enfant, ces soins dont elle l'entoure pendant son jeune âge, cette sollicitude éclairée que le père porte à l'éducation de cet être bien-aimé ; Tout cela serait donc anéanti au moment de la mort ou de la séparation ? on serait donc semblable aux animaux, dont l'instinct est admirable, sans doute, mais qui ne soignent leur progéniture avec tendresse que jusqu'au moment où elle cesse d'avoir besoin des soins maternels ? A ce moment venu, les parents abandonnent leurs petits, tout est fini : le corps est élevé, l'âme n'existe pas ; mais l'homme n'aurait pas une âme, et une âme immortelle ! et le génie sublime que l'on ne peut comparer qu'à Dieu, tant il émane de lui, ce génie qui enfante des prodiges, qui crée des chefs-d'œuvre, tout cela s'anéantirait à la mort de l'homme ! Profanation ! on ne peut anéantir ainsi les parties qui viennent de Dieu. Un Raphaël, un Newton, un Michel-Ange, et tant d'autres génies sublimes, embrasent encore l'univers de leur Esprit, quoique leurs corps n'existent plus ; ne vous y trompez pas ; ils vivent, et ils vivront éternellement. Quant à communiquer avec vous, ceci est moins facile à admettre pour la généralité des hommes ; ce n'est que par l'étude et l'observation qu'ils peuvent acquérir la certitude que cela est possible.
FÉNELON.
Parabole.
(Société, 9 décembre 1859. Méd. M. Roze.)
Un vieux navire, à sa dernière traversée, fut assailli par une tempête terrible. Il portait, outre une grande quantité de passagers, une foule de marchandises étrangères à leur destination, qu'y avaient accumulées l'avarice et la cupidité de ses patrons. - Le péril était imminent ; le plus grand désordre régnait à bord ; les chefs refusaient de jeter leur cargaison à la mer ; leurs ordres étaient méconnus ; ils avaient perdu la confiance de l'équipage et des passagers. Il fallait songer à abandonner le navire ; on mit trois embarcations à la mer ; dans la première et la plus grande se précipitèrent étourdiment les plus impatients et les plus inexpérimentés qui se hâtèrent de faire force de rames vers la lumière qu'ils avaient aperçue au loin sur la côte. Ils tombèrent entre les mains d'une horde de naufrageurs qui les dépouillèrent des objets précieux qu'ils avaient rassemblés à la hâte, et les maltraitèrent sans pitié.
Les seconds, plus clairvoyants, surent distinguer un phare libérateur au milieu des lumières trompeuses qui s'allumaient à l'horizon, et, confiants, abandonnèrent leur barque au caprice des flots ; ils allèrent se briser sur les récifs, au pied même du phare qu'ils n'avaient point quitté des yeux, et furent d'autant plus sensibles à leur ruine et à la perte de leurs biens qu'ils avaient entrevu le salut.
Les troisièmes, peu nombreux, mais sages et prudents, guidèrent avec soin leur frêle esquif au milieu des écueils et abordèrent corps et biens sans autre mal que la fatigue du voyage.
Ne vous contentez donc pas de vous mettre en garde contre les feux des naufrageurs, contre les mauvais Esprits ; mais sachez aussi éviter la faute des voyageurs indolents qui perdirent leurs biens et firent naufrage au port. Sachez guider votre barque au milieu des écueils des passions, et vous aborderez heureusement au port de la vie éternelle, riches des vertus que vous aurez acquises dans vos voyages.
SAINT VINCENT DE PAUL.
Le Spiritisme.
(Société, 3 février 1860. Méd. Mme M.)
Le Spiritisme est appelé à éclairer le monde, mais il lui faut un certain temps pour progresser. Il a existé depuis la création, mais il n'était connu que de peu de personnes, parce que la masse, en général, s'occupe peu à méditer sur les questions Spirites. Aujourd'hui, à l'aide de cette pure doctrine, il se fera un jour nouveau. Dieu, qui ne veut pas laisser la créature dans l'ignorance, permet aux Esprits plus élevés de nous venir en aide pour contrebalancer l'Esprit de ténèbres qui tend à envelopper le monde ; l'orgueil humain obscurcit le jugement, et fait commettre bien des fautes ici-bas ; il faut des Esprits simples et dociles pour communiquer la lumière et atténuer tous nos maux. Courage ! persistez dans cette œuvre qui est agréable à Dieu, parce qu'elle est utile pour sa plus grande gloire, et il en résultera de grands biens pour le salut des âmes.
FRANÇOIS DE SALES.
Philosophie.
(Société, 3 février 1860. Méd. M. Colin.)
Écrivez ces choses : L'homme ! qu'est-il ? d'où sort-il ? où va-t-il ? - Dieu ? la nature ? la création ? le monde ? son éternité dans le passé, dans l'avenir ! Limite de la nature, des rapports de l'être infini avec l'être particulier ? passage de l'infini au fini ? - Questions que dut se faire l'homme enfant encore, lorsqu'il vit pour la première fois avec sa raison, au-dessus de sa tête, la marche mystérieuse des astres ; sous ses pieds la terre alternativement revêtue d'habits de fête sous la tiède haleine du printemps, ou couverte d'un manteau de deuil sous le souffle glacé de l'hiver ; lorsqu'il se vit lui-même, pensant, sentant, jeté pour un instant dans cet immense tourbillon vital entre hier, jour de sa naissance, et demain jour de sa mort. Questions que se sont posées tous les peuples, à tous les âges et dans toutes leurs écoles, et qui cependant n'en sont pas moins restées des énigmes pour les générations suivantes ; questions bien dignes cependant de captiver l'esprit investigateur de votre siècle et le génie de votre pays. - Si donc il y avait parmi vous un homme, dix hommes, ayant conscience de la haute gravité d'une mission apostolique, et volonté de laisser une trace de son passage ici pour servir de point de repère à la postérité, je leur dirais : vous avez assez longtemps transigé avec les erreurs et les préjugés de votre temps ; pour vous l'époque des manifestations matérielles et physiques est passée ; ce que vous nommez évocations expérimentales ne peut plus vous apprendre grand chose, car le plus souvent la curiosité seule est en jeu ; mais l'ère philosophique de la doctrine approche. Ne demeurez donc pas plus longtemps cramponnés aux ais bientôt vermoulus du portique, et pénétrez hardiment dans le sanctuaire céleste tenant fièrement à la main le drapeau de la philosophie moderne, sur lequel écrivez sans crainte : mysticisme, rationalisme. Faites de l'éclectisme dans l'éclectisme moderne ; faites-en avec les Anciens, en vous appuyant sur la tradition historique, mystique et légendaire, mais en ayant soin toujours de ne pas sortir de la révélation, flambeau qui nous a manqué à tous en recourant aux lumières des Esprits supérieurs voués missionnellement à la marche de l'esprit humain. Ces Esprits, quelque élevés qu'ils soient, ne savent pas toutes choses : Dieu seul les connaît ; de plus, de tout ce qu'ils savent, ils ne peuvent pas tout révéler. Où serait, que deviendrait en effet le libre arbitre de l'homme, sa responsabilité, le mérite et le démérite ; et comme sanction, le châtiment, la récompense ?
Cependant, je puis jalonner le chemin que je vous montre, de quelques principes fondamentaux ; écoutez donc ces choses :
1° L'âme a la puissance de se dérober à la matière ;
2° De s'élever bien au-dessus de l'intelligence ;
3° Cet état est supérieur à la raison ;
4° Il peut mettre l'homme en rapport avec ce qui échappe à ses facultés ;
5° L'homme peut le provoquer par la prière en Dieu, par un effort constant de volonté, en réduisant pour ainsi dire l'âme à l'état de pure essence, privée d'activité sensible et extérieure ; par l'abstraction, en un mot, de tout ce qu'il y a de divers, de multiple, d'indécis, de tourbillonneux, d'extériorité dans l'âme ;
6° Il existe dans le moi concret et complexe de l'homme une force complètement ignorée jusqu'ici : cherchez-la donc.
MOÏSE, PLATON, puis JULIEN.
Communications lues à la Société.
(Par M. Pêcheur.)
Mon ami, ne sais-tu pas que tout homme qui marche dans la route du progrès a toujours contre lui l'ignorance et l'envie ? L'envie, c'est la poussière que soulève vos pas. Vos idées révoltent certains hommes, car ils ne comprennent pas, ou bien étouffent par orgueil la voie de la conscience qui leur crie : Ce que tu repousses, ton juge te le rappellera un jour ; c'est une main que Dieu te tend pour te retirer du bourbier où t'ont jeté tes passions. Écoute pour un instant la voix de la raison ; songe que tu vis dans un siècle d'argent où le moi domine ; que l'amour des richesses vous dessèche le coeur, charge votre conscience de bien des fautes, et même de crimes qu'il vous faudra confesser. Hommes sans foi qui vous dites habiles, votre habileté vous sert à faire naufrage ; aucune main ne vous sera tendue ; vous avez été sourds pour le malheur des autres, vous vous engloutirez sans qu'une larme tombe sur vous. Arrêtez ! il en est temps encore ; que le repentir pénètre dans vos cœurs ; qu'il soit sincère, et Dieu vous pardonnera. Cherchez le malheureux qui n'ose se plaindre et que la misère tue lentement, et le pauvre que vous aurez soulagé mêlera votre nom dans sa prière ; il bénira la main qui aura peut-être sauvé sa fille de la faim qui tue, et de la honte qui déshonore. Malheur à vous si vous êtes sourds à sa voix. Dieu vous a dit par la bouche sacrée du Christ : Aime ton frère comme toi-même. Ne vous a-t-il pas donné la raison pour juger le bien et le mal ? Ne vous a-t-il pas donné un cœur pour compatir aux souffrances de vos semblables ? Ne sentez-vous pas qu'en étouffant votre conscience, vous étouffez la voix du progrès et de la charité ? Ne sentez-vous pas que vous ne traînez plus qu'un corps vide ; que rien ne bat plus dans vos poitrines, ce qui rend votre marche incertaine ? car vous avez fui la lumière, et vos yeux sont devenus de chair ; les ténèbres qui vous entourent vous agitent et vous font peur ; vous cherchez, mais trop tard, à sortir de cette route qui croule sous vos pieds : la crainte que vous ne pouvez définir vous rend superstitieux ; vous jouez l'homme charitable ; espérant racheter votre vie d'égoïste, vous donnez le denier que la peur vous arrache, mais Dieu sait ce qui vous fait agir : vous ne pouvez le tromper ; votre vie s'éteindra sans espérance, et vous ne pourrez la prolonger d'un seul jour ; elle s'éteindra malgré vos richesses que vos enfants convoitent d'avance, car vous leur avez donné l'exemple ; comme vous ils n'ont qu'un seul amour, celui de l'or, seul rêve de bonheur pour eux ; et lorsque cette heure de justice sonnera, il vous faudra paraître devant le juge suprême que vous aurez méconnu.
TA FILLE.
La conscience.
Chaque homme a en lui ce que vous appelez une voix intérieure, c'est ce que l'Esprit appelle la conscience, juge sévère qui préside à toutes les actions de votre vie. Lorsque l'homme est seul, il écoute cette conscience et se pèse à sa juste valeur ; souvent il a honte de lui-même. A ce moment il reconnaît Dieu, mais l'ignorance, fatal conseiller, le pousse et lui met le masque de l'orgueil ; il se présente à vous tout gonflé de son vide ; il cherche à vous tromper par l'aplomb qu'il se donne ; mais l'homme au coeur droit n'a pas la tête altière ; il écoute avec fruit les paroles du sage ; il sent qu'il n'est rien et que Dieu est tout. Il cherche à s'instruire dans le livre de la nature, écrit par la main du Créateur ; son Esprit s'élève et chasse de son enveloppe les passions matérielles qui trop souvent vous égarent. C'est un guide dangereux qu'une passion qui vous mène ; retiens ceci, ami : Laisse rire le sceptique, son rire s'éteindra. A son heure dernière, l'homme devient croyant. Ami, pense toujours à Dieu, lui seul ne trompe pas. Rappelle-toi qu'il n'y a qu'une route qui conduit vers lui : la foi et l'amour de ses semblables.
TA FILLE.
Le Séjour des Élus.
(Par Mad. Desl...)
Ta pensée est encore absorbée par les choses de la terre ; si tu veux nous entendre, il faut les oublier. Essayons de causer d'en haut ; que ton Esprit s'élève vers ces régions, séjour des élus du Seigneur. Vois ces mondes qui attendent tous les mortels dont la place est marquée suivant qu'ils l'auront méritée. Que de félicités pour celui qui se complaît aux choses saintes, aux grands enseignements donnés au nom de Dieu ! O hommes ! que vous êtes petits, comparés aux Esprits dégagés de la matière, et qui planent dans les espaces occupés pour la gloire du Seigneur ! Heureux ceux qui sont appelés à habiter les mondes où la matière n'est presque plus qu'un nom ; où tout est éthéré et translucide ; où les pas ne s'entendent plus. La musique céleste est le seul bruit qui parvienne aux sens si parfaits pour saisir les moindres sons, dès que ceux-ci s'appellent harmonie ! Quelle légèreté que celle de tous ces êtres aimés de Dieu ! Comme ils parcourent avec délices ces lieux enchantés devenus leur asile ! Là, plus de discordes, plus de jalousie, plus de haine ; l'amour est devenu le lien destiné à unir entre eux tous les êtres créés, et cet amour qui remplit leurs cœurs n'a pour limite que Dieu même qui est la fin, et dans lequel se résument : la foi, l'amour et la charité.
UN AMI.
(Autre. Par la même.)
Ton oubli m'affligeait ; ne me laisse plus si longtemps sans m'appeler ; je me sens disposé à causer avec toi et à te donner des conseils. Garde-toi de croire tout ce que d'autres Esprits pourraient te dire : ils t'entraîneraient peut-être dans une mauvaise voie. Sois prudente avant tout, afin que Dieu ne t'enlève pas la mission qu'il t'a chargée de remplir, savoir : d'aider à porter à la connaissance des hommes la révélation de l'existence des Esprits autour d'eux. Tous ne sont pas en état d'apprécier et de comprendre la haute portée de ces choses, dont Dieu ne permet encore la connaissance qu'aux élus. Un jour viendra où cette science, pleine de consolations et de grandeur, sera le partage de l'humanité tout entière, et où un incrédule ne se rencontrera plus. Les hommes ne pourront comprendre alors qu'une aussi palpable vérité ait pu un seul instant être mise en doute, par le plus simple des mortels. En vérité, je te le dis, il ne se passera pas un demi-siècle, avant que les yeux de tous soient dessillés et les oreilles ouvertes à cette grande vérité : que les Esprits circulent dans l'espace et occupent différents mondes, selon leur mérite aux yeux de Dieu ; que la véritable vie est dans la mort, et qu'il faut que l'homme soit plusieurs fois racheté avant d'obtenir la vie éternelle, à laquelle tous devront arriver à travers plus ou moins de siècles de souffrances, selon qu'ils auront été plus ou moins fidèles à la voix du Seigneur.
UN AMI.
L'Esprit et le Jugement.
(Par Mad. Netz.)
La liberté de l'homme est tout individuelle ; il est né libre, mais cette liberté fait souvent son malheur. Liberté morale, liberté physique, il a tout réuni, mais souvent c'est le discernement qui lui manque, ce que vous appelez le bon sens. Qu'un homme ait beaucoup d'esprit, et qu'il lui manque cette dernière qualité, c'est absolument comme s'il n'avait rien, car que ferait-il de son esprit, s'il ne peut pas le gouverner, s'il n'a pas l'intelligence nécessaire pour savoir se conduire, s'il croit marcher dans une bonne voie, quand il est dans le bourbier, s'il croit avoir toujours raison quand il a souvent tort ? Le discernement peut tenir lieu d'esprit, mais l'esprit ne remplacera jamais le discernement. C'est une qualité qu'il faut avoir, et si on ne l'a pas, il faut faire tous ses efforts pour l'acquérir.
UN ESPRIT FAMILIER.
L'Incrédule.
(Par Mme L...)
Votre doctrine est belle et sainte ; le premier jalon en est planté, et solidement planté. Maintenant vous n'avez plus qu'à marcher ; la voie qui vous est ouverte est grande et majestueuse. Bienheureux est celui qui arrivera au port ; plus il aura fait de prosélytes et plus cela lui sera compté. Mais pour cela il ne faut pas embrasser la doctrine froidement ; il faut y mettre de l'ardeur, et cette ardeur sera doublée, car Dieu est toujours avec vous quand vous faites le bien. Tous ceux que vous amènerez seront autant de brebis rentrées au bercail ; pauvres brebis à moitié égarées ! Croyez bien que le plus sceptique, le plus athée, le plus incrédule enfin a toujours un tout petit coin dans le cœur qu'il voudrait se cacher à lui-même. Eh bien ! c'est ce petit coin qu'il faut chercher, qu'il faut trouver, c'est ce côté vulnérable qu'il faut attaquer ; c'est une petite brèche laissée ouverte exprès par Dieu pour faciliter à sa créature le moyen de rentrer dans son sein.
SAINT BENOIT.
Le Surnaturel.
(Par M. Rabache, de Bordeaux.)
Mes enfants, votre père a bien fait d'appeler votre sérieuse attention sur les phénomènes qui se produisent dans les séances qui vous occupent depuis quelques jours. A les juger selon les instructions de certains Esprits sectaires, ignorants ou dominateurs, ces effets sont surnaturels. N'en croyez rien, mes enfants ; rien de ce qui arrive n'est surnaturel ; s'il l'était, le bon sens vous dit qu'il n'arriverait qu'en dehors de la nature, et alors vous ne le verriez pas. Pour que vos yeux ou vos sens perçoivent une chose, il faut de toute nécessité que cette chose soit naturelle. Avec quelque peu de réflexion, il n'est pas un Esprit sérieux qui puisse consentir à croire aux choses surnaturelles. Je ne veux pas dire par là qu'il n'y ait pas des choses qui paraissent telles à votre intelligence, mais la seule raison en est que vous ne les comprenez pas. Lorsque quelque fait vous semblera sortir de ce que vous croyez naturel, gardez-vous de cette paresse d'esprit qui vous induirait à croire qu'il est surnaturel ; cherchez à le comprendre ; c'est pour cela que l'intelligence vous a été donnée. A quoi vous servirait-elle si vous deviez vous contenter d'apprendre et de croire ce que vous ont enseigné vos prédécesseurs ? Il faut que chacun mette son intelligence au service du progrès, qui est l'œuvre collective de tous. Puisque vous êtes doués de la pensée, pensez ; puisque vous avez du jugement, ce n'est pas pour rien, examinez et jugez. N'acceptez les jugements tout faits qu'après les avoir passés au creuset de votre raison. Doutez longtemps si vous n'avez pas la certitude, mais ne niez jamais ce que vous ne comprenez pas. Examinez, examinez sérieusement. Le paresseux, l'inintelligent, l'indifférent seuls acceptent comme vrai ou faux tout ce qu'ils entendent affirmer ou nier. Enfin, mes enfants, faites tous vos efforts pour devenir des êtres sérieux et utiles, afin de bien remplir la mission qui vous est confiée. Il n'est jamais trop tôt de s'occuper de ce qui est bien et bon ; commencez donc de bonne heure à vous occuper des choses sérieuses ; le temps des futilités est toujours trop long : il est perdu pour votre progrès, que vous ne devez par perdre de vue un instant. Les choses de la terre ne sont rien ; elles ne servent qu'à votre passage à un autre état, qui sera d'autant plus parfait que vous l'aurez mieux préparé.
Votre grand-mère.
Allan KARDEC.
Paris. - Imprimerie de H. CARION, 64, rue Bonaparte.
REVUE SPIRITE
JOURNAL D'ETUDES PSYCHOLOGIQUES
3° ANNEE. N° 5. MAI 1860.
BULLETIN DE LA SOCIETE PARISIENNE DES ETUDES SPIRITES.
Vendredi, 30 mars 1860. (Séance particulière.)
Affaires administratives. M Ledoyen, trésorier, présente le compte de la situation financière de la Société pour le second semestre de l'année sociale finissant le 30 mars 1860. Ce compte est approuvé.
Communications diverses. 1° M. Chuard, de Lyon, fait hommage à la Société de deux brochures contenant, l'une, une Ode sacrée sur l'immortalité de l'âme, l'autre une Satire sur les sociétés en commandite. La Société remercie l'auteur, et quoique l'une de ces deux brochures surtout soit étrangère à l'objet de ses travaux, elles seront déposées dans sa bibliothèque.
2° Lecture de trois lettres de M. Morhéry sur les cures opérées par Mlle Godu, médium guérisseur, qui est allée demeurer chez lui, et s'est mise sous son patronage. M. Morhéry observe en homme de science les effets du traitement pratiqué par cette demoiselle sur les divers malades qu'elle soigne ; il en tient une note exacte comme on le ferait dans une salle de clinique, et il a été à même de constater, dans un très court espace de temps, des résultats prodigieux.
La société, ajoute M. le Président, a un double motif de s'intéresser à Mlle Godu ; outre la sympathie qu'excitent naturellement les exemples de charité et de désintéressement si rares de nos jours, au point de vue Spirite, cette jeune personne lui offre un précieux sujet d'étude, comme jouissant d'une faculté en quelque sorte exceptionnelle. On s'intéresserait à un médium à effets physiques pouvant produire des phénomènes extraordinaires ; on ne saurait voir avec plus d'indifférence celui dont les facultés sont profitables à l'humanité, et qui nous révèle en outre une nouvelle puissance de la nature.
3° Lettre de M. le comte de R…, membre titulaire, parti pour le Brésil, et qui se trouve maintenant retenu en rade de Cherbourg par le mauvais temps. Il prie la Société de l'évoquer dans la présente séance, si cela se peut.
M. T... fait observer que cette même personne ayant déjà été évoquée deux fois, une troisième lui paraît superflue.
M. Allan Kardec répond que le but de la Société étant l'étude, le même sujet peut offrir d'utiles observations à la troisième fois aussi bien qu'à la deuxième ou à la première ; l'expérience, d'ailleurs, prouve que l'Esprit est d'autant plus lucide et explicite, qu'il se communique plus souvent et s'identifie en quelque sorte avec le médium qui lui sert d'instrument. Il ne s'agit point ici de satisfaire un caprice ni une vaine curiosité ; la Société, dans les évocations, ne recherche ni son agrément, ni son amusement : elle veut s'instruire ; or M. de R… se trouvant dans une situation toute différente de celle où il était quand on l'a évoqué, peut donner lieu à de nouvelles remarques.
Saint Louis, consulté sur l'opportunité de cette évocation, répond qu'elle ne peut avoir lieu en ce moment.
Études. 1° Deux dictées spontanées sont obtenues, l'une de saint Louis par Mlle Huet, l'autre de Charlet par M. Didier fils.
2° Questions diverses adressées à saint Louis sur l'Esprit qui s'est communiqué spontanément dans la dernière séance sous le nom de Being, par Mme de Boyer, et qui s'est accusé de chercher à semer le trouble et la discorde, et de s'être mêlé à diverses communications. Des réponses obtenues il ressort un enseignement intéressant sur le mode d'action des Esprits les uns sur les autres.
3° M. R. propose l'évocation d'un de ses amis disparu depuis 1848, et dont on n'a pas de nouvelles.
Vu l'heure avancée, cette évocation est remise à une prochaine séance.
La Société décide qu'elle ne se réunira pas le vendredi-saint, 6 avril. A partir du 20 avril, les séances auront lieu dans le nouveau local de la Société, rue Sainte-Anne n° 59, passage Sainte-Anne.
Vendredi, 13 avril. (Séance particulière.)
Affaires administratives. Nomination de quatre nouveaux membres comme associés-libres.
La Société confirme le titre de membre honoraire à cinq des membres précédemment nommés.
Communications diverses. Madame Desl…, membre de la Société, ayant été faire un voyage à Dieppe, s'est rendue aux Grandes-Ventes où elle a eu de la bouche même du sieur Goubert, boulanger, la confirmation de tous les faits qui ont été relatés dans le numéro du mois de mars, et avec des détails encore plus circonstanciés. Elle a pu constater, par l'examen des localités, que, pour certains faits surtout, la supercherie était impossible. Il paraît résulter des renseignements obtenus que ces phénomènes ont eu pour cause la présence du jeune garçon que le boulanger avait depuis quelque temps à son service, et à qui des choses semblables sont arrivées dans d'autres maisons. Ces phénomènes étant indépendants de sa volonté, on peut le ranger dans la catégorie des médiums naturels ou involontaires, à effets physiques. Depuis lors il a quitté la maison du sieur Goubert, et rien ne s'est renouvelé.
Études. 1° Dictées spontanées obtenues par trois médiums.
2° Évocation du docteur Vogel, voyageur dans l'intérieur de l'Afrique, où il est mort assassiné. Cette évocation ne donne pas les résultats qu'on en avait espérés. L'Esprit déclare être souffrant et réclame des prières pour l'aider à sortir du trouble où il est encore ; plus tard, dit-il, il pourra être plus explicite.
M. Allan Kardec propose, comme sujet d'étude, l'examen approfondi et détaillé de certaines dictées spontanées ou autres, que l'on pourrait analyser et commenter comme on le fait dans les critiques littéraires. Ce genre d'étude aurait le double avantage d'exercer dans l'appréciation de la valeur des communications Spirites, et en second lieu, et par suite même de cette appréciation, de décourager les Esprits trompeurs, qui, voyant toutes leurs paroles épiloguées, contrôlées par la raison, et finalement rejetées dès qu'elles portent un cachet suspect, finiraient par comprendre qu'ils perdent leur temps. Quant aux Esprits sérieux, on pourrait les appeler pour leur demander des explications et des développements sur les points de leurs communications qui auraient besoin d'être élucidés.
La Société approuve cette proposition.
Vendredi 20 avril 1860. (Séance particulière.)
Correspondance. 1° Lettre de M. J… de Saint-Étienne, membre titulaire. Cette lettre contient des appréciations fort justes sur le Spiritisme, et prouve que l'auteur le comprend sous son véritable point de vue.
2° Lettre de M. L…, ouvrier de Troyes, contenant des réflexions sur l'influence moralisatrice de la doctrine Spirite sur les classes laborieuses. Il invite les adeptes sérieux à s'occuper de la propager dans leurs rangs, dans l'intérêt de l'ordre, et en vue de ranimer chez elles les sentiments religieux qui s'éteignent, et font place au scepticisme qui est la plaie de notre siècle, et la négation de toute responsabilité morale.
Ces deux messieurs ont déjà déclaré dans d'autres lettres n'avoir jamais rien vu en fait de Spiritisme pratique, mais n'en être pas moins fermement convaincus par la seule portée philosophique de la science. Le Président fait remarquer à ce sujet qu'il a journellement des exemples semblables, non de la part de gens qui croient aveuglément, mais au contraire de la part de ceux qui réfléchissent et se donnent la peine de comprendre. Pour eux, la partie philosophique est le principal, parce qu'elle explique ce qu'aucune autre philosophie n'a résolue ; le fait des manifestations est l'accessoire.
3° Lettre de M. Dumas, de Sétif (Algérie), membre de la Société, qui transmet de nouveaux détails intéressants sur les résultats dont il a été témoin ; il cite notamment un jeune médium qui présente un phénomène singulier, c'est qu'il entre spontanément et sans être magnétisé dans une sorte de somnambulisme, chaque fois qu'on veut faire une évocation par son intermédiaire, et dans cet état il écrit ou dit verbalement les réponses aux questions proposées.
Communications diverses. 1° Madame R… (du Jura), membre correspondant de la Société, transmet un fait curieux qui lui est personnel ; il s'agit d'une vieille montre à laquelle se rattachent des souvenirs de famille, et qui paraît être soumise à une influence singulière et intelligente dans certaines circonstances données.
2° Lecture d'une communication obtenue dans une autre réunion Spirite et signée Jeanne d'Arc. Elle contient d'excellents conseils donnés aux médiums sur les causes qui peuvent annihiler ou pervertir leurs facultés médianimiques (publiée ci-après).
3° M. Col... commence la lecture d'une évocation de saint Luc, évangéliste, qu'il a faite en son particulier.
Le Président s'apercevant que, dans cette évocation, sont traitées diverses questions de dogmes religieux, en interrompt la lecture en vertu du règlement qui interdit de s'occuper de ces sortes de matières.
M. Col… fait observer que cette communication n'ayant rien qui ne soit orthodoxe, il n'avait pas pensé qu'il y eût inconvénient à en donner lecture.
Le Président objecte que des réponses supposent toujours des questions ; or que ces réponses soient orthodoxes ou non, elles n'en donneraient pas moins lieu de supposer que la Société s'occupe de choses qui lui sont interdites. Une autre considération vient corroborer ces motifs, c'est que parmi les membres, il y en a qui appartiennent à différents cultes ; ce qui serait orthodoxe pour les uns, pourrait ne pas l'être pour les autres, et c'est une raison de plus pour s'abstenir. Du reste, le règlement prescrit l'examen préalable de toute communication obtenue en dehors de la Société ; cette mesure doit être rigoureusement observée.
Études. Évocation de M. B…, ami de M. Royer, disparu de chez lui depuis le 25 juin 1848. Il donne quelques renseignements sur sa mort arrivée par accident lors des troubles de cette époque. M. Royer reconnaît son identité à son langage, et à quelques particularités intimes.
(Vendredi, 27 avril 1860. (Séance générale.)
Communications diverses. 1° Lettre de M. le docteur Morhéry, contenant de nouvelles études sur les guérisons qu'il obtient avec le concours de mademoiselle Godu, et à l'aide de ce qu'on peut appeler la médecine intuitive. (Publiée ci-après.)
2° A propos de la médecine intuitive, M. C…, un des auditeurs présents à la séance, d'après l'invitation du président, donne des renseignements du plus haut intérêt sur le pouvoir guérisseur dont jouissent certaines castes de nègres. M. C…, natif de l'Indoustan, et d'origine indienne, a été témoin oculaire de nombreux faits de ce genre, mais dont, à cette époque, il ne se rendait pas compte ; aujourd'hui il en trouve la clef dans le Spiritisme et dans le magnétisme. Les nègres guérisseurs font bien usage de certaines plantes, mais souvent aussi ils se contentent de palper et de frictionner le malade, et agissent d'après les indications de voix occultes qui leur parlent.
3° Fait curieux d'intuition circonstanciée d'une existence antérieure. La personne en question, qui consigne le fait dans une lettre à un de ses amis et dont il est donné lecture, dit que depuis son enfance elle a un souvenir précis d'avoir péri pendant les massacres de la Saint-Barthélemy, et se rappelle même les détails de sa mort, les localités, etc. Les circonstances ne permettent pas de voir dans cette pensée le résultat d'une imagination frappée, car ce souvenir remonte à une époque à laquelle il n'était nullement question des Esprits ni de réincarnation.
4° M. Georges G…, de Marseille, transmet le fait suivant : Un jeune homme mourut il y a huit mois, et sa famille, dans laquelle se trouvent trois soeurs médiums, l'évoque presque journellement, en se servant d'une corbeille. Chaque fois que l'Esprit est appelé, un petit chien qu'il avait beaucoup aimé saute sur la table, et vient flairer la corbeille en poussant des gémissements. La première fois que cela arriva, la corbeille écrivit spontanément : Mon brave petit chien qui me reconnaît.
Je puis, dit M. G…, vous assurer de la réalité de ce fait ; je ne l'ai pas vu, mais les personnes de qui je le tiens, et qui en ont souvent été témoins, sont trop bons Spirites et trop sérieuses pour que je puisse mettre en doute leur sincérité. Je me demande, d'après cela, si le périsprit, même non tangible, a un arôme quelconque, ou bien si certains animaux sont doués d'une sorte de médiumnité.
Une étude spéciale sera faite ultérieurement sur cet intéressant sujet, sur lequel d'autres faits non moins curieux semblent devoir jeter quelque lumière.
5° Constatation d'un mauvais Esprit amené dans une réunion particulière par un visiteur, d'où l'on peut déduire l'influence que peut exercer la présence de certaines personnes dans des circonstances données.
6° Lecture d'une évocation faite en particulier par M. Allan Kardec d'une des principales convulsionnaires de Saint-Médard, morte en 1830, et en présence de sa fille même, qui a pu constater l'identité de l'Esprit évoqué. Cette évocation présente, sous divers rapports, un haut degré d'enseignement, et emprunte un intérêt particulier des circonstances dans lesquelles elle a été faite. (Publiée ci-après.)
Études. 1° Dictée spontanée obtenue par l'intermédiaire de madame P...
2° Évocation de Stevens, compagnon de Georges Brown.
Histoire de l'Esprit familier du seigneur de Corasse.
Nous devons à l'obligeance d'un de nos abonnés l'intéressante notice suivante, tirée des chroniques de Froissard, et qui prouve que les Esprits ne sont pas une découverte moderne. Nous demandons à nos lecteurs la permission de la rapporter dans le style du temps (XIV° siècle) ; elle ne pourrait que perdre de sa naïveté si elle était traduite en langage moderne.
La bataille de Juberoth est célèbre dans les anciennes chroniques. Elle se donna durant la guerre que Jean, roi de Catille, et Denis, roi de Portugal, se firent pour soutenir leurs prétentions respectives sur ce dernier royaume. Les Castillans et les Béarnais y furent taillés en pièces. Le fait que Froissard rapporte à cette occasion est des plus singuliers. On lit au XVI° chapitre du livre III de sa chronique que, le lendemain du combat, le comte de Foix fut informé quelle en avait été l'issue, ce que la distance des lieux rendait inconcevable à cette époque. C'est un écuyer du comte de Foix qui raconte à Froissard le fait dont il s'agit :
" Le dimanche tout le jour, et le jour du lundy et du mardy ensuivant, le comte de Foix estant à Ortais en son chastel, faisoit si simple et si matte chère, qu'on ne pouvoit tirer parolle de luy : et ne voulut oncques ces trois jours issir de sa chambre, ne parler à chevalier, n'escuyer (tant prochain lui fust) s'il ne le mandoit : et encore advint-il qu'il demanda tels à qui il ne parla oncques mot tous les trois jours. Quand ce vint le mardy au soir, il appela son frère Arnaut-Guillaume, et lui dict tout bas : Nos gens ont eu affaire dont je suis courroucé, car il leur est pris du voyage, ainsi que je leur dy au département (au départ). Arnaut-Guillaume qui est un très sage homme et avisé chevalier, et qui cognoissoit la manière et condition de soit frère se teut (se tut), et le comte qui désiroit à éclaircir son courage, car trop longuement avoit porté son ennuy, reprit encore sa parolle, et parla plus haut qu'il n'avoit fait la première fois, et dit : Par Dieu, messire Arnaut, il est ainsi que je vous dy, et bientost nous en orrons nouvelles ; mais oncques le pays de Bearn ne perdit tant, depuis cent ans en un jour, comme il a perdu cette fois en Portugal. Plusieurs chevaliers et escuyers qui estoient là présents, et qui ouïrent et entendirent le comte n'osèrent parler : Et dedans, dix jours après, on seut la vérité, par ceux qui à la besongne avoyent esté, et qui racomptèrent premièrement et en suyvant à tous ceux qui ouïr le vouloyent, toutes les choses, en la forme et manière comme elles estoient avenues à Juberoth. Là renouvela le deuil du comte et de ceux du païs, lesquels y avoient perdu leurs frères, leurs parens, leurs enfans et leurs amis.
" Saincte Marie, dy-je à l'escuyer qui me comptoit son compte, et comment le peut le comte de Foix sitost sçavoir ne présumer comme du jour au lendemain ? - Par ma foy, dit-il, il le sent bien, comme il apparut. - Donc il est devin, dy-je ; ou il a messagers qui chevauchent avec le vent, ou il faut qu'il ait aucun art. - L'escuyer commença à rire, et dit, voirement faut-il qu'il le sache par aucune voye de nigromance. Point ne savons, au vray dire, en ce païs, comment il en use, fors par imagination (par supposition). Lors, dy-je à l'escuyer, l'imagination que vous pensez, veuillez la moy dire et déclarer, et je vous en saurai bon gré ; et si c'est chose à céler, je la céleray hien, ne jamais tant que je soye en ce monde je n'en ouvriray ma bouche. - Je vous en prie, dit l'escuyer, car je ne voudroye pas qu'on seust que je l'eusse dit. Adonc me tira en un anglet de la chape du chastel d'Ortais, et puis commença à faire son compte et dit :
" Il y a bien environ vingt ans qu'il régnoit en ce païs un baron qui s'appeloit en son nom Raymon, seigneur de Corasse. Corasse que vous l'entendez, est une ville à sept lieues de ceste ville d'Ortais. Le seigneur de Corasse, pour le temps que je vous parle, avoit un plaid en Avignon, devant le Pape, pour les dismes de l'Eglise, en sa ville, à l'encontre d'un clerc de Catalongne, lequel clerc estoit un clergé fondé très grandement, et clamoit avoir grand droit en ces dismes de Corasse qui bien valoyent de revenu cent florins par an, et le droit qu'il y avoit, il monstra et prouva ; car, par sentence définitive, le Pape Urbain cinquième, en consistoire général, condamna le chevalier et jugea pour le clerc. De la dernière sentence du Pape leva lettre, et chevaucha tant par ses journées qu'il arriva en Bearn, et monstra ses bulles et ses lettres, et se fit mettre en possession de ce dismage. Le sieur de Corasse vint au devant et dit au clerc : Maistre Pierre, ou maistre Martin, ainsi qu'il avoit nom, pensez-vous que par vos lettres je doye perdre mon héritage ? Je ne vous say pas tant hardy, que vous en prenez, ne que vous en levez jà chose qui soit mienne, car se vous le faictes, vous y mettrez la vie. Mais allez ailleurs impétrer bénéfices, car de mon héritage n'aurez-vous néant : et une fois pour toutes, je vous le défend. Le clerc se douta (se méfia) du chevalier, car il estoit cruel, et n'osa persévérer. Si s'avisa qu'il s'en retourneroit en Avignon, comme il fit. Mais quand il deut partir, il vint en la présence du chevalier et seigneur de Corasse, et lui dict : Par votre force, et non droict, vous m'ostez les droicts de mon Eglise dont en conscience vous vous méfaites très grandement. Je ne suis pas si fort en ce païs comme vous l'estes, mais sachez qu'au plus tost que je pourray, je vous envoyeray tel champion que vous douterez (craindraz) plus que moy. Le sire de Corasse qui ne fit compte de ses menaces, lui dit : Va à Dieu, va, fay ce que tu pourras ; je ne doute (crains pas) plus mort que vif ; jà pour tes parolles je ne perdray pas mon héritage.
" Ainsi se partit le clerc et s'en retourna, je ne sais quelle part, en Catalongne ou en Avignon, et ne meit pas en oubly ce qu'il avoit dit au départir du seigneur de Corasse, car quand le chevalier y pensoit le moins, environ trois mois après, en son chastel, là où il dormoict en son lict, de lez sa femme, vindre messagers invisibles qui commencèrent à tempester tout ce qu'ils trouvèrent parmy ce chastel, et sembloit qu'ils deussent tout abattre, et frappoyent des coups si grands, à l'huis de la chambre du seigneur que la dame qui y gisoit, estoit toute effrayée. Le chevalier oyoit (entendait) bien tout ce, mais il ne vouloit sonner mot, car il ne vouloit pas monstrer courage d'homme esbahy : et aussi il estoit hardy assez pour attendre toutes aventures. Ces tempestes et effrais faicts en plusieux lieux parmy le chastel, durèrent une longue pièce et puis se cessèrent. Quand ce vint au lendemain, toutes les megnées (les gens) de l'hostel s'assemblèrent et vindrent au Seigneur, à l'heure qu'il fut levé, et lui demandèrent : Monseigneur, n'avez-vous point ouy ce que nous avons à nuict ouy ? Le sire de Corasse se saignit et dit que non. Quelle chose avez-vous ouye ? Adonc luy recordèrent comment on avait tempesté aval son chastel, et retourné et cassé toute la vaisselle de la cuisine. Il commença à rire, et dire qu'ils avoyent songé, et que ce n'avoit esté que vent. Au nom de Dieu, dit la dame, l'ay bien ouy.
" Quand ce vinct l'autre nuict après en suivant, encore revindre ces tempestes, et menèrent plus grande noise que devant, et frapoyent les coups si grands aux huis et aux fenestres de la chambre du chevalier qu'il sembloit que tout deust rompre. Le chevalier saillit sus emmy (sur) son lict, et ne se peust ny ne voulut obtenir qu'il ne demandast : qui est-ce qui heurte ainsi à ma chambre à ceste heure ? tantost lui fust répondu, ce suis-je. Le chevalier lui dit : qui c'y t'envoye ? Il m'y envoye clerc de Catalongne à qui tu fais grand tort, car tu lui touls (enlèves) les droits de son bénéfice. Si ne te laisseray en paix tant que tu luy auras fait bon compte, et qu'il soit content.
Dit le chevalier : comment t'appelle-t-on qui est si bon messager ? - On m'appelle Orthon. - Orthon, dit le chevalier, le service d'un clerc ne te vaut rien ; il te donnera et fera trop de peine. Si tu veux me croire, je te prie, laisse l'en paix et me sers, et je te saurai moult bon gré. - Orthon fut tantost conseillé de répondre, car il s'amoura du chevalier et dit : Le voulez-vous ? - Ouy, dit le chevalier, mais que tu ne faces mal à personne de céans. Nenny, dit Orthon, je n'ay puissance nulle de faire autre mal que de toy réveiller, et détourner de dormir toy ou autruy. - Fay ce que je te dy, dit le chevalier, nous serons bien d'accord, et laisse ce clerc méchant, car il n'y a rien de bien en luy, fors (excepté) que peine pour toy, et si (ainsi) me sers. - Et puisque tu le veux, dit Orthon, je le veuille.
" La s'en amoura tellement celuy Orthon du Seigneur de Corasse qui le venoit veoir bien souvent de nuict ; et quand il le trouvoit dormant, il lui hochoit son oreiller, où il frappoit grands coups à l'huis et aux fenêtres de la chambre, et le chevalier quand il estoit éveillé lui disoit : Orthon, laisse-moy dormir. Non feray, disoit Orthon, si et auray dit des nouvelles. Là avait la femme du chevalier si grant paour, que tous les cheveux lui hérissoient, et se mussoit en sa couverture. Là, luy demandoit le chevalier, et quelles nouvelles m'apportes-tu ? - Disoit Orthon : je viens d'Angleterre, ou de Hongrie ou d'un autre lieu ; je m'en party hier et telles choses y sont avenues. Si (ainsi) savoit le sire de Corasse, par Orthon, tout ce qui avenoit par le monde ; et maintint bien celle crieur cinq ans, et ne s'en pouvoit taire, et s'en découvrit au comte de Foix, voire par une manière que je vous diray. Le premier an le sire de Corasse vint devers le comte de Foix à Ortais et lui disoit : Monseigneur, telle chose est avenue en Angleterre, ou en Allemagne, ou en autre païs, et le comte de Foix, qui, depuis trouvoit tout ce véritable, avoit grand'merveille dont telles choses lui venoyent à savoir ; et tant le pressa une fois, que le sire de Corasse lui dic comment et par qui telles nouvelles lui venoyent.
" Quand le comte de Foix en seut la vérité, il en eust grand'joie et lui dit : Sire de Corasse, tenez l'en amour (ayez-le pour agréable), je voudroye bien avoir un tel messager. Il ne vous en couste rien, et si (par ce moyen) vous savez véritablement tout ce qui avient par le monde. Le chevalier respondit, Monseigneur si feray-je. - Ainsi estoit le seigneur de Corasse servy d'Orthon par longtemps. Je ne say pas si celuy Orthon avoit plus d'un maistre, mais toutes les semaines deux ou trois fois, il venoit visiter le sire de Corasse, et lui disoit les nouvelles qui luy estoient avenues ès païs où il avoit conversé, et le sire de Corasse en escrivoit au comte de Foix, lequel en avoit grand'joie.
" Une fois estoit le sire de Corasse avecques le comte de Foix et jaugloyent entre eux ensemble de cecy, en manière que le comte de Foix lui demanda : Sire de Corasse avez-vous point veu encore vostre messager ? - Par ma foy nenny, ne point ne l'en presse. - C'est merveille, dit le comte, et s'il me fust aussi bien appareillé comme à vous, je luy eusse prié qu'il se fust démonstré à moy, et vous prie que vous en mettez en peine, si me saurez dire de quelle forme il est, et de quelle façon. Vous m'avez dit qu'il parle aussi bien le gascon comme moy ou vous. - Par ma foy, dit le sire de Corasse, c'est vérité ; il parle aussi bien et aussi bel comme vous et moy, et par ma foy je me mettrai en peine de le veoir, puisque vous me le conseillez. Avint que le sire de Corasse (comme les autres nuicts avoit été) estoit en son lict, de costé sa femme laquelle estoit jà accoustumée d'ouïr Orthon, et n'en avoit jà plus de paour. Lors vint Orthon, et tire l'oreiller du sire de Corasse qui fort dormoit. Le sire de Corasse s'éveilla et demanda qui est là ? - Respondit Orthon : ce suis-je. - Il lui demanda : et d'où viens-tu ? - Je viens de Prague en Boheme. - Combien, dit-il, y a-t-il bien ? - Soixante journées, dit Orthon. - Et tu en es si tost revenu ? - Mais Dieu ouy ; je vais aussi tost que le vent, ou plus tost. - Et es-tu à elles (ailes) ? - Nenny, dit-il. - Comment donc peu tu voler si tost ? - Respondit Orthon : vous n'avez que faire de le savoir. - Je te verroyes trop plus vonlontiers pour savoir de quelle forme tu es et de quelle façon. - Respondit Orthon : suffise vous quand vous m'oyez, et que je vous rapporte certaines nouvelles. - Par Dieu, dit le sire de Corasse, je t'aimeraye mieux si je t'avoye veu. - Respondit Orthon : puisque vous avez désir de me veoir, la première chose que vous verrez et rencontrerez demain au matin, quand vous saudrez de vostre lict, ce seray-je. - Il suffit, dit le Seigneur de Corasse. Or va ; je te donne congé pour ceste nuict. Quand ce vint au lendemain, le Sire de Corasse se leva. La dame avoit telle paour qu'elle fit la malade, et dit que point ne se lèveroit pour le jour, et le sire vouloit qu'elle se levast. Sire, dit-elle, je verroye Orthon ; et je ne le vueil point voir, si Dieu plaist ne rencontrer. Lors, dit le sire de Corasse, je le veuil bien voir. Il seut tout bellement de son lict, mais il ne veit rien chose par quoy il peust dire veez-ci (j'ai vu ici) Orthon. Le jour passa et la nuict vint. Quand le sire de Corasse fut en son lict couché Orthon vint et commença à parler comme il avoit accoustumé ; va, dit le sire de Corasse à Orthon, tu nes qu'un menteur ; tu te devoys si bien monstrer à moy et tu n'en n'as rien faict. - Si ay. - Non as. - Et ne veistes-vous pas, dit Orthon, quand vous saillistes de vostre lict aucune chose ? Et le sire de Corasse pensa un petit, et puis s'avisa. Ouy, dit-il, en seaut sur mon lict, et pensant à toy, je vey deux festus sur le pavement (fétus de paille sur le plancher) qui tournoyoyent ensemble. - Cetoy-je, dit Orthon, en cette forme je m'estoye mis. - Dit le sire de Corasse : il ne me suffit pas ; je te prie que tu te mettes en une autre forme telle que je te puisse veoir et cognoistre. - Orthon respondit : vous ferez tant que vous me perdrez, et que je m'en irai de vous, car vous me requerez trop avant. - Dit le sire de Corasse : tu ne t'en iras pas d'avecques moy ; si je t'avoye une fois veu, je ne te voudroye plus veoir (je ne demanderais plus à te voir).
Or dit Orthon, vous me verrez demain, et prenez vous garde de la première chose que vous verrez quand vous serez issu hors de vostre chambre. Quand ce vint le lendemain à heure de tierce, le sire de Corasse fut levé et appresté, et issit hors de sa chambre, et vint à une place qui regarde emmy (sur) la court de chastel ; il jetta les yeux, et la première chose qu'il veit, ce fut une truye, la plus grande qu'oncque il avoit veue ; mais celle estoit tant maigre que par semblant on n'y veoit que les os et la pel, et avoit les oreilles grandes, longues et pendantes, et toutes tachées ; el avoit un musel long et agu et affani. Le sire de Corasse s'émerveilla trop de cette truye. Si ne la veit point voulontiers, et commanda a ses gens : or tost, mettez les chiens dehors ; je vueil que cette truye soit morte et dévorée. Les varlets saillirent sus et déffermèrent le lieu où les chiens estoient, et leur firent assaillir la truye, laquelle jeta un grand cry et regarda coutremont sur le seigneur de Corasse, qui s'appuyoit devant sa chambre à un estage, et oncques puis on ne la vit, car elle s'évanouit ; oncques on ne seut ce quelle devinst. Le sire de Corasse rentra en sa chambre tout pensif et luy souvint d'Orthon. Je crois que j'ai veu Orthon mon messager ; je me repens de ce que j'ai fait huer mes chiens sur luy. Avanture sera (ce sera un hazard) si je le voy jamais, car il m'a dit plusieurs fois, qu'aussitost que je le connouceroye, que je le perdroye. - Il dit vérité : oncques depuis ne revint en l'hostel de Corasse et le chevalier mourait dedans l'an en suivant.
" Il est vérité dy je à l'Escuyer, le comte de Foix est-il servy d'un tel messager ? En bonne vérité, c'est l'imagination (l'opinion) de plusieurs hommes en Béarn, qu'ouy ; car on ne fait rien au païs n'ailleurs, quand il veut, et il y met parfaitement sa cure (ses soins), que tantost il ne le sache, et quand on s'en donne le moins de garde. Ainsi fut-il des bons chevaliers et Escuyers de ce païs qui estoyent demourés en Portugal. La grâce et la renommée qu'il y a de ce, luy fait grand profit, car on ne perdroit point céans la valeur d'une cuiller d'or ou d'argent, ne rien qu'il ne seut tantost. "
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Correspondance.
Lettre de M. le docteur Morhéry sur divers cas de guérison obtenus par la médication de mademoiselle Désiré Godu.
Plessis-Doudet, près Loudéac, Côtes-du-Nord,
25 avril 1860.
Monsieur Allan Kardec,
Je viens aujourd'hui m'acquitter de la promesse que je vous ai faite de vous signaler les cas de guérison que j'ai obtenus avec le concours de mademoiselle Godu. Ainsi que vous devez le penser, je ne peux vous les énumérer tous, ce serait trop long. Je me borne à faire un choix, non pas en raison de la gravité, mais en raison de la variété des maladies. Je n'ai point voulu répéter deux fois les même cas, ni mentionner des guérisons de peu d'importance.
Vous le voyez, Monsieur, mademoiselle Godu n'a pas perdu son temps depuis qu'elle est au Plessis-Boudet ; nous avons déjà visité plus de deux cents malades, et nous avons eu la satisfaction de guérir presque tous ceux qui ont eu la patience de suivre nos prescriptions. Je ne vous parle pas de nos cancéreux, ils sont en bonne voie ; mais j'attendrai des résultats positifs avant de me prononcer. Nous avons encore un grand nombre de malades en traitement, et nous choisissons de préférence ceux qui sont réputés incurables. Avant peu j'espère donc avoir de nouveaux cas de guérison à vous signaler ; c'est surtout sur les affections rhumatismales, les paralysies, les sciatiques, les ulcères, les déviations osseuses, les plaies de toute nature que le système de traitement me paraît le mieux réussir.
Je puis vous assurer, Monsieur, que j'ai appris bien des choses utiles que j'ignorais avant mes rapports avec cette demoiselle ; chaque jour elle m'apprend quelque chose de nouveau, tant pour le traitement que pour le diagnostic. Quant au pronostic, j'ignore comment elle peut le fixer ; cependant elle ne s'y trompe pas. Avec la science ordinaire on ne peut s'expliquer une telle pénétration ; mais vous, Monsieur, vous la comprendrez facilement.
Je termine en déclarant que je certifie véritables et sincères toutes les observations ci-après et signées de mon nom.
Agréez, etc. MORHÉRY, docteur-médecin. "
1° Observation, n° 5 (23 février 1860). François Langle, laboureur-journalier. Diagnostic : fièvre tierce depuis six mois. Cette fièvre avait résisté au sulfate de quinine administré par moi et à diverses reprises au malade, a été guérie en cinq jours de traitement avec de simples infusions de plantes diverses, et le malade se porte mieux que jamais. Je pourrais citer dix guérisons semblables.
2° Observation, n° 9 (24 février 1860). Madame R…, âgée de 32 ans, de Loudéac. Diagnostic : inflammation et engorgement chronique des amygdales ; céphalalgie violente ; douleurs à la colonne vertébrale ; abattement général ; appétit nul. Le mal a débuté par des frissons et une surdité ; il dure depuis deux ans. - Pronostic : cas grave et difficile à guérir, le mal ayant résisté aux traitements les mieux dirigés. Aujourd'hui la malade est guérie ; elle ne continue le traitement que pour éviter une rechute.
3° Observation, n° 13 (25 février 1860). Pierre Gaubichais, du village de Ventou-Lamotte, âgé de 23 ans. Diagnostic : inflammation sous-aponévrotique au dos et à la paume de la main. - Pronostic : cas grave, mais non incurable. La guérison a été obtenue en moins de quinze jours. Nous avons quatre ou cinq cas semblables.
4° Observation, n° 18 (26 février 1860). François R…, de Loudéac, âgé de 27 ans. Diagnostic : tumeur blanche cicatrisée au genou gauche ; abscès fistuleux à la partie postérieur de la cuisse au-dessus de l'articulation. Le mal existe depuis 10 ans. - Prosnotic : cas très grave et incurable. Le mal a résisté aux traitements les mieux suivis pendant 6 ans. Ce malade a été pansé avec les onguents préparés par mademoiselle Godu et a pris des infusions de plantes diverses. Aujourd'hui on peut le considérer comme guéri.
5° Observation, n° 23 (25 février 1860). Jeanne Gloux, ouvrière au Tierné-Loudéac. Dagnostic : panaris très intense depuis 10 jours. La malade a été guérie radicalement en quinze jours par les seuls onguents de mademoiselle Godu. Dès le deuxième pansement les douleurs avaient disparu. Nous avons trois guérisons semblables.
6° Observation, n° 12 (25 février 1860). Vincent Gourdel, tisserand à Lamotte, âgé de 32 ans. Diag. : ophtalmie aiguë par suite d'un érysipèle intense. Injection inflammatoire de la conjonctive, et large taie se manifestant sur la cornée transparente de l'œil gauche ; état général inflammatoire. - Pronostic : affection grave et très intense. Il est à craindre que l'œil ne soit perdu sous dix jours. - Traitement : application d'onguents sur l'œil malade. Aujourd'hui l'ophtalmie est guérie ; la taie a disparu, mais on continue le traitement pour combattre l'érysipèle, qui semble de nature périodique, et peut-être dartreuse.
7° Observation, n° 31 (27 février 1860). Marie-Louise Rivière, journalière à Lamotte, âgée de 24 ans. Diag. : rhumatisme ancien à la main droite avec débilité complète et paralysie des phalanges ; impossibilité de travailler. Cause inconnue. - Prosnotic : guérison très difficile, sinon impossible. Guérie en 20 jours de traitement.
8° Observation, n° 34 (28 février 1860). Jean-Marie Le Berre, âgé de 19 ans, indigent à Lamotte. Diag. : céphalalgie violente, insomnie, hémorrhagies fréquentes par les fosses nasales ; déviation en dedans du genou droit, et en dehors de la même jambe. Le malade est véritablement estropié. - Prosnotic : incurable. - Traitement : topique extractif et onguents de Mlle Godu. Aujourd'hui le membre est redressé, et la guérison à peu près complète ; cependant on continue le traitement pour plus de précaution.
9° Observation, n° 50 (28 février 1860), Marie Nogret, âgée de 23 ans, de Lamotte. Diag. : inflammation de la plèvre et du diaphragme, gonflement et inflammation des amygdales et de la luette, palpitations, étourdissements, suffocations. - Pronostic : bien que le sujet soit fort, son état est très grave ; elle ne peut faire deux pas debout. - Traitement : infusions de plantes diverses. Mieux dès le lendemain, et guérison radicale en huit jours.
10° Observation, n° 109 (12 mars 1860). Pierre Le Boudu, commune de Saint-Hervé. Diag. : surdité depuis dix-huit ans, à la suite d'une fièvre typhoïde. - Pronostic : incurable et rebelle à tout traitement. - Traitement : injections et usage d'infusions de plantes diverses préparées par Mlle Godu. Aujourd'hui le malade entend le mouvement de sa pendule ; le bruit le gêne et l'étourdit, à cause de la sensibilité de l'ouïe.
11° Observation, n° 132 (18 mars 1860). Marie Le Maux, âgée de 10 ans, demeurant à Grâces. Diag. : rhumatisme avec roideur aux articulations, particulièrement aux deux genoux ; l'enfant ne peut marcher qu'avec des béquilles. - Pronostic : cas très grave, sinon incurable. - Traitement : topique extractif et pansement avec l'onguent de Mlle Godu. Guérison en moins de 20 jours. L'enfant marche aujourd'hui sans béquilles ni bâton.
12° Observation, n° 80 (19 mars 1860). Hélène Lucas, âgée de 9 ans, indigente à Lamotte. Diag. : sortie et gonflements permanents de la langue, qui s'avance de 5 à 6 centimètres au delà des lèvres et paraît étranglée ; la langue est rugueuse, les dents inférieures sont rongées par la langue ; pour manger l'enfant est obligée d'écarter la langue d'un côté avec une main, et d'enfoncer les aliments dans la bouche avec l'autre. Cet état remonte à l'âge de 2 mois et demi. - Pronostic : cas très grave et jugé incurable. Aujourd'hui la langue est rentrée, et la malade presque entièrement guérie.
MORHÉRY.
On remarquera sans peine que les notices ci-dessus ne sont point de ces certificats banals sollicités par la cupidité, et dans lesquels la complaisance le dispute très souvent à l'ignorance. Ce sont les observations d'un homme de l'art, qui, mettant de côté tout amour-propre, convient franchement de son insuffisance en présence des ressources infinies de la nature qui ne lui a pas dit son dernier mot sur les bancs de l'école. Il reconnaît que cette jeune fille, sans instruction spéciale, lui en a plus appris que certains livres des hommes, parce qu'elle lit dans le livre même de la nature ; en homme de sens, il préfère sauver un malade par des moyens en apparence irréguliers, plutôt que de le laisser mourir selon les règles, et il ne s'en croit pas humilié.
Nous nous proposons, dans un prochain article, de faire une étude sérieuse, au point de vue théorique, sur cette faculté intuitive plus fréquente qu'on ne le croit, mais qui est plus ou moins développée, et où la science pourra puiser de précieuses lumières quand les hommes ne se croiront pas plus savants que le Maître de l'Univers. Nous tenons d'un homme fort éclairé, natif de l'Hindoustan et d'origine indienne, de précieux renseignements sur les pratiques de la médecine intuitive par les indigènes, et qui viennent ajouter à la théorie le témoignage de faits authentiques bien observés.
Entretiens familiers d'outre-tombe.
Jardin.
(Société de Paris, 25 novembre 1859.)
- On lit dans le Journal de la Nièvre : Un funeste accident est arrivé samedi dernier à la gare du chemin de fer. Un homme âgé de soixante-deux ans, le sieur Jardin, était atteint en sortant de la cour de l'embarcadère, par les brancards d'un tilbury, et, quelques heures après, il rendait le dernier soupir.
La mort de cet homme a fait révéler une histoire des plus extraordinaires, et à laquelle nous ne voudrions pas ajouter foi si des témoins véridiques ne nous en avaient certifié l'authenticité. La voici telle qu'on nous l'a racontée :
Jardin, avant d'être employé à l'entrepôt des tabacs de Nevers, habitait dans le Cher le bourg de Saint-Germain-des-Bois, où il exerçait la profession de tailleur. Sa femme avait succombé depuis cinq ans dans ce village aux atteintes d'une fluxion de poitrine, lorsqu'il y a huit ans il quitta Saint-Germain pour venir habiter Nevers. Jardin, laborieux employé, était d'une grande piété, d'une dévotion qu'il poussait jusqu'à l'exaltation ; il se livrait avec ferveur aux pratiques de la religion ; il avait dans sa chambre un prie-Dieu sur lequel il aimait souvent à s'agenouiller. Vendredi soir, se trouvent seul avec sa fille, il lui annonça tout à coup qu'un secret pressentiment l'avertissait que sa fin était prochaine. - " Écoute, lui dit-il, mes dernières volontés : Quand je serai mort, tu remettras au sieur B… la clef de mon prie-Dieu pour qu'il en enlève ce qu'il y trouvera et le dépose dans mon cercueil. "
Etonnée de cette brusque recommandation, la fille Jardin, ne sachant trop si son père parlait sérieusement, lui demanda ce que pouvait contenir son prie-Dieu. Il refusa d'abord de lui répondre ; mais comme elle insistait, il lui fit cette étrange révélation que ce qui se trouvait dans le prie-Dieu : c'étaient les restes de sa mère ! Il lui apprit que, avant de quitter Saint-Germain-des-Bois, il s'était rendu pendant la nuit au cimetière. Tout le monde dormait au village ; se sentant bien seul, il s'était dirigé vers la tombe de sa femme, et, armé d'une pioche il avait creusé la terre jusqu'au moment où il atteignit la bière qui contenait les restes de celle qui avait été sa compagne. Ne voulant pas se séparer de cette précieuse dépouille, il avait recueilli les ossements et les avait déposés dans son prie-Dieu.
A cette étrange confidence, la fille Jardin, un peu effrayée, mais doutant toujours que son père parlât sérieusement lui promit cependant de se conformer à ses dernières volontés, bien persuadée qu'il voulait s'amuser à ses dépens, et que le lendemain il lui donnerait le mot de cette fantastique énigme.
Le lendemain samedi, Jardin se rendit à son bureau comme de coutume. Vers une heure, il fut envoyé à la gare des marchandises pour y prendre livraison des sacs de tabac destinés à l'approvisionnement de l'entrepôt. A peine sortait-il de la gare, que les brancards d'un tilbury, qu'il n'avait pas aperçu au milieu de l'encombrement des voitures qui stationnaient dans l'embarcadère, vinrent l'atteindre en pleine poitrine. Ses pressentiments ne l'avaient donc pas trompé. Renversé par ce choc violent, il fut rapporté chez lui privé de sentiment.
Les secours qui lui furent prodigués lui firent recouvrer les sens. On le pria alors de se laisser enlever ses vêtements pour examiner ses blessures ; il s'y opposa vivement ; on insista, il s'y refusa encore. Mais, comme malgré sa résistance, on se disposait à ôter son habit, il s'affaissa tout à coup sur lui-même : il était mort.
Son corps fut déposé sur un lit, mais quelle ne fut pas la surprise des personnes présentes, lorsqu'après avoir dépouillé Jardin de ses vêtements, on vit sur son cœur un sac de peau, retenu par des liens attachés autour du corps ! Un coup de lancette donné par le médecin appelé pour constater le décès sépara le sac en deux parties : il s'en échappa une main desséchée !
La fille Jardin se souvenant alors de ce que son père lui avait dit la veille, fit prévenir les sieurs B… et J…, menuisiers. Le prie-Dieu fut ouvert ; on en retira un schako de garde national. Dans le fond de ce schako se trouvait une tête de mort, encore garnie de ses cheveux ; puis dans le fond du prie-Dieu on aperçut, rangés sur les rayons, les os d'un squelette : c'étaient les restes de la femme de Jardin.
Dimanche dernier, on conduisait dans sa dernière demeure la dépouille de Jardin. Pour se conformer à la volonté du sexagénaire, on avait mis dans son cercueil les restes de sa femme, et sur sa poitrine la main desséchée qui, si nous pouvons nous exprimer ainsi, avait pendant huit ans senti battre son cœur.
1. Évocation. - R. Je suis là.
2. Qui vous a prévenu que nous désirions vous parler ? - R. Je n'en sais rien ; j'ai été entraîné ici.
3. Où étiez-vous lorsque nous vous avons appelé ? - R. J'étais auprès d'un homme que j'aime, accompagné de ma femme.
4. Comment avez-vous eu le pressentiment de votre mort ? - R. J'en avais été averti par celle que je regrettais tant ; Dieu l'avait accordé à sa prière.
5. Votre femme était donc toujours auprès de vous ? - R. Elle ne me quittait pas.
6. Est-ce que les restes mortels de votre femme, que vous conserviez, étaient la cause de sa présence continuelle ? - R. Pas le moins du monde, mais je le croyais.
7. Ainsi, vous n'auriez pas conservé ces restes, que l'Esprit de votre femme n'en eût pas moins été près de vous ? - R. Est-ce que la pensée n'est pas là, et n'est-elle pas plus puissante pour attirer l'Esprit que des restes sans importance pour lui ?
8. Avez-vous revu immédiatement votre femme au moment de votre mort ? - R. C'est elle qui est venue m'éclairer et me recevoir.
9. Avez-vous eu immédiatement conscience de vous-même ? - R. Au bout de peu de temps ; j'avais une foi intuitive en l'immortalité de l'âme.
10. Votre femme a dû avoir des existences antérieures à la dernière, comment se fait-il qu'elle les eût oubliées pour se consacrer entièrement à vous ? - R. Elle tenait à me guider dans ma vie matérielle sans renoncer pour cela à ses anciennes affections. Quand nous disons que nous ne quittons jamais un Esprit incarné, vous devez comprendre que nous voulons dire par là que nous sommes près de lui plus souvent qu'ailleurs ; la rapidité de notre déplacement nous le permet aussi facilement qu'à vous une conversation avec plusieurs interlocuteurs.
11. Vous rappelez-vous vos existences précédentes ? - R. Oui ; j'avais été dans ma dernière un pauvre habitant de la campagne, sans aucune instruction, mais précédemment j'avais été religieux, sincère, dévoué à l'étude.
12. L'affection extraordinaire que vous aviez pour votre femme n'aurait-elle pas eu pour cause d'anciennes relations dans d'autres existences ? - R. Non.
14. Veuillez nous définir votre bonheur actuel et nous en dire la cause ? - R. Je ne devrais pas avoir besoin de vous le dire : j'aimais, et je regrettais un Esprit chéri ; j'aimais Dieu ; j'étais honnête homme ; j'ai retrouvé celle que je regrettais ; ce sont là des éléments de bonheur pour un Esprit.
15. Quelles sont vos occupations comme Esprit ? - R. Je vous ai dit qu'au moment de votre appel j'étais près d'un homme que j'aimais ; je cherchais à lui inspirer le désir du bien, comme le font toujours les Esprits que Dieu en juge dignes. Nous avons aussi d'autres occupations que nous ne pouvons encore vous révéler.
16. Nous vous remercions d'avoir bien voulu venir. - R. Je vous remercie aussi.
Une Convulsionnaire.
Les circonstances nous ayant mis en rapport avec la fille d'une des principales convulsionnaires de Saint-Médard, nous avons pu recueillir sur cette sorte de secte des renseignements particuliers. Ainsi il n'y a rien d'exagéré dans ce qu'on rapporte des tortures auxquelles ces fanatiques se soumettaient volontairement. On sait que l'une des épreuves, désignées sous le nom de grands secours, consistait à subir le crucifiement et toutes les souffrances de la Passion du Christ. La personne dont nous parlons, et qui n'est morte qu'en 1830, portait encore aux mains les trous faits par les clous qui avaient servi à la suspendre à la croix, et au côté les traces des coups de lance qu'elle avait reçus. Elle cachait avec soin ces stigmates du fanatisme, et avait toujours évité de s'en expliquer avec ses enfants. Elle est connue dans l'histoire des convulsionnaires sous un pseudonyme que nous tairons par le motif que nous indiquerons tout à l'heure. L'entretien suivant a eu lieu en présence de sa fille qui l'avait désiré ; nous en supprimons les particularités intimes qui ne pourraient intéresser des étrangers, et qui furent surtout pour celle-ci une preuve incontestable de son identité.
1. Évocation. - R. Je désire depuis longtemps m'entretenir avec vous.
2. Quel motif vous a fait désirer vous entretenir avec moi ? - R. Je sais apprécier vos travaux, quoi que vous puissiez penser de mes croyances.
3. Voyez-vous ici madame votre fille ? C'est elle surtout qui a désiré s'entretenir avec vous, et nous serons charmés d'en profiter pour notre instruction. - R. Oui ; une mère voit toujours ses enfants.
4. Etes-vous heureuse comme Esprit ? - R. Oui et non, car j'aurais pu mieux faire ; mais Dieu me tient compte de mon ignorance.
5. Vous souvenez-vous parfaitement de votre dernière existence ? - R. J'aurais bien des choses à vous dire, mais priez pour moi, afin que cela me soit permis.
6. Les tortures auxquelles vous vous êtes soumise vous ont-elles élevée et rendue plus heureuse comme Esprit ? - R. Elles ne m'ont pas fait de mal, mais elles ne m'ont pas avancée comme intelligence.
7. Veuillez préciser, je vous prie ; je vous demande s'il vous en a été tenu compte comme d'un mérite ? - R. Je vous dirai que vous avez un article dans le Livre des Esprits qui donne la réponse générale ; quant à moi, j'étais une pauvre fanatique.
Nota. Allusion à l'article 726 du livre des Esprits sur les souffrances volontaires.
8. Cet article dit que le mérite des souffrances volontaires est en raison de l'utilité qui en résulte pour le prochain ; or, celles des convulsionnaires n'avaient, je crois, qu'un but purement personnel ? - R. Il était généralement personnel, et si je n'en ai jamais parlé à mes enfants, c'est que je comprenais vaguement que ce n'était pas le vrai chemin.
Remarque. L'Esprit de la mère répond ici, par anticipation, à la pensée de sa fille qui se proposait de lui demander pourquoi, de son vivant, elle avait évité d'en parler à ses enfants.
9. Quelle était la cause de l'état de crise des convulsionnaires ? - R. Disposition naturelle et surexcitation fanatique. Jamais je n'aurais voulu que mes enfants fussent entraînés sur cette pente fatale que je reconnais mieux encore aujourd'hui.
L'Esprit répondant spontanément à une réflexion de sa fille, qui cependant n'avait point formulé de question, ajoute : Je n'avais pas d'éducation, mais bien des existences antérieures dont j'avais l'intuition.
10. Parmi les phénomènes qui se produisaient chez les convulsionnaires, quelques-uns ont de l'analgie avec certains effets somnambuliques, comme, par exemple, la pénétration de la pensée, la vue à distance, l'intuition des langues ; est-ce que le magnétisme y jouait un certain rôle ? - R. Beaucoup, et plusieurs prêtres magnétisaient à l'insu des personnes.
11. D'où provenaient les cicatrices que vous portiez aux mains et sur d'autres parties du corps ? - R. Pauvres trophées de nos victoires qui n'ont servi à personne, et qui ont souvent excité des passions ; vous devez me comprendre.
Remarque. Il paraît que, dans les pratiques des convulsionnaires, il se passait des choses d'une très grande immoralité qui avaient révolté le cœur honnête de cette dame, et lui firent, plus tard, lorsque la fièvre fanatique fut calmée, prendre en aversion tout ce qui lui rappelait ce passé. C'est sans doute une des raisons qui l'engageaient à n'en point parler à ses enfants.
12. S'opérait-il réellement des guérisons sur le tombeau du diacre Pâris ? - Oh ! quelle demande ! Vous savez bien que non ; ou peu de chose, surtout pour vous.
13. Depuis votre mort, avez-vous revu Pâris ? - R. Je ne me suis pas occupée de lui, car je lui reproche mon erreur depuis que je suis Esprit.
14. Comment le considériez-vous de votre vivant ? - R. Comme un envoyé de Dieu, et c'est pour cela que je lui reproche le mal qu'il a causé au nom de Dieu.
15. Mais n'est-il pas innocent des sottises qui ont été faites en son nom après sa mort ? - R. Non, car lui-même ne croyait pas à ce qu'il enseignait ; je ne l'ai pas compris de mon vivant comme je le fais à cette heure.
16. Est-il vrai que son Esprit soit resté étranger, comme il l'a dit, aux manifestations qui ont eu lieu sur son tombeau ? - Il vous a trompé.
17. Ainsi il excitait le zèle fanatique. - R. Oui, et il le fait encore.
18. Quelles sont vos occupations comme Esprit ? - R. Je cherche à m'instruire, c'est pour cela que j'ai dit que je désirais venir parmi vous.
19. A quelle place êtes-vous ici ? - R. Près du médium, ma main sur son bras ou sur son épaule.
20. Si l'on pouvait vous voir, sous quelle forme vous verrait-on ? - R. Ma fille verrait sa mère, comme de mon vivant. Quant à vous, vous me verriez en Esprit ; le mot, je ne puis vous le dire.
21. Veuillez vous expliquer ; qu'entendez-vous en disant que je vous verrais en Esprit ? - R. Une forme humaine transparente, selon l'épuration de l'Esprit ?
22. Vous avez dit que vous avez eu d'autres existences ; vous les rappelez-vous ? - Oui, je vous en ai parlé, et vous devez voir, par mes réponses, que j'en ai eu beaucoup.
23. Pourriez-vous dire quelle était celle qui a précédé la dernière que nous connaissons ? - R. Pas ce soir, et pas par ce médium. Par Monsieur, si voulez.
Nota. Elle désigne un des assistants qui commençait à écrire comme médium, et elle explique sa sympathie pour lui parce que, dit-elle, elle l'a connu dans sa précédente existence.
24. Seriez-vous contrariée si je publiais cet entretien dans la Revue ? - R. Non ; il est nécessaire que le mal soit divulgué ; mais ne m'appelez pas … (son nom de guerre) ; j'exècre ce nom. Désignez-moi, si vous voulez, comme grande-maîtresse.
Remarque. C'est pour condescendre à son désir que nous ne citons pas le nom sous lequel elle était connue et qui lui rappelle de pénibles souvenirs.
25. Nous vous remercions d'avoir bien voulu venir et des explications que vous nous avez données. - R. C'est moi qui vous remercie d'avoir procuré à ma fille l'occasion de retrouver sa mère, et à moi celle de pouvoir faire un peu de bien.
Variétés.
Le Bibliothécaire de New-York.
On lit dans le Courrier des Etats-Unis :
Un journal de New-York publie un fait assez curieux, dont un certain nombre de personnes avaient déjà connaissance, et sur lequel on se livrait depuis quelques jours à des commentaires assez amusants. Les spiritualistes y voient un exemple de plus des manifestations de l'autre monde. Les gens sensés ne vont pas en chercher si loin l'explication, et reconnaissent clairement les symptômes caractéristiques d'une hallucination. C'est aussi l'opinion du docteur Cogswell lui-même, le héros de l'aventure.
Le docteur Cogswell est bibliothécaire en chef de l'Astor Library. Le dévouement qu'il apporte à l'achèvement d'un catalogue complet de la bibliothèque lui fait souvent prendre, pour son travail, les heures qui devaient être consacrées au sommeil, et c'est ainsi qu'il a l'occasion de visiter seul, la nuit, les salles ou tant de volumes sont rangés sur les rayons.
Il y a une quinzaine environ, il passait ainsi, le bougeoir à la main, vers onze heures du soir, devant un des retraits garnis de livres, lorsque, à sa grande surprise, il aperçut un homme bien mis qui paraissait examiner avec soin les titres des volumes. Imaginant tout d'abord avoir affaire à un voleur, il recula et examina attentivement l'inconnu. Sa surprise devint plus vive encore lorsqu'il reconnut dans le nocturne visiteur le docteur *** qui avait vécu dans le voisinage de Lafayette-Place, mais qui est mort et enterré depuis six mois.
M. Cogswel ne croit pas beaucoup aux apparitons et s'en effraie encore moins. Il crut néanmoins devoir traiter le fantôme avec égards, et élevant la voix : Docteur, lui dit-il, comment se fait-il que vous, qui de votre vivant, n'êtes probablement jamais venu dans cette bibliothèque, vous la visitiez ainsi après votre mort ? Le fantôme, troublé dans sa contemplation, regarda le bibliothécaire avec des yeux ternes et disparut sans répondre.
- Singulière hallucination, se dit M. Cogswell. J'aurai sans doute mangé quelque chose d'indigeste à mon dîner.
Il retourna à son travail, puis s'alla coucher et dormit tranquillement. Le lendemain, à la même heure, il lui prit envie de visiter encore la bibliothèque. A la même place que la veille, il retrouva le même fantôme, lui adressa les mêmes paroles et obtint le même résultat.
- Voilà qui est curieux, pensa-t-il, il faudra que je revienne demain.
Mais avant de revenir, M. Cogswell examina les rayons qui semblaient intéresser vivement le fantôme, et, par une singulière coïncidence, reconnut qu'ils étaient tous chargés d'ouvrages anciens et modernes de nécromancie. Le lendemain donc, quand, pour la troisième fois, il rencontra le docteur défunt, il varia sa phrase et lui dit : Voici la troisième fois que je vous rencontre, docteur. Dites-moi donc si quelqu'un de ces livres trouble votre repos, pour que je le fasse retirer de la collection. " Le fantôme ne répondit pas plus cette fois que les autres, mais il disparut définitivement, et le persévérant bibliothécaire a pu revenir à la même heure et au même endroit, plusieurs nuits de suite, sans l'y rencontrer.
Cependant, sur l'avis des amis auxquels il a raconté l'histoire, et des médecins qu'il a consultés, il s'est décidé à prendre un peu de repos et à faire un voyage de quelques semaines jusqu'à Charlestown, avant de reprendre la tâche longue et patiente qu'il s'est imposée, et dont les fatigues ont sans doute causé l'hallucination que nous venons de raconter.
Remarque. Nous ferons sur cet article une première observation, c'est le sans-gêne avec lequel ceux qui ne croient pas aux Esprit s'attribuent le monopole du bon sens. " Les Spiritualistes, dit l'auteur, voient dans ce fait un exemple de plus des manifestations de l'autre monde ; les gens sensés ne vont pas en chercher si loin l'explication, et y reconnaissent clairement les symptômes d'une hallucination. " Ainsi, de par cet auteur, il n'y a de gens sensés que ceux qui pensent comme lui, tous les autres n'ont pas le sens commun, fussent-ils même docteurs, et le Spiritisme en compte des milliers. Étrange modestie, en vérité, que celle qui a pour maxime : Nul n'a raison que nous et nos amis !
Nous en sommes encore à avoir une définition claire et précise, une explication physiologique de l'hallucination ; mais à défaut d'explication, il y a un sens attaché à ce mot ; dans la pensée de ceux qui l'emploient, il signifie illusion ; or, que dit illusion, dit absence de réalité ; selon eux, c'est une image purement fantastique, produite par l'imagination, sous l'empire d'une surexcitation cérébrale. Nous ne nions pas qu'il ne puisse en être ainsi dans certains cas ; la question est de savoir si tous les faits du même genre sont dans des conditions identiques. En examinant celui que nous avons rapporté ci-dessus, il nous semble que le docteur Cogswell était parfaitement calme, ainsi qu'il le déclare lui-même, et que nulle cause physiologique ou morale n'était venue troubler son cerveau. D'un autre côté, en admettant même chez lui une illusion momentanée, il resterait encore à expliquer comment cette illusion s'est produite plusieurs jours de suite, à la même heure, et avec les mêmes circonstances ; ce n'est pas là le caractère de l'hallucination proprement dite. Si une cause matérielle inconnue a impressionné son cerveau le premier jour, il est évident que cette cause a cessé au bout de quelques instants, quand l'apparition a disparu ; comment alors, s'est-elle reproduite identiquement trois jours de suite, à 24 heures d'intervalle ? C'est ce qu'il est regrettable que l'auteur de l'article ait négligé de faire, car il doit, sans doute, avoir d'excellentes raisons, puisqu'il fait partie des gens sensés.
Nous convenons toutefois, que, dans le fait sus-mentionné, il n'y a aucune preuve positive de réalité, et qu'à la rigueur, on pourrait admettre que la même aberration des sens ait pu se reproduire ; mais, en est-il de même quand les apparitions sont accompagnées de circonstances en quelque sorte matérielles ? Par exemple, quand des personnes, non point en rêve, mais parfaitement éveillées, voient des parents ou des amis absents, auxquels ils ne songent nullement, leur apparaître au moment de leur mort qu'ils viennent annoncer, peut-on dire que ce soit un effet de l'imagination ? Si le fait de la mort n'était pas réel, il y aurait incontestablement illusion ; mais quand l'événement vient confirmer la prévision, et le cas est très fréquent, comment ne pas admettre autre chose qu'une simple fantasmagorie ? Si encore le fait était unique, ou même rare, on pourrait croire à un jeu du hasard ; mais comme nous l'avons dit, les exemples sont innombrables et parfaitement avérés. Que les hallucinationistes veuillent bien nous en donner une explication catégorique, et alors, nous verrons si leurs raisons sont plus probantes que les nôtres. Nous voudrions surtout qu'ils nous prouvassent l'impossibilité matérielle que l'âme, si toutefois eux, qui sont sensés par excellence, admettent que nous avons une âme survivant au corps, qu'ils prouvassent, disons-nous, que cette âme, qui doit être quelque part, ne peut pas être autour de nous, nous voir, nous entendre, et dès lors se communiquer à nous.
La Fiancée trahie.
Le fait suivant est rapporté par la Gazetta dei teatri de Milan, du 14 mars 1860.
Un jeune homme aimait éperdument une jeune fille, dont il était payé de retour, et qu'il allait épouser, lorsque, cédant à un coupable entraînement, il abandonne sa fiancée pour une femme indigne d'un véritable amour. La malheureuse délaissée prie, pleure, mais tout est inutile ; son volage amant reste sourd à ses plaintes. Alors, désespérée, elle pénètre chez lui, et là, en sa présence, expire des suites d'un poison qu'elle venait de prendre. À la vue du cadavre de celle dont il vient de causer la mort, une terrible réaction s'opère en lui, et il veut à son tour s'arracher à la vie. Cependant il survécut, mais sa conscience lui reprochait toujours sort crime. Depuis le moment fatal, et chaque jour à l'heure de son dîner, il voyait la porte de la chambre s'ouvrir, et sa fiancée lui apparaître sous la figure d'un squelette menaçant. Il eut beau chercher à se distraire, changer ses habitudes, voyager, fréquenter de joyeuses compagnies, supprimer les pendules, rien n'y fit ; en quelque endroit qu'il fût, à l'heure dite, le spectre se présentait toujours. En peu de temps il maigrit, et sa santé s'altéra au point que les hommes de l'art désespérèrent de le sauver.
Un médecin de ses amis l'ayant étudié sérieusement, après avoir inutilement essayé divers remèdes, eut l'idée du moyen suivant. Dans l'espoir de lui démontrer qu'il était le jouet d'une illusion, il se procura un véritable squelette qu'il fit disposer dans une chambre voisine ; puis, ayant invité son ami à dîner, au coup de quatre heures, qui était l'heure de la vision, il fait arriver le squelette au moyen de poulies disposées en conséquence. Le médecin croit triompher, mais son malheureux ami saisi d'une terreur soudaine, s'écrie : Hélas ! ce n'était donc pas assez d'un seul ; en voilà deux maintenant ; puis il tomba mort, comme foudroyé.
Remarque. En lisant ce récit, que nous ne rapportons que sur la foi du journal italien auquel nous l'empruntons, les hallucinationistes auront beau jeu, car ils pourront dire, avec raison qu'il y avait là une cause évidente de surexcitation cérébrale qui a pu produire une illusion sur un esprit frappé. Rien ne prouve, en effet, la réalité de l'apparition que l'on pourrait attribuer à un cerveau affaibli par une violente secousse. Pour nous, qui connaissons tant de faits analogues hors de doute, nous disons qu'elle est possible, et, dans tous les cas, la connaissance approfondie du Spiritisme eût donné au médecin un moyen plus efficace de guérir son ami. Ce moyen eût été d'évoquer la jeune fille à d'autres heures et de s'entretenir avec elle, soit directement, soit à l'aide d'un médium ; de lui demander ce qu'il devait faire pour lui faire plaisir et obtenir son pardon ; de prier l'ange gardien d'intercéder auprès d'elle pour la fléchir ; et comme, en définitive, elle l'aimait, elle eût assurément oublié ses torts, si elle eût reconnu en lui un repentir et des regrets sincères, au lieu d'une simple terreur, qui était peut-être chez lui le sentiment dominant ; elle eût cessé de se montrer sous une forme hideuse, pour revêtir la forme gracieuse qu'elle avait de son vivant, ou bien elle eût cessé de paraître. Elle lui eût sans doute aussi dit de ces bonnes paroles qui eussent ramené le calme dans son âme ; la certitude qu'il n'en était point à jamais séparé, qu'elle veillait à ses côtés, et qu'ils seraient un jour réunis, lui aurait donné du courage et de la résignation. C'est un résultat que nous avons souvent été à même de constater. Les Esprits qui apparaissent spontanément ont toujours un but ; le mieux, dans ce cas, est de leur demander ce qu'ils désirent ; s'ils sont souffrants, il faut prier pour eux, et faire ce qui peut leur être agréable. Si l'apparition a un caractère permanent et d'obsession, elle cesse presque toujours quand l'Esprit est satisfait. Si l'esprit qui se manifeste avec obstination, soit à la vue, soit par des moyens perturbateurs, qu'on ne saurait prendre pour une illusion, est mauvais, et s'il agit par malveillance, il est ordinairement plus tenace, ce qui n'empêche pas d'en avoir raison avec de la persévérance, et surtout par la prière sincère faite à leur intention ; mais il faut bien se persuader qu'il n'y a pour cela ni paroles sacramentelles, ni formules cabalistiques, ni exorcismes qui aient la moindre influence ; plus ils sont mauvais, plus ils se rient de la frayeur qu'ils inspirent, et de l'importance qu'on attache à leur présence ; ils s'amusent de s'entendre appeler diables et démons, c'est pourquoi ils se donnent gravement les noms d'Asmodée, Astaroth, Lucifer et autres qualifications infernales, en redoublant de malices, tandis qu'ils se retirent quand ils voient qu'ils perdent leur temps avec des gens qui ne sont pas leurs dupes, et qui se bornent à appeler sur eux la miséricorde divine.
Superstition.
On lit dans le Siècle du 6 avril 1860 :
" Le sieur Félix N…, jardinier des environs d'Orléans, passait pour avoir le talent de faire exempter les conscrits du tirage, c'est-à-dire de leur faire avoir un bon numéro. Il promit au sieur Frédéric Vincent P…, jeune vigneron de St-Jean-de-Braye, de lui faire avoir le numéro qu'il voudrait, moyennant 60 fr. dont 30 payés d'avance, et 30 après le tirage. Le secret consistait à dire trois Pater et trois Ave pendant neuf jours. En outre, le sorcier affirma que, grâce à ce qu'il ferait de son côté, ça travaillerait peut-être bien le conscrit, et l'empêcherait de dormir pendant la dernière nuit, mais qu'il serait exempt. Malheureusement le charme n'opéra pas ; le conscrit dormit comme d'habitude et amena le numéro 31 qui en fait un soldat. Ces faits renouvelés deux fois encore n'ont pu être tenus secrets, et ont amené le sorcier Félix N… devant la justice. "
Les adversaires du Spiritisme l'accusent de réveiller les idées superstitieuses ; mais qu'y a-t-il de commun entre la doctrine qui enseigne l'existence du monde invisible, communiquant avec le monde visible, et des faits de la nature de celui que nous rapportons, qui sont les vrais types de la superstition ? Où a-t-on vu que le Spiritisme ait jamais enseigné de pareilles absurdités ? Si ceux qui l'attaquent sous ce rapport s'étaient donné la peine de l'étudier avant de le juger si légèrement, ils sauraient que, non-seulement il condamne toutes les pratiques divinatoires, mais qu'il en démontre la nullité. Donc, comme nous l'avons dit bien souvent, l'étude sérieuse du Spiritisme tend à détruire les croyances vraiment superstitieuses. Dans la plupart des croyances populaires, il y a presque toujours un fond de vérité, mais dénaturé, amplifié ; ce sont les accessoires, les fausses applications qui constituent, à proprement parler, la superstition. C'est ainsi que les contes de fées et de génies reposent sur l'existence d'Esprits bons ou mauvais, protecteurs ou malveillants ; que toutes les histoires de revenants ont leur source dans le phénomène très réel des manifestations Spirites, visibles et même tangibles ; ce phénomène, aujourd'hui parfaitement avéré et expliqué, rentre dans la catégorie des phénomènes naturels qui sont une conséquence des lois éternelles de la création. Mais l'homme rarement se contente du vrai qui lui paraît trop simple ; il l'affuble de toutes les chimères créées par son imagination, et c'est alors qu'il tombe dans l'absurde. Puis viennent ceux qui ont intérêt à exploiter ces mêmes croyances auxquelles ils ajoutent un prestige fantastique propre à servir leurs vues ; de là cette tourbe de devins, de sorciers, de diseurs de bonne aventure, contre lesquels la loi sévit avec justice. Le Spiritisme vrai, rationnel, n'est donc pas plus responsable de l'abus que l'on en peut faire, que la médecine ne l'est des ridicules formules et pratiques employées par des charlatans ou des ignorants. Encore une fois, avant de le juger, donnez-vous la peine de l'étudier.
On conçoit le fond de vérité de certaines croyances, mais on demandera peut-être sur quoi peut reposer celle qui a donné lieu au fait ci-dessus, croyance très répandue dans nos campagnes, comme on le sait. Elle nous paraît d'abord avoir son principe dans le sentiment intuitif des êtres invisibles auxquels on est porté à attribuer une puissance que souvent ils n'ont pas. L'existence des Esprits trompeurs qui pullulent autour de nous, par suite de l'infériorité de notre globe, comme les insectes nuisibles dans un marais, et qui s'amusent aux dépens des gens crédules en leur prédisant un avenir chimérique, toujours propre à flatter leurs goûts et leurs désirs, est un fait dont nous avons tous les jours la preuve par nos médiums actuels ; ce qui se passe sous nos yeux a eu lieu à toutes les époques par les moyens de communication en usage selon les temps et les lieux, voilà la réalité. Le charlatanisme et la cupidité aidant, la réalité est passée à l'état de croyance superstitieuse.
Fait de pneumatographie ou écriture directe.
M. X…, l'un de nos plus savants littérateurs, se trouvait le 11 février dernier, chez mademoiselle Huet, avec six autres personnes depuis longtemps initiées aux manifestations Spirites. M. X… et mademoiselle Huet s'assirent en face l'un de l'autre à une petite table choisie par M. X… lui-même. Ce dernier tira de sa poche un papier parfaitement blanc, plié en quatre et marqué par lui d'un signe presque imperceptible, mais suffisant pour être aisément reconnu ; il le plaça sur la table et le couvrit d'un mouchoir blanc lui appartenant. Mademoiselle Huet posa ses mains sur le bout du mouchoir ; de son côté, M. X… en fit autant du sien, demandant aux Esprits une manifestation directe dans un but d'édification. M. X… la demanda de préférence à Channing qui fut évoqué à cet effet. Au bout de dix minutes, il leva lui-même le mouchoir et retira le papier qui portait écrit sur l'une des faces l'ébauche d'une phrase péniblement tracée et presque illisible, où cependant on pouvait découvrir les rudiments de ces mots : Dieu vous aime ; sur l'autre face il y avait écrit : Dieu à l'angle extérieur, et Christ au bout du papier. Ce dernier mot était écrit de manière à laisser une empreinte sur la feuille double.
Une seconde épreuve se fit dans des conditions exactement semblables, et au bout d'un quart d'heure le papier portait sur la surface inférieure, et en caractères fortement tracés en noir, ces mots anglais : God loves you, et au-dessous Channing. Au bout du papier il y avait écrit en français : Foi en Dieu ; enfin sur le revers de la même page il y avait une croix, avec un signe semblable à un roseau, l'un et l'autre tracés avec une substance rouge.
L'épreuve terminée, M. X... exprima à mademoiselle Huet le désir d'obtenir par son intermédiaire, comme médium écrivain, quelques explications plus développées de Channing, et le dialogue suivant s'établit entre lui et l'Esprit :
D. Channing, êtes-vous présent ? - R. Me voici ; êtes-vous content de moi ?
D. A qui s'adresse ce que vous avez écrit ; est-ce à tous ou à moi particulièrement ? - R. Je vous ai écrit cette phrase dont le sens s'adresse à tous les hommes, mais dont l'expérience que j'ai faite de l'écrire en anglais est pour vous en particulier. Quant à la croix, c'est le signe de la foi.
D. Pourquoi l'avoir faite en couleur rouge ? - R. Pour vous prier d'avoir la foi. Je ne pouvais rien écrire, c'était trop long : je vous ai donné le signe symbolique.
D. Le rouge est donc la couleur symbolique de la foi ? - R. Certainement ; c'est la représentation du baptême de sang.
Remarque. Mademoiselle Huet ne sait pas l'anglais, et l'Esprit a voulu donner par là une preuve de plus que sa pensée était étrangère à la manifestation. L'Esprit l'a fait spontanément et de son plein gré, mais il est plus que probable que si on l'eût demandé comme épreuve il ne s'y serait pas prêté ; on sait que les Esprits n'aiment pas à servir d'instrument en vue d'expérimentations. Les preuves les plus patentes surgissent souvent au moment ou on s'y attend le moins ; et quand les Esprits agissent de leur propre mouvement, ils donnent souvent plus qu'on ne leur aurait demandé, soit qu'ils aient à cœur de montrer leur indépendance, soit qu'il faille pour la production de certains phénomènes un concours de circonstances que notre volonté ne suffit pas toujours pour faire naître. Nous ne saurions trop le répéter, les Esprits, qui ont leur libre arbitre, veulent nous prouver qu'ils ne sont pas soumis à nos caprices ; c'est pourquoi ils accèdent rarement au désir de la curiosité.
Les phénomènes, de quelque nature qu'ils soient, ne sont donc jamais d'une manière certaine, à notre disposition, et nul ne saurait répondre de pouvoir les obtenir à volonté et à un temps donné. Quiconque veut les observer, doit se résigner à les attendre, et c'est souvent, de la part des Esprits, une épreuve pour la persévérance de l'observateur et le but qu'il se propose ; les Esprits se soucient fort peu d'amuser les curieux, et ne s'attachent volontiers qu'aux gens sérieux qui prouvent leur volonté de s'instruire en faisant ce qu'il faut pour cela, sans marchander leur peine et leur temps.
La production simultanée de signes en caractères de couleurs différentes est un fait extrêmement curieux, mais qui n'est pas plus surnaturel que tous les autres. On peut s'en rendre compte en lisant la théorie de l'écriture directe dans la Revue spirite du mois d'août 1859, pages 197 et 205 ; avec l'explication, le merveilleux disparaît pour faire place à un simple phénomène qui a sa raison d'être dans les lois générales de la nature, et dans ce qu'on pourrait appeler la physiologie des Esprits.
Spiritisme et Spiritualisme.
Dans un discours prononcé dernièrement au Sénat par S. Em. le cardinal Donnet, on remarque la phrase suivante : " Mais aujourd'hui, comme autrefois, il est vrai de dire, avec un éloquent publiciste que, dans le genre humain, le Spiritualisme est représenté par le christianisme. "
On serait sans doute dans une étrange erreur si l'on pensait que l'illustre Prélat, dans cette circonstance, ait entendu le Spiritualisme dans le sens de la manifestation des Esprits. Ce mot est ici employé dans sa véritable acception, et l'orateur ne pouvait s'exprimer autrement, à moins de se servir d'une périphrase, car il n'existe pas d'autre terme pour rendre la même pensée. Si nous n'eussions pas indiqué la source de notre citation, on aurait certainement pu la croire sortie textuellement de la bouche d'un Spiritualiste américain à propos de la doctrine des esprits, également représentée par le christianisme qui en est la plus sublime expression. Serait-il possible, d'après cela, qu'un érudit futur, interprétant à son gré les paroles de Mgr Donnet, entreprît de démontrer à nos arrière-neveux, qu'en l'an 1860 un cardinal a publiquement professé devant le Sénat de France la manifestation des Esprits ? Ne voyons-nous pas, dans ce fait, une nouvelle preuve de la nécessité d'avoir un mot pour chaque chose, afin de s'entendre ? Que d'interminables disputes philosophiques n'ont eu pour cause que le sens multiple des mots ! L'inconvénient est plus grave encore dans les traductions, et le texte biblique nous en offre plus d'un exemple. Si, dans la langue hébraïque, le même mot n'eût pas signifié jour et période, on ne se serait pas mépris sur le sens de la Genèse à propos de la durée de la formation de la terre, et l'anathème n'eût pas été lancé, faute de s'entendre, contre la science, quand elle a démontré que cette formation n'a pu s'accomplir en six fois 24 heures.
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Dictées spontanées.
Les différents ordres d'Esprits.
(Communication particulière obtenue par Madame Desl…, membre de la Société, de la part de son mari défunt.)
Écoute-moi, ma chère amie, si tu veux que je parvienne à te dire de bonnes et grandes choses. Ne vois-tu pas la direction apportée à certains événements, et l'avantage qu'on peut en tirer pour le progrès de l'œuvre sainte ? Écoute les Esprits élevés, et tâche surtout de ne pas confondre avec eux ceux qui cherchent à en imposer par un langage plus prétentieux que profond. Ne mêle point ta pensée à leur pensée. Serait-il possible que les habitants de la terre pussent envisager les choses au même point de vue que les Esprits dégagés de la matière et obéissant aux lois du Seigneur ? Ne confonds pas ensemble tous les Esprits : il en est d'ordres bien différents. L'étude du Spiritisme vous l'enseigne, mais de ce côté, combien vous avez à apprendre encore ! Il est sur la terre une foule d'individus dont l'intelligence ne se ressemble point ; certains d'entre eux paraissent se rapprocher de la brute plus que de l'homme, tandis qu'il en est d'autres tellement supérieurs qu'on est tenté de dire qu'ils se rapprochent de Dieu, sorte de blasphème qu'il faut traduire par cette pensée qu'ils ont en eux une étincelle de ces clartés célestes jetées en leur cœur par le divin Maître. Eh bien ! quelle que soit la diversité des intelligences parmi la race humaine, sois convaincue que cette diversité est infiniment plus grande encore parmi les Esprits. Il en est d'inférieurs à ce point, qu'il ne s'en rencontre pas de semblables parmi les hommes, tandis qu'il en existe d'assez purifiés pour approcher Dieu et le contempler dans toute sa gloire ; soumis à ses moindres ordres, ils n'aspirent qu'à lui obéir et à lui plaire. Appelés à circuler au milieu des mondes, ou à se fixer selon qu'il convient à l'exécution des grands desseins du Seigneur, aux uns, il dit : Allez, révélez ma puissance à ces êtres grossiers dont il est temps que l'intelligence s'éveille ; à d'autres : Parcourez ces mondes, afin que, guidés par vos enseignements, les êtres supérieurs qui les habitent ajoutent de nouvelles grandeurs à toutes celles qui, déjà, leur ont été révélées. Que tous soient instruits qu'un jour viendra où les clartés d'en haut ne seront plus obscurcies, mais brilleront éternellement. TON AMI.
Les deux dictées suivantes ont été obtenues dans un petit cercle intime du quartier du Luxembourg, et nous sont communiquées par notre collègue M. Solichon, qui y assistait. Nous regrettons que nos occupations ne nous aient pas encore permis de nous rendre à ces réunions auxquelles on a bien voulu nous convier. Nous serons heureux quand nous pourrons y assister, parce que nous savons qu'un sentiment de véritable charité chrétienne et de bienveillance réciproque y préside.
I
Remords et repentir.
Je suis heureux de vous voir tous réunis par la même foi et l'amour du Dieu tout-puissant, notre divin maître. Puisse-t-il toujours vous guider dans la bonne voie, et vous combler de ses bienfaits, ce qu'il fera si vous vous en rendez dignes.
Aimez-vous toujours les uns les autres comme des frères ; prêtez-vous un mutuel appui, et que l'amour du prochain ne soit pas pour vous un mot vide de sens.
Rappelez-vous que la charité est la plus belle des vertus, et que, de toutes, c'est la plus agréable à Dieu ; non pas seulement cette charité qui donne une obole aux malheureux, mais celle qui vous fait compatir aux malheurs de nos frères ; qui vous fait partager leurs douleurs morales, alléger les fardeaux qui les oppressent, afin de leur rendre la douleur moins vive et la vie plus facile.
Rappelez-vous que le repentir sincère obtient le pardon de toutes les fautes, tant la bonté de Dieu est grande, le remords n'a rien de commun avec le repentir. Le remords, mes frères, est déjà le prélude du châtiment ; le repentir, la charité, la foi, vous conduiront aux félicités réservées aux bons Esprits.
Vous allez entendre la parole d'un Esprit supérieur, bien-aimé de Dieu ; recueillez-vous, et ouvrez votre cœur aux leçons qu'il vous donnera.
UN ANGE GARDIEN.
II
Les Médiums.
Je suis satisfait de vous voir tous exacts au rendez-vous que je vous ai donné. La bonté de Dieu s'étendra sur vous, et toujours vos anges gardiens vous aideront de leurs conseils, et vous préserveront de l'influence des mauvais Esprits, si vous savez écouter leur voix et fermer vos cœurs à l'orgueil, à la vanité et à la jalousie.
Dieu m'a chargé d'une mission à remplir envers les croyants qu'il favorise du médiomat. Plus ils reçoivent de grâces du Très-Haut, plus ils courent de dangers ; et ces dangers sont d'autant plus grands qu'ils prennent naissance dans les faveurs même que Dieu leur accorde.
Les facultés dont jouissent les médiums leur attirent les éloges des hommes : les félicitations, les adulations, voilà leur écueil. Ces mêmes médiums, qui devraient toujours avoir présente à la mémoire leur incapacité primitive, l'oublient ; ils font plus : ce qu'ils ne doivent qu'à Dieu, ils l'attribuent à leur propre mérite. Qu'arrive-t-il alors ? Les bons Esprits les abandonnent ; n'ayant plus de boussole pour les guider, ils deviennent les jouets des Esprits trompeurs. Plus ils sont capables, plus ils sont portés à se faire un mérite de leur faculté, jusqu'à ce qu'enfin Dieu, pour les punir, leur retire un don qui ne peut plus que leur être fatal.
Je ne saurais trop vous rappeler de vous recommander à votre ange gardien, afin qu'il vous aide à vous tenir en garde contre votre plus cruel ennemi, qui est l'orgueil. Souvenez-vous que sans l'appui de votre divin maître, vous, qui avez le bonheur d'être les intermédiaires entre les Esprits et les hommes, vous serez punis d'autant plus sévèrement que vous aurez été plus favorisés si vous n'avez pas profite de la lumière.
Je me plais à croire que cette communication, dont tu donneras connaissance à ta société, portera ses fruits, et que tous les médiums qui s'y trouvent réunis, se tiendront en garde contre l'écueil où ils viendraient se briser ; cet écueil, je vous le dis à tous, c'est l'orgueil.
JEANNE D'ARC.
AVIS. Nous sommes heureux d'annoncer à nos lecteurs la réimpression de l'Histoire de Jeanne d'Arc, dictée par elle-même. Cet ouvrage paraîtra sous peu, chez M. Ledoyen. Nous en reparlerons.
Allan KARDEC.
Paris. - Imprimerie de H. CARION, 64, rue Bonaparte.
REVUE SPIRITE
JOURNAL D'ETUDES PSYCHOLOGIQUES
3° ANNEE. N° 6. JUIN 1860.
AVIS
À partir du 15 juillet prochain, le bureau de la REVUE SPIRITE, et le domicile particulier de M. Allan KARDEC seront transférés rue Sainte-Anne, n° 59, passage Sainte-Anne.
BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ PARISIENNE DES ÉTUDES SPIRITES.
Vendredi 4 mai 1860. (Séance particulière.)
Lecture du procès-verbal et des travaux de la séance du 17 avril.
Sur l'avis et la proposition du Comité, et après rapport verbal, la Société reçoit au nombre des associés libres : 1° M. Achille R…, employé à Paris ; 2° M. Serge de W…, de Moscou.
Communications diverses. 1° Lettre de madame P…, médium, de Rouen, qui dit que plusieurs Esprits souffrants, évoqués à la Société, sont allés la trouver spontanément pour la remercier d'avoir prié pour eux. Depuis qu'elle a recouvré sa faculté médianimique, elle n'a eu, dit-elle, affaire qu'à des Esprits malheureux. Il lui a été dit que sa mission était principalement d'aider à leur soulagement.
2° Lecture d'une dictée spontanée sur la vanité, obtenue par madame Lesc…, médium, membre de la Société, de la part de son Esprit familier. (Publiée ci-après.)
3° Lettre de M. Bénardacky, datée de Bruxelles, contenant une communication qu'il a obtenue sur la théorie de la formation de la terre par incrustation de plusieurs corps planétaires, et l'état de cataleptisation dans lequel se sont trouvés ses premiers habitants et les autres êtres vivants. Cette communication a eu lieu à propos d'un phénomène de catalepsie volontaire qui se produit, dit-on, chez quelques habitants de l'Inde et de l'intérieur de l'Afrique. Ce phénomène consiste en ce que certains individus se feraient enterrer tout vivants, moyennant une somme d'argent, et au bout de plusieurs mois, étant retirés du cercueil, reviennent à la vie.
M. Arnauld d'A…, membre de la Société, ancien ami et conseiller du feu roi d'Abyssinie, et qui a longtemps habité ces contrées, cite deux faits à sa connaissance, dont l'un a eu lieu en Angleterre et l'autre dans l'Inde, et qui semblent confirmer la possibilité de la catalepsie volontaire de courte durée ; mais il déclare n'avoir jamais connu de faits de la nature de celui dont parle M. Bénardacky. M. d'A… étant familiarisé avec la langue et les mœurs de ces pays, qu'il a observés en savant, il serait étonnant que des faits aussi extraordinaires ne fussent pas venus à sa connaissance, d'où l'on peut supposer qu'il y a eu exagération.
Etudes. 1° On demande si l'on peut faire une nouvelle évocation de M. Jules-Louis C…, mort à l'hôpital du Val-de-Grâce dans des conditions exceptionnelles, et déjà évoqué le 24 février. (Voir le numéro d'avril, page 97.) Cette demande est motivée par la présence d'une personne de sa famille qui lui porte un grand intérêt, et, en outre, par le désir de juger des progrès qu'il peut avoir faits depuis. - Saint Louis répond que l'Esprit préfère être appelé dans une séance intime.
2° Questions sur la théorie de la formation de la terre par incrustation, et l'état cataleptique des êtres vivants à son origine, à propos de la communication de M. Bénardacky. De nombreuses observations sont faites à ce sujet par divers membres.
3° Etude sur le phénomène, rapporté dans la dernière séance, d'un chien qui reconnaît son maître évoqué. L'Esprit de Charlet intervient spontanément dans cette question, et développe une théorie de laquelle ressort la possibilité du fait. (Publié ci-après.)
Vendredi 11 mai 1860. (Séance générale.)
Lecture du procès-verbal et des travaux de la séance du 4 mai.
Communications diverses. 1° Lettre de M. Rabache, écrite de Liverpool, et dans laquelle il relate une communication spontanée qui lui a été faite par Adam Smith, sans qu'il l'ait provoquée ; puis l'entretien qui s'en est suivi, dans lequel les réponses étaient données en anglais, tandis que les questions étaient faites en français. Dans cet entretien Adam Smith critique le point qui lui a servi de base dans son système économique ; il dit que, s'il écrivait aujourd'hui son livre des Sentiments moraux, il donnerait à ceux-ci pour principe : la conscience innée, ayant pour mobile spécial l'amour.
2° Seconde lettre de M. Bénardacky complétant les communications qu'il a obtenues sur la cataleptisation.
Nota. Dans une séance particulière, saint Louis, interrogé sur la valeur de ces communications, en confirme plusieurs parties, mais il ajoute, par l'entremise de M. T…, médium :
" Vous pouvez étudier ces choses, mais je vous engage à ne pas les publier encore ; il faut de bien autres documents qui vous seront donnés plus tard, et que les circonstances amèneront. En les publiant à présent vous vous exposeriez à commettre de graves erreurs sur lesquelles vous seriez obligés de revenir, ce qui serait fâcheux, et ferait beaucoup de tort au Spiritisme. Soyez donc très prudents sur ce qui touche aux théories scientifiques, car c'est là surtout que vous avez à craindre les Esprits imposteurs et faux savants. Rappelez-vous ce qui vous a si souvent été dit : les Esprits n'ont pas pour mission de vous apporter la science toute faite, qui doit être le fruit du travail et du génie de l'homme, ni de lever tous les voiles avant que le temps soit venu. Tâchez, surtout, de vous améliorer : c'est là l'essentiel ; Dieu vous tiendra plus de compte de votre bon cœur et de votre humilité que d'un savoir où la curiosité a souvent la plus grande part. C'est en pratiquant ses lois, en les pratiquant, entendez-vous bien, que vous mériterez d'être favorisés par les communications des Esprits véritablement supérieurs qui ne trompent jamais. "
On ne saurait méconnaître la profondeur et la haute sagesse de ces conseils. Ce langage, à la fois simple et sublime, empreint d'une extrême bienveillance, contraste singulièrement avec le ton hautain et tranchant ou la forfanterie des Esprits qui s'imposent.
3° Lecture d'une notice envoyée par M. de T…, contenant la description d'un monde très supérieur, dans lequel son Esprit a été transporté pendant son sommeil. Ce monde paraît avoir beaucoup d'analogie avec l'état indiqué pour Jupiter, mais à un degré encore plus élevé.
Etudes. 1° Deux dictées spontanées sont obtenues, l'une par madame Parisse, signée Louis ; l'autre par M. Didier, fils, signée Gérard de Nerval.
2° Questions relatives à la vision de M. T…, adressées à saint Louis. Le vague et l'incohérence des réponses accusent évidemment l'immixtion d'un Esprit trompeur.
3° Évocation d'Adam Smith, à propos de la lettre de M. Rabache. Questions sur ses opinions actuelles, comparées à celles qu'il a émises dans ses ouvrages. Il confirme ce qu'il a dit à M. Rabache, touchant l'erreur du principe qui lui a servi de base dans ses appréciations morales.
Vendredi, 18 mai 1860. (Séance particulière.)
Lecture du procès-verbal et des travaux de la dernière séance.
Sur l'avis et la proposition du Comité, et après rapport verbal, la Société reçoit au nombre des associés libres : 1° M. B…, négociant à Paris ; 2° M. C…, négociant à Paris.
Communications diverses. 1° Lecture de la communication suivante, obtenue dans une séance particulière, à propos des travaux de la dernière séance, par madame S…, médium.
D. Pourquoi saint Louis ne s'est-il pas communiqué, vendredi dernier, par M. Didier, et a-t-il laissé parler un Esprit trompeur ? - R. Saint Louis était présent, mais il n'a pas voulu parler. D'ailleurs, n'avez-vous pas reconnu que ce n'était pas lui ? C'est l'essentiel. Vous n'êtes pas trompés, du moment que vous reconnaissez l'imposture.
D. Dans quel but n'a-t-il pas voulu parler ? - R. Tu peux le lui demander à lui-même ; il est ici.
D. Saint Louis voudrait-il nous faire connaître le motif de son abstention ? - R. Tu as été contrarié de ce qui s'est passé, mais tu dois cependant savoir que rien n'arrive sans motif. Il est souvent des choses dont vous ne comprenez pas le but ; qui vous paraissent mauvaises au premier abord, parce que vous êtes trop impatients, mais dont, plus tard, vous reconnaissez la sagesse. Sois donc tranquille, et ne t'inquiète de rien ; nous savons distinguer ceux qui sont sincères, et nous veillons sur eux.
D. Si c'est une leçon que vous avez voulu nous donner, je la concevrais quand nous sommes entre nous ; mais en présence d'étrangers, qui ont pu en recevoir une mauvaise impression, il me semble que le mal l'emporte sur le bien. - R. Tu as tort de voir les choses ainsi ; le mal n'est pas ce que tu crois, et je t'assure qu'il y a eu des personnes aux yeux desquelles cette espèce d'échec a été une preuve de bonne foi de votre part. D'ailleurs, du mal sort souvent le bien. Quand tu vois un jardinier couper de belles branches à un arbre, tu déplores la perte de la verdure, et cela te paraît un mal ; mais ces branches parasites une fois retranchées, les fruits sont plus beaux et plus savoureux : voilà le bien, et tu trouves alors que le jardinier a été sage et plus prévoyant que tu ne l'avais cru. De même encore, si l'on ampute un membre à quelqu'un de malade, la perte du membre est un mal, mais, après l'amputation, s'il se porte mieux, voilà le bien, car on lui aura peut-être sauvé la vie.
Réfléchis bien à cela, et tu le comprendras.
D. Cela est très juste ; mais comment se fait-il que, faisant appel aux bons Esprits en les priant d'écarter les imposteurs, cet appel ne soit pas entendu ? - R. Il est entendu, garde-toi d'en douter. Mais, es-tu bien sûr que cet appel soit fait du fond du cœur par tous les assistants, ou qu'il n'y ait personne qui, au moins par une pensée peu charitable et malveillante, si ce n'est par le désir, attire parmi vous de mauvais Esprits ? Voilà pourquoi nous vous disons sans cesse : Soyez unis ; soyez bons et bienveillants les uns pour les autres. Jésus a dit : Quand vous serez réunis en mon nom, je serai au milieu de vous. Croyez-vous, pour cela, qu'il suffise de prononcer son nom ? Ne le pensez pas, et soyez bien convaincus que Jésus ne va que là où il est appelé par des cœurs purs : vers ceux qui pratiquent ses préceptes, car ceux-là sont véritablement réunis en son nom ; il ne va ni vers les orgueilleux, ni vers les ambitieux, ni vers les hypocrites, ni vers ceux qui disent du mal de leur prochain ; c'est d'eux qu'il a dit : Ils n'entreront pas dans le royaume des cieux.
D. Je conçois que les bons Esprits se retirent de ceux qui n'écoutent pas leurs conseils ; mais si, parmi les assistants, il en est de mal intentionnés, est-ce une raison pour punir les autres ? - R. Je m'étonne de ton insistance ; il me semble que je me suis expliqué assez clairement pour quiconque veut comprendre. Faut-il donc te répéter de ne pas te préoccuper de ces choses, qui sont des puérilités auprès du grand édifice de la doctrine qui s'élève ? Crois-tu que ta maison va tomber parce qu'une tuile s'en détache ? Doutes-tu de notre puissance, de notre bienveillance ? Non. Eh bien ! laisse-nous donc agir, et sois certain que toute pensée, bonne ou mauvaise, a son écho dans le sein de l'Eternel.
D. Vous n'avez rien dit au sujet de l'invocation générale que nous faisons au commencement de chaque séance ; veuillez nous dire ce que vous en pensez. - R. Vous devez toujours faire appel aux bons Esprits ; la forme, vous le savez, est insignifiante : la pensée est tout. Tu t'étonnes de ce qui s'est passé ; mais as-tu bien examiné les figures de ceux qui t'écoutent quand tu fais cette invocation ? N'as-tu pas vu, plus d'une fois, le sourire du sarcasme errer sur certaines lèvres ? Quels Esprits crois-tu que ces personnes-là vous amènent ? Des Esprits qui, comme elles, se rient des choses les plus sacrées. C'est pourquoi je vous dis aussi de ne point admettre le premier venu parmi vous, et d'éviter les curieux et ceux qui ne viennent pas pour s'instruire. Chaque chose viendra en son temps, et nul ne peut préjuger les desseins de Dieu ; je vous dis, en vérité, que ceux qui rient aujourd'hui de ces choses ne riront pas longtemps. Saint Louis.
2° Note adressée par M. Jobard, de Bruxelles, sur l'évocation qu'il a faite de M. Ch. de Br…, mort depuis peu.
3° Lecture d'une communication obtenue par madame Lesc…, médium, membre de la Société, et donnant d'intéressantes explications sur l'histoire de l'Esprit et du petit chien. (Publiée ci-après.)
4° Autre dictée spontanée du même médium sur : la tristesse et le chagrin.
5° Lettre de M. B…, professeur de sciences, sur la théorie qui lui a été donnée des heures fixes auxquelles chaque Esprit peut se manifester. Cette théorie est regardée, par tout le monde sans exception, comme le résultat d'une obsession de la part d'Esprits systématiques et ignorants. L'expérience et le raisonnement démontrent surabondamment qu'elle ne mérite pas un examen sérieux.
6° Relation d'un fait curieux relatif à un portrait peint sous l'influence d'une médiumnité naturelle intuitive. M. T…, artiste peintre, avait perdu son père à un âge où il n'avait pu conserver aucun souvenir de ses traits. Il regrettait vivement, ainsi que les autres membres de sa famille, de n'avoir aucun portrait de lui. Un jour qu'il était dans son atelier, une sorte de vision lui apparaît, ou plutôt une image se trace dans son cerveau, et il se met à la reproduire sur la toile. L'exécution se fit en plusieurs séances, et chaque fois la même image se présentait à lui. La pensée lui vint que ce pouvait être son père, mais il n'en parla à personne, et quand le portrait fut achevé, il le montra à ses parents, qui tous le reconnurent sans hésiter.
Etudes. 1° Quatre dictées spontanées sont obtenues simultanément : la première par mademoiselle Huet, de l'Esprit qui a commencé à écrire ses mémoires ; la deuxième par madame S…, sur la Fantaisie, d'Alfred de Musset ; la troisième par mademoiselle Stéphanie S…, d'un Esprit familier, mort il y a quelques années, et qui, de son vivant, S'appelait Gustave Lenormand. C'est un Esprit encore peu avancé, d'un caractère Jovial et spirituel, mais très bon, très serviable, et qui est regardé dans plusieurs familles, où il va très souvent, comme l'ami de la maison. Il avait dit un jour qu'il viendrait faire la chasse aux mauvais Esprits. - La quatrième de mademoiselle Parisse, signée Louis.
2° Evocation de M. B…, professeur de sciences, dont il a été parlé plus haut, vivant, et qui avait été désigné par un autre Esprit comme pouvant fournir des renseignements sur François Bayle, médecin du dix-septième siècle, dont on veut établir la biographie. Le résultat de cette évocation tend à prouver que Bayle, mort, et M. B…, vivant, ne font qu'un. Ce dernier fournit, en effet, les renseignements désirés, et donne plusieurs explications du plus haut intérêt. (Sera publiée.)
Vendredi 25 mai 1860. (Séance générale.)
Lecture du procès-verbal et des travaux de la dernière séance.
Communications diverses. 1° Lettre de M. le docteur Morhéry, contenant une appréciation, au point de vue scientifique, de la médication employée, sous sa direction, par mademoiselle Désirée Godu. (Publiée ci-après.)
2° Lecture d'une dictée spontanée obtenue par madame Lesc…, médium, sur la misère humaine.
3° Lecture d'une série de communications très remarquables faites en séances particulières par divers membres de la famille russe W… (Seront publiées.)
4° Lecture de l'évocation faite en séance particulière de madame Duret, médium, morte à Sétif (Algérie) le 1° mai. Elle renferme d'importantes appréciations sur les médiums.
Etudes. 1° Evocation de madame Duret : suite de ses communications.
2° Evocation de Charles de Saint-G…, idiot, âgé de treize ans ; elle donne de curieuses révélations sur l'état de cet Esprit avant et pendant son incarnation. (Publiée ci-après.)
3° Etude sur M. V…, officier de marine, vivant, qui a conservé le souvenir précis de son existence et de sa mort à l'époque de la Saint-Barthélemy. (Sera publiée.)
REVUE SPIRITE
JOURNAL D'ETUDES PSYCHOLOGIQUES
3° ANNEE. N° 6. JUIN 1860.
AVIS
À partir du 15 juillet prochain, le bureau de la REVUE SPIRITE, et le domicile particulier de M. Allan KARDEC seront transférés rue Sainte-Anne, n° 59, passage Sainte-Anne.
BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ PARISIENNE DES ÉTUDES SPIRITES.
Vendredi 4 mai 1860. (Séance particulière.)
Lecture du procès-verbal et des travaux de la séance du 17 avril.
Sur l'avis et la proposition du Comité, et après rapport verbal, la Société reçoit au nombre des associés libres : 1° M. Achille R…, employé à Paris ; 2° M. Serge de W…, de Moscou.
Communications diverses. 1° Lettre de madame P…, médium, de Rouen, qui dit que plusieurs Esprits souffrants, évoqués à la Société, sont allés la trouver spontanément pour la remercier d'avoir prié pour eux. Depuis qu'elle a recouvré sa faculté médianimique, elle n'a eu, dit-elle, affaire qu'à des Esprits malheureux. Il lui a été dit que sa mission était principalement d'aider à leur soulagement.
2° Lecture d'une dictée spontanée sur la vanité, obtenue par madame Lesc…, médium, membre de la Société, de la part de son Esprit familier. (Publiée ci-après.)
3° Lettre de M. Bénardacky, datée de Bruxelles, contenant une communication qu'il a obtenue sur la théorie de la formation de la terre par incrustation de plusieurs corps planétaires, et l'état de cataleptisation dans lequel se sont trouvés ses premiers habitants et les autres êtres vivants. Cette communication a eu lieu à propos d'un phénomène de catalepsie volontaire qui se produit, dit-on, chez quelques habitants de l'Inde et de l'intérieur de l'Afrique. Ce phénomène consiste en ce que certains individus se feraient enterrer tout vivants, moyennant une somme d'argent, et au bout de plusieurs mois, étant retirés du cercueil, reviennent à la vie.
M. Arnauld d'A…, membre de la Société, ancien ami et conseiller du feu roi d'Abyssinie, et qui a longtemps habité ces contrées, cite deux faits à sa connaissance, dont l'un a eu lieu en Angleterre et l'autre dans l'Inde, et qui semblent confirmer la possibilité de la catalepsie volontaire de courte durée ; mais il déclare n'avoir jamais connu de faits de la nature de celui dont parle M. Bénardacky. M. d'A… étant familiarisé avec la langue et les mœurs de ces pays, qu'il a observés en savant, il serait étonnant que des faits aussi extraordinaires ne fussent pas venus à sa connaissance, d'où l'on peut supposer qu'il y a eu exagération.
Etudes. 1° On demande si l'on peut faire une nouvelle évocation de M. Jules-Louis C…, mort à l'hôpital du Val-de-Grâce dans des conditions exceptionnelles, et déjà évoqué le 24 février. (Voir le numéro d'avril, page 97.) Cette demande est motivée par la présence d'une personne de sa famille qui lui porte un grand intérêt, et, en outre, par le désir de juger des progrès qu'il peut avoir faits depuis. - Saint Louis répond que l'Esprit préfère être appelé dans une séance intime.
2° Questions sur la théorie de la formation de la terre par incrustation, et l'état cataleptique des êtres vivants à son origine, à propos de la communication de M. Bénardacky. De nombreuses observations sont faites à ce sujet par divers membres.
3° Etude sur le phénomène, rapporté dans la dernière séance, d'un chien qui reconnaît son maître évoqué. L'Esprit de Charlet intervient spontanément dans cette question, et développe une théorie de laquelle ressort la possibilité du fait. (Publié ci-après.)
Vendredi 11 mai 1860. (Séance générale.)
Lecture du procès-verbal et des travaux de la séance du 4 mai.
Communications diverses. 1° Lettre de M. Rabache, écrite de Liverpool, et dans laquelle il relate une communication spontanée qui lui a été faite par Adam Smith, sans qu'il l'ait provoquée ; puis l'entretien qui s'en est suivi, dans lequel les réponses étaient données en anglais, tandis que les questions étaient faites en français. Dans cet entretien Adam Smith critique le point qui lui a servi de base dans son système économique ; il dit que, s'il écrivait aujourd'hui son livre des Sentiments moraux, il donnerait à ceux-ci pour principe : la conscience innée, ayant pour mobile spécial l'amour.
2° Seconde lettre de M. Bénardacky complétant les communications qu'il a obtenues sur la cataleptisation.
Nota. Dans une séance particulière, saint Louis, interrogé sur la valeur de ces communications, en confirme plusieurs parties, mais il ajoute, par l'entremise de M. T…, médium :
" Vous pouvez étudier ces choses, mais je vous engage à ne pas les publier encore ; il faut de bien autres documents qui vous seront donnés plus tard, et que les circonstances amèneront. En les publiant à présent vous vous exposeriez à commettre de graves erreurs sur lesquelles vous seriez obligés de revenir, ce qui serait fâcheux, et ferait beaucoup de tort au Spiritisme. Soyez donc très prudents sur ce qui touche aux théories scientifiques, car c'est là surtout que vous avez à craindre les Esprits imposteurs et faux savants. Rappelez-vous ce qui vous a si souvent été dit : les Esprits n'ont pas pour mission de vous apporter la science toute faite, qui doit être le fruit du travail et du génie de l'homme, ni de lever tous les voiles avant que le temps soit venu. Tâchez, surtout, de vous améliorer : c'est là l'essentiel ; Dieu vous tiendra plus de compte de votre bon cœur et de votre humilité que d'un savoir où la curiosité a souvent la plus grande part. C'est en pratiquant ses lois, en les pratiquant, entendez-vous bien, que vous mériterez d'être favorisés par les communications des Esprits véritablement supérieurs qui ne trompent jamais. "
On ne saurait méconnaître la profondeur et la haute sagesse de ces conseils. Ce langage, à la fois simple et sublime, empreint d'une extrême bienveillance, contraste singulièrement avec le ton hautain et tranchant ou la forfanterie des Esprits qui s'imposent.
3° Lecture d'une notice envoyée par M. de T…, contenant la description d'un monde très supérieur, dans lequel son Esprit a été transporté pendant son sommeil. Ce monde paraît avoir beaucoup d'analogie avec l'état indiqué pour Jupiter, mais à un degré encore plus élevé.
Etudes. 1° Deux dictées spontanées sont obtenues, l'une par madame Parisse, signée Louis ; l'autre par M. Didier, fils, signée Gérard de Nerval.
2° Questions relatives à la vision de M. T…, adressées à saint Louis. Le vague et l'incohérence des réponses accusent évidemment l'immixtion d'un Esprit trompeur.
3° Évocation d'Adam Smith, à propos de la lettre de M. Rabache. Questions sur ses opinions actuelles, comparées à celles qu'il a émises dans ses ouvrages. Il confirme ce qu'il a dit à M. Rabache, touchant l'erreur du principe qui lui a servi de base dans ses appréciations morales.
Vendredi, 18 mai 1860. (Séance particulière.)
Lecture du procès-verbal et des travaux de la dernière séance.
Sur l'avis et la proposition du Comité, et après rapport verbal, la Société reçoit au nombre des associés libres : 1° M. B…, négociant à Paris ; 2° M. C…, négociant à Paris.
Communications diverses. 1° Lecture de la communication suivante, obtenue dans une séance particulière, à propos des travaux de la dernière séance, par madame S…, médium.
D. Pourquoi saint Louis ne s'est-il pas communiqué, vendredi dernier, par M. Didier, et a-t-il laissé parler un Esprit trompeur ? - R. Saint Louis était présent, mais il n'a pas voulu parler. D'ailleurs, n'avez-vous pas reconnu que ce n'était pas lui ? C'est l'essentiel. Vous n'êtes pas trompés, du moment que vous reconnaissez l'imposture.
D. Dans quel but n'a-t-il pas voulu parler ? - R. Tu peux le lui demander à lui-même ; il est ici.
D. Saint Louis voudrait-il nous faire connaître le motif de son abstention ? - R. Tu as été contrarié de ce qui s'est passé, mais tu dois cependant savoir que rien n'arrive sans motif. Il est souvent des choses dont vous ne comprenez pas le but ; qui vous paraissent mauvaises au premier abord, parce que vous êtes trop impatients, mais dont, plus tard, vous reconnaissez la sagesse. Sois donc tranquille, et ne t'inquiète de rien ; nous savons distinguer ceux qui sont sincères, et nous veillons sur eux.
D. Si c'est une leçon que vous avez voulu nous donner, je la concevrais quand nous sommes entre nous ; mais en présence d'étrangers, qui ont pu en recevoir une mauvaise impression, il me semble que le mal l'emporte sur le bien. - R. Tu as tort de voir les choses ainsi ; le mal n'est pas ce que tu crois, et je t'assure qu'il y a eu des personnes aux yeux desquelles cette espèce d'échec a été une preuve de bonne foi de votre part. D'ailleurs, du mal sort souvent le bien. Quand tu vois un jardinier couper de belles branches à un arbre, tu déplores la perte de la verdure, et cela te paraît un mal ; mais ces branches parasites une fois retranchées, les fruits sont plus beaux et plus savoureux : voilà le bien, et tu trouves alors que le jardinier a été sage et plus prévoyant que tu ne l'avais cru. De même encore, si l'on ampute un membre à quelqu'un de malade, la perte du membre est un mal, mais, après l'amputation, s'il se porte mieux, voilà le bien, car on lui aura peut-être sauvé la vie.
Réfléchis bien à cela, et tu le comprendras.
D. Cela est très juste ; mais comment se fait-il que, faisant appel aux bons Esprits en les priant d'écarter les imposteurs, cet appel ne soit pas entendu ? - R. Il est entendu, garde-toi d'en douter. Mais, es-tu bien sûr que cet appel soit fait du fond du cœur par tous les assistants, ou qu'il n'y ait personne qui, au moins par une pensée peu charitable et malveillante, si ce n'est par le désir, attire parmi vous de mauvais Esprits ? Voilà pourquoi nous vous disons sans cesse : Soyez unis ; soyez bons et bienveillants les uns pour les autres. Jésus a dit : Quand vous serez réunis en mon nom, je serai au milieu de vous. Croyez-vous, pour cela, qu'il suffise de prononcer son nom ? Ne le pensez pas, et soyez bien convaincus que Jésus ne va que là où il est appelé par des cœurs purs : vers ceux qui pratiquent ses préceptes, car ceux-là sont véritablement réunis en son nom ; il ne va ni vers les orgueilleux, ni vers les ambitieux, ni vers les hypocrites, ni vers ceux qui disent du mal de leur prochain ; c'est d'eux qu'il a dit : Ils n'entreront pas dans le royaume des cieux.
D. Je conçois que les bons Esprits se retirent de ceux qui n'écoutent pas leurs conseils ; mais si, parmi les assistants, il en est de mal intentionnés, est-ce une raison pour punir les autres ? - R. Je m'étonne de ton insistance ; il me semble que je me suis expliqué assez clairement pour quiconque veut comprendre. Faut-il donc te répéter de ne pas te préoccuper de ces choses, qui sont des puérilités auprès du grand édifice de la doctrine qui s'élève ? Crois-tu que ta maison va tomber parce qu'une tuile s'en détache ? Doutes-tu de notre puissance, de notre bienveillance ? Non. Eh bien ! laisse-nous donc agir, et sois certain que toute pensée, bonne ou mauvaise, a son écho dans le sein de l'Eternel.
D. Vous n'avez rien dit au sujet de l'invocation générale que nous faisons au commencement de chaque séance ; veuillez nous dire ce que vous en pensez. - R. Vous devez toujours faire appel aux bons Esprits ; la forme, vous le savez, est insignifiante : la pensée est tout. Tu t'étonnes de ce qui s'est passé ; mais as-tu bien examiné les figures de ceux qui t'écoutent quand tu fais cette invocation ? N'as-tu pas vu, plus d'une fois, le sourire du sarcasme errer sur certaines lèvres ? Quels Esprits crois-tu que ces personnes-là vous amènent ? Des Esprits qui, comme elles, se rient des choses les plus sacrées. C'est pourquoi je vous dis aussi de ne point admettre le premier venu parmi vous, et d'éviter les curieux et ceux qui ne viennent pas pour s'instruire. Chaque chose viendra en son temps, et nul ne peut préjuger les desseins de Dieu ; je vous dis, en vérité, que ceux qui rient aujourd'hui de ces choses ne riront pas longtemps. Saint Louis.
2° Note adressée par M. Jobard, de Bruxelles, sur l'évocation qu'il a faite de M. Ch. de Br…, mort depuis peu.
3° Lecture d'une communication obtenue par madame Lesc…, médium, membre de la Société, et donnant d'intéressantes explications sur l'histoire de l'Esprit et du petit chien. (Publiée ci-après.)
4° Autre dictée spontanée du même médium sur : la tristesse et le chagrin.
5° Lettre de M. B…, professeur de sciences, sur la théorie qui lui a été donnée des heures fixes auxquelles chaque Esprit peut se manifester. Cette théorie est regardée, par tout le monde sans exception, comme le résultat d'une obsession de la part d'Esprits systématiques et ignorants. L'expérience et le raisonnement démontrent surabondamment qu'elle ne mérite pas un examen sérieux.
6° Relation d'un fait curieux relatif à un portrait peint sous l'influence d'une médiumnité naturelle intuitive. M. T…, artiste peintre, avait perdu son père à un âge où il n'avait pu conserver aucun souvenir de ses traits. Il regrettait vivement, ainsi que les autres membres de sa famille, de n'avoir aucun portrait de lui. Un jour qu'il était dans son atelier, une sorte de vision lui apparaît, ou plutôt une image se trace dans son cerveau, et il se met à la reproduire sur la toile. L'exécution se fit en plusieurs séances, et chaque fois la même image se présentait à lui. La pensée lui vint que ce pouvait être son père, mais il n'en parla à personne, et quand le portrait fut achevé, il le montra à ses parents, qui tous le reconnurent sans hésiter.
Etudes. 1° Quatre dictées spontanées sont obtenues simultanément : la première par mademoiselle Huet, de l'Esprit qui a commencé à écrire ses mémoires ; la deuxième par madame S…, sur la Fantaisie, d'Alfred de Musset ; la troisième par mademoiselle Stéphanie S…, d'un Esprit familier, mort il y a quelques années, et qui, de son vivant, S'appelait Gustave Lenormand. C'est un Esprit encore peu avancé, d'un caractère Jovial et spirituel, mais très bon, très serviable, et qui est regardé dans plusieurs familles, où il va très souvent, comme l'ami de la maison. Il avait dit un jour qu'il viendrait faire la chasse aux mauvais Esprits. - La quatrième de mademoiselle Parisse, signée Louis.
2° Evocation de M. B…, professeur de sciences, dont il a été parlé plus haut, vivant, et qui avait été désigné par un autre Esprit comme pouvant fournir des renseignements sur François Bayle, médecin du dix-septième siècle, dont on veut établir la biographie. Le résultat de cette évocation tend à prouver que Bayle, mort, et M. B…, vivant, ne font qu'un. Ce dernier fournit, en effet, les renseignements désirés, et donne plusieurs explications du plus haut intérêt. (Sera publiée.)
Vendredi 25 mai 1860. (Séance générale.)
Lecture du procès-verbal et des travaux de la dernière séance.
Communications diverses. 1° Lettre de M. le docteur Morhéry, contenant une appréciation, au point de vue scientifique, de la médication employée, sous sa direction, par mademoiselle Désirée Godu. (Publiée ci-après.)
2° Lecture d'une dictée spontanée obtenue par madame Lesc…, médium, sur la misère humaine.
3° Lecture d'une série de communications très remarquables faites en séances particulières par divers membres de la famille russe W… (Seront publiées.)
4° Lecture de l'évocation faite en séance particulière de madame Duret, médium, morte à Sétif (Algérie) le 1° mai. Elle renferme d'importantes appréciations sur les médiums.
Etudes. 1° Evocation de madame Duret : suite de ses communications.
2° Evocation de Charles de Saint-G…, idiot, âgé de treize ans ; elle donne de curieuses révélations sur l'état de cet Esprit avant et pendant son incarnation. (Publiée ci-après.)
3° Etude sur M. V…, officier de marine, vivant, qui a conservé le souvenir précis de son existence et de sa mort à l'époque de la Saint-Barthélemy. (Sera publiée.)
Le Spiritisme en Angleterre.
Le Spiritisme a rencontré en Angleterre, dans le principe, une opposition dont on s'est étonné avec raison. Ce n'est pas qu'il n'y trouvât des partisans isolés, comme partout, mais ses progrès y ont été infiniment moins rapides qu'en France. Est-ce que, comme quelques-uns l'ont prétendu, les Anglais plus froids, plus positifs, moins enthousiastes que nous, se laissent moins aller à leur imagination ; qu'ils sont moins portés au merveilleux ? S'il en était ainsi, on devrait s'étonner, à bien plus forte raison, qu'il ait eu son principal foyer aux Etats-Unis, où le positivisme des intérêts matériels règne en souverain absolu. N'eût-il pas été plus rationnel qu'il fût sorti de l'Allemagne, tandis que la Russie, sous ce rapport, semble devoir devancer la terre classique des légendes ? L'opposition que le Spiritisme a rencontrée en Angleterre ne tient nullement au caractère national, mais à l'influence des idées religieuses de certaines sectes prépondérantes, rigoureusement attachées à la lettre plus qu'à l'esprit de leurs dogmes ; elles se sont émues d'une doctrine qui, au premier abord, leur a semblé contraire à leurs croyances ; mais il ne pouvait en être longtemps ainsi chez un peuple réfléchi, éclairé, et où le libre examen n'éprouve aucune entrave, où le droit de réunion pour discuter est absolu. Devant l'évidence des faits, il fallait bien se rendre ; or, c'est précisément parce que les Anglais les ont jugés froidement et sans enthousiasme, qu'ils les ont appréciés et en ont compris toute la portée. Lorsque ensuite, d'une observation sérieuse est sortie pour eux cette vérité capitale que les idées spirites ont leur source dans les idées chrétiennes, que loin de se contredire elles se corroborent, se confirment, s'expliquent les unes par les autres, toute satisfaction a été donnée au scrupule religieux ; la conscience rassurée, rien ne s'est plus opposé au progrès des idées nouvelles, qui se propagent dans ce pays avec une étonnante rapidité. Or, là comme ailleurs, c'est encore dans la partie éclairée de la population qu'elles trouvent leurs plus nombreux et leurs plus zélés partisans ; argument péremptoire auquel on n'a encore rien opposé. Les médiums s'y multiplient ; de nombreux centres s'établissent, auxquels s'associent des membres du haut clergé qui proclament ouvertement leurs convictions. Les adversaires diront-ils que la fièvre du merveilleux a triomphé du flegme anglais ? Quoi qu'il en soit, il est un fait notoire, c'est que leurs rangs s'éclaircissent tous les jours, en dépit de leurs sarcasmes.
Le développement des idées spirites en Angleterre ne pouvait manquer d'y donner naissance à des publications spéciales. Elles y ont maintenant un organe dans un recueil mensuel fort intéressant, qui se publie à Londres, depuis le 1° mai dernier, sous le titre de the Spiritual Magazine, auquel nous empruntons le récit suivant :
Un Esprit parleur.
Etant, il y a quelques semaines, à Worcester, j'ai rencontré par hasard, chez un banquier de cette ville, une dame dont je fis la connaissance, et, de sa propre bouche, j'ai entendu une histoire tellement surprenante, qu'il me fallut plus qu'un témoignage ordinaire pour y ajouter foi. Quand j'interrogeai notre hôte sur cette dame, il me dit qu'il la connaissait depuis plus de trente ans. " Elle est tellement véridique, ajouta-t-il, sa droiture est si bien connue de tout le monde, que je n'ai pas le moindre doute sur la réalité de ce qu'elle a raconté. C'est une femme d'une réputation sans tache, de mœurs irréprochables, possédant un esprit fort et intelligent et une instruction variée. " Il considérait donc comme impossible qu'elle cherchât à tromper les autres, ou qu'elle se trompât elle-même. Il lui avait souvent entendu raconter cette histoire, et toujours d'une manière claire et précise, de sorte qu'il était extrêmement embarrassé ; il lui répugnait d'admettre de pareils faits, et, d'un autre côté, il n'osait pas mettre en doute la bonne foi de la personne.
Mes propres observations tendaient à confirmer tout ce qu'on m'avait dit de la dame en question. Il y avait dans son air, dans ses manières, même dans le son de sa voix, ce je ne sais quoi qui trompe rarement, et qui porte en soi-même la conviction de la vérité. Il m'était donc impossible de ne pas la croire sincère, d'autant plus qu'elle semblait parler de ces choses avec une répugnance évidente. Le banquier m'avait dit qu'il était très difficile de la faire parler sur ce sujet, car, en général, elle trouvait des auditeurs plus disposés à rire qu'à croire. Ajoutez à cela que ni la dame ni le banquier ne connaissaient le Spiritisme ou en avaient à peine entendu parler.
Voici le récit de cette dame :
" Vers l'année 1820, ayant quitté notre maison de Suffolk, nous allâmes habiter la ville de ***, port de mer, en France. Notre famille se composait de mon père, de ma mère, une sœur, un jeune frère d'environ douze ans, de moi et d'un domestique anglais. Notre maison était située dans un endroit très retiré, un peu en dehors de la ville, au beau milieu de la plage ; il n'y avait pas d'autre maison ni aucune espèce de bâtiment dans le voisinage.
" Un soir mon père vit, à quelques yards seulement de la porte, un homme enveloppé dans un grand manteau et assis sur un fragment de rocher. Mon père s'approcha de lui pour lui dire bonsoir, mais, ne recevant pas de réponse, il rebroussa chemin. Avant de rentrer, pourtant, il eut l'idée de se retourner, et à son grand étonnement il ne vit plus personne. Il fut encore plus surpris quand, après s'être approché de nouveau, et avoir bien examiné tout autour du rocher, il ne vit pas la moindre trace de l'individu qui y était assis un instant auparavant, et aucun abri n'existait où il aurait pu se cacher. Quand mon père rentra dans le salon, il nous dit : " Mes enfants, je viens de voir une apparition. " Comme on peut le croire, nous nous mîmes tous à rire aux éclats.
" Cependant cette nuit-là, et plusieurs nuits de suite, nous entendîmes des bruits étranges dans divers endroits de la maison ; c'étaient tantôt des gémissements qui partaient de dessous nos fenêtres, tantôt il semblait qu'on grattait sur les fenêtres mêmes, et, dans d'autres moments, on aurait dit que plusieurs personnes grimpaient sur le toit. Nous ouvrîmes nos fenêtres à plusieurs reprises, demandant à haute voix : " Qui est là ? " mais sans obtenir de réponse.
" Au bout de quelques jours, les bruits se firent entendre dans la chambre même où ma sœur et moi nous couchions (elle avait vingt ans et moi dix-huit). Nous éveillâmes toute la maison, mais on ne voulut pas nous écouter ; on nous fit des reproches et l'on nous traita de folles. Les bruits consistaient ordinairement en coups frappés : quelquefois il y en avait 20 ou 30 dans une minute, d'autres fois il s'écoulait une minute entre chaque coup.
" A la fin, les bruits du dehors et du dedans furent également entendus de nos parents, et ils furent bien forcés d'admettre que l'imagination n'y était pour rien. Alors on se rappela le fait de l'apparition ; mais, en somme, nous n'étions pas trop effrayés, et nous finîmes par nous habituer à tout ce tapage.
" Une nuit, pendant que l'on frappait comme d'habitude, il me vint à la pensée de dire : " Si tu es un Esprit, frappe six coups. " Immédiatement j'entendis frapper les six coups très distinctement. Avec le temps ces bruits nous devinrent tellement familiers que non-seulement nous n'en avions aucune frayeur, mais qu'ils cessèrent même de nous être désagréables.
" A présent, je vais vous raconter la partie la plus curieuse de cette histoire, et j'hésiterais à vous la communiquer, si tous les membres de ma famille n'avaient été témoins de ce que j'avance. Mon frère, alors enfant, mais qui est maintenant un homme très distingué dans sa profession, pourra, au besoin, vous en confirmer tous les détails.
" Outre les coups frappés dans notre chambre à coucher, nous commencions à entendre, dans le salon principalement, comme une voix humaine. La première fois que nous l'entendîmes, ma sœur était au piano ; nous chantions une romance, et voilà que l'Esprit se met à chanter avec nous. On peut se figurer notre étonnement. Il n'y avait pas moyen de douter de la réalité du fait, car peu après la voix commença à nous parler d'une manière claire et intelligible, se mêlant de temps à autre à notre conversation. La voix était basse, les tons lents, solennels et très distincts : l'Esprit nous parlait toujours en français. Il nous dit qu'il se nommait Gaspard, mais quand nous voulions l'interroger sur son histoire personnelle, il ne répondait pas ; il n'a jamais voulu dire non plus le motif qui l'avait porté à se mettre en rapport avec nous. Nous avions généralement la pensée qu'il était Espagnol ; je ne puis pourtant pas me rappeler d'où nous était venue cette idée-là. Il appelait chaque membre de la famille par son nom de baptême ; quelquefois il nous récitait des vers, et cherchait constamment à nous inculquer des sentiments de moralité chrétienne, mais sans jamais toucher aux questions du dogme. Il semblait désireux de nous faire comprendre ce qu'il y a de grand dans la vertu, ce qu'il y a de beau dans l'harmonie qui règne entre les membres d'une même famille. Une fois que ma sœur et moi nous avions une légère dispute, nous entendîmes la voix nous dire : " M… a tort ; S… a raison. " Du moment qu'il se fit connaître, il fut constamment occupé à nous donner de bons conseils. Une fois mon père était très inquiet au sujet de certains documents qu'il craignait d'avoir perdus, et qu'il était très désireux de retrouver, Gaspard lui dit où ils étaient dans notre vieille maison de Suffolk ; on chercha, et à l'endroit même qu'il avait indiqué on trouva les papiers.
" Les choses continuèrent à se passer ainsi pendant plus de trois ans ; toutes les personnes de la famille, sans excepter les domestiques, avaient entendu la voix. La présence de l'Esprit, car nous ne doutions guère de sa présence, était toujours un grand bonheur pour nous tous ; nous le regardions à la fois comme notre compagnon et notre protecteur. Un jour il nous dit : " Pendant quelques mois je ne serai plus avec vous. " En effet, ses visites cessèrent pendant plusieurs mois ; un soir, nous entendîmes cette voix si bien connue de nous, nous dire : " Me voilà encore parmi vous. " Il serait difficile de peindre notre joie.
" Jusqu'ici, on l'avait toujours entendu, mais on ne le voyait pas. Un soir mon frère dit : " Gaspard, j'aimerais bien à vous voir, " et la voix répondit : " Je vous contenterai ; vous me verrez, si vous voulez aller jusqu'à l'autre côté de la place. " Mon frère nous quitta, mais il revint bientôt en disant : " J'ai vu Gaspard ; il portait un grand manteau et un chapeau à larges bords ; j'ai regardé sous son chapeau, et il m'a souri. - Oui, dit la voix, se mêlant à la conversation, c'était moi. "
La manière dont il nous quitta tout à fait nous fut très sensible. Nous retournâmes à Suffolk, et là, comme en France, pendant plusieurs semaines après notre arrivée, Gaspard continua ses causeries avec nous.
" Un soir il nous dit : " Je vais vous quitter pour toujours, il vous arriverait du malheur si je restais auprès de vous dans ce pays-ci, où nos communications seraient mal comprises et mal interprétées. "
" Depuis ce moment, ajouta la dame, avec un accent de tristesse, comme quand on parle d'un être aimé que la mort nous a enlevé, nous n'entendîmes plus la voix de Gaspard. "
Voilà les faits tels qu'on me les a racontés. Tout cela me fait réfléchir, et peut faire également réfléchir vos lecteurs. Je ne prétends donner aucune explication, aucune opinion ; je dirai seulement que j'ai une confiance entière dans la bonne foi de la personne de qui je les tiens, et je signe de mon nom, en garantie de l'exactitude de ma narration.
S. C. Hall.
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L'Esprit et le petit Chien.
(Société, 4 mai 1860. Méd., M. Didier.)
M. G. G…, de Marseille, nous transmet le fait suivant :
" Un jeune homme mourut il y a huit mois, et sa famille, dans laquelle se trouvent trois sœurs médiums, l'évoque presque journellement à l'aide d'une corbeille. Chaque fois que l'Esprit est appelé, un petit chien, qu'il avait beaucoup aimé, saute sur la table et vient flairer la corbeille en poussant de petits gémissements. La première fois que cela arriva la corbeille écrivit : " Mon brave petit chien qui me reconnaît. "
" Je n'ai pas vu le fait, mais les personnes de qui je le tiens en ont souvent été témoins, et sont trop bons Spirites et trop sérieuses pour qu'il me soit permis de révoquer en doute leur véracité. Je me suis demandé si le périsprit conserverait assez de particules matérielles pour affecter l'odorat du chien, ou si le chien serait doué de la faculté de voir les Esprits ; c'est un problème qu'il me semblerait utile d'approfondir, si toutefois il n'est pas déjà résolu. "
1° Évocation de M. ***, mort il y a huit mois, et dont il vient d'être question. - R. Je suis là.
2. Confirmez-vous le fait relatif à votre chien qui vient flairer la corbeille servant à vos évocations, et qui paraît vous reconnaître ? - R. Oui.
3. Pourriez-vous nous dire quelle est la cause qui attire le chien vers la corbeille ? - R. L'extrême finesse des sens peut faire deviner la présence de l'Esprit, le voir même.
4. Le chien vous voit-il ou vous sent-il ? - R. L'odorat surtout, et le fluide magnétique.
Charlet.
Remarque. Charlet, le peintre, a fait à la Société une série de dictées fort remarquables sur les animaux, et que nous publierons prochainement ; c'est sans doute à ce titre qu'il est intervenu spontanément dans la présente évocation.
5. Puisque Charlet veut bien intervenir dans la question qui nous occupe, nous le prions de nous donner quelques explications à ce sujet. - R. Volontiers. Le fait est parfaitement vraisemblable, et par conséquent naturel. Je parle en général, car je n'ai pas connaissance de celui dont il s'agit. Le chien est doué d'une organisation toute particulière ; il comprend l'homme, c'est tout dire ; il le sent, le suit dans toutes ses actions avec la curiosité d'un enfant ; il l'aime, qui plus est, au point, - et l'on a assez d'exemples pour confirmer ce que j'avance, - au point, dis-je, de se dévouer pour lui. Le chien doit être, je n'en suis pas sûr, entendez-vous bien, mais le chien doit être un de ces animaux venus d'un monde déjà avancé pour soutenir l'homme dans sa peine, le servir, le garder. Je viens de parler des qualités morales que le chien possède en lui-même positivement. Quant à ses facultés sensitives, elles sont extrêmement fines ; tous les chasseurs connaissent la subtilité de l'odorat du chien ; outre cette qualité, le chien comprend presque toutes les actions de l'homme ; il comprend l'importance de sa mort ; pourquoi ne devinerait-il pas son âme, et pourquoi même ne la verrait-il pas ? Charlet.
Le lendemain, madame Lesc…, médium, membre de la Société, obtint en particulier l'explication suivante sur le même sujet.
" Le fait qu'on a cité à la Société est vrai, quoique le périsprit dégagé du corps n'ait aucune de ses émanations. Le chien flairait la présence de son maître ; quand je dis flairer, j'entends que ses organes percevaient sans que ses yeux vissent, sans que son nez sentît ; mais tout son être était averti de la présence du maître, et cet avertissement lui était surtout donné par la volonté qui se dégageait de l'Esprit de celles qui évoquaient le mort. La volonté humaine frappe et avertit l'instinct des animaux, surtout celui des chiens, avant qu'aucun signe extérieur ne l'ait révélée. Le chien est mis, par sa fibre nerveuse, en rapport direct avec nous, Esprits, presque autant qu'avec vous autres hommes ; il perçoit les apparitions ; il se rend compte de la différence qui existe entre elles et les choses réelles ou terrestres, et il en a une grande terreur. Le chien hurle à la lune, selon l'expression vulgaire ; il hurle aussi lorsqu'il sent venir la mort. Dans ces deux cas, et dans bien d'autres encore, le chien est intuitif. J'ajouterai que son organe visuel est moins développé que son organe perceptif : il voit moins qu'il ne sent ; le fluide électrique le pénètre presque habituellement. Le fait qui m'a servi de point de départ n'a donc rien d'étonnant, car, au moment du dégagement de la volonté qui appelait son maître, le chien sentait sa présence presque aussi vite que l'Esprit lui-même entendait et répondait à l'appel qui lui était fait. "
Georges (Esprit familier.)
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L'Esprit d'un idiot.
(Société, 25 mai 1860.)
Charles de Saint-G…, est un jeune idiot âgé de treize ans, vivant, et dont les facultés intellectuelles sont d'une telle nullité qu'il ne reconnaît pas ses parents, et peut à peine prendre lui-même sa nourriture. Il y a chez lui arrêt complet de développement dans tout le système organique. On avait pensé qu'il pouvait y avoir là un intéressant sujet d'étude psychologique.
1° (A saint Louis.) Voudriez-vous nous dire si nous pouvons faire l'évocation de l'Esprit de cet enfant ? - R. Vous pouvez l'évoquer comme si vous évoquiez l'Esprit d'un mort.
2. Votre réponse nous ferait supposer que l'évocation pourrait se faire à tout moment quelconque. - R. Oui ; son âme tient à son corps par des liens matériels, mais non par des liens spirituels ; elle peut toujours se dégager.
3. Evocation de Ch. de Saint-G… - R. Je suis un pauvre Esprit attaché à la terre comme un oiseau par une patte.
4. Dans votre état actuel, comme Esprit, avez-vous la conscience de votre nullité en ce monde ? - R. Certainement ; je sens bien ma captivité.
5. Quand votre corps dort, et que votre Esprit se dégage, avez-vous les idées aussi lucides que si vous étiez dans un état normal ? - R. Quand mon malheureux corps repose, je suis un peu plus libre de m'élever vers le ciel où j'aspire.
6. Eprouvez-vous, comme Esprit, un sentiment pénible de votre état corporel ? - R. Oui, puisque c'est une punition.
7. Vous rappelez-vous votre existence précédente ? - R. Oh ! oui ; elle est la cause de mon exil d'à présent.
8. Quelle était cette existence ? - R. Un jeune libertin sous Henri III.
9. Vous dites que votre condition actuelle est une punition ; vous ne l'avez donc pas choisie ? - R. Non.
10. Comment votre existence actuelle peut-elle servir à votre avancement, dans l'état de nullité où vous êtes ? - R. Elle n'est pas nulle pour moi devant Dieu qui me l'a imposée.
11. Prévoyez-vous la durée de votre existence actuelle ? - R. Non ; encore quelques années, et je rentrerai dans ma patrie.
12. Depuis votre précédente existence jusqu'à votre incarnation actuelle, qu'avez-vous fait comme Esprit ? - R. C'est parce que j'étais un Esprit léger que Dieu m'a emprisonné.
13. Dans votre état de veille avez-vous conscience de ce qui se passe autour de vous, et cela malgré l'imperfection de vos organes ? - R. Je vois, j'entends, mais mon corps ne comprend ni ne voit rien.
14. Pouvons-nous faire quelque chose qui vous soit utile ? - R. Rien.
15. (A saint Louis.) Les prières pour un Esprit réincarné peuvent-elles avoir la même efficacité que pour un Esprit errant ? - R. Les prières sont toujours bonnes et agréables à Dieu ; dans la position de ce pauvre Esprit elles ne peuvent lui servir à rien ; elles lui serviront plus tard, car Dieu les met en réserve.
Remarque. - Personne ne méconnaîtra le haut enseignement moral qui ressort de cette évocation. Elle confirme en outre ce qui a toujours été dit sur les idiots. Leur nullité morale ne tient point à la nullité de leur Esprit qui, abstraction faite des organes, jouit de toutes ses facultés. L'imperfection des organes n'est qu'un obstacle à la libre manifestation des facultés ; elle ne les annihile point. C'est le cas d'un homme vigoureux dont les membres seraient comprimés par des liens. On sait que, dans certaines contrées, les crétins, loin d'être un objet de mépris, sont entourés de soins bienveillants. Ce sentiment ne tiendrait-il pas à une intuition du véritable état de ces infortunés, d'autant plus dignes d'égards que leur Esprit, qui comprend sa position, doit souffrir de se voir le rebut de la société ?
Entretiens familiers d'outre-tombe.
Madame Duret,
Médium écrivain, morte le 1° mai 1860, à Sétif (Algérie), évoquée d'abord chez M. Allan Kardec, le 21, puis à la Société, le 25 mai.
1. Evocation. - R. Me voici.
2. Nous nous connaissions de nom, si ce n'est de fait ; et quoique vous ne m'ayez jamais vu, me reconnaissez-vous ? - R. Oh ! très bien.
3. Depuis votre mort êtes-vous déjà venue me visiter ? - R. Non, pas encore, mais je savais bien que vous m'appelleriez.
4. Comme médium, et parfaitement initiée au Spiritisme, j'ai pensé que vous pourriez, mieux qu'un autre, nous donner des explications instructives sur différents points de la science. - R. Je répondrai le mieux que je pourrai.
5. Cette première évocation n'a pour objet que de renouveler en quelque sorte connaissance, et de nous mettre en rapport ; quant aux questions, comme elles sont d'un intérêt général, je préfère vous les adresser dans la Société. Je vous demande donc si vous voulez bien y venir ? - Oui, très volontiers ; je répondrai et je prierai Dieu qu'il m'éclaire.
6. Il y a ici cinq médiums ; y en a-t-il un que vous préfériez pour vous servir d'interprète ? - R. Cela m'est indifférent, pourvu que ce soit un bon médium.
7. Comme médium, avez-vous été quelquefois trompée par les Esprits dans vos communications ? - R. Oh ! bien souvent. Il y a peu de médiums qui ne le soient plus ou moins.
Nota. Le lendemain, madame Duret se manifesta spontanément, et témoigna le regret qu'on ne lui eût pas adressé, la veille, un plus grand nombre de questions.
8. Si je ne l'ai pas fait, c'est, comme je l'ai dit, que je les réservais pour la Société ; je voulais simplement m'assurer si je pouvais compter sur vous. - R. Ce qui se fait chez vous vous est également donné pour l'instruction de la Société, et il est souvent utile de profiter des instants où un Esprit veut se communiquer, les circonstances ne lui étant pas toujours également favorables.
9. Quelles sont les circonstances qui peuvent lui être favorables ? - R. Il y en a beaucoup que vous connaissez ; mais il faut que vous sachiez que cela ne dépend pas toujours de lui. Il a quelquefois besoin d'être assisté par d'autres Esprits, qui ne sont pas toujours là à point nommé.
10. Puisque vous êtes venue spontanément, je dois croire que vous êtes dans un de ces moments propices, et j'en profiterai si vous le voulez bien. Vous avez dit hier que vous aviez souvent été trompée comme médium ; voyez-vous maintenant les Esprits qui vous trompaient ? - R. Oui, je les vois très bien. Ils voudraient bien encore me circonvenir, mais j'y vois clair à présent ; je ne suis plus leur dupe ; aussi, je les repousse.
11. Vous avez dit aussi qu'il y a peu de médiums qui n'aient été plus ou moins trompés ; de qui cela dépend-il ? - R. Beaucoup du médium, et aussi de celui qui interroge.
12. Je vous prie de vous expliquer plus clairement ? - R. Je veux dire qu'on peut toujours, quand on le veut, se préserver des mauvais Esprits, et la première condition pour cela, c'est de ne pas les attirer par sa faiblesse ou par ses défauts. Que de choses j'aurais à vous dire là-dessus ! Ah ! si les médiums savaient tout le tort qu'ils se font en donnant prise aux Esprits malveillants !
13. Est-ce dans le monde des Esprits qu'ils se font du tort ? - R. Oui, et dans le monde des vivants aussi.
14. Quel tort cela peut-il leur faire dans le monde des vivants ? - R. Il y en a plusieurs ; d'abord ils deviennent la proie des mauvais Esprits, qui les abusent et les poussent au mal en excitant tous les défauts dont ils trouvent en eux le germe, principalement l'orgueil et la jalousie. Ensuite Dieu les punit souvent par les peines de la vie.
Remarque. Nous avons plus d'un exemple de médiums doués des plus heureuses dispositions, et que le malheur a poursuivis et accablés, après s'être laissé dominer par les mauvais Esprits.
15. Mais alors ne vaudrait-il pas mieux n'être pas médium, puisque cette faculté peut entraîner de si graves inconvénients ? - R. Croyez-vous donc que les mauvais Esprits ne viennent s'attaquer qu'aux médiums ? La médiumnité, au contraire, est un moyen précieux de les reconnaître et de s'en préserver ; c'est le remède que Dieu, dans sa bonté, donne à côté du mal ; c'est l'avertissement d'un bon père qui aime ses enfants et qui veut les préserver du danger. Malheureusement, ceux qui jouissent de ce don ne savent pas ou ne veulent pas en profiter ; ils sont comme l'imprudent qui se blesse avec l'arme qui doit servir à le défendre.
16. Est-ce bien vous, madame Duret, qui donnez ces réponses ? - R. C'est bien moi qui les donne, je le certifie au nom de Dieu ; mais je crois que si j'étais abandonnée à moi-même, j'en serais incapable. Les pensées me viennent de plus haut.
17. Voyez-vous l'Esprit qui vous les inspire ? - R. Non ; il y a ici une foule d'Esprits devant lesquels je m'incline, et dont les pensées semblent rayonner en moi.
18. Ainsi, un Esprit peut recevoir les inspirations d'autres Esprits tout aussi bien que celui qui est incarné, et leur servir d'intermédiaire ? - R. Gardez-vous d'en douter ; souvent il croit répondre de lui-même, et il n'est qu'un écho.
19. Que les pensées soient de vous personnellement ou qu'elles vous soient suggérées, peu nous importe, du moment qu'elles sont bonnes, et nous remercions les bons Esprits qui vous les suggèrent ; mais alors, je demanderai pourquoi ces mêmes Esprits ne répondent pas directement ? - R. Ils le feraient si vous les interrogiez ; c'est moi que vous évoquez ; ils veulent répondre, et alors ils se servent de moi pour ma propre instruction.
20. L'Esprit qui a obsédé un médium de son vivant l'obsède-t-il encore après sa mort ? - R. La mort ne délivre pas l'homme de l'obsession des mauvais Esprits ; c'est la figure des démons tourmentant les âmes en peine. Oui, ces Esprits les poursuivent après la mort, et leur causent des souffrances horribles, parce que l'Esprit tourmenté se sent sous une étreinte dont il ne peut se débarrasser. Celui, au contraire, qui s'est délivré de l'obsession de son vivant, est fort, et les mauvais Esprits le regardent avec crainte et respect ; ils ont trouvé leur maître.
21. Y a-t-il beaucoup de médiums véritablement bons, dans toute l'acception du mot ? - R. Ce ne sont pas les médecins qui manquent, mais les bons médecins sont rares ; il en est de même des médiums.
22. A quel signe peut-on reconnaître que les communications d'un médium méritent confiance ? - R. Les communications des bons Esprits ont un caractère auquel il n'est pas possible de se méprendre, quand on veut se donner la peine de les étudier. Quant au médium, le meilleur serait celui qui n'aurait jamais été trompé, parce que ce serait la preuve qu'il n'attire que de bons Esprits.
23. Mais n'y a-t-il pas des médiums doués d'excellentes qualités morales et qui sont trompés ? - R. Oui, les mauvais Esprits peuvent faire des tentatives, et ils ne réussissent que par la faiblesse ou la trop grande confiance du médium, qui se laisse duper ; mais cela ne dure pas, et les bons Esprits ont facilement le dessus quand la volonté y est.
24. La faculté médianimique est-elle indépendante des qualités morales du médium ? - R. Oui, elle est souvent donnée à un très haut degré à des personnes vicieuses, afin d'aider à les corriger. Est-ce que les malades n'ont pas plus besoin de remèdes que les gens qui se portent bien ? Les mauvais Esprits leur donnent quelquefois de bons conseils sans le vouloir ; ils y sont poussés par de bons Esprits ; mais elles n'en profitent pas, parce que, par orgueil, elles ne les prennent pas pour elles.
Remarque. Ceci est parfaitement exact, et l'on voit souvent des Esprits inférieurs donner de rudes leçons, et en termes peu mesurés, signaler les défauts, tourner les travers en ridicule avec plus ou moins de ménagement, selon les circonstances, et quelquefois d'une façon très spirituelle.
25. De bons Esprits peuvent-ils se communiquer par de mauvais médiums ? - R. Quelquefois des médiums imparfaits peuvent avoir de très belles communications, qui ne peuvent venir que de bons Esprits ; mais plus ces communications sont sages et sublimes, plus les médiums sont coupables de n'en pas profiter. Oh ! oui ; ils sont bien coupables, et ils porteront cruellement la peine de leur aveuglement.
26. Les bonnes intentions et les qualités personnelles de celui qui interroge peuvent-elles conjurer les mauvais Esprits attirés par un médium imparfait et lui assurer de bonnes communications ? - R. Les bons Esprits apprécient l'intention, et, quand ils jugent utile de le faire, ils peuvent se servir de toute espèce de médium, selon le but qu'on se propose ; mais, en général, les communications sont d'autant plus sûres que le médium a plus de qualités sérieuses.
27. Aucun homme ne pouvant être parfait, il s'ensuivrait qu'il n'y a pas de médiums parfaits ? - R. Il y en a qui sont aussi parfaits que le comporte l'humanité terrestre ; ils sont rares, mais il y en a ; ceux-là sont les préférés de Dieu et se préparent de grandes joies dans le monde des Esprits.
28. Quels sont les défauts qui donnent le plus de prise aux mauvais Esprits ? - R. Je vous l'ai dit : l'orgueil, et la jalousie qui est une suite de l'orgueil et de l'égoïsme. Dieu aime les humbles et châtie les superbes.
29. En concluez-vous que le médium qui n'est pas humble ne mérite aucune confiance ? - R. Non, pas d'une manière absolue ; mais si vous reconnaissez dans un médium de l'orgueil, de la jalousie et peu de charité, vous avez beaucoup plus de chances d'être trompés.
Remarque. Ce qui perd beaucoup de médiums, c'est de se croire seuls capables de recevoir de bonnes communications et de mépriser celles des autres ; ils se croient des prophètes, et ils ne sont que les interprètes d'Esprits rusés qui les enlacent de leurs filets, en leur persuadant que tout ce qu'ils écrivent est sublime, et qu'ils n'ont plus besoin de conseils. La croyance de certains médiums à l'infaillibilité et à la supériorité de leurs communications est telle, qu'y toucher, c'est presque une profanation ; en douter, c'est presque leur faire injure ; bien plus, c'est même s'exposer à s'en faire des ennemis, car mieux vaudrait dire à un poète que ses vers sont mauvais. Ce sentiment, qui a pour principe évident l'orgueil, est entretenu par les Esprits qui les assistent, et qui ont grand soin de leur inspirer de l'éloignement pour quiconque pourrait les éclairer ; cela seul devrait suffire, s'ils n'étaient pas fascinés, pour leur faire ouvrir les yeux. Il est un principe que personne ne saurait contester, c'est que les bons Esprits ne peuvent conseiller que le bien ; donc, tout ce qui n'est pas bien dans le sens absolu, ne peut venir d'un bon Esprit ; par conséquent, tout conseil dicté, ou tout sentiment inspiré, qui refléterait la moindre pensée mauvaise, est, par cela même, d'une origine suspecte, quelles que soient, du reste, les qualités ou la redondance du style.
Un signe non moins caractéristique de cette origine, c'est la flatterie, dont les mauvais Esprits ne sont pas avares à l'égard de certains médiums. Ils savent, à propos, louer leurs avantages physiques ou leurs qualités morales, caresser leurs penchants secrets, exciter leur convoitise ou leur cupidité, et, tout en blâmant l'orgueil et en conseillant l'humilité, aiguillonner leur vanité et leur amour-propre. Un des moyens qu'ils emploient, consiste surtout à les persuader de leur supériorité comme médiums en les posant comme les apôtres de missions, au moins douteuses, et pour lesquelles la première de toutes les qualités serait l'humilité, jointe à la simplicité et à la charité.
Éblouis par le nom des êtres vénérés dont ils se croient les interprètes, ils n'aperçoivent pas le bout de l'oreille que les faux Esprits laissent passer malgré eux, car il serait impossible à des Esprits inférieurs de simuler complètement toutes les qualités qu'ils n'ont pas. Les médiums ne s'affranchiront véritablement de l'obsession à laquelle ils sont en butte, que lorsqu'ils comprendront cette vérité ; alors seulement les mauvais Esprits, de leur côté, comprendront qu'ils perdent leur temps avec des personnes qu'ils ne sauraient prendre en défaut.
(Société, 25 mai 1860.)
30. Votre mari possède, à ce qu'il paraît, la faculté de médium voyant ; a-t-il réellement cette faculté ? - R. Oui, positivement.
31. Il dit vous avoir vue deux fois depuis votre mort ; cela est-il vrai ? - R. Cela est bien vrai.
32. Les médiums voyants sont-ils exposés à être trompés par les Esprits imposteurs comme les médiums écrivains ? - R. Ils sont moins souvent trompés que les médiums écrivains, mais ils peuvent l'être également par de fausses apparences, quand ils ne sont pas inspirés de Dieu. Sous les Pharaons, du temps de Moïse, les faux prophètes ne faisaient-ils pas des miracles qui trompaient le peuple ? Moïse seul ne s'y trompait pas, parce qu'il était inspiré de Dieu.
33. Veuillez maintenant nous expliquer vos sensations à votre entrée dans le monde des Esprits. A part le trouble plus ou moins long qui suit toujours la mort, y a-t-il eu un instant où votre Esprit a perdu toute conscience de lui-même ? - R. Oui, comme toujours ; c'est impossible autrement.
34. Cette perte absolue de conscience a-t-elle commencé avant l'instant de la mort ? - R. Elle a commencé dans l'agonie.
35. A-t-elle persisté après la mort ? - R. Très peu de temps.
36. Combien de temps peut-elle avoir duré en tout ? - R. Environ quinze à dix-huit de vos heures.
37. Cette durée est-elle variable selon les individus ? - R. Certainement, elle n'est pas la même chez tous les hommes ; cela dépend beaucoup du genre de mort.
38. Pendant que s'accomplissait le phénomène de la mort, aviez-vous la conscience de ce qui se passait dans votre corps ? - R. Nullement. Dieu, qui est bon pour toutes ses créatures, veut épargner à l'Esprit les angoisses de ce moment ; c'est pourquoi il lui ôte tout souvenir et toute sensation.
Remarque. Ce fait, qui nous a toujours été confirmé, est analogue à ce qui se passe à la rentrée de l'Esprit dans le monde corporel. On sait que, dès l'instant de la conception, l'Esprit désigné pour habiter le corps qui doit naître est saisi d'un trouble qui va croissant à mesure que les liens fluidiques qui l'unissent à la matière se resserrent, jusqu'aux approches de la naissance ; à ce moment, il perd également toute conscience de lui-même, et ne commence à recouvrer ses idées qu'au moment où l'enfant respire ; c'est alors seulement que l'union de l'Esprit et du corps est complète et définitive.
39. Comment s'est opéré l'instant du réveil ? Vous êtes-vous subitement reconnue, ou bien y a-t-il eu un moment de demi-conscience, c'est-à-dire de vague dans les idées ? - R. J'ai été pendant quelques instants dans le vague, et puis, peu à peu, je me suis reconnue.
40. Combien de temps cet état a-t-il duré ? - R. Je ne le sais pas au juste ; mais peu de temps ; je crois environ deux heures.
41. Pendant cette sorte de demi-sommeil éprouviez-vous une sensation agréable ou pénible ? - R. Je ne sais ; je n'avais guère la conscience de moi-même.
42. A mesure que vos idées s'élucidaient, aviez-vous la certitude de la mort de votre corps, ou bien avez-vous cru un instant être encore de ce monde ? - R. Je l'ai cru effectivement pendant quelques instants.
43. Quand vous avez eu la certitude de votre mort, en avez-vous éprouvé du regret ? - R. Non, nullement ; la vie n'est pas à regretter.
44. Quand vous vous êtes reconnue, où vous êtes-vous trouvée, et qu'est-ce qui a tout d'abord frappé votre vue ? - R. Je me suis trouvée avec des Esprits qui m'environnaient, qui m'aidaient à sortir du trouble ; c'est ce changement qui m'a frappée.
45. Vous êtes-vous trouvée près de votre mari ? - R. Je le quitte peu ; il me voit ; il m'évoque ; cela remplace mon pauvre corps.
46. Êtes-vous allée immédiatement revoir les personnes que vous aviez connues : M. Dumas et les autres Spirites de Sétif ? - R. Non, pas immédiatement : j'ai pensé que l'on m'évoquerait. Il n'y avait pas assez longtemps que je les avais quittés, et j'en ai trouvé que j'avais connus, et que je n'avais pas vus depuis bien des siècles. J'étais médium et Spirite ; tous les Esprits que j'avais évoqués sont venus me recevoir ; cela m'a frappée. Si vous saviez comme il est doux de retrouver nos amis dans ce monde !
47. Le monde des Esprits vous a-t-il paru une chose étrange, nouvelle pour vous ? - R. Oh ! oui.
48. Cette réponse nous étonne, car ce n'est pas la première fois que vous vous trouvez dans le monde des Esprits. - R. Cela n'a rien qui doive vous étonner ; je n'étais pas si avancée qu'aujourd'hui ; et puis la différence est si grande entre le monde corporel et le monde des Esprits que cela surprend toujours.
49. Votre explication pourrait être plus claire ; cela ne tiendrait-il pas à ce que chaque fois que l'on revient dans le monde des Esprits les progrès que l'on a faits donnent des perceptions nouvelles et permettent de l'envisager sous un autre aspect ? - R. C'est bien cela ; je vous ai dit que je n'étais pas si avancée qu'aujourd'hui.
Remarque. La comparaison suivante peut faire comprendre ce qui se passe en cette circonstance. Supposons qu'un pauvre paysan vienne à Paris pour la première fois ; il y fréquentera une société, habitera un quartier en rapport avec sa situation. Qu'après une absence de plusieurs années, pendant lesquelles il se sera enrichi et aura acquis une certaine éducation, il revienne à Paris, il s'y trouvera dans un milieu tout autre que la première fois et qui devra lui paraître nouveau ; il comprendra et appréciera une foule de choses qui avaient à peine fixé son attention la première fois ; en un mot, il aura peine à reconnaître son ancien Paris, et pourtant ce sera toujours Paris, mais qui lui apparaît sous un nouveau jour.
50. Comment jugez-vous maintenant les communications que l'on obtient à Sétif ; sont-elles en général plutôt bonnes que mauvaises ? - R. C'est comme partout ; on en obtient de bonnes et de mauvaises, de vraies et de fausses. Ils s'occupent souvent de choses qui ne sont pas assez sérieuses, et ne s'y prennent pas toujours bien ; mais ils ne croient pas mal faire. Je ferai en sorte de les corriger.
51. Nous vous remercions d'avoir bien voulu venir, et des explications que vous nous avez données. - R. Je vous remercie aussi d'avoir pensé à moi.
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Médecine intuitive.
Plessis-Boudet, 23 mai 1860.
Monsieur,
Dans ma dernière lettre je vous ai donné un bulletin des cures obtenues au moyen de la médication de mademoiselle Godu. Je suis toujours dans l'intention de vous tenir au courant des faits, mais aujourd'hui je crois plus utile de vous parler de son mode de traiter. Il est bon de tenir les personnes au courant, car il nous est venu de loin des malades qui se faisaient une très fausse idée de ce genre de médication, et qui s'exposaient à faire un voyage inutile ou de pure curiosité.
Mademoiselle Godu n'est point somnambule ; elle ne consulte jamais à distance, ni même à mon domicile, que sous ma direction et sous mon contrôle. Quand nous sommes d'accord, ce qui arrive presque toujours, parce que je suis à même d'apprécier aujourd'hui sa médication, nous commençons le traitement convenu, et mademoiselle Godu exécute les pansements, prépare les tisanes et agit, en un mot, comme infirmière, mais infirmière d'élite, et d'un zèle sans exemple, dans notre modeste maison de santé improvisée.
Est-ce par un fluide épurateur dont elle serait douée qu'elle obtient de si précieux résultats ?
Est-ce par son assiduité aux pansements, ou par la confiance qu'elle inspire ?
Est-ce enfin par un système de médication bien conçu et bien dirigé qu'elle obtient des succès ?
Telles sont les trois questions que je me suis souvent posées.
Pour le moment, je ne veux pas entrer dans la première question, parce qu'elle exige une étude approfondie, et une discussion scientifique de premier ordre ; elle viendra plus tard.
Pour la seconde question, je peux la résoudre aujourd'hui affirmativement, et en cela mademoiselle Godu se trouve dans les mêmes conditions que tous les médecins, infirmiers ou opérateurs qui savent relever le moral de leurs malades, et leur inspirer une confiance salutaire.
Quant à la troisième question, je n'hésite pas davantage à la résoudre affirmativement. J'ai acquis la conviction que la médication de mademoiselle Godu constitue tout un système très méthodique. Ce système est simple dans sa théorie, mais dans la pratique il varie à l'infini, et c'est dans l'application qu'il réclame toute l'attention et toute l'habileté possibles. L'homme de l'art le plus exercé a peine à comprendre tout d'abord ce mécanisme et cette série de modifications incessantes en raison du progrès ou du déclin de la maladie ; il est ébloui et ne comprend que peu de chose ; mais, à la longue, il se rend facilement compte de cette médication et de ses effets.
Il serait trop long de vous énumérer en détail, et currente calamo, tout un système médical nouveau pour nous, bien que, sans doute, très ancien par rapport à l'âge des hommes sur notre planète. Voici les bases sur lesquelles repose ce système, qui sort rarement de la médecine révulsive.
Mademoiselle Godu, dans la plupart des cas, applique un topique extractif composé d'une ou deux matières qu'on trouve partout, dans la chaumière comme au château. Ce topique a un effet tellement énergique qu'on obtient des effets incomparablement supérieurs à tous ceux de nos révulsifs connus, sans en excepter le cautère actuel et les moxas. Quelquefois elle se borne à l'application de vésicatoires, quand un effet énergique n'est pas indispensable. L'habileté consiste à proportionner le remède au mal, à maintenir une suppuration constante et variée, et voilà ce qu'elle obtient avec un onguent tellement simple qu'on ne peut le classer au nombre des médicaments. On peut l'assimiler aux cérats simples et même aux cataplasmes, et cependant cet onguent produit des effets soutenus et on ne peut plus variés : ici ce sont des sels calcaires que l'on obtient sur l'emplâtre ; chez les hydropiques, c'est de l'eau ; chez les gens à humeurs, c'est une suppuration abondante, tantôt claire et souvent épaisse ; enfin les effets de son onguent varient à l'infini pour une cause que je n'ai pu encore saisir, et qui, du reste, doit rentrer dans l'étude de la première question posée. Voilà pour l'extérieur ; plus tard, je vous dirai un mot de la médication interne, que je m'explique facilement. Il ne faut pas croire non plus que le mal s'enlève comme avec la main ; il faut, comme toujours, du temps et de la persévérance pour guérir radicalement les maladies rebelles.
Agréez, etc. Morhéry.
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Un grain de folie.
Le Journal de la Haute-Saône rapportait dernièrement le fait suivant :
" On a vu des rois détrônés s'ensevelir sous les débris de leurs palais ; on voit des joueurs malheureux abdiquer la vie après la perte de leur fortune ; mais un propriétaire qui se suicide pour ne pas survivre à l'expropriation d'un pré, c'est ce qu'on n'avait peut-être jamais vu avant le fait que nous citons. Un propriétaire de Saint-Loup avait été averti qu'un de ses prés serait exproprié, le 14 mai, par la Compagnie des chemins de fer de l'Est. Cette information l'avait vivement affecté ; il ne pouvait supporter l'idée de se séparer de son pré, et il donna des signes d'aliénation mentale. Le 2 mai, il est sorti de son habitation à trois heures du matin, et s'est noyé dans la rivière de Combeauté. "
Il est difficile, en effet, de se suicider pour une cause plus futile, et un acte aussi déraisonnable ne peut s'expliquer que par un dérangement du cerveau ; mais, qui a produit ce dérangement ? A coup sûr, ce n'est pas la croyance aux Esprits. Est-ce le fait de l'expropriation du pré ? Mais alors, pourquoi tous ceux que l'on exproprie ne deviennent-ils pas fous ? C'est, dira-t-on, que tous n'ont pas le cerveau aussi faible. Alors, vous admettez donc une prédisposition naturelle à la folie, et il ne saurait en être autrement, du moment que la même cause ne produit pas toujours le même effet. Nous l'avons dit bien des fois en réponse à ceux qui accusent le Spiritisme de provoquer la folie ; qu'ils disent si, avant qu'il ne fût question des Esprits, il n'y avait pas de fous, et s'il n'y a de fous que parmi ceux qui croient aux Esprits ? Une cause physique ou une violente commotion morale peuvent seules produire une folie instantanée ; hors cela, si l'on examine les antécédents, on en trouvera toujours des symptômes, qu'une cause fortuite peut développer ; la folie prend alors le caractère de la préoccupation principale ; le fou parle de ce qui le préoccupe, mais ce n'est pas cette préoccupation qui est la cause, ce n'est en quelque sorte qu'un mode de manifestation. Ainsi, une prédisposition à la folie étant donnée, celui qui s'occupe de religion aura une folie religieuse ; l'amour produira la folie amoureuse ; l'ambition, la folie des honneurs et des richesses, etc. Dans le fait rapporté ci-dessus, il serait absurde d'y voir autre chose qu'un simple effet que toute autre cause eût pu provoquer, parce que la prédisposition y était. Nous allons plus loin, maintenant : nous disons hautement que si ce propriétaire, si impressionnable à l'endroit de son pré, eût été profondément imbu des principes du Spiritisme, il ne fût pas devenu fou et ne se serait pas noyé, deux malheurs qui auraient été évités, ainsi que nous en avons de nombreux exemples. La raison en est évidente. La folie a pour cause première une faiblesse morale relative, qui rend l'individu incapable de supporter le choc de certaines impressions, au nombre desquelles figurent, pour les trois quarts au moins, le chagrin, le désespoir, le désappointement et toutes les tribulations de la vie. Donner à l'homme la force nécessaire pour voir ces choses avec indifférence, c'est donc atténuer en lui la cause la plus fréquente de folie et de suicide ; or, cette force, il la puise dans la doctrine spirite bien comprise. En présence de la grandeur de l'avenir qu'elle déroule à nos yeux, et dont elle donne la preuve patente, les tribulations de la vie deviennent si éphémères, qu'elles glissent sur l'âme comme l'eau sur le marbre, sans y laisser de traces. Le vrai Spirite ne s'attache à la matière que tout juste autant qu'il faut pour les besoins de la vie ; mais si une corde lui manque, il en prend son parti, parce qu'il sait qu'il n'est ici qu'en passant, et qu'un sort bien meilleur l'attend ; aussi ne s'en affecte-t-il pas plus que de trouver accidentellement une pierre sur son chemin. Si notre homme eût été imbu de ces idées, que serait devenu son pré à ses yeux ? La contrariété qu'il a éprouvée eût été insignifiante ou nulle, et un malheur imaginaire n'eût pas amené un malheur réel. En résumé, l'un des effets, et nous pouvons dire l'un des bienfaits du Spiritisme, c'est de donner à l'âme la force qui lui manque en beaucoup de circonstances, et c'est en cela qu'il peut diminuer les causes de folie et de suicide. Comme on le voit, les faits les plus simples peuvent être une source d'enseignement pour qui veut réfléchir. C'est en montrant les applications du Spiritisme aux cas les plus vulgaires qu'on en fera comprendre toute la sublimité. N'est-ce pas là la véritable philosophie ?
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Tradition musulmane.
Nous extrayons le passage suivant du remarquable et savant ouvrage que M. Géraldy Saintine a publié sous le titre de : Trois ans en Judée.
" Lorsque le sultan de Babel Bakhtunnassar (Nabuchodonosor) fut envoyé par Dieu pour punir les enfants d'Israël, qui avaient abandonné la doctrine de l'unité, il dépouilla le temple de tous les objets précieux qui s'y trouvaient réunis ; et, se réservant pour lui-même le trône de Salomon, avec ses supports, les deux lions d'or pur animés par un art magique qui en défendaient l'entrée, il distribua le reste du butin aux différents rois de sa cour. Le roi de Roum reçut l'habit d'Adam et la verge de Moïse ; le roi d'Antakie eut pour sa part le trône de Belkis, et le paon merveilleux dont la queue, toute en pierreries, formait à ce trône un riche dossier ; le roi d'Andalousie prit la table d'or du Prophète. Un coffret en pierre, qui contenait le Tourat (Bible), était au milieu de toutes ces richesses, et nul n'y faisait attention, bien qu'il fût de tous les trésors le plus précieux. On le laissa donc abandonné au caprice des pillards qui parcouraient la ville et le temple, faisant main basse sur tout ce qu'ils rencontraient, et le dépôt de la parole divine disparut dans cet immense désordre.
" Quarante ans plus tard, la colère de Dieu s'étant apaisée, il résolut de rétablir les fils d'Israël dans leur héritage et suscita le prophète Euzer (Esdras), - sur qui soit le salut ! - Prédestiné par la volonté divine à une mission glorieuse, il avait passé toute sa jeunesse dans la prière et la méditation, négligeant les sciences humaines pour s'absorber dans la contemplation de l'Etre infini, et vivait séparé du monde au fond d'une des grottes qui entourent la ville sainte. Cette grotte s'appelle aujourd'hui encore el Azérie1. Obéissant à l'ordre de Dieu, il sortit de sa retraite et vint au milieu des fils d'Israël leur indiquer comment ils devaient rebâtir le temple et remettre en honneur les anciens rites.
" Mais le peuple ne crut point à la mission du prophète ; il déclara qu'il ne se soumettrait point à la loi ; que même il cesserait les travaux de construction du temple et s'en irait habiter d'autres pays, si on ne lui représentait le livre où notre seigneur Moïse - sur qui soit le salut ! - avait consigné toutes les prescriptions religieuses à lui dictées sur le mont Sinaï. Ce livre avait disparu, et toutes les recherches pour le retrouver avaient été infructueuses.
" Euzer donc, dans ce grand embarras, fit à Dieu de ferventes prières pour qu'il le tirât de peine et empêchât le peuple de persister dans la voie de perdition. Il était assis sous un arbre, contemplant avec tristesse les ruines du temple, autour desquelles s'agitait la multitude indocile. Tout à coup une voix d'en haut lui ordonne d'écrire, et, bien qu'il n'eût jamais pris en main un qalam (plume en roseau), il obéit sur-le-champ. Depuis la prière du midi jusqu'au lendemain à la même heure, sans prendre de nourriture, sans se lever de l'endroit béni où il était assis, il continua d'écrire tout ce que lui dictait la voix céleste, n'hésitant pas un seul instant, n'étant pas même arrêté par les ténèbres de la nuit, car une lumière surnaturelle éclairait son esprit et un ange guidait sa main.
" Tous les fils d'Israël étaient dans l'ébahissement et contemplaient en silence cette manifestation de la toute-puissance divine. Mais lorsque le prophète eut terminé sa copie miraculeuse, les imans, jaloux de la faveur particulière dont il venait d'être l'objet, prétendirent que le nouveau livre était une invention diabolique et qu'il ne ressemblait nullement à l'ancien.
" Euzer s'adressa de nouveau à la bonté infinie, et, cédant à une inspiration subite, il se dirigea, suivi de tout le peuple, vers la fontaine de Siloam. Arrivé devant la source, il lève les mains au ciel, fait une longue et ardente prière, et toute la foule se prosterne avec lui. Tout à coup apparaît à la surface de l'eau une pierre carrée qui flotte comme soutenue par une main invisible ; dans cette pierre les imans reconnaissent en tremblant le coffret sacré depuis si longtemps perdu ; Euzer le prend avec respect ; le coffret s'ouvre de lui-même ; le Tourat de Moïse en sort comme s'il était animé d'une vie propre, et la nouvelle copie, s'échappant du sein du prophète, va d'elle-même se placer dans la boîte sacrée.
" Le doute n'était plus permis ; cependant le saint homme exige que les imans confrontent les deux exemplaires. Ceux-ci, malgré leur confusion, obéissent à sa volonté. Ils témoignent à haute voix, après un long examen, que pas un mot, pas un kareket (accent) n'établit la moindre différence entre le livre écrit par Euzer et celui qu'avait tracé Moïse. Dès qu'ils ont rendu cet hommage à la vérité, Dieu, pour les punir de leurs premières erreurs, éteint leurs yeux et les plonge dans d'éternelles ténèbres.
" C'est ainsi que les fils d'Israël furent ramenés à la foi de leurs pères. L'endroit où s'était assis le chef que Dieu leur avait donné fut appelé depuis Kerm ech Cheick (l'enclos ou la vigne du Cheik). "
Qui ne reconnaîtrait dans ce récit plusieurs phénomènes spirites que les médiums reproduisent sous nos yeux et qui n'ont rien de surnaturel ?
1 Nom arabe de la grotte connue sous le nom de Tombeau de Lazare.
Une faute de langue par un Esprit.
Nous avons reçu la lettre suivante à propos du fait d'écriture directe rapporté dans le numéro de la Revue spirite du mois de mai, page 155.
Monsieur,
Je lis aujourd'hui seulement votre numéro de mai, et j'y trouve le récit d'une expérience d'écriture directe faite en ma présence chez mademoiselle Huet. Je me fais un plaisir de confirmer ce récit, en relevant pourtant une petite inexactitude qui a échappé au narrateur. Ce n'est pas God loves you, mais God love you que nous avons trouvé sur le papier ; c'est-à-dire que le verbe love, par l'absence de la lettre s, ne se trouvait pas à la troisième personne de l'indicatif présent ; on ne pourrait donc pas traduire par Dieu vous aime, à moins de sous-entendre que et d'en faire une formule d'impératif ou de subjonctif. L'observation en a été faite dans une séance subséquente à l'Esprit de Channing (si tant est que ce fût bien l'Esprit de Channing, car vous me connaissez, et je vous demande la permission de conserver mes doutes sur l'identité absolue des Esprits), et l'Esprit de Channing, dis-je, ne s'est pas expliqué bien catégoriquement au sujet de cette s omise à dessein ou par inadvertance ; il nous a même un peu reproché, si j'ai bonne mémoire, d'attacher de l'importance à une lettre de plus ou de moins dans une expérience aussi remarquable.
En dépit de ce reproche amical fait par l'Esprit de Channing, j'ai cru devoir vous communiquer mon observation sur la manière dont le mot love a été réellement écrit. L'honorable M. E. de B…, resté possesseur du papier, a pu le montrer ou le montrera à beaucoup de personnes, et parmi ces personnes il pourra s'en trouver qui aient connaissance de votre dernier numéro ; or, il importe (et je suis persuadé que c'est votre avis comme le mien), que la plus grande fidélité se rencontre dans le récit des faits si étranges et si merveilleux que nous obtenons.
Agréez, etc. Mathieu.
Nous avions parfaitement remarqué la faute que signale M. Mathieu, et nous avons pris sur nous de la corriger, sachant, par expérience, que les Esprits attachent fort peu d'importance à ces sortes de peccadilles, dont les plus éclairés ne se font aucun scrupule ; aussi ne sommes-nous nullement étonné de l'observation de Channing en présence, comme il le dit, d'un fait bien autrement capital. L'exactitude dans la reproduction des faits est sans doute une chose essentielle ; mais l'importance de ces faits est relative, et nous avouons que si nous devions toujours, pour le français, suivre l'orthographe des Invisibles, messieurs les grammairiens auraient beau jeu pour les traiter de cuisinières, alors même que le médium est passé expert en ces matières. Nous en avons un, ou une, dans la Société, qui est pourvu de tous ses diplômes, et dont les communications, quoique écrites très posément, ont de nombreuses taches de ce genre. Les Esprits nous ont toujours dit : " Attachez-vous au fond et non à la forme ; pour nous la pensée est tout, la forme rien ; corrigez donc la forme, si vous le jugez à propos : nous vous laissons ce soin. " Si donc la forme est défectueuse, nous ne la conservons que lorsqu'il peut en sortir un enseignement ; or, tel n'était pas le cas, à notre avis, dans le fait ci-dessus, car le sens était évident.
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Dictées spontanées et dissertations spirites
Obtenues ou lues dans les séances de la Société.
La Vanité.
(Par madame Lesc…, médium.)
Je veux te parler de la vanité qui se mêle à toutes les actions humaines : elle ternit les plus douces pensées ; elle envahit le cœur, la tête. Mauvaise plante, elle étouffe en son germe la bonté ; toutes les qualités sont anéanties par son venin. Pour lutter contre elle, il faut employer la prière ; elle seule donne l'humilité et la force. Sans cesse vous oubliez Dieu, hommes ingrats ! Il n'est pour vous que le secours imploré dans la détresse, et jamais l'ami que l'on invite au banquet de la joie. Il vous a donné pour éclairer le jour, le soleil, rayonnement de gloire, et pour éclairer la nuit, les étoiles, fleurs d'or. Partout, à côté des éléments nécessaires à l'humanité, il a placé le luxe nécessaire à la beauté de son œuvre. Dieu vous a traités comme le ferait un hôte généreux qui multiplie, pour recevoir ses invités, le luxe de sa demeure et l'abondance du festin. Que faites-vous, vous qui n'avez que votre cœur à lui offrir ? Loin de le parer de joie et de vertus, loin de lui offrir les prémisses de vos espérances, vous ne le souhaitez, vous ne l'invitez à pénétrer en vous, que lorsque le deuil et les âpres déceptions vous ont labourés et sillonnés. Ingrats ! qu'attendez-vous pour aimer votre Dieu ? Le malheur et l'abandon. Offrez-lui donc plutôt votre cœur libre de douleurs ; offrez-lui, comme des hommes debout, et non comme des esclaves agenouillés, votre amour purifié de crainte, et il se souviendra, à l'heure du danger, de vous, qui ne l'aurez pas oublié à l'heure du bonheur.
Georges. (Esprit familier.)
La misère humaine.
La misère humaine n'est pas dans l'incertitude des événements qui, tantôt élèvent, tantôt précipitent. Elle gît tout entière dans le cœur avide et insatiable qui aspire sans cesse à recevoir, qui se plaint de la sécheresse d'autrui, et ne s'avise jamais de sa propre aridité. Ce malheur d'aspirer plus haut que soi-même, ce malheur de ne pouvoir être satisfait par les joies les plus chères, ce malheur, dis-je, constitue la misère humaine. Qu'importe le cerveau, qu'importent ses plus brillantes facultés, si elles sont toujours assombries par le désir âpre et inassouvi de ce quelque chose qui lui échappe sans cesse ; l'ombre flotte près du corps, le bonheur flotte près de l'âme, insaisissable pour elle. Vous ne devez cependant ni vous plaindre ni maudire votre sort ; car cette ombre, ce bonheur, fuyant et mobile comme l'onde, donne, par l'ardeur et l'angoisse qu'il dépose dans le cœur, la preuve de la divinité emprisonnée dans l'humanité. Aimez donc la douleur et sa poésie vivifiante, qui fait vibrer vos esprits par le souvenir de la patrie éternelle. Le cœur humain est un calice plein de larmes ; mais vienne l'aurore, et elle boira l'eau de vos coeurs ; elle sera pour vous la vie qui éblouira vos yeux aveuglés par l'obscurité de la prison charnelle. Courage ! chaque jour est une délivrance ; marchez dans la douloureuse voie ; marchez, en suivant des yeux l'étoile de la mystérieuse espérance.
Georges. (Esprit familier.)
La tristesse et le chagrin.
(Par madame Lesc…, médium.)
On a tort de céder souvent à la tristesse. Ne vous y trompez pas, le chagrin est le sentiment ferme et honnête que ressent l'homme atteint dans son cœur ou dans ses intérêts ; mais la lâche tristesse n'est que la manifestation physique du sang ralenti ou précipité dans son cours. La tristesse couvre de son nom bien des égoïsmes, bien des lâchetés. Elle débilite l'esprit qui s'y abandonne. Au contraire, le chagrin est le pain des forts ; cette âpre nourriture alimente les facultés de l'esprit et amoindrit la partie animale. Ne cherchez pas le martyre du corps, mais soyez avides du martyre de l'âme. Les hommes comprennent qu'ils doivent remuer leurs jambes et leurs bras pour maintenir la vie du corps, et ils ne comprennent pas qu'ils doivent souffrir pour exercer les facultés morales. Le bonheur, ou seulement la joie, sont des hôtes si passagers de l'humanité, que vous ne pouvez, sans en être écrasés, porter leur présence, si légère qu'elle soit. Vous êtes faits pour souffrir et pour rêver sans cesse le bonheur, car vous êtes des oiseaux sans ailes cloués au sol, qui regardez le ciel et enviez l'espace.
Georges. (Esprit familier.)
Remarque. Ces deux communications renferment incontestablement de très belles pensées et des images d'une grande élévation ; mais elles nous semblent écrites sous l'empire d'idées un peu sombres et quelque peu misanthropes ; on croirait y voir l'expression d'un coeur ulcéré. L'Esprit qui les a dictées est mort depuis peu d'années ; de son vivant il était l'ami du médium, dont, après sa mort, il s'est constitué le génie familier. C'était un artiste peintre de talent, dont la vie avait été calme et assez insouciante ; mais qui sait s'il en avait été de même dans sa précédente existence ? Quoi qu'il en soit, toutes ses communications attestent chez lui beaucoup de profondeur et de sagesse. On pourrait croire qu'elles sont le reflet du caractère du médium ; madame Lesc… est sans contredit une femme très sérieuse et au-dessus du vulgaire, à beaucoup d'égards, et c'est sans aucun doute ce qui, à part sa faculté médianimique, lui concilie la sympathie des bons Esprits, mais la communication suivante, obtenue dans la Société, prouve qu'elle peut en recevoir d'un caractère très varié.
La Fantaisie.
(Médium, madame Lesc…)
Tu veux que je te parle de la fantaisie ; elle a été ma reine, ma maîtresse, mon esclave ; je l'ai servie ou je l'ai dominée ; mais, toujours soumis à ses adorables fluctuations, je ne lui ai jamais été infidèle. C'est encore elle qui me pousse à parler d'autre chose : de la facilité qu'a le cœur de porter deux amours, facilité méconnue et fort blâmée. Je crois qu'il est absurde, ce blâme de bons bourgeois qui n'aiment que leurs petits vices réglés, plus ennuyeux encore que leurs vertus ; ils n'admettent que ce que comprend leur cervelle ratissée et bordée de buis comme un jardin de curé. Tu as peur de ce que je te dis ; sois tranquille ; Musset a sa griffe : on ne peut lui demander des gentillesses de petits chiens dressés ; il faut supporter et comprendre ses boutades, vraies sous leur apparence frivole, tristes sous leur gaieté, rieuses dans leurs larmes. Alfred de Musset.
Remarque. Une personne qui n'avait entendu cette communication qu'à la première lecture disait, dans une séance intime, qu'elle lui semblait un peu insignifiante. L'Esprit de Socrate, qui prenait part à l'entretien, répondant à cette observation, écrivit spontanément : " Non, tu te trompes ; relis-la ; il y a du bon ; elle est très intelligente, et cela a son bon côté. On a dit qu'on y reconnaissait l'homme ; c'est, qu'en effet, il est plus facile de prouver l'identité d'un Esprit de votre temps que du mien, et, pour certaines personnes, il est utile que, de temps en temps, vous ayez de ces sortes de communications. "
Un autre jour, la conversation s'étant engagée, à propos des médiums, sur le caractère d'Alfred de Musset, qu'un des assistants accusait d'avoir été trop matériel pendant sa vie, celui-ci écrivit spontanément la remarquable communication suivante par un de ses médiums préférés.
Influence du médium sur l'Esprit.
(Médium, madame Schmidt.)
Les Esprits supérieurs seuls peuvent communiquer indistinctement avec tous les médiums, et tenir partout le même langage ; mais je ne suis pas un Esprit supérieur, voilà pourquoi je suis parfois un peu matériel ! cependant, je suis plus avancé que vous ne croyez.
Quand nous nous communiquons à un médium, l'émanation de sa nature reflète sur nous plus ou moins ; par exemple, si le médium est de ces natures où le cœur domine, de ces êtres élevés, capables de souffrir pour leurs frères ; enfin, de ces âmes dévouées, grandes, que le malheur a rendues fortes, et qui sont restées pures au milieu de la tourmente, alors le reflet fait du bien, en ce sens que nous nous corrigeons spontanément, et que notre langage s'en ressent ; mais, dans le cas contraire, si nous nous communiquons par un médium d'une nature moins élevée, nous nous servons purement et simplement de sa faculté comme d'un instrument ; c'est alors que nous devenons ce que tu appelles un peu matériels ; nous disons des choses spirituelles, si tu veux, mais nous laissons le cœur de côté.
Demande. Les médiums instruits et d'un esprit cultivé sont-ils plus aptes à recevoir des communications élevées que ceux qui n'ont pas d'instruction ? - Réponse. Non ; je le répète : l'essence de l'âme seule se reflète sur les Esprits, mais les Esprits supérieurs seuls en sont invulnérables. Alfred de Musset.
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Bibliographie.
Nous avons parlé dans un article ci-dessus d'une nouvelle publication périodique sur le Spiritisme qui se fait à Londres sous le titre de the Spiritual Magazine ; l'Italie ne reste pas en arrière du mouvement qui porte les idées vers le monde invisible. Nous recevons le prospectus d'un journal qui paraît à Gênes sous le titre de l'Amore del vero, periodico di scienze, litteratura, belle arti, magnetismo animale, omeopatia, elettro-telegrafia, Spiritismo, ec. Sotto la direzzione del signori D. Pietro Gatti e B. E. Maineri. Ce journal paraît trois fois par mois par cahiers de 18 pages.
M. le docteur Gatti, directeur de l'Institut homéopathique de Gênes, est un adepte éclairé du Spiritisme, et nous ne doutons pas que les questions relatives à cette science ne soient traitées par lui avec le talent et la sagacité qui le caractérisent.
L'histoire de Jeanne d'Arc, dictée par elle-même à mademoiselle Ermance Dufaux, et dont nous avons annoncé la réimpression, vient de paraître chez Ledoyen. Nous avons rendu compte de ce remarquable ouvrage dans le numéro de la Revue Spirite de janvier 1858. Depuis cette époque notre opinion n'a pas varié sur son importance, non seulement au point de vue historique, mais comme un des faits les plus curieux de manifestation spirite. Cette réimpression était vivement réclamée, et nous ne doutons pas qu'elle n'obtienne un succès d'autant plus grand, que les partisans de la science nouvelle sont aujourd'hui beaucoup plus nombreux qu'ils n'étaient lors de la première publication.
Allan Kardec.
Paris. - Typ. de Cosson et Cie, rue du Four-Saint-Germain, 43.
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