"L'exercice de la concentration consiste en une réduction du champ de l'attention suivant une certaine méthode et
pour un temps déterminé par la volonté." Ces paroles
d'Ernest Wood dans
Raja Yoga expliquent la célèbre anecdote citée par Paramanda dans son ouvrage Concentration and Meditation.
"Dans l'Inde antique, il y eut un jour un tournoi devant aprrécier le degré d'habileté des participants dans le tir à l'arc.
On hissa à l'extrémité d'un long mât un poisson en bois, dont l'oeil était la cible. Des princes vaillants vinrent
successivement exercer leur adresse, mais en vain. Avant même qu'ils ne décochaient leur flèche, le maître leur
demandait ce qu'ils voyaient et tous répondaient : un poisson accroché à l'extrémité d'un long mât, avec une tête, des yeux, etc.
Vint ensuite Arjuna qui visa le but, disant : Je vois l'oeil du poisson, et lui seul l'atteignit."
L'analogie la plus pertinente ici est sans doute celle du phare, dont les critères d'efficacité sont : la puissance, la capacité à éclairer nettement et constamment un champ déterminé et la facilité avec laquelle on peut le braquer partout où on le désire. Chez l'homme ces facultés s'améliorent à travers la pratique de la concentration, où les efforts soutenus provoquent un agrandissement constant du champ de vision claire dans lequel aucun élément étranger ne vient s'immiscer.
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Le thème de la Concentration se divise en deux parties, le Général et le Particulier, dont la première nous apprendra
à cultiver un nouveau mode de pensée, tandis que la seconde comprend les exercices spécifiques par lesquels on éduquera
sa faculté d'attention. Dans les livres on insiste souvent trop sur les exercices et pas assez sur la nécessité de l'attitude mentale
juste en dehors des temps d'exercice. A ce propos citons
Annie Besant dans
Introduction to Yoga : "Un grand nombre d'aspirants-méditants s'étonnent de ce que leurs efforts restent stériles.
Il est inconcevable qu'une demi-heure de méditation perdue dans 23 heures 30 de dispersion mentale puisse vous permettre
de vous concentrer durant cette demi-heure particulière. Vous défaites dans la journée et la nuit ce que vous avez acquis
le matin, tout comme Pénélope défaisait le tissu qu'elle venait de tisser." Tant que vous n'appliquerez pas tout le long de la journée
la leçon apprise durant les exercices spécifiques, aucun progrès ne pourra être réalisé.
Pour que l'exercice de la concentration devienne efficace, la plupart des pratiquants devront se tenir à des habitudes
régulières (une heure de pratique fixe en un lieu fixe) durant un temps assez long.
Le lieu importe peu, à condition qu'il soit calme et fixe. Si l'on vit à la campagne et si le temps le permet, on doit
préférer la nature à l'espace clos, tandis que pour les citadins, la chambre à coucher est certes la pièce convenant au mieux.
Ceux qui peuvent réserver une pièce particulière à cet usage sont certainement des privilégiés.
Toutes les positions conviennent dans l'exercice de la concentration. Néanmoins, il va sans dire qu'on se concentre plus
facilement en étant assis dans une cathédrale qu'en voyageant debout dans un wagon de métro. Choisissez une position
dans laquelle votre tête et votre colonne vertébrale soient à l'aise, où les circuits énergétiques sont fermés, et où votre
corps tout entier se sent en équilibre, détendu et confortable. Si vous arrivez aisément à maintenir votre dos droit
sans l'aide d'un appui, tant mieux. Sinon appuyez légèrement vos épaules contre quelque chose (un mur par exemple) à l'aide
d'un coussin que vous placerez dans le creux du dos. Gardez votre tête droite ou légèrement penchée en avant, dans l'attitude
rappelant la position des méditants de l'iconographie bouddhique. Les yeux doivent être fermés ou mi-clos ; dans ce dernier
cas, ils fixeront un objet déterminé. La première attitude est plus reposante pour les yeux, en ce sens que toute fixité du
regard fatigue à la longue le nerf optique. Les mains sont à croiser sur les cuisses, mais l'adepte peut s'asseoir aussi bien
sur un divan que sur un siège bas, l'important étant de se sentir dans une position confortable de sorte qu'on parvienne
à oublier son corps dans le temps le plus court. Si l'on s'assied sur une chaise, croiser les pieds , ce qui fermera de même
les "circuits" énergétiques.
Après avoir choisi la position la plus confortable, assurez-vous qu'aucun muscle de votre corps ne soit tendu. Oublier son
corps est en effet impossible si l'on souffre de crampes ou si l'on a envie de bouger. Efforcez-vous de parvenir à la sérénité
impassible, propre à l'iconographie bouddhique. Dans les moments d'intense concentration, le corps souvent se contracte. Des
marques de tension entre les sourcils, des mâchoires contractées ou des mains crispées, un dos rond dénotent des habitudes
qu'il faudra vaincre. Apprenez à dissocier les fonctions physiques et les fonctions mentales. Pour vous mettre à l'aise,
bougez le haut de votre corps à partir des hanches, relâchant délibérément chaque muscle, notamment ceux des épaules et
de la nuque. Etant redevenu immobile, il doit se sentir "stable et détendu" ; on doit pouvoir "oublier".
Il s'agit maintenant de s'exercer à l'art respiratoire. Bien des textes nous entretiennent de ce sujet, qu'on peut envisager
diversement : comme moyen de détendre le corps, comme auxiliaire à la concentration, comme un yoga destiné à développer ses
potentialités profondes, et comme une aide à la méditation sur les "corps". Présentement, nous ne considérerons que le
premier aspect et commencerons par donner un sérieux avertissement, valable pour l'exercice de la respiration dans son
ensemble :
Toute pratique inconsidérée du contrôle respiratoire ouvre toutes grandes les portes aux influences indésirables,
rendant l'adepte presque imperméable aux influences bénéfiques. Sauf si le corps est tout à fait pur et qu'on a une grande
expérience de la méditation, les exercices particuliers de respiration sont souvent très dangereux. Ils ne conduisent
nullement au développement spirituel, mais bien plus dans les sphères des forces psychiques dont tout novice devrait se
tenir écarté. Dans notre état de méconnaissance, ces forces sont très faciles à réveiller et, quand elles le sont, l'aspirant
qui ne peut les maîtriser subira l'empire d'entités obsessionnelles. Pour le débutant, l'exercice le moins risqué, et par
conséquent le plus sage, consiste en une demi-douzaine de respirations lentes et profondes dont il résultera un apaisement
physique et un réveil des capacités latentes du cerveau.
Commencez tout exercice de concentration par un acte de volonté. Formulez mentalement une ferme résolution. Dites-vous par
exemple : "Je vais tâcher de me concentrer tant de minutes, pendant lesquelles je ne penserai à rien d'autre."
Si des préoccupations terrestres viennent errer sur la périphérie de votre champ mental, occupez-vous en rapidement,
puis n'y pensez plus. Traitez-les comme un jeune chien indocile que vous attachez jusqu'à l'heure de la promenade. Etendez
cette attitude aux désirs qui menaceront la sérénité de votre esprit.
Puis, choisissez vos sujets de concentration. Il importe de le faire avec soin, à la fois pour ne pas perdre de temps pendant
votre exercice de concentration et pour éliminer tout risque d'errement.
L'expérience et la logique sont là pour nous apprendre que les objets concrets sont plus adéquats dans les débuts de la
concentration. Il est conseillé à l'aspirant d'entreprendre d'abord des exercices simples, ceux, plus difficiles, relevant de
domaines plus abstraits.
Quel que soit le support choisi, des difficultés surgiront...
Ce dont se plaignent toujours les novices de la concentration, c'est que le fait même de vouloir se concentrer devient un facteur d'agitation mentale. En un sens, cela est exact car, en vertu de la loi de l'action et de la réaction, toute tension infligée à l'esprit se répercute sur le corps. Annie Besant qui a consacré un chapitre entier aux "Obstacles rencontrés dans pratique de la Concentration" dans son ouvrage le Pouvoir de la Pensée, dit que cette agitation participe surtout de l'illusion : " Quand on cède à chaque mouvement du mental, on ne s'aperçoit pas de son activité et de son agitation continuelle mais, on commence à discerner ce mouvement incessant auquel on obéissait ". Chacun des véhicules de la conscience a une vie qui lui est propre. Ainsi, la machine à penser qui pendant des temps immémoriaux ignorait tout d'une quelconque discipline, s'irrite aux premières tentatives faites pour maîtriser. A l'instar d'un cheval fougueux, le mental doit être "dressé". Pour la première fois, l'aspirant le défie avec fermeté, ce qui n'est qu'un prélude au combat ultérieur décrit dans la Voix du Silence : "Le Mental est le grand destructeur du réel. Que le disciple détruise le destructeur."
D'autres difficultés surgiront et resurgiront. Si, devant l'absence de "résultats", l'impatience vous gagne, cela dénote
un faux motif. Des problèmes désagréables comme les maux de tête, l'insomnie, l'irritabilité sont les symptômes d'une stimulation excessive,
guérissables immédiatement en réduisant la durée des exercices.
La résolution de ce problème particulier est très ardue. Que l'objet de concentration soit une boîte d'allumettes ou une couleur, un dessin ou un
exercice respiratoire, des milliers de pensées associées à l'objet en question, ou totalement étrangères à lui, viendront se glisser dans le champ de la conscience,
dissipant l'aspirant. Faut-il les réprimer, les ignorer ou leur accorder notre attention ?
NE LES REPRIMEZ PAS
Il est très dangereux de vouloir réprimer ou écarter les pensées envahissantes, d'autant que ce processus a des répercussions sur le cerveau. Les enseignants
avertis savent qu'une telle répression est en grande part responsable de la fatigue dont parfois les aspirants se plaignent. Dans tout mécanisme, aussi
bien physique que spirituel, ne jamais opposer une force à une autre si une dépense d'énergie moindre peut donner un résultat égal. Il est
prudent d'obéir aux lois universelles, utilisées par exemple dans le judo où l'on évite habilement la trajectoire d'une force déployée par l'adversaire
pour la retourner ensuite contre lui.
PEU D'ADEPTES SAVENT IGNORER LES PENSEES ENVAHISSANTES
Dans l'esprit de la plupart des aspirants, le fait de leut conseiller d'ignorer les pensées envahissantes équivaut à une pétition de principe, en
ce sens que celui qui est capable de les ignorer n'a pas besoin de savoir comment les traiter, simplement il ne leur permet jamais de franchir le seuil de sa conscience ;
tandis que ceux dans l'esprit de qui elles surgissent prouvent par là-même leur incapacité à les ignorer. Tant que ces pensées se contentent de hanter
la périphérie de la conscience, il est possible de les tenir en échec, somplement en dirigeant " la volonté de l'âme toute entière" vers l'objet
de concentration . Mais, sitôt qu'une pensée parasite vient d'accaparer notre attention à notre insu, elle ne peut plus être ignorée et l'aspirant devra forcément
étudier les diverses méthodes pour venir à bout de ces visiteurs importuns.
OCCUPEZ-VOUS EN
Comme mentionné plus haut, les pensées intruses sont, ou le produit d'associations éloignant l'adepte du thème choisi, ou totalement
étrangères à celui-ci ; les premières étant plus facilement contrôlables que les autres.
Prenons un exemple très simple : si vous avez choisi comme sujet de votre concentration une orange, le mental sautera à votre insu de l'orange
aux fruits en général, des fruits au besoin d'en acheter pour le déjeuner, de là à la pièce de théâtre que des amis invités pour le
déjeuner vous emmèneront voir, ensuite aux billets qu'on a promis d'aller chercher. De là, le chemin le plus court pour aller au théâtre, l'heure
à laquelle il faudra quitter la maison pour être là-bas à temps. Voyez combien nous sommes loin de l'orange. Maintenant, au lieu de reprendre ces
associations d'idées dans le même ordre, refaites-les en sens inverse : l'heure du spectacle, l'itinéraire à suivre, les billets, les invités
et le repas, les fruits et le besoin d'en acheter, enfin l'orange que vous avez devant vous. Cette habitude de se souvenir de ses
pensées est un exercice valable en soi ; de plus il est riche d'enseignements.
Plus difficile à observer est la lente procession des pensées étrangères les unes aux autres, qui vagabondent dans notre esprit
et dont chacune exige une attention exclusive. Si nous leur accordons notre attention, il est impératif que nous restions entièrement
impartial, que nous ne cédions à aucune réaction d'impatience devant le dérangement causé, à aucune réaction de sympathie ou d'antipathie, de
peur ou de désir.
En d'autres termes, restez tout à fait impersonnel, tel un observateur qui n'est attiré ni par ses pensées, ni par leur contenu. "Observez-les, laissez-les
passer et s'évanouir." C'est là une application de la loi naturelle enseignée par le judo. Résister à ces envahisseurs détermine une déperdition d'énergie
précieuse, tandis que les observer avec calme et impartialité à mesure qu'ils se lèvent dans le champ mental entraîne leur disparition avec peu de perte
d'énergie et de temps. Vous tenant résolument à l'écart de cette lente procession de pensées, restez leur spectateur impartial et impassible. Ne laissez
pas votre esprit s'identifier avec ces hôtes indésirables car, n'étant qu'un produit du mental, ils sont impermanents et foncièrement illusoires.
Un peu de patience fera se réduire à mesure, non seulement leur pouvoir de distraction, mais aussi leur nombre. Quand
un problème particulier revient avec insistance au point d'en devenir agaçant, adoptez l'attitude conseillée par
Ernest Wood : "Donnez-lui un moment d'attention, vous adressant à lui en ces termes : " Ne m'interromps pas
maintenant, je m'occuperai de toi cet après-midi à cinq heures." Tenez votre promesse et étudiez-le. S'il revient encore, voyez s'il est dans
vos possibilités de le résoudre. Dans l'affirmative, décidez de le faire. S'il récidivait après que vous eussiez fait tout ce qui était en votre pouvoir,
ou s'il s'agissait d'un problème que vous ne puissiez solutionner, dites-vous en dernière instance qu'il ne vous concerne pas et n'y pensez plus."
Il est inutile de préciser qu'il est recommandé de suivre ce conseil même hors de vos exercices quotidiens de concentration ; il s'applique
à l'infinie variété des problèmes surgissant dans la vie, vous lançant un défi perpétuel. Si le problème envahissant porte sur une chose dont vous
vous venez de vous ressouvenir et vers quoi vous désirer revenir plus longuement par la suite, notez-le par écrit, puis retournez à votre objet de concentration.
Ces habitudes, le novice ne doit pas les dédaigner ; par contre, il doit les abandonner dès lors qu'elles sont devenues inutiles. En tout état de cause,
la patience doit être votre devise, non pas l'irritation. Rome ne s'est pas construite en un jour et il en est ainsi de vos capacités de concentration. Tôt ou tard,
votre ténacité se trouvera récompensée.
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L'objet importe peu aussi longtemps qu'il est petit et ses formes simples, comme une orange, une boîte d'allumettes, une montre ou
un crayon. Des objets recommandés dans certains manuels, comme les sources lumineuses ou le point incandescent d'une baguette d'encens, exigent
la prudence car la concentration sur un point lumineux engendre souvent l'auto-hypnose. C'est pourquoi nous la déconseillons.
Choisissez un objet éloigné de vous d'environ un mètre et dirigez délibérément le phare de votre conscience vers lui. Commencez votre
exercice de concentration en évoquant les idées qu'il vous suggère, ensuite, rétrécissez le champ de votre vision mentale sur l'objet
lui-même. La différence entre ces deux étapes est subtile et cependant considérable. Dans la première, on étudie l'aspect de l'objet, ses
propriétés, sa couleur et sa forme, la matière dont il est composé, sa surface, tandis que la réflexion sur un objet fait disparaître ce
type d'analyse et seule demeurera dans le champ de sa conscience, par exemple, la boîte d'allumettes. D'où la nécessité que l'objet soit simple
de sorte qu'on puisse le visualiser dans sa totalité. Un dessin esquissé à l'aide de gros traits convient aussi, quoiqu'il faille veiller à maintenir
l'esprit concentré sur le dessin pour qu'il ne disparaisse pas à force d'élaborations, de variations ou d'abstractions dont il serait le symbole.
Considérez cet exercice comme une gymnastique mentale. En tant que tel, il n'a aucune valeur éthique ou intellectuelle. Essayez de vous concentrer sur l'objet
choisi pendant une minute, sans qu'intervienne la moindre déviation de pensée. Si vous n'y parvenez pas, admettez votre échec en toute humilité et en
toute honnêteté. Vous apprécierez ainsi, si vous ne l'avez déjà fait, la largeur du fossé qui vous sépare du contrôle mental le plus élémentaire. Quand vous serez
tout à fait apte à prolonger cet exercice pendant trois minute, vous pourrez commencer de songer à un autre exercice.
Plus tard, des stimuli plus intimes réclameront votre attention et vous distrairont : des chatouillements aux pieds ou le bruit des
battements de coeur. Ceux-ci pourront un jour faire l'objet d'un sujet de concentration mais, auparavant, et à l'instar du tic-tac de la montre, ils
doivent être écartés dans toute la mesure du possible.
Plus tard on s'apercevra que cet exercice n'est pas seulement un exercice utile, mais un entraînement indispensable à la pratique de la
visualisation subjective, dont nous nous entretiendrons plus loin. Nous avons déjà mentionné que l'aspirant, parfaitement entraîné dans
cet exercice, pouvait à tout instant porter son attention sur un fait précis de son expérience courante sans pour autant que la conscience se retire
de la totalité de son expérience, ou qu'elle ait à faire un effort dans ce sens. Au surplus, qu'il pouvait stocker dans un coin de son esprit une image
mentale précise pour l'étudier ou l'analyser à un autre moment. Cet exerce accroît la faculté de mémorisation, celle de dissoudre dans son esprit un
fait qui vient de sa passer.
La concentration sur un objet concret implique de garder ses yeux ouverts ; c'est un exercice purement objectif, tandis que l'exercice
suivant se situe entre concentration objective et la concentration subjective ; le sujet en est intangible, que les yeux soient ouverts ou fermés.
Les respirations qu'on comptera doivent être complètes et profondes. La respiration étant indispensable au maintien de la vie physique, il serait souhaitable
qu'on apprenne avant tout à contrôler sa respiration.
Les manuels, ainsi que les méthodes enseignées par les diverses écoles de concentration, sont en désaccord quant à la valeur des divers modes respiratoires :
pour les uns, on devrait se borner à inspirer et à expirer ; pour d'autres, il faudrait ajouter un temps de rétention du souffle. Mais là encore certains
conseillent e le faire avec les poumons pleins, d'autres avec les poumons vides. Et même dans l'étape de rétention du souffle, nous rencontrons une
variété de rythmes différents, dont le plus courant est : x secondes pour l'inspiration, la moitié d'x secondes pour la rétention et de
nouveau x secondes pour l'expiration. L'essentiel étant de remplir et de vider à fond les poumons. Au bout de quelques semaines de cette
pratique, vous ressentirez une étonnante sensation d'équilibre, d'énergie et de bien-être. Dans cet exercice, assurez-vous que votre corps soit
à tout moment à l'aise, détendu, exempt de toute raideur, de toute tension. Dans l'apprentissage de l'art de la respiration, la méthode zen suivante,
enseignée à un adepte européen, peut être suivie sans crainte : " Commencez par respirer calmement et profondément, la bouche fermée, l'inspiration
et l'expiration se faisant par le nez. En inspirant, ouvrez et soulevez la cage thoracique, rentrez l'abdomen de manière à soulever
le diaphragme. En expirant, abaissez la cage thoracique, dilatez l'abdomen et abaissez le diaphragme. Ce mode respiratoire est exactement à
l'opposé de ce que la plupart des méthodes enseignent, car en inspirant, il faut penser à soulever le plus possible la cloison du
diaphragme et en expirant à l'abaisser vers le plexus solaire. Avec le temps, quand vus aurez moins à vous concentrer sur le contrôle musculaire de la respiration,
vous vous apercevrez que vous pouvez abaisser le diaphragme bien plus encore, de sorte que la pression finale semble se localiser juste en dessous
du nombril. Notez qu'il convient de fixer son attention sur l'expiration. La phase expiratoire devrait être sensiblement plus lente que la phase inspiratoire
et devrait, de même que la pression vers le bas, continuer aussi longtemps que l'inhalation demeure une action réflexe de l'exhaltation."
Cela étant acquis, il s'agit maintenant de concentrer son attention exclusivement sur le comptage des respirations. En théorie,
cela est chose facile. Pourtant cet exercice, qui est utilisé par le Sangha bouddhiste depuis des siècles et qui de plus demeure
en usage dans tout le monde bouddhiste, mérite notre respect car dans la pratique il s'avérera bien plus difficile qu'il y paraît. Citons
à nouveau les paroles d'un adepte ze au Japon : " Comptez jusqu'à dix respirations, puis recommencez. Maintenez votre attention sur cet exercice,
à l'exclusion de toute autre préoccupation. Dès qu'une pensée survient, n'essayez pas de chasser, mais continuez votre comptage, vous
l'éloignerez ainsi de votre esprit. Toute tentative de vouloir tenir écartées les pensées renforce l'état de distraction. Quand il y a intrusion de la pensée,
ne faites rien et retournez à l'opération de comptage. Cet exercice m'a personnellement semblé très difficile au début. Trois cents respirations, ce qui
équivaut à 30 fois 10 respirations est apparemment le chiffre le plus élevé qu'on puisse atteindre sans qu'une pensée se lève dans l'esprit."
Les novices pourraient tenter d'atteindre cinquante respirations lentes et profondes, dans une concentration d'esprit parfaite. Cet exercice devrait,
si possible, se dérouler devant une fenêtre ouverte.
Supposons que l'aspirant à la méditation ait acquis la faculté de se concentrer sur un objet déterminé pour un temps donné,
et passons à l'exercice consistant à observer les pensées intruses qui nous ennuyaient tant précédemment. La première
règle de cet exercice, c'est de les observer avec une totale impartialité, par laquelle on fonde les bases de l'anéantissement
de l'égocentrisme, tâche qui incombe cependant avant tout à la méditation. Quand les pensées traversent le champ de votre conscience,
demandez-leur : " A qui appartenez-vous ? ", et tandis que la réponse fusera : "Certes pas à moi",
commencez votre observation impartiale et voyez simplement que telle pensée ou tel désir se lève dans votre esprit pour ensuite
y mourir. Soyez l'observateur calme et détaché de cette procession ininterrompue. Voyez comment les pensées se suivent dans un
enchaînement sans fin, comment chacune d'elles est reliée à la précédente, quoique dans votre champ mental vous n'en
distinguiez jamais plus de deux à la fois. Cet exercice contribue à maîtriser le défilé des visiteurs indésirables quand on veut se concentrer
sur un autre sujet. Cependant, s'exercer prématurément à cette observation comporte le danger que le mental, insuffisamment maîtrisé, poursuive une
pensée plaisante, à l'instar d'un jeune chien qui suivrait un étranger dans la rue. Pour la pratiquer, il est nécessaire que l'esprit soit positif
et pleinement attentif, en d'autres termes qu'il ne s'attache à aucune pensée en particulier.
Dans le même ordre d'idée, citons l'exercice où l'on remonte résolument le cours des pensées jusqu'à leurs racines. En agissant
de la sorte, on soumet toute émotion, tout désir réprimé à l'examen de la raison, par quoi on arrive à les détruire instantanément et définitivemeny,
sauf dans le cas où ils sont trop complexes ou trop enfouis. Gardez-vous cependant de vouloir vous remémorer ainsi des vies antérieures.
D'abord, ce serait un gaspillage d'énergie et de temps précieux, ensuite le fait de se concenter sur des erreurs ou des actions peu méritoires tendrait
à les reproduire devant sa conscience, à redonner vie à un passé dont il est préférable d'oublier toute souvenance. Notre attention devrait se porter
toute entière sur l'instant présent. Nous sommes, en un sens, et la loi karmique est là pour le prouver, le résultat de nos actions passées
et approcherons du but d'autant plus rapidement que nous avancerons sans regarder derrière nous.
Il est essentiel de pouvoir former des images mentales claires si
l'on veut progresser dans la méditation. Plus ce pouvoir est
développé, plus il sera facile de réussir les exercices décrits plus loin.
Disposez devant vous un objet à deux dimensions, tel un
schéma ou un dessin simple. L'ayant étudié avec un esprit en
parfaite concentration, fermez les yeux, grâce au pouvoir de
l'imagination, c'est-à-dire de construire des images, créez-en une
reproduction mentale, pour le moins dans ces traits essentiels. Si l'un
d'eux demeure quelque peu indistinct, ouvrez les yeux et corrigez
votre vision et votre mémoire jusqu'à ce qu'elles correspondent à la
réalité. Reprenez cet exercice avec un support simple à trois
dimensions. Une boîte d'allumettes par exemple, mais veillez à ce
que votre objet ne soit pas trop clair ou trop foncé. Si vous passez
outre cette précaution, vous risquez de courir au-devant de nouvelles
difficultés en reproduisant sur la rétine de l'oeil une image dont les
particularités de couleur et d'éclairage sont à l'opposé de ceux de
votre support. L'image mentale doit être une fidèle reproduction de
l'objet lui-même. Par la suite, si vous voulez accroître votre faculté
d'observation et de mémorisation, pratiquez le jeu que Kipling a
immortalisé dans Kim : accordez-vous, disons une minute, pour
observer un plateau plein de petits objets jamais vus jusque-là ; puis,
les yeux fermés ou le dos tourné, essayez de les décrire en détail. Ce
jeu vise surtout à exercer sa faculté d'observation et de mémorisation
dans le sens de la précision, tandis qu'ici nous nous occupons de
cette qualité d'intense attention qui imprime dans la mémorisation tout ce
qui est contenu dans un camp visuel déterminé.
Tournons-nous maintenant vers la maîtrise de la conscience,
autrement dit vers l'art d'apprendre à séparer la conscience de son
véhicule. Disposez devant vous une boîte d'allumettes vide dont
vous créerez une reproduction mentale. Commencez de l'examiner
sous diverses perspectives. Imaginez que vous vous tenez au-dessus
de la boîte d'allumettes, observant sa partie supérieure, ou que vous
l'observez par en dessous.Enfin, faites pénétrer votre conscience à
l'intérieur de la boîte. Si cet exercice vous paraît quelque peu
étrange, rappelez-vous que si la conscienc s'objective à travers ses
véhicules ou dans des formes, elle en demeure néanmoins distincte. Il est par
conséquent concevable d'imaginer la conscience remplir
une boîte d'allumettes ou l'intérieur d'une cathédrale, même si dans
ce cas le sujet dépasse en taille le véhicule habituel de la conscience,
c'est-à-dire le corps physique. Certaines histoires pour enfants
renferment une grande sagesse. Ainsi quand l'héroïne d'Alice au
pays des Merveilles grandissait ou rapetissait selon qu'elle grignotait
un côté ou l'autre du champignon sur lequel était assise la chenille philosophique,
elle vivait ce que tout adepte devrait découvrir de lui-même et pratiquer.
Selon les adeptes orientaux du développement mental, l'esprit a
toutes les facultés que possèdent les instruments scientifiques de
l'Occident, même si celles-ci demeurent le plus ouvent à l'état
latent. Ceux qui ont lu es témoignages sur les pouvoirs de certains
yogis indiens n'auront aucun mal à croire que l'adepte authentique
possède des pouvoirs absolument stupéfiants. Ceux-ci restent
néanmoins hors de la portée de la plupart d'entre nous, quoique les
exercices décrits plus haut, visant à la maîtrise de la conscience, se révèlent comme
une préparation utile à ces entreprises mentales plus difficiles.
Vous inspirant de l'exercice avec la boîte d'allumettes, exercez-vous
maintenant à promener votre conscience d'un bout à l'autre de
votre pièce ou de votre immeuble. Si, par exemple, vous assistez à
une conférence, imaginez que vous tenez aux côtés de l'orateur
et que vous voyez l'auditoire à travers ses yeux. Un autre exercice
conciste à fermer les yeux pendant qu'on voyage et à imaginer qu'on
recule tandis que le véhicule avance. Si ces exercices vous semblent à
l'abord banals, voire insencés, rappelez-vous que leur but est de
nous enseigner l'art de la concentration, et d'aider à anéantir nos
attitudes égocentriques et mesquines, consécutives à notre état
d'illusion qui nous fait croire à la réalité de la conscience individuelle
et qui nuit à tout développement mental réel.
Ceux qui se concentrent sur un dessin imaginé se désoleront
sans doute en constatant combien il est difficile de le maintenir en
l'état. Certains trouveront qu'il rapetisse, d'autres qu'il grandit,
d'autres qu'il s'évanouit, réapparaissant ensuite à notre insu. Aussi
longtemps que ces déviations ne seront pas maîtrisées, il est
préférable d'utiliser des mots, ou plus exactement les lettres qui les
composent, des signes ou des symboles, encore que même là il
advienne que l'image soit instable. De fait, l'objet choisi n'a qu'une
importance très relative, l'essentiel étant que l'image demeure
nette et immobile sur l'écran de l'esprit.
En fait, la concentration sur les couleurs se rattache aux
exercices de visualistion. Mais de par le nombre de ses modalités,
nous lui consacrons un paragraphe spécial. L'objet visualisé étant
sans forme, cet exercice est bien plus difficile que ceux décrits
précédemment. Si l'on y parvient parfaitement, cela prouve que les
facultés de l'esprit se sont considérablement développées. L'exercice
consiste à imprégner son champ mental d'une couleur spectrale
précise, puis à passer progressivement vers une autre couleur
spectrale. Supposons, par exemple, que l'on veuille passer du bleu au
jaune. Fermez les yeux et visualisez la couleur bleue, c'est-à-dire la
couleur elle-même, non pas un objet de couleur bleue. Puis, infusez
lentement du jaune dans ce bleu, de telle sorte que celui-ci vire au
bleu verdâtre, non point par plaques, mais uniformément. Continuez
d'y ajouter un vert de plus en plus franc pour obtenir un vert vif.
Mais, aussitôt que vous voyez se lever dans votre champ mental une
forme, un objet ou une pensée apparentés à cette couleur, il vous
faut recommencer l'exercice à son début. Exercez-vous ensuite à
mêler du jaune à la couleur verte afin que par paliers successifs vous
parvenez à un jaune pur et éclatant, sans la moindre trace de bleu.
Enfin, si vous le désirez, refaites l'exercice, mais en sens inverse,
c'est-à-dire en allant du vert vers le bleu.
De même, exercez vos autres sens à l'art de la concentration.
Ecoutez, par exemple, une note jouée au piano. Quand elle devient
inaudible, essayez d'en garder le son dans votre esprit le plus
longtemps possible. Ensuite, construisez des accords sur cette note.
Ceux qui possèdent une éducation musicale peuvent imaginer toute
une chorale, essayant de discerner les voix qui la composent. Faites
cet exercice en clé de fa, du grave vers l'aigu et de l'aigu vers le grave
tout en détachant les notes les unes des autres dans votre oreille
intérieure. Procédez de même avec le sens du toucher, imaginant par
exemple, une sensation de chaleur d'abord d'intensité croissante,
puis d'intensité décroissante. Exercez aussi les sens de l'odorat et du goût.
Dans les deux cas, dirigez votre attention vers une sensation
unique, à l'exclusion de toute autre sensation, subjective ou
objective, d'objet ou de concept.
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Pour résumer cet article sur la concentration, il faut rappeler ceci :
1. Tant que le mental n'est pas parfaitement entraîné à la
concentration, il est aussi inutile que dangereux de vouloir méditer.
Inutile, parce que l'adepte ne sachant pas concentrer son esprit sur
un point unique, il ne peut méditer correctement, dangereux
d'autant que l'utilisation d'énergies incontrôlées et insuffisamment
entraînées à des fins spirituelles, risque d'entraîner à brève échéance
des conséquences fâcheuses, tant du point de vue moral, que mental,
que physique.
2. La pureté du mobile est primordiale et toute trace
d'égocentrisme ou de vanité risque de s'enfler très vite et, telle une
mauvaise herbe insidieuse, d'étouffer la fleur spirituelle qui
commençait d'éclore.
3. Chacun doit avancer sur le sentier du perfectionnement
avec ses propres ressources. "Même les bouddhas ne peuvent que
t'indiquer la route." Les livres et les conférences ne constituent pas
un substitut du travail personnel. Rappelez-vous le dernier conseil de
Bouddha : "Travaillez à votre propre salut, avec diligence."
4. Que tout écrit, tout discours à propos de la concentration
peut se résumer en ces mots : "Commencez et persévérez."
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