LE SANCTUAIRE....- Maison XI du Verseau

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Les Religions...

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Présentation :

La Maison XI est l'espace réservé aux religions. Nous évoquons les religions les plus connues et la liste n'est pas exhaustive.

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Le mot religion vient des verbes latins relegere (recueillir) ou religare (relier) : il peut donc signifier soit un recueil de formules et de pratiques religieuses, soit le lien entre l'homme et la divinité.

Les temps préhistoriques ont connu les premières croyances en une vie dans l'au-delà. Les tombes et les temples témoignent de l'attente d'une nouvelle naissance après la mort et le voyage vers cet au-delà.

Les religions modernes, elles, sont monothéistes ou polythéistes, se divisant essentiellement sur le devenir de l'âme.

Se préoccupant du sens et du pourquoi de la vie dans un processus qui ne s'arrête pas avec la mort, les religions sont à la fois une espérance, un mode de vie, une liberté et un droit. Le droit de ne pas croire, celui de ne pas pratiquer ou de ne pas soutenir sont cependant tout aussi fondamentaux.

Les Fondements de la Religion Judéo-Chrétienne

1.1. Le peuple juif : peuple fondateur du monothéisme

Le peuple juif est issu vraisemblablement de la convergence de tribus nomades qui se sont réunies autour du mythe d'une généalogie commune (Abraham, Isaac et Jacob) et d'un destin particulier puisque, par une alliance particulière conclue avec Dieu (Yahvé), le peuple juif est élu et son roi, depuis Saül (qui précède David, 1 000 av. notre ère), est l'oint du Seigneur. Cette élection se marque par des comportements particuliers (sabbat, interdits alimentaires rigoureux, etc.) et par un signe physique distinctif, la circoncision. Cela signifie que les Juifs se présentent comme un peuple à part dans le monde antique tant par leur croyance que par leur mode de vie.

Cette particularité ne va pas de soi : elle s'est fortifiée à travers les deux grandes épreuves que connut le peuple juif : le temps de la soumission au Pharaon et l'exil à Babylone. Ces épreuves ont été surmontées par un approfondissement de la foi juive, avec Moïse fondant les Tables de la Loi durant l'Exode et les prophètes (Jérémie, Ézéchiel…) qui conduisent à une restauration d'une lecture stricte de la Thora.

Cela ne va pas de soi au point que, régulièrement, des notables juifs sont tentés de se plier aux exigences sociales des autres peuples. C'est ainsi que le roi Hérode n'hésite pas à faire des sacrifices sur les autels païens lorsqu'il se rend à Rome alors même qu'il a restauré le temple de Salomon à Jérusalem. En ce sens, il s'oppose à David, roi élu du Seigneur 1, et surtout à Salomon, le roi sage par excellence, bâtisseur du temple qui protège l'Arche d'Alliance (disparu dans la destruction du Temple en - 587). Ces dérives étant récurrentes, il revient aux prophètes de redresser le peuple et, éventuellement, à certains de prendre les armes : ce fut le cas de Judas Maccabées, au IIe siècle avant Jésus-Christ.

1.2. Jésus de Nazareth : une vie de prophète

Face à la dynastie des Hérode soutenue par l'occupant romain (un occupant qui ne comprend pas la religion juive : ayant pénétré dans le Saint des Saints, Pompée est atterré de n'y découvrir que le vide !), l'attitude des Juifs est loin d'être uniforme : les autorités religieuses, dont le Sanhédrin, préservent l'avenir par une attitude de compromis, attitude critiquée par les pharisiens qui, eux, prônent une résistance intérieure avec le retour à la pureté des pratiques, et par les zélotes, favorables à une résistance active. Face à eux, les publicains participent activement à l'administration impériale. Dans ce contexte, Jésus manifeste son intention de redonner vie à la Thora en rompant le respect formel des prescriptions, apparaissant alors comme un homme de la transgression. Ainsi, il guérit pendant le sabbat ou sauve une femme adultère de la lapidation. Son message est fondé sur la thématique de la compassion et de l'altruisme : " Respecter le Seigneur et aimer son prochain comme soi-même, tel est le premier commandement ". Sa force de conviction est d'autant plus grande qu'il connaît à un haut degré les écritures et qu'il sait manier l'art oratoire. Contrairement à une idée répandue, les paraboles - qui forment l'expression la plus répandue de la parole du Christ dans les Évangiles - sont particulièrement élaborées. Ainsi que Socrate et les rhéteurs de l'Antiquité, il utilise un art du paradoxe qui se manifeste jusque dans son art de vivre : lui, le pur qui accomplit des gestes miraculeux, fréquente publicains, parias de la société et courtisanes (Marie -Madeleine). Non dépourvu d'ambiguïtés, son enseignement, étalé sur environ trois ans, suscite un intérêt certain dans un monde juif en plein désarroi.

Ayant laissé entendre qu'il est le Messie, c'est-à-dire le Sauveur, le nouveau Moïse, Jésus de Nazareth est arrêté et condamné en raison de l'agitation qu'ont suscité des ambiguïtés et des provocations répétées contre les autorités établies, tant romaines que juives. Il connaît la même fin qu'un certain nombre d'agitateurs de son temps qui étaient qualifiés de faux prophètes.

1.3. Jésus-Christ, du prophète au Messie

Haut dignitaire juif issu d'une famille qui a acquis la citoyenneté romaine, Paul se convertit sur le chemin de Damas alors qu'il partait persécuter des disciples de Jésus. Son influence sur les disciples du Christ va s'avérer déterminante car, pour lui, l'enseignement de Jésus de Nazareth ne vaut que par la lumière de sa mort. En effet, il n'est pas mort, mais il est ressuscité et il viendra à la fin des temps juger les vivants et les morts : c'est la bonne nouvelle que les disciples ont pour mission d'annoncer, fût-ce au prix du martyr. Jésus n'est donc plus seulement un prophète et encore moins un simple moraliste, il est le Messie, le Sauveur, le Christ, celui qui mène les hommes de la terre jusqu'au ciel pour la vie éternelle. Il est le passeur qui accomplit l'exode spirituel. Il est effectivement un libérateur comme Moïse, mais la libération ne concerne plus seulement les Hébreux, elle concerne l'humanité entière car le Christ, par son sacrifice sur la croix, a racheté le péché originel. Or, cette faculté, il ne la possède que parce qu'il est homme et en même temps fils de Dieu.

La Passion du Christ (son supplice et sa résurrection) révèle ainsi les mystères de la foi nouvelle : Dieu s'est incarné, " le Verbe s'est fait chair ", et les hommes ont été relevés de leurs péchés. Dieu a ainsi formé une nouvelle alliance avec les hommes. En même temps, au Dieu unique des Juifs a succédé un Dieu certes unique, mais trinitaire (une même substance, mais trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit). Il s'agit d'une véritable révolution copernicienne dans l'univers religieux de l'Antiquité, établie dès 325 par le concile de Nicée.

1.4. L'extension de la religion nouvelle

Alors même qu'elle représente une religion de rupture, la religion chrétienne va progresser. En se prétendant universelle, elle rejette les religions polythéistes et incite à décliner les honneurs divins dus à l'empereur (" Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu "), même si elle ne remet pas en cause l'autorité publique. En même temps, la nouvelle alliance conduit à ne plus se soucier des marques de l'ancienne alliance et à oublier la spécificité du peuple juif.

La religion chrétienne uniformise non seulement l'espace religieux du monde méditerranéen, mais également les structures sociales : " Il n'y a plus ni Juif, ni Romain, ni esclave, ni homme libre, ni homme, ni femme : nous sommes tous un en Jésus-Christ " (Paul). Dans une société aussi éclatée qu'est l'Empire romain, la religion chrétienne ne peut apparaître que comme un défi à l'empereur, seule source de l'unité d'un empire qui, pourtant, va se convertir dans un temps assez rapide. À une époque où le courage a valeur d'exemple, l'attitude des martyrs mourant pour leur foi est pour beaucoup dans cette conversion.

Enfin, les religions antiques polythéistes ont pour objectif de structurer le corps social par des rites et des processions ainsi que par une cosmogonie identitaire (chaque cité possède sa façon propre de raconter l'histoire de ses dieux). Alors qu'elles ne cherchent pas à assurer le salut de l'âme (car l'intime n'est pas objet de préoccupation du religieux), la religion chrétienne apporte une réponse dans un monde plus sensible qui se pose la question de l'âme et de la finalité de la mort en des termes nouveaux.

La religion chrétienne conquiert d'abord les pauvres et les déshérités, puis les femmes et les esclaves, enfin les hautes sphères impériales. En 311, l'empereur Constantin accorde la liberté religieuse ; en 380, l'empereur Théodose 1er impose la religion chrétienne comme religion d'État en posant les principes de l'orthodoxie.

Les Thématiques à Connaître

2.1. La France, fille aînée de l'Église ou terre de mission ?

La France trouve ses origines dans la fusion - réalisée grâce au baptême de Clovis (496) - des élites franques et gallo-romaines autour des rois mérovingiens. Clovis apparaît alors comme le roi qui peut défendre la vraie foi contre les rois barbares acquis à une certaine forme de christianisme, l'arianisme, considérée depuis le concile de Nicée en 325 comme une hérésie (le " credo " récité à l'Église est d'ailleurs un acte de foi contre l'arianisme pour qui les trois entités sont trois substances différentes, niant ainsi la nature divine du Christ). Bénéficiant du ralliement des évêques, les cadres administratifs de l'époque, parce qu'il est le bras séculier qui défend la foi chrétienne contre les Goths, Clovis, roi des Francs, s'impose comme le protecteur de l'Église.

Succédant à la dynastie mérovingienne, la dynastie carolingienne poursuit cette orientation dès le premier carolingien. Le fils de Charles Martel, Pépin le Bref, roi des Francs, est oint du Seigneur : en recevant l'huile sainte, il devient ainsi l'égal du roi David et des évêques. Ce privilège de l'huile lors du sacre va distinguer le roi de France des autres rois chrétiens pour lesquels le couronnement n'implique pas une dimension religieuse.

Le roi de France est intimement lié par le sacre à l'Église. En Noël 800, Charlemagne reçoit la couronne impériale des mains du pape à Rome et le protège alors des pressions des Byzantins. La France apparaît naturellement dans la conscience collective européenne comme la fille aînée de l'Église. La politique de Louis XIV à l'égard des huguenots s'explique en partie pour cette raison. Le choc de la Révolution française est d'autant plus sévère pour l'Église. Après avoir soutenu un mouvement révolutionnaire lors de la cérémonie du Jeu de Paume et de la nuit du 4 août, les autorités ecclésiales se montrent rapidement réticentes envers le processus révolutionnaire en raison de la nécessité qu'imposent les nouvelles autorités publiques de " jurer ", c'est-à-dire de prêter serment de fidélité à la République. Pour le pape, un tel serment signifierait qu'il est demandé aux prêtres de servir à la fois Dieu et César.

La crainte de voir se constituer une Église nationale, " gallicane ", la rupture des clôtures des monastères et des couvents qui ont rendu à la vie civile les moines et les religieuses ainsi que la vente des biens de l'Église, les " biens nationaux ", accroissent le rejet de la Révolution. Enfin, la condamnation à mort de Louis XVI met un terme définitif à la relation entre l'Église et le s forces révolutionnaires : l'exécution de Louis XVI n'est pas uniquement celle d'un roi, c'était aussi celle d'un évêque, d'un oint du Seigneur. Le soulèvement vendéen trouve là son origine.

Au XIXe siècle, l'Église cherche à fortifier ses prérogatives par le respect du Concordat accordé par Napoléon, mais ne peut éviter de se trouver marginalisée dans un monde marqué par l'apparition de la révolution industrielle et des nationalismes. En 1864, l'encyclique Syllabus du pape Pie IX par laquelle il dénonce " les principales erreur de notre temps " que sont le rationalisme et le libéralisme est un des révélateurs de l'inadaptation de l'Église à l'évolution des sociétés au XIXe siècle. La pratique religieuse s'affaiblit alors sensiblement dans une France qui apparaît de plus en plus comme une terre de mission. La déchristianisation de nos sociétés est l'objet d'un débat portant sur l'avenir des Églises en France, sur l'émergence d'un autre mode de croire, moins collectif et plus individualiste.

2.2. Les rapports entre l'Église et l'État

Lors de la Révolution, les catholiques paraissent liés à la société d'Ancien Régime et à une autorité étrangère. En reconnaissant la place première du pape, l'ultramontanisme est une idéologie suspecte aux yeux des républicains.

Construit sur les décombres de la Commune de Paris, le Sacré-Coeur traduit ensuite la coloration réactionnaire et monarchiste de l'Église. En 1890, le ralliement à la République que prône le cardinal Lavigerie sous le conseil du pape Léon XIII n'a que des effets modérés dans une République dominée par les radicaux et où l'anticléricalisme est gage d'esprit républicain. Pour autant, le rôle clé de l'Église dans l'éducation et l'intégration ne doit pas être ignoré.

En 1905, la loi Combes de séparation de l'Église et de l'État consomme de nouveau la séparation - accélérée par les troubles liés aux inventaires - entre l'Église et la République. Cette séparation signifie non seulement l'absence de regard du politique dans les affaires du religieux, tant au niveau des principes que du financement, mais également la non-immixtion du religieux en politique.

La réconciliation entre l'Église et la France républicaine survient finalement avec la " Grande Guerre ". Jeanne d'Arc, dont le procès de canonisation aboutit en 1920, incarne la France tout autant que Marianne. Les sentiments républicains sont désormais suffisamment ancrés dans les milieux catholiques pour que le régime de Vichy n'entraîne pas dans ses dérives collaborationnistes les autorités ecclésiales. Les chrétiens entrés en Résistance fondent le MRP et participent à l'élaboration de la Constitution de la IVe République.

Pourtant, si les conflits ne sont plus aussi vifs, la défiance réapparaît régulièrement et parfois de façon inattendue. Au cours de ces vingt dernières années, trois événements peuvent illustrer ce propos : les manifestations en faveur de l'école libre (1984) ; les protestations véhémentes contre la célébration du 1 500e centenaire de la conversion de Clovis (1996) ; la demande du gouvernement français de retrait de la Charte des droits fondamentaux de la référence aux sources chrétiennes de l'Europe. Malgré la nature laïque de notre République, les cérémonies lors du décès de François Mitterrand comprennent une messe solennelle en l'église Notre-Dame.

Certaines personnalités ont tout récemment prôné une révision de la loi de 1905, notamment pour faciliter le financement public d'édifices cultuels, la question concernant tout particulièrement les projets de mosquées. Ce débat devra être suivi, même s'il paraît déjà tourner court. L'expérience de l'Alsace-Moselle, relevant du droit allemand, où le clergé est rémunéré par l'État, est à connaître. De fait, la France éprouve toujours des difficultés à conjuguer les deux mythes fondateurs qui composent son histoire et lui offrent une identité spécifique parmi les nations : le baptême de Clovis, France fille aînée de l'Église, et la Révolution française, France fille aînée des Lumières.

Le débat a également resurgi au niveau européen lors de la rédaction de la Constitution européenne, le pape Jean-Paul II, appuyé par la Pologne, étant intervenu expressément pour demander qu'il soit fait référence aux valeurs chrétiennes en Europe. D'autres pays, et notamment la France, ont défendu a contrario l'idée de laïcité et se sont opposés à une telle référence, si ce n'est sous la forme d'un texte flou, renvoyant à un ensemble de valeurs qui ne fasse pas de l'Europe un club chrétien au moment où la Turquie musulmane frappe à sa porte. Le traité constitutionnel ne mentionne finalement ni Dieu ni la religion chrétienne, mais seulement (dans une formule âprement négociée) les " héritages culturels, religieux et humanistes de l'Europe, dont les valeurs sont toujours présentes dans son patrimoine " et à l'origine du " rôle central de la personne humaine et de ses droits inviolables et inaliénables, ainsi que du respect du droit ". De fait, seule une minorité de pays font référence à Dieu dans leur texte constitutionnel (Pologne, Royaume-Uni, Allemagne, Irlande et Grèce) et Malte a pour religion d'État le catholicisme. Certains États font référence à un héritage religieux spécifique ou à l'existence d'une religion dominante (Pologne, République tchèque, Slovaquie).

2.3. L'Église et la violence

La religion chrétienne subit à son origine la violence et répond par l'exemple du martyr. Une fois la religion chrétienne établie comme religion d'État et depuis les troubles de la fin de l'empire, l'Église cherche à modérer la violence et à l'orienter vers des fins plus nobles. Elle impose au cours du Moyen Âge le respect des sanctuaires et des personnes qui s'y trouvent protégées, ainsi que la trêve de Dieu qui limite la guerre féodale aux quatre premiers jours de la semaine. Surtout, elle cherche à orienter l'honneur et le plaisir des combats de chevalerie au service du combat pour l'Église.

Saint Dominique encourage par ses prédications la lutte contre l'hérésie cathare et saint Bernard prêche la croisade. La croisade à laquelle a appelé le pape Urbain II en 1097 à Clermont-Ferrand est symptomatique de cette volonté d'expurger la violence entre chrétiens au profit d'une " guerre juste ", car chrétienne. S'il est indéniable que l'objectif a été atteint, il est tout aussi vrai que ces guerres pour le rétablissement des dogmes de la foi ou pour dé livrer Jérusalem furent, avant la lettre, des guerres totales dont le souvenir hante encore la mémoire des peuples.

Fondée par saint Dominique, souvent considérée comme un monument du dogmatisme et de l'obscurantisme suite au tableau qu'en ont dressé les Lumières (voir les pages du Candide de Voltaire à ce sujet), l'Inquisition représente en fait une avancée considérable dans le domaine des pratiques judiciaires en instaurant le principe de la procédure :

- le champ de compétence est en premier lieu clairement défini : le tribunal de l'Inquisition ne se préoccupe que des fautes à l'égard du droit canon et donc de ce qui relève de la pratique religieuse (ce qui signifie que les autres confessions, notamment les Juifs, ne peuvent être jugés par ce tribunal, sauf s'ils se sont convertis) ;

- ne dépendant que du pape, le tribunal est assuré de son indépendance ;

- les sanctions éventuelles sont laissées à la libre appréciation du juge à partir des éléments de preuve produits lors de l'enquête, sachant que l'aveu lui-même n'est jamais suffisant s'il n'est corroboré par des témoignages ;

- le recours à la question est soumis à des conditions strictes qui préservent le suspect de l'arbitraire des pratiques du temps : la durée de la torture est limitée à une demi-heure, le suspect a 24 heures pour revenir sur ses aveux, ce qui provoque, en ce cas, une dernière séance de questions où les aveux éventuels sont alors considérés comme définitifs ;

- seules les personnes qui, après avoir retrouvé le droit chemin, le dogme de l'Église, sont retombées dans les mêmes erreurs, peuvent être remises au bras séculier de l'autorité publique pour subir le supplice fatal.

De nos jours, l'Église poursuit le message de paix et de modération de la violence légitime. En effet, une violence n'est jamais identique à une autre. La violence exercée de façon proportionnée dans le cadre de la défense de la paix publique est considérée comme légitime. Cette notion explique l'approche différente du Vatican face à la guerre du Golfe et à la riposte américaine après le 11 septembre. Si le recours à la peine de mort est admis dans les cas les plus extrêmes (Catéchisme de l'Église catholique, éd. de 1992), le pape et l'Église catholique militent régulièrement aux côtés d'autres autorités religieuses pour l'abolition de la peine de mort aux États-Unis.

À sa manière, l'Église a ainsi toujours repris le message de paix initiale en orientant son discours vers la modération de la violence, même si à certaines époques les moeurs ont imposé leurs conditions aux hommes d'Église et si l'encadrement de la violence a conduit l'Église à se compromettre dans des actions violentes. Le Vatican s'est ainsi fermement manifesté dans le débat sur les projets de guerre en Irak en appelant à l'épuisement de toutes les voies pacifiques de persuasion, en envoyant une mission de paix présidée par Monseigneur Étchegaray en Irak, et en recevant le viceprésident irakien Tarek Aziz en audience papale, quelques jours avant l'invasion américaine et le renversement du régime…

2.4. L'avenir des religions

Maintes fois galvaudée, la phrase de Malraux " le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas " incite cependant à la réflexion. Certaines religions, comme l'islam, paraissent en pleine phase d'expansion, notamment grâce à une démographie active des populations concernées, et un fort contrôle social qui impose dans certains pays le respect quotidien des rites. De fait, les sociétés musulmanes connaissent une ré-islamisation progressive. Il conviendra dès lors de s'interroger sur la réelle prégnance de ce phénomène religieux, ancrage profond ou simple vernis (cf. les débats sur islam et modernité). Le judaïsme, certes à une échelle bien moindre, paraît connaître une même ferveur croissante mais, là encore, il ne faut pas négliger le soutien à une communauté qui se sent menacée dans une période troublée (réflexions sur le repli communautariste, sentiments d'un retour à l'antisémitisme, débats sur un soutien aveugle à Israël…).

A contrario , les pays occidentaux connaissent un mouvement rapide de déchristianisation avec une crise profonde des vocations et une chute de la pratique régulière. Pour autant, l'Église catholique a dépassé le milliard de baptisés, les grands rites comme le mariage à l'Église et le baptême paraissent moins touchés par cette vague de déchristianisation, pour ne pas parler des obsèques religieuses. Le christianisme trouve une nouvelle vigueur dans les pays du Sud, Amérique latine, Afrique où, à côté des Églises officielles, fleurissent des sectes implantées par des missionnaires américains, reprenant les pratiques médiatiques et festives de leurs maisons mères.

La France compte aujourd'hui 64,3 % de catholiques (contre 81 en 1986), 27 % de personnes sans religion, 5 % de musulmans, 2 % de protestants et de juifs. Parmi les catholiques, 8 % se disent pratiquants réguliers, avec un pourcentage élevé de personnes de plus de 60 ans, et 32 % pratiquants occasionnels.

Bibliographie

De multiples ouvrages sont écrits chaque année à propos du domaine religieux, que ce soit le déclin de l'Église en Occident, la montée en puissance de l'islam, la religion dans le champ social, etc. Deux ouvrages courts, mais très denses, présentent une approche synthétique très utile :

- Les religions, de Michel Malherbe ;
- La Bible , coll. " Repères pratiques ", éd. Nathan.

Pour une approche plus large :

- Des religions et des hommes, de Jean Delumeau, éd. Pochothèque (une véritable mini-encyclopédie) ;
- Encyclopédie des religions, sous la direction de G. Bellinger, éd. Pochothèque ;
- La Bible pour les Nuls, de Éric Denimal, éd. First (pour une approche détaillée et ludique) ;
- Le christianisme en accusation, de René Rémond, présente un avis éclairé sur l'état de la religion en France, les causes de son déclin, ses valeurs et son legs pour l'avenir ;
- Un christianisme pour demain, de Jean Delumeau, éd. Pluriel, présente une vision de l'avenir de l'Église, regard lucide et confiant d'un chrétien engagé ;
- 2 000 ans de chrétienté, de Gérard Chaliand et Sophie Mousset, éd. Odile Jacob, présente une approche historique claire et synthétique, ainsi qu'une chronologie des faits religieux très utile ;
- Les vérités chrétiennes, de Jean-Claude Barreau, éd. Fayard, permet une révision des grandes notions du dogme chrétien, des croyances et des sacrements de l'Église, fort utile à un moment où les significations religieuses d'actes et de fêtes sont souvent oubliées.

Quelques autres titres d'ouvrages récents :

- Jésus après Jésus, essai sur l'origine du christianisme, de Gérard Mordillat et Jérome Prieur, éd. Seuil ;
- Jésus, l'homme et le fils de Dieu, de Michel Quesnel, éd. Flammarion ;
- Aux origines de l'histoire des religions, de Philippe Borgeaud, éd. Seuil ;
- Et l'Homme créa les Dieux, de Pascal Boyer, éd. Folio ;
- La République, les religions, l'espérance, entretiens avec Nicolas Sarkozy, coll. " Cerf " ;
- Histoire de l'islam, fondements et doctrines, de Sabrina Mervin, éd. Flammarion ;
- La loi de Dieu contre la liberté des Hommes, intégrismes et fondamentalismes, de J.-L. Schlegel.

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