L'étrange promptitude avec laquelle se diffuse l'islam dès sa naissance en fait une
aventure stupéfiante. La prédication de Mahomet (altération du nom de
Muhammad, le Prophète
de l'islam), habitant d'une bourgade prospère mais négligeable de la péninsule d'Arabie,
entraîne la conversion quasi immédiate de ses contemporains. En moins de trente ans,
l'islam a gagné tout l'Empire perse et tout l'Empire romain d'Orient, à l'exception
de la seule Anatolie. Des bouches de l'Indus aux marches de la Chine, des Pyrénées
aux Colonnes d'Hercule, un peuple qu'avait ignoré la scène antique impose à deux
continents sa croyance et sa langue.
La conquête est d'autant plus fulgurante que, menée par un peupIe jeune et enthousiaste,
elle s'inscrit dans un contexte économique dynamique favorable à la propagation d'idées
neuves. Car la multiplication des routes commerciales est en train de faire sortir
l'Arabie de son isolement géographique. La Mecque, la plus grande cité de peuplement
sédentaire de la région, est un lieu de négoce en plein essor. Elle est aussi un
lieu de pèlerinage polythéiste très fréquenté depuis taujours, une ville où juifs,
chrétiens et surtout païens cohabitent et où les nouvelles croyances sont vite répandues
par les marchands caravaniers.
* * * * *
* * * *
* * *
* *
*
La vie de Muhammad est fondamentale pour le croyant, car Muhammad est à la fois l'unique
homme choisi par Dieu pour révé1er son message et le "bel exemple pour celui qui espère
en Dieu". D'après la Sira, la biographie la plus respectée du Prophète, c'est vers 570
(la date exacte n'est pas connue) que naît Muhammad. Sa famille est pauvre, mais
appartient à une tribu de marchands prospères de La Mecque, les Qoraychites.
Orphelin de père dès sa naissance, et de mère avant l'âge de huit ans, Muhammad
est recueilli par son oncle, Abû Taleb (le père de ‘Alî). C'est en aidant cet oncle
à conduire des caravanes vers la Syrie, la Palestine et l'Irak, que Muhammad rencontre
dès l'adolescence des peuples monothéistes (chrétiens et juifs). Fort de ces voyages,
à l'âge adulte, celui qu'on appelle alors al-Amine ("le fidèle") devient l'homme de
confiance d'une jeune veuve aisée de La Mecque, Khadîja. Bien que de quinze ans son aînée, elle
l'épouse en 595. Le mariage se revèle très heureux et Muhammad n'aura pas
d'autres épouses du vivant de Khadîja. De leur Union naissent sept enfants, dont quatre
filles survivent. Seule Fatima, la préférée du Prophète, lui lonne une postérité.
Ce n'est qu'à l'âge de quarante ans (en 610) que Muhammad va vivre sa première expérience
spirituelle. La " Nuit du destin ", alors qu'il est parti se recueillir dans une grotte
du mont Hira, Muhammad entend une voix qui l'appelle : c'est l'ange Gabriel qui déploie
devant lui un rouleau et lui intime de lire. Muhammad ne sait ni lire ni écrire, mais
il réussit à déchiffrer les paroles divines. Une première sourate (chapitre ou partie du
Coran qui est la révélation de Dieu) lui est alors révélée. Il apprend ainsi qu'il est
l'Envoyé choisi par Dieu pour recevoir et proclamer son message essentiel à l'humanité.
Effrayé par cette vision, Muhammad n'ose se confier qu'à Khadîja et ne se décide
à répéter les paroles divines à quelqu'un d'autre que trois ans plus tard. Quelques
rares confidents adhèrent d'emblée aux paroles du Prophète (Al-Nabi), de l'Envoyé
(Al-Rasûl), de l'Annonciateur direct. Ce sont des intimes (Khadîja, Sa'îd et 'Alî),
des pauvres, mais aussi quelques riches commerçants comme Abû Bakr et Omar ibn Khattab.
Dans l'ensembIe, cependant, son entourage n'accorde que peu de crédit au récit de
son aventure et se moque de lui, quand il ne persécute pas les nouveaux croyants.
Conscient des dangers qu'il fait courir à la "première cohorte de l'islam ", le Prophète
conseille alors à ses fidèles de quitter la ville (hijra, "émigration ", "hégire").
La plupart l'écoutent et rejoignent l' Abyssinie (Éthiopie), où le Négus chrétien leur
accorde un droit d'asile. Quant à Muhammad, il quitte à son tour La Mecque à la mort
de sa femme et de son oncle pour gagner la vil1e de Yathrib (Médine) qui offre de
le protéger. Á Quelque 350 kilomètres de La Mecque, cette riche oasis du Nord, peuplée
essentiellement de païens et de juifs, trouve en Muhammad une autorité morale bien
utile pour réunir des tribus qui se déchirent. Le Prophète s'y installe après qu'un pacte,
le Serment d'Aqaba, a été conclu avec les représentants de Yathrib (23 juin 622).
L'hégire de Muhammad (16 juillet 622) devient l'an 1 de l'ère musulmane et inaugure
un nouvel ordre spirituel et politique. La communauté des croyants, la 'umma,
se place sous la protection du Prophète qui, réformant la société tribale qui
prévalait, définit en même temps les fondements de la religion et ceux de son micro-État.
Ce dernier prend le nom de Madinat Ennabi ("la ville du prophète") ou encore
al-Médina al-Munawwara ("la ville illumilée"), en français Médine. Dès sa naissance,
contrairement au chrisianisme donc, l'islam apparaît comme une religion totale,
à la fois politique et sociale. Le Prophète n'est d'ailleurs pas qu'homme de prière.
Sa vie quotidienne est semblable à celle de ses contempoains : il a des amis,
des serviteurs et des femmes en grand nombre. Le Prophète a épousé quinze femnes ;
il eut commerce avec treize d'entres elles ; deux furent répudiées par lui,
sans qu'il les eût touchées. Il avait parfois en même temps onze femmes, parfois dix, parfois neuf.
À sa mort, il laisse neuf femmes.
La nouvelle religion ne tarde pas à s'affirmer en milieu urbain. Nombre de chrétiens
ou de mazdéens se convertissent. La bonne entente entre confessions ne dure guère
néanmoins, quand il apparaît clairement que certains groupes religieux refusent
catégoriquement d'embrasser la nouvelle religion. La minorité juive de Médine
l'apprend vite à ses dépens. Encore largement imprégné des croyances parallèles
et des religions dont il est issu (le judaïsme et le christianisme), l'islam continue
cependant à se présenter non comme une religion nouvelle, mais comme la restauration
de la foi d'Abraham et ne commence que peu à peu à définir ses propres rites.
A partir de 624, neanmoins, les musulmans adoptent le vendredi comme jour de la prière
solennelle en commun.
Contrainte de résoudre des questions sociales, la nouvelle communauté doit également
répondre à ses exigences économiques. Pour cela, elle décide de pratiquer des raids et
des razzias sur les caravanes en provenance ou à destination de La Mecque : À l'apôtre,
au poliique et au législateur Muhammad succède donc, par la force des choses, le guerrier.
Le jihâd (littéralement, " effort ") de l'âme, effort du croyant pour lutter contre
les vices de son caractère, se double désormais d'un jihâd du corps, le combat pour Dieu,
véritable éliminaion physique des Infidèles. En 624, à Badr, le combat acharné se solde par
une victoire des musulmans, mais les Médinois perdent quatorze combattants. Ce sont les
premiers martyrs du jihâd, dont les noms figurent en tête d'une liste lui ne cessera plus
de s'allonger au fil de l'histoire de l'islam. En 625, les Mecquois prennent leur revanche
et infligent une cuisante défaite aux musulmans ; Muhammad manque
de perdre la vie. En 627, néanmoins, l'esprit offensif des Mecquois s'émousse devant
la résistance de Médine et ses habitants peuvent enfin vivre en paix. La diffusion de
l'islam s'accélère d'ailleurs tant et si bien que l'entrée de la ville de La Mecque
(fatb) ne semble bientôt plus interdite au Prophète. Aussi, en 629, lorsque l'ordre
divin intime à Muhammad de se rendre en pèlerinage, à La Mecque, l'Envoyé de Dieu
et ses 80000 compagnons pénètrent-ils dans la ville sans même combattre. Une fois
entré, Muhammad proscrit de la cité toute idolâtrie et place dans la Ka'ba,
le sanctuaire bâti par Abraham, la Pierre noire - noircie par les péchés
- envoyée du ciel. Une grande partie des Mecquois, impressionnés par la venue
du Prophète, se convertissent. De ce jour datent les rites du pèlerinage, de ce
jour date également la dernière sourate : "Aujourd'hui j'ai parachevé pour vous
votre religion, parfait pour Mon bienfait pour vous l'islam comme religion ! " (V,3).
La participation des non-musulmans au pèlerinage fut alors interdite, et La Mecque
endossa le titre de cité sainte de l'islam. Le 8 juin 632, de retour à Médine,
le Prophète s'éteint en paix ; sa mission est accomplie.
Quatre califes dénommés alkhulafâ' a-rrachidûn ("les bien guidés") vont poursuivre
l'œuvre de Muhammad. Deux sont des beaux -pères du Prophète, deux autres ses gendres.
Le seul héri1ier désigné du Prophète avant sa mort est 'Alî. Muhammad a exprimé sa
préférence pour ce cousin et gendre - 'Ali a épousé Fatima - en lui donnant une
juridiction égale à la sienne. Mais à la mort de Muhammad, l'élection de son successeur
repose sur un petit cercle de notables disposant d'une autorité de fait. Ces derniers
décrètent 'Alî trop jeune et lui préfèrent Abû Bakr, l'un des premiers convertis et
sûrement le plus fidèle second du Prophète. Certes, Abû Bakr n'est pas le plus proche
parent de Muhammad, mais il est le père de la "bien-aimée" Aïcha (la femme préférée
du Prophète). Aussi est-il bientôt reconnu comme nouveau calife par tous - ou presque -,
car une infime minorité, qu'on appellera désormais les chiites, et qui fait des liens
du sang le principe de légitimité absolue du calife, refuse
catégoriquement sa nomination.
A la mort d'Abû Bakr en 634, Omar lui succède. Il amplifie le mouvement de conquête
déjà bien amorcé. Damas, Jérusalem, la Mésopotamie, la Palestine, la Syrie, l'Irak,
la capitale de l'Arménie sont gagnés, les byzantins doivent évacuer Alexandrie. Au titre
de calife, Omar ajoute celui d'Amîr almu'minîne (" commandeur des croyants "), ce qui ne
l'empêche pas d'être assassiné en 644.
'Uthmân, ancien ennemi personnel de Muhammad, est alors élu. L'heure de la revanche
de l'aristocratie qoraychite "(auquel l'umayyade Uthmân appartient) sur les compagnons
du Prophète (tous issus du clan pauvre des hachémites) a sonné. La première n'a jamais
accepté que les seconds aient réussi à accaparer le pouvoir à Médine comme à La Mecque.
Uthmân poursuit la conquête : après Alexandrie, définitivement acquise, Carthage, Chypre,
la Perse sont soumises, mais en l'an 656, une nouvelle fois encore, c'est un assassinat
qui interrompt le règne du calife.
Alî, enfin en âge de tenir sa charge, est alors nommé. Cet avènement tant attendu
n'inaugure pourtant pas une période faste pour l'islam. Dès sa nomination, le
" Préféré du Prophète " est suspecté d'être complice du meurtre d'Uthmân. De plus,
son pouvoir est affaibli par les divergences intracommunautaires. Bien que soutenu
par les Mésopotamiens et les Iraniens, il doit en effet s'incliner devant les succès
politiques de Mu'awiya, le gouverneur de Syrie, qui ambitionne lui aussi la charge
de calife. Au palmarès de ses faits d'armes, Mu'awiyya (qui n'est autre que le cousin
d''Uthmân ) inscrit notamment en l'an 658 la conquête de l'Egypte. Pour la seconde fois
(la première fois concernait la Perse), l'une des plus vieilles civilisations du monde
entre dans la sphère islamique.
En 659, Mu'awiya profite de ses nombreux appuis pour se faire proclamer calife à Jérusalem.
Avec deux califes en lice, les tensions dégénèrent en guerre civile. L'assassinat de
'Alî en 661 ne résout rien et, loin de réunir les musulmans autour de l'unique calife
resté en vie, il les divise irrémédiablement. Cette première fitna (" discorde ")
de la communauté donne même deux dissidences. L'une regroupe les déçus de 'Alî,
des puritains qui n'ont pas toléré la conduite de leur élu, notamment le fait que
'Alî ait choisi de soumettre l'issue de la bataille de Siffin (658) à un arbitrage
humain (une négociation entre son adversaire Mu'awiyya et lui-même) plutôt qu'à la
volonté divine. Instigateurs de l'assassinat de 'Alî, ces puritains prennent le nom
de kharijites (al-khawârij, " les sortants ", ceux qui se détournent de 'Alî) et
décident de faire échoir le califat par le sang et qui à ce titre refusent de se
rallier à Mu'awiyya. Ils se nomment les chiites (" les partisans "), sous-entendu
de 'Alî ou de la Famille) et appellent à la succession de 'Alî ses propres fils,
Hassan et Hussein.
Une fois 'Alî éliminé, Mu'awiyya reste donc fils de 'Alî, Hassan et Hussein. Il achète
leur désistement. L'éloignement sera définitif pour Hassan, qui meurt en 669 dans des
circonstances inconnues, et momentané pour Hussein. En attendant, Mu'awiyya peut
librement fonder la dynastie des 'Umayyades. Il transfère la capitale de l'Empire
de Médine à Damas, et boulverse la tradition en nommant, avant sa mort, son fils
Yazîd futur calife. Cette indélicatesse réveille les ambitions de Hussein, le petit-fils
de Muhammad. Il refuse de reconnaître Yazîd comme calife, se révolte, mais tombe au
combat le 10 octobre 680.
Pendant ce temps, l'espace musulman s'élargit. A l'est, l'islam gagne Boukhara, Tachkent,
Samarkand et poursuit sa marche triomphale jusqu'aux frontières de la Chine. Des peuples
entiers se rangent sous l'étendard vert. Une colonne menée par Muhammad ibn Qâsim prend
l'offensive vers le sud-est et progresse à travers le Baloutchistan. En 711, le Sind
est atteint, les troupes arrivent jusqu'aux contreforts de l'Himâlaya et ibn Qâsîm
s'apprête à envahir le Panjâb quand le nouveau calife, jaloux de ses succès militaires,
lui intime l'ordre de s'arrêter. La conquête de l'islam se retrouve ainsi suspendue,
non par la résistance de ses adversaires, mais par des intrigues de palais. A l'ouest,
la progression est tout aussi fulgurante. Hassan assiège Carthage, qui tombe en 707,
puis la fait raser. Mais l'élément déterminant pour la progression des 'Umayyades est
la conversion des Berbères du nord de l'Ifriqîyya, impossible jusque-là, mais dont la
politique conciliante de Mûsâ ibn Nusayr vint à bout. L'islam réussit là où le
christianisme avait échoué. Les Berbères conservent néanmoins leur originalité
en embrassant massivement l'une des voies schismatiques de l'islam, le khârijisme.
Suprême conquête militaire et spirituelle, l'islam atteint l'Espagne par Gibraltar. Fidèles
à l'esprit des razzias, les conquérants ont un objectif autant matériel que spirituel,
au regard des immenses richesses hispaniques. Le roi wisigoth Rodrigue, ou Rodéric, y a
usurpé le trône en évinçant le fils de son prédécesseur Wittiza. Mûsâ ibn Nuãyr envoie une
première reconnaissance en juillet 710, puis les musulmans opèrent une fulgurante percée
sous le commandement du second de Mûsâ, Târiq ibn Zayyad. Ils marchent sur Tolède,
Cordoue, Saragosse, Pampelune, Gijon. La progression est facilitée par la complicité des
peuples asservis par les Wisigoths (Suèves, Vandales, etc.), qui préfèrent, à des
maîtres chrétiens intransigeants, une domination arabe réputée plus douce. Enfin
Târiq s'arrête sur ordre…de Mûsâ. Une nouvelle fois, c'est donc la jalousie d'un
chef musulman et non la bravoure de l'ennemi, qui interrompt la conquête islamique.
Ibn Thaqqâfi, le troisième successeur de Mûsâ, n'en franchit pas moins les Pyrénées
en 718. Il pénètre en France lors des raids facilités par les luttes intestines
entre Mérovingiens et partisans du duc d'Aquitaine. Les escadrons islamiques
remontent la vallée du Rhône, mais beaucoup moins rapidement qu'ils n'ont
progressé en Espagne. La victoire de Charles Martel à Poitiers en 732, qui
interrompt définitivement leur avancée, n'élimine toutefois pas la présence arabe.
Contrairement au souvenir décisif que l'on garde généralement en effet de l'exploit
de Charles Martel, deux ans après, les Arabes s'emparent encore d'Avignon et, neuf
ans plus tard, ils atteignent Lyon, qu'ils dévastent. L'affaiblissement des forces
musulmanes est en fait surtout dû à l'insurrection berbère (et kharijite) en Afrique
du Nord à partir de 740.
Le bilan d'un siècle de guerre se solde par un enrichissement considérable pour les Arabes.
L'Empire s'étend du golfe de Biscaye jusqu'à l'Indus et aux frontières de la Chine,
de la mer d'Aral à la vallée du Nil. Le plus remarquable, c'est que la conquête
s'accompagne d'une véritable conversion des peuples vaincus à l'islam. Pour beaucoup,
en effet, l'islam apparaît un monothéisme d'accès plus facile, de pratique plus simple
et d'un niveau d'exigence moins oppressif en matière de péché que le judaïsme ou le
catholicisme (voir Christianisme).
La puissance et le prestige des 'Umayyades ne fait pas oublier pour autant leur manque
de légitimité, dénoncé notamment par les Hachémites. Issus en lignée indirecte
d' Abû Hashim, fils de ibn al-Hanafiyya, petit-fils de 'Alî et arrière-petit-fils
de Muhammad, les Hachémites rappellent volontiers que le calife en place est un
usurpateur parce qu'il ne descend que de 'Umayya, un lointain parent du Prophète.
Lorsque Abû Hashim meurt sans descendance, la configuration de arbre généalogique
du Prophète aboutit à faire de Muhammad ibn 'Ali, descendant d'al-'Abbas, oncle de
Muhammad, le véritable héritier. Les Abbassides, qui n'avaient été jusqu'alors que
des parents honorés du Prophète, se retrouvent d'un coup au premier plan. Leur prétention
à la légitimité trouve un bon écho parmi les Iraniens irrités que la capitale de l'islm
soit une Damas passée sous l'influence de Byzantins qu'ils détestent. Les Abbassides
rallient également l'ensemble des adversaires es 'Umayyades, soit un nombre croissant
de musulmans, notamnent tous ceux qui estiment que la loi coranique n'est pas respectée
et que l'Etat taxe abusivement ses citoyens. L'Iran, puis l'Irak se soulèvent. Surpris
et incapables d'organiser la résistance, les chefs umayyades sont débordés les uns
après les autres. La révolte met fin au règne des 'Umayyades, dont la dynastie est
exterminée quelques mois plus tard au cours d'un prétendu banquet de réconciliation.
Seul un homme en réchappe.
Paradoxalement, donc, c'est grâce au concours des Persans "chiites" qu'une nouvelle
dynastie "sunnite ", les Abbassides, dirige désormais les musulmans. Cette nouvelle
dynastie ne s'éteindra à Bagdad qu'en 1258, en Égypte qu'en 1517. L'accession des
Abbassides au pouvoir inaugure une nouvelle ère, celle du contrôle de l'islam par
des musulmans non arabes : les Perses iraliens. L'Arabie, qui avait donné à la nouvelle
religion son peuple et sa langue, perd définitivement sa prééminence.
En 749, l'armée aux emblèmes noirs pénètre à Kûfa. Le nouveau calife est le chef de
la famille abbasside, Abû-al-'Abbas, et la nouelle capitale de l'islam Kûfa, puis Bagdad.
Le calife, commandeur des croyants, théoriquement chef militaire et religieux, est
le garant de l'orthodoxie religieuse et tient une place centrale dans l' organisaion
du pouvoir théocratique. Chaque souverain abbasside est qualifié d'un titre témoignant
de la faveur divine, al-Rashid ("l'éc1airé"), al-Mansour ("le secouru"). Le plus brillant
d'entre eux est Hârûn al-Rashid (766-809), le cinquième calife qui règne à partir de 786.
Il lègue à ses fils des frontières semblables à celles dont il a hérité, mais porte le
rayonnement culturel de l'Empire à son apogée. Bagdad ne tarde pas à égaler et même à
dépasser l'éclat de Byzance. Nichapour, Boukhara, Samarkand sont des villes brillantes.
C'est un vizir qui gouverne l'Empire. Hârûn a choisi un vizir d'origine iranienne converti
depuis peu, et créé la charge de grand cadi (qâdi), juge des juges, pour le conseiller sur
ses devoirs de calife, tandis qu' il s'arrange pour écarter peu à peu du Divan
(l'organisme central de l'État) les Arabes. Loin de pratiquer un islam puritain,
la Cour se complaît dans le stupre et le luxe, mais le souverain mène la guerre
contre le "chien chrétien", l'empereur byzantin, et dirige le pèlerinage de La Mecque.
La mort de Hârûn al-Rashid en 809 annonce la décadence de l'Empire. Hârûn n'y est
pas étranger. Il a laissé l'essentiel de son Empire en héritage à ses deux enfants :
Amîn, fils d'une Arabe et élevé à l'arabe, et al-Ma'mûn, fils d'une Iranienne, élevé
à la perse ! L'entente est donc difficile. AI-Ma'mûn finit par l'emporter grâce au
soutien d'un nouveau courant religieux, le mu'tazilisme, qui donne au calife le droit
de guider la communauté dans la compréhenlion de sa loi et de sa foi. Considérés comme
des raisonneurs, les mu'tazilites ont abusivement été pris au XIXc siècle pour des
précurseurs de la libre pensée, la raison étant selon eux le critère de vérité ; mais
il est vrai que leur attitude tranche avec celle de leurs contemporains. A la place d'un
califat qui dirige vraiment doctrinalement la communauté, s'impose dorénavant un califat
qui est redevenu l'organe de transmission des spécialistes de la religion.
Les Abbassides sont loin de faire l'unanimité. D'autres familles q'eux peuvent, en effet,
se prévaloir d'une parenté au moins aussi proche avec le Prophète. Une série de révoltes
éclatent alors. L'immensité du territoire, la multiplicité des ethnies rendent le contrôle
de l'Empire de plus en plus difficile. L'Ifrikîyya, agitée par des troubles, se retrouve
sous le commandement d'Ibrahim ben al-Aghlab, qui fonde sa propre dynastie en 800.
Les soulèvements des alides et des khârijites secouent les plateaux iraniens de 792 à 795.
La répression de ces mouvements hérétiques achève de dégrader la situation. La plus
grande révolte socio-religieuse, celle des Qarmates, qui éclate à deux reprises dans
la péninsule arabique (829, 883), donne aux émirs l'occasion d'asseoir l'auonomie de
leur province. L'autorité du calife de Bagdad, elle-même, s'en trouve ébranlée.
Les premiers à tenter d'évincer les Abbassides sont les Bûyides. Ces princes iraniens
qui professent le chiisme duodécimain entrent dans Bagdad en 945 et mettent l'Empire
Abbasside sous tutelle. Les Bûyides, qui ne reconnaissent pas le califat abãsside, vont
choisir avec diplomatie de laisser au calife sunnite le pouvoir juridico-religieux, non
sans avoir déposé et aveuglé le calife régnant pour le remplacer par un rival plus
conciliant. Ce dernier refusant cependant, pour des raisons doctrinales, de leur
donner un titre de foi, la dynastie bûyide (945-1055) se pare elle même de l'ancien
titre sassanide de Chahinchah (" roi des rois "), et contrôle le califat.
Les Bûyides inaugurent une civilisation brillante, mais relativement éphémère.
Dès 1055, en effet, les Turcs seldjoukides s'emparent à leur tour de Bagdad
et renversent les Bûyides sous le prétexte de libérer le calife de leur tutelle
et de restaurer le sunnisme. Ils prennent à leur charge la protection du calife qui,
en échange, accorde à leur chef le titre de sultan. Les Perses cèdent donc la place aux Turcs.
Le refuge espagnol des 'Umayyades
Seul rescapé du massacre, Ab-delrrahman, le petit-fils du dernier calife de la
dynastie des 'Umayyaies, se réfugie en Afrique du Nord, puis en Espagne. Il y fonde
l'émirat de Cordoue en 756 et participe à l'épanouissement culturel de l'époque en
décidant la construction de la mosquée de Cordoue en 786. L'un de ses descendants,
Ab-delrrahman III, fonde le califat de Cordoue, rival du califat de Bagdad, qui fut
assuré en fait de 929 jusqu'en 1031 et attira nombre de savants et d'artistes
(notamment des juifs chassés d'Orient). Bientôt, cependant, la prise de Tolède en 1085
donnait le signal du début de la reconquête chrétienne et de l'éviction de la
présence musulmane en Espagne.
Les Fatimides et l'Egypte (937 - 1171)
L'Egypte est en majorité un pays de chrétiens de rite copte, lorsqu'en 868,
un Turc sunnite, Tûlûn, envoyé à l'origine par le califat, devient gouverneur
d'Egypte et fait reconnaître son indépendance de fait par le calife de Bagdad.
Sa dynastie périclite, mais en 935, le le nouveau gouverneur, un Turc chiite,
Ikhshid, conserve la liberté acquise par son prédécesseur envers Bagdad.
Il donne à l'Égypte une nouvelle capitale, Le Caire (969) et une université
islamique, âl-Azhâr (édifiée à partir de 970), qui va jouir d'une réputation
mondiale. La dynastie Ikhshid, pour être brève (937-969), n'en a pas moins pour
effet de promouvoir le clan des Fatimides (ceux qui affirment descendre du
Prophète par sa ille Fatima). En 973, la prospérité matérielle et la reconnaissance
du chiisme en Égypte incitent le calife fatimide al-Mu'izz à quitter l'Afrique du Nord
pour rejoindre Le Caire.
Les Fatimides sont des ismaïliens. Cette marginalité les incite à partager le pouvoir
avec les dhîmmî, les non-musulmans (essenlellement chrétiens et juifs).
Seul le troisième fatimide d'Egypte, Hakîm (996-1021), ne respecte pas cette coutume.
Imam fanatique, il fonde en 1005 la Dar al-Hikma (" maison de la sagesse")
et la Dar al-'Ibn (" maison de la connaissance ") où se rencontrent des savants.
Intolérant, il fait démolir l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem et persécute
juifs et chrétiens longuement, avant de cesser toute discrimination du jour au lendemain.
À la suite de ce revirement de Hakîm, et de son engagement en faveur d'une piété austère,
des ismaïliens, réunis vers 1017 autour de deux hommes, Hamza et Darazi
(d'où provient le nom "druze"), commencent à prêcher une doctrine où Hakîm
est une manifestation de Dieu et où sa disparition mystérieuse (parti un soir,
il ne revient pas) en fait le VIIème et dernier imam caché. C'est donc ce personnage
controversé qui est à l'origine d'un nouveau courant spirituel, celui des Druzes.
Le règne brillant des Fatimides décline lorsque les Seldjoukides, les nouveaux
hommes forts du moment, commencent à s'intéresser à l'Egypte. Le grand vizir Chawar,
alors en place, est obligé de demander de l'aide à son voisin de Syrie, Nûr al-Dîn.
Le remède se révèle pire que le mal. L'armée de soutien est commandée par Chirkouk,
un Kurde de la famille des Ayyûbides (qui arrive accompagné de son neveu, Saladin).
Or, après de longues querelles, Chawar est assassiné, Chirkouk lui succède et à
sa mort, peu de temps après, Saladin, nommé vizir en 1169, établit la dynastie
ayyûbide (1179) et re-place l'Égypte dans la sphère d' autorité du calife de Bagdad.
Saladin se donne sans peine le titre de " sultan de l'islam et des musulmans ".
Il est l'un des souverains les plus célèbres, pour avoir repris Jérusalem au nom
de l'islam en 1187 et avoir repoussé les croisés. Il achève de répandre l'islam à
partir de l'Egypte autour de l'océan Indien (tandis que les Empires de
l'Inde du Nord lui ouvrent le sub-continent péninsulaire). Venus d'Égypte,
les musulmans, qui convertissent alors en partie Java et Sumatra, Malacca
et les Moluques, leur inculquent les rites de l'école chaféite qui, lorsqu'elle
disparut d'Égypte après la conquête ottomane, resta l'école de référence dans ces pays.
L'ère fatimide étant close, les Ayyûbides règnent en Égypte jusqu'en 1249 et
en Syrie jusqu'en 1260. Leur héritage principal est d'avoir chassé d'Egypte le
chiisme au profit du sunnisme.
Une nouvelle lignée interrompt alors la pérennité de la dynastie ayyûbide,
c'est celle des Mamelouks, esclaves d'ethnie principalement turque. Achetés
Sur les marchés, convertis, puis émancipés, ces hommes, qui intègrent les meilleures
unités de l'armée arabe, constituent la garde personnelle du calife et deviennent
peu à peu l'épine dorsale de l'armée et de l' administration égyptiennes. Ce sont
eux qui tranchent dans les querelles intestines, l'héritier du trône dynastique
étant toujours celui qui a su s'assurer le soutien des Mamelouks.
À la mort du sultan ayyûbide Malik al-Salih, la désignation d'un successeur se
révèle fort difficile. Après de nombreuses péripéties, le pouvoir échoit officiellement
à un enfant et officieusement à Koutouz, officier mamelouk originaire du sud de la mer
d'Aral. Proclamé sultan le 12 novembre 1259, Koutouz est le premier des quelque
quarante-cinq sultans mamelouks en Egypte. L'accession au pouvoir des Mamelouks est
précipitée par l'imminence du péril mongol et la crise intérieure au Caire.
La déferlante barbare ne s'arrête en effet qu'en Égypte, et grâce aux Mamelouks.
La bataille décisive a lieu à Ayn Djalût (non loin de Naplouse en Palestine) en 1260.
Elle est remportée par l'émir Baybars, un Mamelouk rival de Koutouz. Dans un monde
musulman terrifié par les Mongols, la victoire des Mamelouks est un exploit,
et Baybars, sunnite convaincu (qui déteste les chiites), n'a donc aucun mal à se décerner
le titre de "champion de la foi". Il profite de sa popularité pour tuer Koutouz (1260)
et devenir sultan d'Égypte sous le nom de al-Malik al-Dhahir. L'idée de jihâd connît un
regain de vigueur.
À partir de 1290, l'Empire mamelouk devient héréditaire. Khalîl le sultan décide
d'utiliser sa puissante armée pour abattre définitivement les Mongols et restaurer
la fonction je calife. Sous la domination mamelouk, l'Egypte accueille, après
1258 et jusqu'à la conquête ottomane de 1517, les derniers califes abbassides,
dont le titre est purement honorifique. Après 259 ans de souveraineté namelouk,
l'Égypte retombe pour plusieurs siècles sous la domination de Constantinople.
C'est le sultan ottoman qui devient la première autorité religieuse.
1291 est également une date clé, puisqu'elle marque à jamais le départ
des chrétiens de la terre d'islam, Après les Perses, qui ont conservé un siècle
le pouvoir sur l'islam, les Turcs s'en emparent ; ils le garderont dix fois
plus longtemps.
Totalement absents du monde de l'islam jusqu'au VIIIe siècle, les Turcs n'ont
pas tardé à y apparaître à partir du IXe siècle, puis à y jouer un rôle de premier
plan. L'islamisation des populations nomades turques a commencé en dépit de l'obstacle
de la langue. Les Turcs découvrent l'islam par le biais de marchands ou d'ermites
de passage, qui leur enseignent des rudiments. L'esprit ghâzî (prosélytisme islamique)
des "combattants de la foi" installés aux frontières de l'Empire fait également des
émules. Nombre de Turcs païens ne tardent pas à se faire musulmans ou ghâzî eux-mêmes
pour combattre leurs frères restés mécréants. Les chefs turcs encouragent cette
"turquification des ghâzî" qui favorise la solidarité et ils s'imprègnent de la
culture arabo-persane. Bons archers et bons cavaliers, les Turcs s'enrôlent alors
dans les troupes du califat de Bagdad, tant et si bien qu'ils contrôlent bientôt
l'armée du monde musulman.
Parallèlement, l'affaiblissement du califat de Bagdad et les discordes internes de
l'Empire achèvent de contribuer à la constitution d'États turcs musulmans en
Asie centrale. Si l'État qarakhanide (bassin du Tarim, lac Balkhach, Transoxiane)
est le premier Etat turc musulman, c'est celui des Seldjoukides qui a joué le plus
grand rôle historique. Tirant son nom de Seldjuq, le premier de ses membres à
s'être converti, l'Etat seldjoukide est le fait d'une tribu oguz (turkmène) qui,
chassée par l'avancée des Mongols, est descendue vers le sud. Installés dans le
Khorasan, le nord de l'Iran, l'est de l'Anatolie et le nord de l'Irak, les Oguz
atteignent Bagdad en 1055, s'emparent du trône des Abbassides en 1058 et fondent
la dynastie des Seldjoukides. Bientôt, ils règnent sur l'ensemble de l'Orient musulman.
C'est encore un homme d'origine oguz, 'Uthmân, qui fonde la dynastie des 'Uthmanites,
futurs Ottomans, au XIIIe siècle. 'Uthmân commence dès la fin du siècle à agrandir
son territoire vers l'ouest au détriment de Byzance. L'Empire ottoman est fondé en 1301.
En Égypte, où la situation est un peu particulière, on l'a vu, puisque l'intermède
mongol se heurte aux Mamelouks (essentiellement turcs), l'arrivée des Ottomans en
1517 n'interrompt pas la domination turque. Simplement, une présence turque ( ottomane)
chasse l'autre (mamelouk) lors de l'écrasement des Mamelouks par Selim, jeune souverain
ottoman, en 1517.
Seldjoukide, mamelouk ou ottoman, si l'élément turc est détermi1ant pour l'islam,
il n'apparaît guère influent en matière de réforme religieuse. Les Turcs se conentent
d'appliquer l'islam qu'on leur a enseigné et ne participent guère à l'effervescente
contestation religieuse qui coïncide avec leur présence. Le grand théologien de
l'islam al-Ghazâlî (1058-1105), par exmple, dont l'enseignement se répandit en
Occident, est un Iranien. AI-Ghazâlî s'élève contre ceux qui veulent faire de
la raison un critère de la vérité alors qu'elle n'est qu'un instrument. Raison
et cœur se conjuguent pour produire une foi équilibrée.
Du XIVe au XIXe siècle, l'islam est représenté par l'Empire ottoman. L'ambition de la
nouvelle puissance est sans réserve. Dès la fin ju XIVe siècle, Murat 1er souhaite
"anéantir les Infidèles récalcitrants qui ne veulent pas accepter la suprématie de
l'islam" et concrétise cette idée en battant les Serbes, les Bulgares et les Bosniaques.
En vingt ans, l'Empire s'étend du Danube à l'Euphrate. Juste un peu freinée par déferlement de
la horde mongole et les conquêtes de leur chef Tamerlan, l'expansion ottomane reprend de plus
belle aux dépends des Hongrois et des Albalais. En 1453, à la mort de Tamerlan, le sultan ottoman
M'hamed II le Conquérant s'empare de Constantinople et transforme la ville grecque en ville
turque, Istanbul. Son successeur, Selim Ier (1512-1520), est le souverain musulman le plus
puissant du monde. Le calife abbasside ayant été transféré à Istanbul lors de la prise
du Caire, il ne semble pas que Selim ait pris le titre de calife, mais sa
notoriété et ses victoires lui permettent de se faire donner le titre de
"protecteur et serviteur des villes saintes ". Enfin, le successeur suivant,
Soliman, dit Soliman le Magnifique (1520-1566), "sultan des participants à la guerre
sainte et des combattants pour la foi", porte à son apogée "l'Empire des trois
continents et des trois mers". Appelé aussi "la Sublime Porte", l'Empire
compte 25 millions de sujets, dont une très légère majorité de musulmans au sein de
laquelle les Turcs sont extrêmement minoritaires. Istanbul devient le centre du
monde musulman.
Les Ottomans règnent sans partage et font pression sur l'Europe du Sud-Est
jusqu'en 1683, date à laquelle l'échec du second siège de Vienne donne un
tournant décisif à l'Empire : le passage de l'offensive à la défensive.
L'Inde musulmane
La pression des tribus mongoles a eu pour effet de pousser vers l'Inde des Turcs
d'Asie centrale attirés par les richesses des Hindous 1 (voir Hindouisme).
Sous le prétexte de guerre sainte (jihâd), nombre d'entre eux se lancent à
l'assaut du territoire indien, profitant le la faiblesse militaire et de la
division des clans hindous. C'est ainsi qu'au début du XIe siècle, Mahmûd de
Ghaznî, un Turc, annexe le nord de l'Inde et fonde en 1022 Lahore, première
capitale musulmane indienne. Presque deux siècles plus tard (à la fin du XIIe sièe),
un clan turc venu de Ghor cherche à déposséder les Ghazné vides de la vallée du Gange,
tandis q'un autre clan, turc également, prend pied en Afghanistan. Ces conquérants
sont conduits par Mulammad de Ghor, qui écrase les Indiens en 1192. Il détruit les
temples indous, puis repart vers sa terre natale après avoir installé l'un de
ses esclaves à la tête de la première dynastie musulmane indienne : la dynastie
des Esclaves. Le nouveau sultan gouverne l'Inde du Nord de 1206 à 1210 ;
ainsi naît le sultanat de Delhi (1206-1525), qui va unifier l'Inde du Nord
sous une domination musulmane pendant près de trois siècles. Rattachée initialement
au califat de Bagdad, la dynastie des Esclaves (1210-1290) prend dès 1258
son indépendance. Lui succède la dynastie des Khaljî ( 1290-1320), qui étend
la domination musulmane jusqu'à l'extrême sud de la péninsule. Le sultanat de
Delhi s'étend désormais de la vallée du Gange au Dekkan. Mais, sous le règne
de la dynastie des Tughlûq ( 1320-1398), le règne désastreux de Muhammad Ben Tughlûq
( 1325-1351 ) aboutit au morcellement de la puissance musulmane en sultanats
régionaux : Bengale, Gujarat, Multan sur l'Indus, Jaunpur sur le Gange moyen,
Malwâ dans le centre, et le royaume bahmanide dans le nord du Dekkan.
Les querelles entre musulmans indiens et étrangers (turcs, perses, afghans)
conduisent à l'éclatement de ce royaume bahmanide en cinq États, dont les
deux fleurons, Bijapur et Golconde, très proches de la Perse, embrassent
le chiisme contrairement aux trois autres - Berar, Ahmednagar et Bihar - qui
restent sunnites. Les divergences religieuses ne cessent alors
d'envenimer les frictions entre les cinq États. À la fin du XIVe siècle,
le gouvernement tughlûq est très ébranlé par l'invincible Tamerlan et son armée,
venus d'Asie centrale, et supplanté par de nouvelles dynasties peu brillantes,
tels les Sayyid et les Lodi qui finissent par céder en 1526 aux assauts de Bâbur,
prince turco-mongol venu d'Asie centrale. Ce même Bâbur élargit son Empire
en Inde (Afghalistan, Cachemire, Panjâb au nord, Bihar à l'est et Malwâ
au sud-ouest) et fonde une nouvelle dynastie, elle aussi musulmane,
celle des Moghols (ce mot persan désigne les nouveaux arrivants du nord,
du pays des Mongols). En matière de religion, les Moghols se révèlent opportunistes.
Bâbur, le premier, renonce à sa foi sunnite pour embrasser le chiisme et
se concilier ainsi les faveurs du shâh Ismâ'îl de Perse. Son fils, Humayun,
obligé le s'exiler devant l'invasion de son Empire par les Afghans, fait de même
en se réfugiant chez son voisin perse, Shâh Tahmasp 1er (1524-1576), fils de
Shâh lsmâ'îl. Abkar, fils de Humayun, renoue avec les convictions sunnites de
ses ancêtres en dépit des pressions de son entourage. Le quatrième de la dynastie,
Selim, dit Jahangir, fils d'une princesse rajput, adhère à l'islam, mais respecte
les préceptes de l'hindouisme. S'il fait détruire de temps en temps des temples,
c'est plus pour contrer les rebelles hindous que par sectarisme religieux et parce
que sa femme, une Persane chiite, encourage le renforment de l'orthodoxie musulmane.
Enfin, le cinquième du nom, Khurram, bien qu'hostile aux excès des rigoristes
musulmans, n'en détruit pas moins des temples hinjous (notamment à Bénarès) en les
remplaçant par des mosquées et interdit aux hindous les pratiques religieuses jugées
perturbantes pour les musulmans (crémation près de cimetières, etc.). C'est lui qui
fait édifier l'une des plus grandes mosquées du sous-continent, la Jami Masjid de
Delhi, même s'il reste surtout célèbre pour le monument funéraire qu'il éleva à
son épouse : le Taj Mahal. Au total, la politique de mariage des Moghols avec
des princesses rajput a souvent tempéré leur orthodoxie religieuse musulmane.
Au XVIIè siècle, quand Aurangzeb se fait couronner empereur et se proclame
"conquérant du monde", c'est l'étouffement de la culture islamique.
L'Inde est restée cinq siècles et demi sous hégémonie islamique.
L'Etat safavide
Le nouvel homme fort de la Perse, à l'avènement de Bâbur, est le shâh Ismâ'îl
ler (1487-1524). Cet homme, chef d'une confrérie passée du sunnisme au chiisme
extrémiste dans le courant du XVe siècle, conquiert l'Iran et l'Irak avec
ses armées, puis fonde la dynastie des Safavides. Le premier État iranien
indépendant naît en 1501 et le chiisme y est proclamé religion officielle.
Ismâ'îl 1er instaure une véritable théocratie, s'appuyant dans un premier
temps sur les Qizilbash (littéralement, "têtes rouges" par allusion au bonnet
rouge à plis, symbole des douze imams, dont son père avait institué le port).
Célèbres pour leur orthodoxie religieuse, les Safavides n'eurent cependant
pas le rayonnement culturel qu'ils auraient dû avoir, car nombre de nobles
persans préférèrent quitter l'Iran pour l'Inde islamique moins austère. En 1722,
la révolte afghane renversa le dernier Safavide, et le pays, déstabilisé, fut emporté
par la déferlante ottomane. Un pouvoir safavide subsista cependant jusqu'en 1786.
Pendant ce temps, l'Occident nusulman, politiquement divisé, religieusement affaibli,
va être presque entièrement réunifié par une dynastie tirant ses origines d'un groupe
de tribus berbères nomades séjournant entre le Sénégal et le sud du Maroc, celle
des Almoravides (al-Murâbitûn). Ces sortes de moines-soldats, islamisés vers la
fin du IXc siècle, professent un islam rudimentaire, hostile, à la civilisation
"décadente" des États du Maghreb et particulièrement intransigeant. De rite
mâlékite, ils reconnaissent la suprématie théorique du calife abbasside et sont
favorables à la guerre sainte contre les mauvais musulmans. Une partie d'entre
eux dirige ses efforts gueriers et religieux vers l'Afrique noire, l'autre se
tourne à partir de l053 vers l'Afrique du Nord, étendant leur domination sur
le Maroc (où ils fondent Marrakech vers 1060). Ils contrôlent ainsi un territoire
musulman qui s'étend du Sénégal à l'Èbre. C'est alors qu'effrayée par la
Reconquista, l'Espagne musulmane se résout à faire appel à ces hommes, qui
n'ont pourtant rien à voir avec elle d'un point de vue culturel. Au début du
XIIe siècle, toute la péninsule reconnaît les Almoravides. Leurs actes ne se
révélant pas à la hauteur de leurs paroles puritaines, ils ne tardent pas à
décevoir la population.
Dès 1123, les Almoravides se retrouvent supplantés par une autre dynastie berbère,
les Almohades (de al-Muwahhidûn, "confesseur de l'Un"). Originaires du Haut-Atlas
marocain, les Almohades s'emparent de Marrakech en 1147, puis de toutes les
possessions des Almoravides. Appelés à leur tour en renfort en Espagne, ils prêchent
en terre hispanique un Islam tout aussi puritain ; mais leur théologie t moins
traditionnelle, moins fidéiste et plus "rationnelle" que celle des Almoravides.
Avant d'être à leur tour supplantés par d'autres dynasties, ils s'imposent dans
une periode de grande activité intellectuelle qui brille par les grands noms de
la pensée andalouse qu'elle laisse s'épanouir. Ibn Rushd, par exemple, plus connu sous
le nom d'Averroès (Cordoue 1126- Marrakech 1198) est tout à la fois théologien,
juriste, médecin et astrologue. Si le penseur défend une égalité de nature entre
l'homme et la femme très radicale pour l'islam de l'époque, le magistrat semble
plus réservé. Cadi de Séville en 1169, puis grand cadi de Cordoue deux ans plus
tard, il tente de prouver que philosophie et religion sont deux langages d'une
même vérité. Il écrit une réfutation de l'ouvrage d'al-Ghazâlî et se rend célèbre
par ses Commenaires sur Aristote, qui serviront de base à l'enseignement de la
philosophie aristotélicienne dans les universités européennes du XIIIe siècle.
Sa philosophie, transmise par les juifs de Catalogne et d'Occitanie, aura
une influence déterminante sur la pensée juive médiévale. Elle sera ainsi
enseignée à l'université de Paris, avant d'être condamnée par le pape en 1513.
L'architecture est également un témoin de la richesse créatrice de l'époque, qu'il
s'agisse de la mosquée de Hassan à Rabat, de la Kutubiyya et de la Kasba de
Marrakech, de l'Alcazar (château) et de la Giralda (minaret d'une grande
mosquée) de Séville.
En 1492, la chrétienté reconquiert le royaume de Grenade et organise l'expulsion
des Maures et des Juifs. Les musulmans se réfugient dans le Maghreb, où ils apporent
le savoir d'une civilisation brillante, et compensent leur perte de territoire en
Occident par des conversions en Afrique noire et en Asie du Sud-Est. En Afrique noire,
la pénétration de l'islam se fait à partir du XIè siècle. La simplicité de la
conversion (la proclamation de la foi) facilite cette diffusion, d'autant que
l'islam s'accorde souvent mieux que les autres religions aux coutumes locales
(la polygamie par exemple) et qu'il permet de s'affranchir des despotes locaux.
Le panthéon africain est plus large que ne le veut habituellement l'islam.
On y retrouve des esprits et des génies à côtés des djinns de la tradition
islamique. Quoi qu'il en soit, au XVIIIe siècle, une ceinture d'États musulmans
relie Dakar à la mer Rouge ; mais, dès le xve siècle, la multiplication des
marchands d'esclaves a interrompu le développement culturel initié par l'islam,
et sa période conquérante est achevée.
* * * * *
* * * *
* * *
* *
*
L'islam s'est scindé en trois grands courants dès qu'il a fallu trouver un Successeur à Muhammad. C'est d'abord le mode d'élection du calife qui a divisé les musulmans. Les sunnites, respectueux des compagnons du Prophète (Abû Bakr, Omar, 'Uthmân et 'Alî), défendent l'élection du calife par une minorité de notables disposant d'une autorité de fait. Les chiites, intransigeants sur le principe de la filiation par le sang, ne reconnaissent que les descendants du Prophète. Les khârijites affirment que n'importe quel croyant de vertu irréprochable peut dinger la communauté si celle-ci, tout entière, le désigne. A partir de cette divergence, le schisme entre musulmans recouvre trois dimensions : généalogique, théologique et politique.
Ce sont les musulmans qui suivent la voie droite de la sunna. Ils se définissent comme la communauté du juste milieu. Ils représentent la grande majorité des musulmans (89 % des musulmans aujourd 'hui), celle qui s'est ralliée au califat 'umayyade demeuré en place après l'assassinat de 'Alî.
Ils incarnent la branche puritaine de l'islam. Ils interprètent le Coran à la lettre, condamnent le luxe, les jeux, la musique et l'alcool. La foi et la prière ne sont rien sans des actes dans le chemin de Dieu. Les khârijites font figure de révoltés permanents. Dès leur naissance en tant que mouvement, ils s'insurgent contre le pouvoir établi, en l'occurrence contre 'Alî lorsque celui-ci se soumet à un arbitrage humain (al-khawârij : ("ceux qui sortent ", du camp militaire de 'Alî), et plus tard ils fomrmentent des révoltes contre les 'Umayyaes. L'une d'elles finit en retour par les obliger à se réfugier au Maghreb, où ils fondent le puissant Etat rustumide de Tahert (VIIIè-IXè siècle, dans le Mzâb algérien, d'où parfois leur lom de mzâbites), qui se maintient jusqu'à la venue des Fatimides. Les Khârijites ont connu leur plus grande puissance avant le XIIème siècle, quand Kairouan, en Tunisie, était leur capiale. Ils ont largement contribué à l'islamisation de l'Afrique noire, surtout celle des peuples du Niger et du Nigeria. Avec 1 % des musulmans dans le monde, ils constituent une communauté de 1,5 millions de personnes à peine et sont surtout présents dans le sultanat d'Oman, mais aussi au Maghreb sous le nom d'ibatites (dans l'île tunisienne de Djerba, lans le Sud algérien, en Libye).
La pensée chiite
La shî'a est le parti de 'Alî. Outre l'exigence de filiation du califat par le sang,
les chiites se distinguent d'abord des autres musulmans par la dimension
eschatologique de leur foi. Pour les sunnites, en effet, Muhammad étant le
Sceau des Prophètes, le cycle de la prophétie est clos. Pour les chiites,
la Révélation est ouverte. Le prophète Muhammad a apporté une révélation finale,
mais après lui commence un cycle de révélateurs de la Révélation.
'Alî en premier lieu, puis les autres imams sont en effet es dépositaires
du sens caché (bâtin) de la prophétie révélée à Muhammad.
Les chiites possèdent un clergé. Il revient, en effet, aux imams la tâche spirituelle
d'initier les croyants au sens vrai de la Révélaion et celle, plus matérielle, de diriger
l' 'umma à la place du calife incompétent. Dans la même perspective de divinisation
humaine, le chiisme honore ses saints. C'est grâce à eux que le culte des mausolées
des compagnons du Prophète, des martyrs de l'islam ou des nembres de confréries
connaît un regain de ferveur à Meched, à Qom, où les Iraniennes se pressent pour
vénérer le tombeau de Fatima - la sœur de l'imam Reza, enterée sous la coupole
aux plafonds cintillants et grandioses. Et si l'Irak est la principale terre de
pèlerinage des musulmans chiites, c'est que Najaf abrite le repos de l'imam 'Alî
(le gendre du prophète), Kerbela le tombeau de Hussein (le petit-fils du Prophète)
et Samarra le lieu d'où le XIIe imam disparut.
Enfin, les chiites expriment une sensibilité particulière. Leurs miniatures persanes
ne tiennent pas compte de l'interdiction coranique de représenter des hommes
ou des animaux, et les poèmes persans d'un 'Umar Khayyâm (mort en 1132) ne se
privent pas de chanter es vertus du vin. Leurs pratiques sont originales. Ils se
prosternent en posant le front non pas directement sur le tapis de prière, mais
sur une pierre de Kerbela, sorte de petite brique de la taille d'un domino où est
moulée la silhouette de la mosquée de cette ville, située un peu au sud de Bagdad.
Leur identité est enfin plus perse qu'arabe. D'abord purement arabe à sa naissance,
le chiisme n'a pas tardé en effet à devenir persan avec le mariage de 'Alî et de la fille
du dernier roi sassanide, et cela en dépit de l'antagonisme virulent qui oppose les deux
peuples tant d'un point de vue linguistique (sémite/indo-européen) que culturel.
La notion de révolte imprègne l'islam chiite. Dès l'origine, le chiisme semble
frappé par l'injustice : celle de l'éviction de 'Alî, celle du martyre de Hussein,
celle le la "trahison" des Abbassides. Les Abbassides sont arrivés au pouvoir,
en effet, grâce aux chiites, ils se sont bien gardés d'imposer aux croyants les
rites chiites. Souvent classés, en conséquence, comme un parti d'opposition,
voire d'opprimés, les chiites ont fait l'apprentissage de la Kithmân ou des
taqiya (la dissimulation religieuse), qui repose sur quatre versets qui
admettent qu'en cas de danger, le reniement extérieur de la foi, l'amitié avec des
Infidèles et l'usage de nourritures défendues sont permis. En contrepartie, les
chiites s'adonnent à des manifestations très démonstratives dès que cela est possible.
La Achoura est l'une d'elles ; elle commémore la mort de Hussein, tombé le 10 octobre
680 (mois lunaire de moharram) à Kerbala, dans une embuscade dressée par les partisans
de Yazîd l' 'Umayyade, et s'accompagne de sinistres processions. Les hommes ont le
front tailladé et le visage en sang. Certains flagellent leur dos nu à l'aide d'un
fouet de chaînes terminées par des larmes, le sandjir. En 1999, le président iranien
Khatami a interdit la pratique de la flagellation.
Les chiites représentent aujourd'hui environ 10% des musulmans dans le monde.
Le premier pays chiites est l'Iran (95% de la population), mais les chiites
sont également majoritaires en Irak, en Azerbaïdjan, à Bahrein et au Yémen ;
on en trouve des minorités représentatives en Arabie saoudite, en Afghanistan,
au Pakistan, au Liban (un tiers de la population), en Inde, au Koweit, en
Turquie, au Maghreb, en Egypte, au Kenya et en Tanzanie.
Neuf chiites sur dix se rattachent au chiisme duodécimain et reconnaissent
comme guides, outre Muhammad et sa fille Fatima, 'Alî, que les chiites placent
au-dessus du Prophète lui-même, ses deux fils et neuf autres imams descendants
directs de Hussein ('Alî Ben Hussein, Al-Bakîr, Ja'far al-Sâdiq, Mûsa Ben Ja'far,
'Alî al Rida, Muhammad al-Jawwâd, 'Alî al-Hâdi et Hassan al-'Askari et son fils).
'Alî, le Ier imam, meurt assassiné en 661. Hassan, son fils aîné, IIème imam,
meurt emprisonné sous le règne de Mu'awiyya en 669. Hussein, son fils cadet,
IIIème imam, meurt à la bataille de Kerbala en 740. Tous les imams meurts donc
martyrs, à l'exception du XIIème, le fameux Muhammad al-Muntadhar ("l'attendu"),
disparu à Samarra en 874 à l'âge de cinq ans. Dans une première occultation,
il fut encore visible par quelques hauts dignitaires, avant d'entrer dans
"l'occultation majeure" en 940. Cet imam suprême reviendra au dernier jour
sous le nom d'al-Mahdî ("le messie"), et pour le moment fait savoir
ses volontés à qui sait l'entendre. L'imam reste "invisible aux sens mais
présent au coeur des fidèles". Si tous les chiites s'accordent sur les
premiers imams, une partie d'entre eux se sépare au moment de la succession
du VIème imam. Pour les duodécimains). Les duodécimains sont concentrés en
Iran, Irak, au sud du Liban.
C'est le testament controversé de Ja'far al-Sâdiq (VIème imam) qui est à l'origine
de la naissance du courant des septimaniens. Jâ'far a trois fils,
Abdullah, Ismâ'îl et Mûsa. Vers le milieu
du VIIe siècle, certains chiites choisissent de faire d' Ismâ'îl, au lieu de Mûsa,
Ie VIIème imam. Ils sont persuadés qu' lsmâ'îl, écarté de la succession pour ses
idées révolutionnaires, a été empêché d'exercer les fonctions d'imam par
une mort précoce en 751 (quatorze ans avant celle de son propre père) et
qu'il vit toujours, caché. Leur rite est particulier : Ils se contentent de deux
prières par jour, ne font pas le ramadan, aceptent de boire du vin et
pratiquent la monogamie. Les imams ismaïliens, d'abord contraints à
la clandestinité par leur enseignement, contestent le pouvoir en place
et attisent les revendications sociales. Ils se distinguent par la
tonalité très ésotérique de leur croyance. Le chiffre 7 est
symbolique : les ismaïliens reconnaissent sept imams historiques,
sept parleurs (Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus, Muhammad
et al-Mahdî) et sept silencieux, interprètes des parleurs.
L'ismaïlisme a été au pouvoir sous la brillante dynastie égytienne
les Fatimides de 973 à 1171. Les ismaïliens détiennent par tradition
un important pouvoir économique dans le monde. Ils se trouvent surtout
sur la côte occidentale de l'Inde.
- Les druzes
Ils se sont séparés des ismaïliens au IXème-Xème siècle en se ralliant à l'imam Hakîm,
troisième calife fatimide, disparu mystérieusement en 1021 dans les conditions
évoquées précédemment. Assez ésotéiques, les druzes pratiquent un culte réservé
à un petit nombre d'initiés, qui s'engagent sous peine de damnation éternelle à ne
rien révéler de ses livres ni de ses dognes, la masse des fidèles restant lans l'ignorance.
Ils ne respectent ni le jeûne annuel, ni le pèlerinage aux lieux saints, ni la zakât.
Ils sont monogames et peuvent divorcer. Ils empruntent à l'Inde la doctrine de
la métempsycose. On les trouve en Syrie, au Liban, en Israël, en Inde et au Pakistan.
- Les nosairis
A la mort du quatrième calife fatimide, al-Mustansir (1094), l'héritier imposé en
Égypte par Badr au Caire ne fut pas reconnu par les ismaïliens vivant hors d'Egypte.
Une partie des Iraniens notamment choisit de suivre un descendant de Nizar, le fils
assassiné d'al-Mustansir, hébergé à Alamut, dans les montagnes sud-caspiennes.
Ce descendant n'est autre que l'ancêtre des Aga Khân (le khân est celui qui gouverne
un pays). La doctrine nosairie repose sur les révélations du onzième calife
Hassan al-'Askarî à son disciple Nizar. Elle affinne la livinité de 'Alî et s'assortit d'un
culte mal connu.
La secte des nosairis a été servie dès sa naissance par un homme charismatique,
Hassan al-Sabbâh, un terroriste retranché dans sa forteresse d' Alamut et à la
tête de la secte des "Assassins" nommée ansi parce que ses adeptes, réputés pour leur
consommation de haschisch, sont surnommés hashishiyûn ("enivrés de haschisch"),
uu parce qu'ils ne manquaient pas d'user du sikkim, poignard empoisonné.
La secte des "Assassins" s'est séparée du reste des chiites au IXème siècle et
a pour principal ennemi les Fatimides.
A la chute d'Alamut, quand les nosairis restés sans base se sont dispersés,
leur croyance a survécu entre autres chez les alaouites (qui n'ont rien à voir avec
la dynastie marocaine qui porte leur nom). Un des plus célèbres des alaouites était
le président syrien Hâfiz el-Assad, décédé en 2000. Concentrés en Syrie, les alaouites
ne représentent que 12 % de la population, mais détiennent la majeure partie des postes
de pouvoir. Ils résident aussi en Afghalistan, au Tadjikistan, en Chine, en Iran, etc.
En Turquie, leur nom est alevi. En Inde, on les nomme mo'astali. On peut leur rattacher
les Hojas du nord-ouest de l'Inde qui reconnaissent depuis 1866 les Aga Khân pour imams,
ou encore les tayyebites. À sa mort, en effet, le sixième calife fatimide al-Amîr
(victime des assassins en 1130) laisse un successeur mâle, al Tayyeb, âgé de huit mois.
A la disparition de celui-ci, le dey du Yémen le proclame imam caché. C'est l'origine
des tayyebites du Yémen et de l'Inde (les boharas).
- Les zaydites
Ils remplacent le cinquième des imams par Zayd, petit-fils de Hussein (le fils de 'Alî)
tué lui aussi en 740. Zayd dénie aux 'Umayyades le droit de régner, persuadé que le
califat doit être hachémite. Depuis sa mort, les croyants ont substitué à la filiation du
califat par le sang le mode de l'élection et se rapprochent ainsi des khârijites.
Les zaydites sont présents au Yémen.
- Les Ahl al-Haqq
Les "véritables juges" constiuent la secte d'une ultra-minorité de Kurdes iraniens
et de quelques croyants en Turquie, en Irak, en Inde et dans le Caucase. Elle repose
sur un ésotérisme kurde inventé par le sultan Sihak au XIVème siècle. Les principaux
personnages de l'islam chiite seraient l'émanation de cinq anges fondamentaux de la
création du monde, Gabriel, Raphaël, Michaël, Azraël et Ramzbar.
- Le bahâ'isme
Ce courant se rattache au chiisme. Mirzâ 'Alî Muhammad (né à Shiraz en 1819)
prétendit être la Porte (bab) : qui conduit à l'imam et fonda le bâbisme*.
La nouvelle religion, qui abolissait les préceptes de la loi islamique, remporta
rapidement un grand succès. Les ulémas officiels, inquiets de ce succès,
persécutèrent ses adeptes et le Bab fut exécuté à Tabriz (1850). Le bahâ'isme,
issu du bâbisme, a persisté en dépit des perécutions réitérées.
* * * * *
* * * *
* * *
* *
*
Le Coran et le Hadith sont les deux sources de la foi.
Le Coran, récitation conforme (en arabe, qur'ân signifie "récitation"),
est l'enseignement de Dieu au Prophète.
Il rapporte ce que l'ange Gabriel dicta à Muhammad au cours de révélations successives entre 610 (ou 613) et 632.
Texte céleste inscrit dans l'Au-delà, transmis "en pluie d'étoiles" au Prophète, qui ne sait ni lire ni
écrire comme la très grande majorité des habitants de l'Arabie de l'époque, il est le miracle fondateur de l'islam.
Selon les chroniqueurs musulmans, le Coran fut définitivement fixé vers 652 à l'époque du troisième calife,
'Uthmân. Un groupe d'experts fut chargé de réaliser une version officielle. Ils établirent un texte composé de
6 226 versets, plus ou moins longs, groupés dans 114 chapitres, appelés sourates, comprenant de 3 à 286 versets.
La tradition distingue les sourates révélées à La Mecque, les plus anciennes, et les sourates révélées à Médine,
les plus récentes ; mais c'est l'ordre quantitatif et non chronologique qui a été choisi par les compilateurs du
Coran. Les sourates médinoises, les plus longues, sont donc paradoxalement classées avant les sourates mecquoises.
Le Coran s'ordonne selon la longueur des sourates, de la plus longue à la plus courte, sauf en ce qui concerne
la première sourate, al-Fatiha. Cette Fatiha, l'ouvrante, a un statut particulier : elle est récitée dans toutes
les prières du musulman et est indispensable à la célébralon des mariages. Elle professe : "Au nom de Dieu clément,
le Tout miséricorde, le miséricordieux, louange à Dieu, Seigneur des univers, le Tout miséricorde, le miséricordieux,
le roi du Jour de l'allégeance. C'est Toi que nous adorons, Toi de qui le secours nous implorons. Guide-nous sur la voie
de rectitude, la voie de ceux que Tu as gratifiés, non pas celle des réprouvés, non plus de ceux qui s'égarent"
(traduction de Jacques Berque).
Selon les docteurs de la loi (ulémas), le Livre sacré contient quatre thèmes fondamentaux : les croyances de la foi
(al-'Aqîda), les cultes prescrits (al-'Ibadât), la moralité de l'homme (al-'Akhlâq), les relations sociales des hommes
entre eux (al-Mu'amalât). Le Coran apparaît donc comme le livre de référence de la religion monothéiste professée par
Muhammad, descendant d'une longue lignée de prophètes et lui vient achever auprès des Arabes l'œuvre de Moïse et
de Jésus : "L'Écriture n'a été révélée qu'à deux religions avant vous". Mais il n'est pas seulement cela. Avec l'hégire
et les dix ans d'installation à Médine, l'apôtre devient chef de la communauté, et la nouvelle religion prend valeur
de loi. Le Coran définit donc aussi les droits et les devoirs, publics et privés. Il inclut la législation du travail,
la réglenentation des mariages, les ordonnances fiscales ou militaires, le droit de propriété, etc. Il prescrit les
peines, parfois sévères et précises. Pour les voleurs, par exemple, "la main sera coupée s'il s'agit d'un quart de
dinar ou au-dessus". Ces indications purement matériels sont souvent aux yeux du croyant aussi importantes que les
révélations proprement spirituelles. Cette spécificité du Coran explique que le Livre sacré soit la référence permanente
du musulman.
Le Hadith est un corpus immense, sans limites bien définies puisqu'il rassemble les moindres faits et gestes concernant le Prophète, ses dires, les traditions (hadiths) et la coutume (sunna). Schématiquement, à côté d'un Coran qui est la loi, le Hadith fait figure e jurisprudence. Cependant, les ulémas s'aperçurent très vite que les sourates coraniques laissaient ans réponse un bon nombre de questions juridiques qui ne se posaient pas dans l'Arabie de Muhammad. C'est ainsi que les premiers juristes musulmans reconstituèrent - "au nom de Muhammad" - des règles donnant naissance à la sunna (tradition) et aux hadiths (faits, dits, gestes du Prophète). Cette somme de hadiths est donc autant un corpus de témoignages de compagnons du Prophète qu'un recueil d'interprétations. Nombre d'ulémas ont eu, en effet, intérêt à forger des textes qui allaient dans le sens de leur conviction au sein du débat d'idées. L'islam transfonne ainsi la culture des sociétés musulmanes tout autant qu'il est transformé par ces sociétés. Des idées issues de la philosophie grecque, des traditions juives, chrétiennes, hindouistes le pénètrent. La prolifération des hadiths posant un problème d'authenticité, au IXème siècle, les théologiens, généralement d'origine persane, ont tenté de débrouiller l'écheveau des hadiths en séparant les vrais des faux. La méthode dite "de chaînes de garants" ('isnâd) classe les hadiths selon la notoriété de leurs rapporteurs. Les plus autorisés sont les Authentiques d'al-Bukhâri (mort en 869) et de Muslim (mort en 875). Les recueils ordonnés en fonction de leur degré de véracité sont au nombre de six, constitués aux VIIIème et IXème siècles. Leur fiabilité les place juste derrière le Coran.
Selon le Coran, le calendrier s'aligne sur le cycle de la Lune. Un mois correspond à l'intervalle entre deux
alignements de la Lune avec la Terre et le Soleil. L'année compte donc 354 Jours, repartis en 12 mois
lunaires de 29 ou 30 jours. Il existe 11 années bissextiles pour chaque période 30 ans. C'est le dernier mois
qui prend un jour de plus. Si les deux types de mois - solaire et lunaire - ont cours dans la plupart des pays nusulmans,
la vie religieuse ne se date qu'en mois lunaires. Comme l'année lunaire compte 11 jours de moins que l'année solaire,
les fêtes musulmanes tombent à des dates difërentes d'une année sur l'autre. L'an 2000 correspond à l'an 1420-1421 dans
le calendrier islamique.
· Nom des mois lunaires :
moharram, safar, rabî' al-'awwal, rabî' al-thânî, jumâdâ al-'awlâ, iumâdâ al-thâniya, rajab, sha'bân, ramadan,
shawwâl, dhû al-qi'da, dhû al-hijja.
· Les fêtes
Elles sont toutes liées à la vie de Muhammad : le Nouvel An, qui est le jour anniversaire de l'hégire (16 juillet 622)
puisque le calendrier religieux débute avec l'hégire ; l' anniversaire de la naissance du Prophète (le mulûd, 71 jours
après le début de l'hégire) ; la Nuit lu destin (Laylat al-gadr, 27e jour du ramadan) ; la Achoura (10ème jour du premier
mois, date du prélèvement de la zakât) ; la "petite fête" pour la fin du jeûne de ramadan ('Id al-Sghîr ; en arabe classique
: 'Id al-Fitr du premier mois lunaire de shawwâl) ; la "grande fête" à la fin du pèlerinage à La Mecque .
'Id al-Kbîr ; en arabe classique : Id al-'Adhâ ; 98 jours après la fin lu ramadan).
Exaltant une foi d'autant plus forte qu'elle est plus simple, l'islam s'est propagé très rapidement. Dieu (Allah est
un autre nom pour U-Ilâh, le Dieu), unique et tout-puissant, a révélé aux hommes un texte, le Coran, qu'il a transmis
par l'intermédiaire d'un ange, Gabriel, et d'un homme, Muhammad. Le sens du mot "islam" étant soumission, la soumission
à Dieu consiste à obéir à sa parole, c'est-à-dire à observer scrupuleusement les prescriptions du Coran. L'islam, de
la même manière que le christianisme, est une religion universaliste qui s'adresse à tous les hommes et à
laquelle, en principe, chacun peut adhérer, quelle que soit sa patrie, sa culture d'origine. L'énonciation de la
profession de foi (shahâda) en toute conscience et avec sincérité, devant deux témoins, signe l'entrée dans l'islam.
À la différence des autres religions monothéistes, l'islam fait une distinction très précise entre les obligations
personnelles du croyant et les prescriptions communautaires. Les premières sont connues sous le nom de "piliers
de l'islam". Les cinq données de la foi sont :
. L'unité et l'unicité de Dieu
Ce principe est l'une des pierres l'achoppement entre musulmans et chrétiens, les premiers reprochant aux seconds de
croire en trois personnes en Une à travers la Sainte trinité.
. Les prophètes et les livres révélés
Les grandes figures bibliques mentionnées dans le Coran sont Adam, Hénoch, père de Mathusalem, Noé, Abraham, Isaac,
Jacob, Joseph, Moïse, David, Salomon, Job, Jonas, Zacharie, Jésus ('Isa), Jean Baptiste (Yahyâ) et Muhammad. Abraham,
Moïse et Jésus jouent un rôle important, Jésus est considéré comme le principal prophète préislamique, même si le
privi lège de "Sceau des Prophètes" revient à Muhammad. Jésus est bien le fils de la Vierge Marie, mais il ne lui
revient pas de faire la rédemption de l'humanité. En outre, il n'est pas mort sur la croix, c'est un autre homme
que l'on a substitué qui y est mort.
La Vierge Marie est reconnue par le Coran, la naissance virginale du "prophète" Jésus également. La "Vierge pieuse"
est même "l'une des quatre meilleures femmes de la Terre" avec deux des épouses de Muhammad et sa fille.
Les livres révélés rassemblent les feuilles d'Abraham, dont il ne reste trace, la Torah, dite "feuille de Moïse",
c'est-à-dire les cinq premiers livres de la Bible, les Psaumes de David, qui font partie de la Bible, et l'Évangile.
· Les anges
L'ange Gabriel (Jibrîl en arabe) a transmis le Coran à Muhammad, mais il n'est pas le seul cité dans le Coran ;
ainsi, l'archange Michel (Malik) est le gardien de l'enfer.
. La résurrection des corps et le Jugement
A la fin du monde, chacun ressuscitera. Viendra alors le jour du Jugement dernier qui décidera de notre sort en
fonction des actes de notre vie. L'existence de l'enfer et du paradis est affirmée sans autre détail. Il n'y a pas
à proprement parler de péché dans l'islam, mais seulement des fautes pour lesquelles chaque croyant sera jugé de
façon individuelle et qui restent effaçables par la miséricorde divine, même sans repentir personnel.
· Le décret de Dieu
Dieu seul connaît le bien et le mal. La morale à respecter pour être sauvé est contenue dans le Coran, tout au moins
dans les principes. Cette morale est codifiée par la loi religieuse, la charia.
L'islam reconnaît comme authentiques la Torah, la Bible et l'Évangile. Si les païens doivent être combattus, Muhammad a nontré l'exemple de la tolérance envers les "gens du Livre", essentiellement juifs et chrétiens. Le paiement d'un impôt spécial, la capitation (jizya), leur permet d'avoir la vie sauve, de séjourner en terre d'islam et de demeurer dans leur infidélité, bref d'être protégés en vertu d'un pacte de soumission à la loi islamique. C'est la raison pour laquelle juifs et chrétiens sont aussi nommés les "gens du Pacte" (ahl al-dhîmma en arabe). Ces non-musulmans étant restés longtemps majoritaires en Orient (jusqu'au XVIIIème siècle dans certaines contrées), l'impôt qu'on leur prélevait s'est révélé une forte source d'enrichissement pour l'occupant musulnan. En contrepartie, le poids de cet impôt a poussé nombre de dhîmmî à se convertir à l'islam. La tolérance des autochtones non musulmans s'assortit de mesures disciminatoires (interdiction de se déplacer avec les mêmes montures, s'habiller avec les mêmes vêtements que les musulmans, d'élever les maisons plus hautes qu'eux, éviction périodique de la fonction publique), dont la plupart ne seront pas appliquées rigoureusement. Le mariage entre un musulman et une juive ou une chrétienne est autorisé.
Les lieux saints de l'islam sont au nombre de trois : les deux villes interdites aux non-musulmans - La Mecque,
qui renferme la Ka'ba et vers laquelle les musulmans du monde entier se tournent pour faire leur prière,
et Médine où se trouvent la mosquée du Prophète ainsi que les tombeaux de Muhammad et des trois premiers
califes (Abû Bakr, Omar, 'Uthmân) - et la ( ville sainte, al-Quds (Jérusalem) où se trouve le Masjid al-Aqsâ la
mosquée la plus éloignée, édifiée sur un rocher d'où sa jument ailée porta le Prophète vers l'extase céleste.
Un hadith veut que la terre entière puisse servir de mosquée ; aussi n'est-il pas rare que quelques musulmans
se constituent en association, ouvrent un garage et le baptisent "mosquée". Ordinairement, le culte s'exerce
dans des oratoires à ciel ouvert (mssalla), des mosquées (masâjid) ou des grandes mosquées (jawâmi'). La mosquée
est un lieu de culte, non un lieu sacré. Tous les vendredis, néanmoins, les fidèles s'y retrourent pour la prière
collective. Du haut de sa chaire (minbar), l'imam fait son sermon, où alternent exégèses religieuses et questions
d'acualité. Après le sermon, une prière collective de deux rak'ât dispense la prière du début de l'après-midi (al-dhuhr).
Du temps de Muhammad, au sommet de la hiérarchie religieuse se trouvait le Prophète lui-même ; à sa mort,
le calife (khalifa). Littéralement, ce mot désigne un remplaçant, un lieutenant. Vicaire du Prophète,
le calife n'est évidemment pas le Prophète, et si ses pouvoirs sont immenses (gouverner le monde et
défendre la foi), ils ne sont pas illimités : il ne peut désiñer son propre successeur, dont le choix doit
être ratifié par la comnunauté et les docteurs de la loi (les ulémas). Il n'a le droit de modifier le dogme
par aucune réforme religieuse. Il peut être révoqué s'il se révèle incompétent. En revanhe, c'est à lui
qu'incombent le commandement et la décision d'autorité. A partir du VIIe siècle, le calife devient non seulement
le successeur du Prophète, mais aussi représentant de Dieu sur terre. Les 'Umayyades décident que le calife,
élu selon le principe dynastique, ne peut avoir pour mère une femme non arabe, et leurs califes règnent jusqu'en 750
à Damas. À artir de cette date, et jusqu'en 258, leur succèdent les califes abassides, à nouveau exclusivement
descendants du Prophète. Ces califats officiels sont concurrencés par les califats rivaux d'Espagne (califat de
Cordoue jusqu'en 1031) et d'Égypte (califat des Fatimides 909 à 1171 ). De 1258 à 1517, date de la conquête
ottomane, l'Égypte a accueilli les derniers califes abbassides, au titre purement honorifique ; puis le califat,
aux mains des Ottomans et devenu incontrôlable au regard de l' immensité du territoire, est tombé en désuétude et fut
aboli par Atatürk.
Depuis, l'islam affirmant que Dieu n'a pas d'incarnation terrestre, tous les croyants sont égaux devant Dieu,
quelle que soit leur fonction religieuse. L'islam sunnite n'a donc pas de clergé, mais certains membres de la
communauté remplissent des fonctions religieuses en rapport avec leur compétence. Fonctionnaires de la communauté,
les ulémas ont ainsi pour mission de faire respecter la charia, leur statut dépend aujourd 'hui des liens
entre religion et politique du pays. Si le pays est islamique, ils détiennent la totalité des postes de juge
(Arabie saoudite) ; si le droit est laïc (comme en Turquie), la justice est administrée par des profesionnels laïcs.
Issus des grandes écoles religieuses (les medersas), ces serviteurs de Dieu sont cadi (juge civil et religieux,
notaire) ou, d'un niveau supérieur, mufti (homme de jurisprudence à titre public ou privé) ou, plus important encore,
grand mufti (mufti aux responsabilités régionales). Ils sont qazi juge dans les tribunaux religieux),
imam (celui qui dirige la prière à la mosquée), khatib (prédicateur), muezzin (celui qui appelle les fidèles
à la prière), shaykh (titre accordé aux personnes ayant une instruction religieuse, et donné généralement aux
guides des confréries), al-sharîf (titre accordé aux lescendants du Prophète par leur père), etc. De plus,
il existe des limites culturelles à l'absence de clergé chez les sunnites. Ainsi, les marabouts jouent un rôle
particulièrement important dans les pays limitrophes du Maghreb et de la mauritanie, s'apparentant parfois à des
"prêtres de l'islam noir".
Contrairement à l'islam sunnite, pour lequel la porte de l'ijtihâd est fermée, l'islam chiite recommande
l'effort d'interprétation. Il s'en est suivi une cléricalisation de la commnauté et la constitution d'une hiérarchie
placée sous l'autorité des grands ayatollahs. Au sommet, les ayatollahs ("signe de Dieu"), puis les
hujjatu al-'islâm ("preuve le l'islam"), c'est-à-dire les maîtres les plus connus, et enfin les mollahs
(de l'arabe mawlâ, "maître"). Chaque croyant fait allégeance à un grand ayatollah par 'intermédiaire d'un
de ses représentants, à qui il paie l'impôt islanique (khums, ou un cinquième de ses revenus). Les grands
ayatollahs disposent ainsi d'un pouvoir sans équivalent chez les sunnites. Le chiisme attribue donc aux serviteurs
de Dieu une dimension divine. L'imam est "l'ombre de Dieu dans le monde", le successeur authentique du Prophète,
doué à la fois de l'infaillibilité et de l'impeccabilité.
Énumérés dans le Hadith, les cinq piliers des obligations cultuelles fondamentales du musulman sont la profession
de foi, la prière rituelle, l'aumône légale, le pèlerinage à La Mecque et le jeûne de Ramadan.
. La shahâda (témoignage) en un Dieu unique est le Credo musulman qui s'exprime dans des formules diverses. La plus
célèbre s'énonce ainsi : "J'atteste qu'il n'y a de dieu que Dieu, et que Muhammad est l'envoyé de Dieu."
. La salât, la prière rituelle, est un acte de louange et d'adoration. Elle se fait à heures fixes dans n'importe quel
endroit, sauf sur les tombes et dans les abattoirs. Cinq fois par jour - les prières sont annoncées par l'adhân
(convocation) entonné par la voix du muezzin, du haut du minaret. Le muezzin psalmodie l'appel à la prière :
"Allah est le plus grand [4 fois]. J'atteste qu'il n'est d'autre divinité qu'Allah [2 fois]. L'atteste que
Muhamnad est l'envoyé d'Allah [2 fois], Venez à la prière [2 fois]. Venez au salut [2 fois]. Allah est grand [2 fois].
Il n'est d'autre divinité qu' Allah. "
Où qu'il soit alors, le croyant doit pratiquer la purification rituelle, la pureté du corps étant esentielle
pour accéder à Dieu : "Vous qui croyez, si vous vous mettez en devoir de prière, alors rincez-vous le visage,
et les mains jusqu'au coude, passez- vous la main sur la tête et sur les pieds jusqu'aux chevilles". Puis, il
s'oriente vers la qibla qui donne la direction de la Ka'ba de La Mecque, délimite sur le sol un espace qui le sépare
du monde extérieur (d'où la généralisation du tapis de prière) et récite des phrases coraniques. La prière
comprend une alternance de stations debout et de prosternations. Elle comporte deux génuflexions pour la prière de l'aube
(al-subli), trois pour celle du coucher du soleil (al-maghrib), quatre pour celle du milieu du jour (al-dhuhr),
celles du milieu et de la fin de l'après-midi (al-'asr) et celle du soir (al-'ishâ'). A chaque mouvement, le
fidèle prononce la formule : "Allah est le plus grand". Le fidèle récite la "Fatiha" (la première sourate du Coran),
puis me autre sourate ou quelques vers de son choix. Les cinq prières sont fondées sur le Hadith, car le Coran n'en
prescrivait que trois.
· La zakât, l'aumône légale (le mot dérive d'une racine connue en syriaque, qui signifie "purification"), consiste à
"purifier" chaque année son capital par la redisribution d'un quarantième aux pauvres. Contribution en nature ou
en espèces, elle sert à financer un fonds de bienfaisance destiné aux musulmans. Après la formation de l'Empire,
l'aumône, acte charitable, s'est transformée en un simple impôt prélevé par le gouvernenent. Aujourd'hui, très peu
de pays l'ont conservée. Pour la fête de la fin du Ramadan, en revanche, le fidèle donne toujours une aunône en privé
- qui peut aller à des non-musulmans - pour aider les moins fortunés à fêter la rupture du jeûne. La zakât est
prélevée non seulement sur le revenu, mais sur le capital.
· Le hajj, pèlerinage aux lieux saints, est un acte essentiel du culte islamique. L'obligation du pèleriage date
d'environ 634, puisqu'elle coïncide avec la nouvelle orientation de la prière, non plus vers Jérusalem, mais
vers la Ka'ba. Seul pilier à être subordonné à la capacité physique et financière du fidèle, il se fait en
souvenir du "pèlerinage de l'adieu", l'un des derniers actes du Prophète. Le pèlerinage majeur (hajj) est
accompli au cours du douzième mois de l'année islamique. Le pèlerinage mineur ('umra) peut s'accomplir à tout moment.
Celui qui a accompli le pèlerinage devient un hâjj.
· Le siyâm, jeûne, est, avec le pèlerinage, l'un des rares rites hérités d'Abraham. Institué à Médine vers l'an II de
l'hégire (624), il dure tout le mois de ramadan, le neuvième de l'année islamique. Ce mois commémore les premières
révélations de Muhammad, la victoire des forces du Prophète sur l'armée des Mecquois lors de la bataille du Badr,
la naissance de Hussein (petit-fils du prophète), la Mort de 'Alî (gendre du Prophète) et celle de Khadija
(femme du Prophète). Le ramadan peut débuter et se terminer à des jours différents d'un pays à l'autre.
Les sunnites le décrètent quand la lune du mois de ramadan a été vue par des observacurs dignes de foi et reconnue
officiellement par la plus haute autorité religieuse du pays. Il dépend donc de l'observation lunaire et des
conditions de visibilité. Les chiites fixent le calendrier lunaire grâce à des méthodes scientifiques.
Tout musulman qui a atteint l'âge de la puberté et qui est en bonne santé est tenu de jeûner de l'aube (lorsqu'on
peut distinguer le fil blanc du fil noir ") jusqu'au coucher du soleil. Le fidèle doit alors s'abstenir de tout
aliment, de toute boisson. Le tabac et les relations sexuelles sont interdits. Les malades et les femmes enceintes
sont dispensés, mais doivent se rattrapper en jeûnant, à un autre moment de l'année. À la fin du ramadan, les
musulmans fêtent le 'Id al-Fitr, ou 'Id al-Sghîr, la fête des enfants, durant laquelle on festoie, on distribue
la zakât et on procède à l prière collective du 'Id.
Obligatoire au moins une fois dans leur vie pour tous ceux qui le peuvent matériellement, le grand pèlerinage
est l'occasion d'un brassage de populations et d'échanges commerciaux intenses. Le pèlerinage de La Mecque, en
Arabie Saoudite, se déroule dans le périmètre religieux interdit aux non musulmans. Le but du pèlerinage est la
purification de l'âme, puisqu'il procure, s'il est bien fait, la remise de tous les péchés. Il comtorte quatre rites
: la préparation, ou ihrâm (après les ablutions majeures, les hommes, tête nue, s 'habillent de deux morceaux
d'étoffe blanche sans couture et se chaussent de sandales également non cousues) ; la circumambulation (dès son arrivée,
le pèlerin doit tourner sept fois autour de la Ka'ba, la "Maison de Dieu" où se trouve la Pierre noire qui symbolise
la main de Dieu et que chacun s'efforce de toucher) ; la halte à Safâ (le pèlerin parcourt sept fois le trajet séparant
les monticules de Safâ et de Marwâ en souvenir de la course d'Agar - Agar, concubine égyptienne d'Abraham, et leur
fils ;ismâ'îl, chassés au désert sur ordre divin et mourant de soif, auraient été sauvés par l'eau du puits de Zem-Zem
près de la Ka'ba) ; enfin un arrêt méditatif collectif entre midi et le coucher du soleil dans une vallée désertique
devant le mont Arafat, situé à une vingtaine de kilomètres de La Mecque, le 9 du mois de dhû al-hijja (12ème mois
l'année lunaire) - c'est le rite principal, sans lequel le pèlerinage est nul et non avenu. La journée est consacrée
aux invocations. Au coucher du soleil, les fidèles gagnent un autre lieu saint, Muzdalifa, situé entre Arafat et Minâ.
Les pèlerins de rite hanafite, hanbalite ou chaféite passent la nuit à Muzdalifa, tandis que les malékites se rendent
à Minâ. Là, il est d'usage le jeter des pierres sur des stèles pour mimer la lutte d'Abraham contre Satan tentant de
le dissuader d'obéir à l'ordre divin d'immoler son propre fils. Autre geste rituel de rigueur, le pèlerinage se
clôt sur le sacrifice du mouton du 'Id alKbîr, qui rappelle le sacrifice l'Abraham, tel qu'il est rapporté dans la Genèse,
si ce n'est que pour les musulmans le fils sur le point d'être sacrifié est Ismaël et non Isaac. Quel que soit
l'endroit où l'animal est saigné, il doit être étendu et orienté vers La Mecque. De retour à La Mecque, le pèlerin
se "désacralise" pour marquer la fin du pèlerinage : il se rase, se coupe les cheveux, se lave et remet ses vêtements habituels.
II existe un pèlerinage mineur, la 'umra, qui peut s'effectuer à n'imorte quel moment de l'année, individuellement,
et dont la pratique ressemble à la première partie du pèlerinage majeur.
Le mot jihâd vient du verbe jâhada qui signifie "combattre [pour Dieu]". L'islam distingue, dès sa naissance,
on l'a vu, le jihâd mineur (jihâd al-'asghar), la lutte contre les Infidèles, du jihâd majeur (jihâd al-'akbar),
le jihâd spirituel, c'est-à-dire la lutte que le croyant doit mener sans cesse contre les vices et les passions
de la nature humaine.
La guerre sainte n'a pas été incluse dans les obligations religieuses de l'islam, sauf pour les kharijites qui ont
élevé le jihâd au rang de sixième pilier de l'islam. Cependant, Muhammad distingue ceux qui le pratiquent de ceux qui
s'en abstiennent : "Il n'en est pas de même pour ceux d'entre les croyants qui restent assis (chez eux) sans y être
contraints, et pour ceux qui vont faire la guerre sainte exposant leurs biens et leurs personnes) et Allah les a placés
de plusieurs degrés au-dessus de ceux qui demeurent assis". Le jihâd mineur peut être mené contre les Infilèles (kûffar)
ou contre des factions de musulmans considérés comme opposants et révoltés. Au cours de l'histoire, ce jihâd s'est exercé
à l'encontre de sectes musulmanes tenues pour hérétiques. À 'époque contemporaine, il explique les guerres entre l'Iran
et l'Irak, ou les conflits entre factions rivales musulmanes en Afghanistan.
Aux yeux des musulmans, en effet, le monde se divise en trois parties distinctes : Dâr al-'islam ("maison de l'islam"),
c'est-àdire l'ensemble des pays reconnaissant l'islam comme religion d'État, Dâr al-harb ("maison de la guerre"),
le monde musulman impie, et enfin, un troisième territoire, Dâr al-Da'wa, où les musulmans sont minoritaires, mais vivent
en paix, comme vivaient le Prophète et les musulmans à La Mecque avant l'hégire.
La vie du croyant est ponctuée d'actes obligatoires auxquels répondent des actes interdits (harâm). Les trois actes les plus graves sont le reniement de Dieu, le non-respect envers les parents et les actes de mœurs (inceste, adultère, fornication). Les interdits alimentaires concernent les boissons alcoolisées, le porc, toute la viande étouffée et d'autres animaux déclarés impurs. Il y a également des Înerdits "ludiques", vestimentaires, esthétiques, économiques et géographiques. A la différence du Cristianisme, l'islam ne croit pas au péché originel.
L'extension rapide de l'islam et la prolifération des hadiths suscient rapidement la nécessité d' établir le droit
musulman, le fiqh. Dans le monde sunnite, quatre écoles juridiques, directement inspirés du Coran et de la sunna,
se forment les autres sources du droit étant principalement le ijmâ' (unanimité de la communauté), la qiyyâs (raisonnement
par analogie qui permet de régler certains aspects de la vie en société non traités par le Coran ; on condamne la
drogue par analogie avec la condamnation
de l'alcool par le Prophète, par exemple) et, dans une moindre proportion,
le 'urf(coutume locale). D'une manière générale, ces écoles font appel à l' ijtihâd, effort personnel d' interprétation
et d'adaptation à la situation actuelle, que les premiers docteurs purent pratiquer, ce qui ne fut bientôt plus de mise,
l'islam ayant vu la porte le l' ijtihâd se fermer à partir du Vème siècle de l'hégire. Depuis la naissance de ces quatre
écoles, il ne peut donc plus y avoir que des interprétations limitées, et c'est ce que contestent certains courants
réformistes qui demandent régulièrement la réouverture des portes de l'interprétation, jusqu'à aujour'hui où le
monde musulman semble avoir du mal à s'accorder avec la modernité occidentale. Chaque école porte le nom de son fondateur.
- L'école hanafite (plus du tiers des sunnites) est la plus libérale. Ellee est appelée parfois école irakienne, parce
qu'elle a été fondée par un Persan, Abû Hanifa (699-767), juriste enseignant en arabe à Bassorah (Irak). Elle s'appuie
sur le Coran, la sunna, et le raisonnement par analogie (qiyyâs) si les deux premières sources sont insufisantes. Libérale
sur le chapitre de la vie privée, elle est très stricte en matière de tradition. Elle fait référence particulièrement en
Turquie, en Inde et en Chine.
- L'école mâlékite (un septième des sunnites) a été fondée à Médine par Mâlik ibn Anâs (712-795). Ce juge écrivit un
ouvrage, al-Muwata ("Le Bien aplani"), recueil méthodique des hadiths admis à Médine et fondement de la pratique
du droit. Mâlik admet, comme sources de la foi, le Coran et la sunna, ainsi que le droit coutumier de Médine. Il récuse
totalement la libre opinion, source d'erreurs selon lui. Il privilégie le 'ijmâ, puis la qiyyâs (l'analogie) et enfin le
ra'y (jugement personnel), et fait une place au 'urf. On reconnaît les mâlékites lors de la prière parce qu'ils laissent
leurs bras le long du corps, alors que les autres croyants les placent sur la poitrine, la main gauche soutenant droite.
Cette école fait référence en Afrique et plus particulièrement au Maghreb.
- L'école shâfi'ite a été fondée par Muhammad al-Shâfi'i (767-820). Né en Palestine, à Gaza, mais formé par Mâlik,
puis par les disciples de Hanifa, il enseigne surtout en Syrie et en Egypte. Il est l'auteur du Minhâj al-tâlibîn (Le Guide
des zélés croyants"). A mi-chemin entre hanafisme et mâlékisme, il reste dans la ligne de la tradition, limite
l'expression de la libre opinion de chacun, se méfie du ra'y et lui préfère la qiyyâs, accorde une grande importance
au ijmâ'. Avec cette nouvelle génération, le droit tend à devenir un corps achevé, révisable sur les seuls détails.
- L'école hanbalite, créée par un ancien disciple d'al-Shâfi'i, Ahmad ibn Hanbal (780-855), est la plus rigoureuse
des quatre. Né dans une famille arabe pro-abasside, Hanbal s'établit à Bagdad, en Irak. Il n'admet que deux sources
de la loi : le Coran et la sunna, et présente ses prédécesseurs comme des hérétiques pour s'être adonnés à la
spéculation rationnelle. Partisan acharné de l'adhésion au Coran, et à lui seul, il n'a recours au jugement personnel
que dans des cas extrêmes. Il se montre complètement hostile au ra'y et est la seule école à récuser le principe du
ijma'. En fait, toute interprétation du Hadith qui s'écarte de son sens littéral est suspecte. L' enseignement
hanbalite le plus strict a connu son âge d'or avec Ibn Taymiyya (1263-1328), célèbre pour avoir déclaré infidèles les
Mongols convertis parce qu'ils s'écartaient des principes stricts de la législation islamique. II a pris un nouvel essor
au XVIIIe siècle avec un mouvement politico-religieux, le wahhâbisme saoudien, mais n'est enore appliqué aujourd'hui
que par quelques millions d'adeptes en Arabie. Les prescriptions de cette école, souvent appliquées de manière stricte,
semblent avoir été détournées de l'objectif de son auteur. Ce dernier, hostile aux juristes pointilleux, voulait éviter
tout jugement qui ne résultât pas indubitablement des textes sacrés : d'où un quasi-libéralisme.
Ces quatre écoles, seules considérées comme orthodoxes par les sunnites, subsistent actuellement : hanafite : Irak,
Syrie, Afghanistan, Pakistan, Inde, Turquie, Chine et une minorité d'Egyptiens ; mâlékite : Egypte (surtout Haute-Égypte),
Afrique du Nord, Afrique noire (à l'exception de l' Afrigue orientale) ; shâfi'ite : Basse-Égypte, Afrique orientale,
Jordanie, sud de l'Arabie, Indonésie, Asie du Sud-Est ; hanbalite : Arabie saoudite (le wahhâbisme en est une branche).
Il existe également une école juridique chiite, l'école ja'farite. Elle porte le nom du VIème imam, Ja'far al-Sâdiq (mort vers 862) qui bénéficie d'une grande réputation de science et d'ouverture, et repose sur l'interprétation du Coran et de la sunna par les imams plus que sur les textes eux-mêmes. Le recours au ijtihâd est toujours en vigueur dans cette école. Prudente sur le ijma', elle rejette la qiyyâs, sauf cas précis.
Muhammad n'a pas fait de distinction entre loi religieuse et loi séculière. Elaborée à partir du règne des Abbassides
et fixée au Xème siècle, la charia (al-shâri'a) concrétise donc sous la forme de normes juridiques, les principes
spirituels qui doivent régir la communauté des croyants. Comme l'islam est une religion qui comporte une œuvre à
accomplir sur terre, la charia sert à donner les grandes directions de la conduite individuelle et collective du
bon musulman. Elle définit le culte et les obligations rituelles et l'ensemble des lois qui réglementent les relations
humaines : mariage, filiation, commerce, industrie, codes de procédure, montant de la zakât, etc. Elle définit également
les règles de fonctionnement de l'administration, ainsi que celles du Code pénal. L'assimilation courante de la charia
à la loi islamique n'est pas tout à fait exacte, car toutes les règles de la charia sont censées faire appel à
l'intelligence et au cœur du nusulman. Elle serait donc plus un guide qu'un code.
Les quatre sources de la charia sont le Coran (qui ne comporte pourtant que 200 versets à caractère juridique sur
les 6 236 qui le composent), le Hadith, l'ijmâ' et la qiyyâs.
La pratique de la charia est très variable. La jurisprudence a modifié certaines sanctions difficilement
applicables. Le fait de couper la main du voleur a été suspendu dès le calife Omar lors d'une famine, même
si l'Arabie saoudite n'a cessé d'appliquer une telle loi. Globalement, on constate que dans les pays colonisés,
il y a eu une réduction du domaine d'application du fiqh. Après la décolonisation au Maghreb, par exemple,
on a suprimé les tribunaux spécifiques de la charia (en 1957 en Tunisie, en 1965 au Maroc et en Algérie), et
le code de la famille ne fait que plus ou moins référence à la charia, son influence étant quasiment inexistante
en Tunisie, réelle au Maroc et forte en Algérie. Dans ce dernier pays, par exemple, le Code permet la répudiation
de la femme et interdit à une fille d'aller se promener dans la rue sans autorisation (auquel cas elle risque de se
faire corriger par son père ou son frère).
Muhammad disait, paraît-il, que parmi les "choses" les plus délectables de la vie figuraient le parfum et les femmes.
Or, il est coutumier de considérer que la femme et l'homme ne sont pas égaux aux yeux de l'islam. En fait, deux
conceptions s'affrontent.
La première met en avant l'égalité entre croyants et croyantes, affirmée dans le Coran, et la considère comme seule
valable d'un point de vue religieux : " Humains, Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle. Si nous avons
fait de vous des peuples et des Tribus, c'est en vue de votre connaissance mutuelle. Le plus digne au regard de
Dieu, c'est celui qui se prémunit davantage" (sourate 49,13). Ce verset adressé à l'humanité reconnaît l'égalité
entre hommes et femmes, le seul critère hiérarchique valable entre les humains étant la piété. Les défenseurs de
cette conception s'attachent à montrer combien le Prophète respectait les femmes et comment il a su leur donner
un véritable statut grâce aux versets sur 1'héritage et la répudiation. Muhammad aurait protégé la femme en
renforçant les liens du nariage, que les maris pouvaient arbitrairement défaire par la répuiiatian - une simple
formule suffisant -, ce dont ils abusaient. La polygamie est, elle aussi, autorisée, mais avec des réserves si
grandes qu'elles peuvent être considérées comme une vive incitation à la monogamie. La femme a le droit de garde
des enfants en cas de divorce, la libre disposition de son patrimoine et le droit de le gérer à sa guise, même durant
la vie conjugale. L 'homme dispose certes d'une part d'héritage double de celle de la femme, mais est tenu en contrepartie
de pourvoir à toutes les charges du ménage. L'épouse, même fortunée n'est nullement obligée d'y contribuer. Le mari
ne peut infliger à sa femme mauvais traitements et sévices, bien que le Coran lui concède le droit de la "corriger
par violences légères".
La seconde conception affirme, versets à l'appui également, l'inégalité des hommes et des femmes : "les hommes ont
le pas sur les femmes ; par les dons qu'il leur a octroyés, Dieu les a élevés au-dessus des femmes". Pour les partisans
de cette conception inégalitaire, la hiérarchie entre hommes et femmes a abouti à l'exclusion et à la marginalisation
des femmes. Le Prophète, en voulant protéger la femme, l'aurait surtout enfermée en la retranchant de la société.
Pour preuve, la femme, confinée à la maison, a presque toujours été privée de toute instruction, excepté durant
l'âge d'or des Abbassides. Autre inégalité : l'obéissance et la fidélité maritales ne concernent que la femme et
ne lient qu'elle. Le Coran dit aussi que dans la procédure pénale, son témoignage ne vaut que la moitié de celui
de l'homme, sauf pour les problèmes spécifiquement féminins (avortement par exemple). Enfin, à l'instar du Talmud,
le Coran fait du mariage fécond une obligation religieuse. Pour contracter mariage, il suffit que les conjoints soient
pubères, mais en cas de al-jabr (contrainte matrimoniale), la puberté n'est plus une exigence. Or, le droit du al-jabr
échoit en principe au père. En fait, l'application du al-jabr varie selon les écoles juridiques. La défloration de
la femme est licite à partir de neuf ans, le Prophète ayant déclaré Aïcha nubile à cet âge. Mais pour les hanafites,
par exemple, jusqu'à la puberté de la femme le mariage n'est pas consommé. Un musulman ne peut épouser une païenne,
en revanche il lui est permis de se marier avec une juive ou une chrétienne. Quant à la musulmane, elle ne peut épouser
qu'un musulman.
Dans les pays où l'islamisme est important (Iran, Algérie, par exemple), on constate que la place grandissante
des femmes dans la société, à l'école comme au travail, est tempérée par une attitude intransigeante envers la mixité.
Elle peut se manifester par le retour, voire l'enfermement traditionnel au foyer, ou par le port du voile (hijâb).
C'est ainsi que le voile, prescrit par le Prophète seulement dans des cas particuliers, tend à devenir la règle,
et ce d'autant plus volontiers que, banni par le colonisateur, il est le symbole de la résistance au monde occidental.
Toutes ces divergences sur le statut de la femme s'inscrivent sur le fond culturel propre à chaque continent,
voire à chaque pays, voire à chaque localité. Les femmes d'Indonésie ou d'Afrique noire ont toujours eu plus
de liberté que les femmes arabes. Mais en Afrique noire, ou le Coran conserve à la femme une part d'héritage,
les coutumes locales païennes ne se gênent pas pour l'en priver. De même, les femmes musulmanes d'Inde échappent
à la coercition des castes et sous-castes hindoues, ce qui n'empêche pas la constitution laïque de l'Inde de
reconnaître la polygamie et la répudiation. Outre ces paradoxes, enfin, il faut se souvenir que, même faits au nom
de la foi, nombre d'actes n'ont pas de fondement religieux : qu'il faille lapider à mort une femme répudiée qui s'est
remariée n'est écrit nulle part dans le Coran ; c'est pourtant ce qui s'est produit au Bangladesh récemment.
Pour les musulmans, la poursuite du profit matériel peut conduire à des abus, mais elle n'a rien de mauvais en soi.
Le Prophète a été marchand et n'a jamais renié ce passé, ni blâmé ses compagnons qui prospéraient.
"Le marchand jouit de la félicité à la fois dans ce monde et dans l'autre" (Muhammad, Hadith).
Certaines écoles, comme les hanbalites, vont même jusqu'à condamner l'oisiveté du mystique.
Etant donné la distance qui sépare la complexité des finances actuelles et le contexte économique du Coran,
l'élaboration d'une économie islamique ne peut qu'entraîner des paradoxes. L'islam, y compris extrémiste,
prétend faire table rase du passé colonial, etc., mais prend à son compte les découvertes scientifiques et
techniques du nonde moderne. Dans le secteur bancaire, le rîba, l'intérêt sur le capital (y compris les
taux d'intérêt fixes, les assurances), est interdit, mais les juges tentent une fois encore de concilier cet
interdit avec réalité du monde moderne. Enfin, si des banques "islamiques" qui ne font pas participer les
déposants au risque des investissements qu'ils réalisent existent, le système bancaire à l'occidentale fonctionne
toujours en Arabie saoudite ou dans les Emirats arabes. Dans les banques "islamiques", la rémunération des
dépôts (taux d'intérêt) n'est pas fixe, mais variable en fonction des résultats de la banque. En fait, seuls
les comptes à terme sont associés aux bénéfices réaliés. Les comptes à vue ainsi que les comptes d'épargne
ne sont pas rémunérés, leurs titulaires pouvant simplement bénéficier à l'occasion de facilités de crédit.
Quatre instrunents moyenâgeux sont utilisés pour contourner l'interdiction de paiement d'intérêts. La mushâraka
est une participation conjointe de la banque et du client à un projet spécifique. La mudâraba, ou qirâd, permet
à la banque d'avancer les fonds nécessaires au client, qui a la charge de les faire fructifier. Dans deux cas,
les bénéfices sont partagés entre partenaires dans des proportions fixées à la signature du contrat en fonction de
leurs apports respectifs. En cas de pertes, seul le bailleur de fonds en subit les conséquences, le client
entrepreneur étant pénalisé par la non-rémunération de son activité. La banque achète les produits pour les revendre
au client, moyennant une comnission fixée à l'avance. Enfin, pour le financement à moyen terme, la 'ijâra s'assimile
au crélit-bail ou au leasing.
Coran a inspiré nombre de réformes bancaires, notamment en Iran et au Pakistan, mais cette influence n'empêche pas le
libéralisme de rester plus ou moins autorisé, et personne ne s'est vraiment offusqué des fructueuses affaires du président
iranien Hachemi Rafsjandjani dans l'immobilier et le conmerce des pistaches.
La cohésion du bloc musulman été éprouvée à maintes reprises : avènement de dynastie sans légitilité religieuse
(les 'Umayyades), naissance de plusieurs branches le l'islam (chiisme, etc.), mise en place d'un appareil d'Etat
laïc, conversion de peuples de langue et de culture non arabes (Perses, Turcs, Mongols). Pourtant, la 'umma ("[grande] nation")
semble avoir bien résisté aux tentatives de fragmentation, pour des raisons historiques et religieuses. Historiquement,
à l'origine, il y eut l'élan unificateur de peuples fiers de s'arabiser et de participer à la conquête militaire, puis
la constitution d'Empires colossaux ('umayyade, Abbasside, ottoman…). Sur le plan religieux, s'il y a eu certaines dissidences,
l'islam n'a pas connu de phénomène comparable à la Réforme, et après la période d' effervescence contestatrice du haut
Moyen Âge et sa répression au XIème siècle, plus aucun mouvement similaire ne se manifeste vraiment. A quelques détails
près d'ailleurs (modes d'élection, rites, etc.), les différences entre les diverses branches de l'islam ne sont pas si
importantes dans la réalité que dans les textes, et il n'est pas rare que les musulmans ignorent les subtilités du dogme.
Le célèbre "sociologue" ibn Khaldûn (né à Tunis en 1332 et nort au Caire en 1406), analysant le poids de la cohésion
sociale du nonde musulman à la fin du Moyen Âge, a forgé le concept d''asabiyya, qui englobe les divers types de
solidarité au sein de la communauté, qu'elle soit tribu bédouine, cité commerçante ou 'umma. C'est dans l''asabiyya
que réside, selon lui, la force d'un Etat.
La montée du radicalisme islanique actuel semble aller dans le sens d'un renforcement de la 'umma, dans la mesure
où elle unit, sur fond de désarroi politique, d'échec économique, d'injustice sociale, de rancœur anti-occidentale,
de renouveau religieux, des peuples divisés culturellement ou éthniquement, cela avec les limites que l'on a pu voir
au Pakistan (à travers les conflits avec le Cachelire à partir de 1949 et avec le Bengale oriental) ou lors de la guerre
Iran/Irak (1981-1988).
Pour compléter la présentation de la religion musulmane, on ne peut éluder les pratiques populaires de l'islam. Souvent issues
de synrétismes avec les religions préislamiques, elles sont encore très présentes dans les sociétés rurales traditionnelles.
Ces pratiques cultuelles, qui mélangent animisme, culte des ancêtres et religion révéée, s'expriment essentiellement, en ce
qui concerne l'islam, à travers les "confréries musulmanes". Ces confréries s'apparentent grossièrement aux ordres
religieux chrétiens non cloîtrés. Condamnées par l'islam traditionnel qui les trouve anti-orthodoxes, elles sont également
critiquées par l'islam moderne qui méprise ce qu'elle considère comme les vestiges archaïques de croyances superstitieuses.
- Les marabouts
Le mot "marabout" vient de l'arabe murâbit, qui désigne un homme vivant dans un ribât, un couvent fortifié.
Ces religieux très mystiques jouent à la fois les rôles le prédicateur, de sorcier, d'éducateur et de chef
politique. Ils sont investis de pouvoirs surnaturels ; leur pratique du Coran, dans des civilisations où l'écriture
a été apportée par l'islam, les dote en effet d'un pouvoir sacré. Ils ont trouvé un terrain de prédilection en Afrique
où, dès le XIVe siècle, les souverains convertis réclament des marabouts aux autorités arabes. Vivant des dons des croyants,
les marabouts formés à l'école coranique enseignent l'islam classique, non sans lui ajouter des pratiques populaires
superstitieuses, voire magiques, rejoignant parfois des croyances animistes traditionnelles de l'Afrique. La réputation
de leurs pouvoirs miraculeux les apparente alors plus à des sorciers qu'à des imams. Le culte des saints qui cacartérise
désormais le maraboutisme a élargi le sens du mot "marabout", qui a fini par désigner le saint vivant ou mort,
le monument qui abrite sa tombe, les successeurs du saint, etc.
- Le soufisme
Le terme "soufi" apparaît pour la première fois dans la seconde moitié du VIIIème siècle de l'hégire pour désigner
des ascètes. Les soufis sont ces mystiques musulmans qui prient, jeûnent, portent des vêtements rugueux
(l'arabe sûf signifie "bure", "laine") et privilégient l'intériorisation, l'amour de Dieu, la contemplation,
la sagesse. Faisant figure de notables, ils combattent au nom de l'islam le vice sous toutes ses formes :
boissons alcooliques - vin surtout -, haschisch, prostitution… Leur lutte se tourne fréquemment contre ceux
qui menacent de dévoyer la spiritualité des croyants, y compris des émirs licencieux. Dès les débuts de l'islam,
Abû Dharr, par exemple, un compagnon de Muhammad, s'est distingué par sa condamnation des puissants, qui lui a
valu l'emprisonnement.
Le soufisme a partie liée avec l'ascétisme monastique chrétien, la religion zoroastrienne, voire bouddhiste, et
les idées platoniciennes. L'objectif est la proximité avec l'unité divine, le tawhîd, et il se combine avec
une double polarité : celle de la charia, la loi islamique, et celle de la al-haqîqa, la vérité. L'adhésion au
Coran n'est qu'un préalable à la compréhension du monde. Les rites sont inutiles si on ignore le sens caché.
Condamné par l'islam traditionnel, ce courant, qui existe aussi chez les chiites, cultive volontiers le mystère,
l'idée étant que Muhammad aurait reçu en même temps que le Coran des révélations ésotériques qu'il n'auait
pas fait partager à tous ses compagnons. L'Être Suprême est un Dieu d'amour auquel on accède par l'amour. Les
soufis ne s'interdisent pas l'extase de l'amour physique, l'une des approches de l'amour de Dieu.
Chaque maître du soufisme (shaykh) s'entoure d'un groupe de disciples et anime une confrérie, fondée par un grand
maître des siècles passés. Il possède une méthode pour l'accession à l'unité divine, et nul ne peut remettre en
cause la validité de son enseignement du moment qu'il se réfère à l'islam. Les maîtres du soufisme ont donné
l'exemple d'une vie religieuse qui n'a pas besoin de s'attacher aux formes officielles du culte, évitant ainsi
l'éclatement de l'islam sunnite entre les diverses écoles juridiques. L'ascension vers Dieu passe par les exercices
pratiqués dans les confréries : veilles (sahar), jeûnes (siyâm), danses (derviches tourneurs),
litanies (dhikr : littéralement, " rappel" du nom de Dieu), contrôle respiratoire.
Parmi les grandes figures du soufisme, on peut citer Hassan al-Basrî (de Basra) mort en 728, ibn Hanbal au IXème siècle,
l'Irakien Muhasibi (781-837), l'Égyptien Dhû al-Nûn, mort en 861, l'Iranien Abû Yazîd al-Bistâmî et enfin l'un des plus
célèbres, Ibn aI-'Arabî (1165 en Espagne-1240 à Damas), à côté duquel Abd el-Kader a voulu être enterré. Sa méthode,
"la science et la balance", permet de mesurer l'énergie spirituelle immanente en un être. Historiquement, le soufisme
a largement influencé des dissidences chiites, tels l' ismaïlisme ou les Druzes. On pense également qu'il a inspiré
Les Mille et Une Nuits et le poème d'amour de Laylâ Wa al-Majnûn, un équivalent de Roméo et Juliette.
- En Afrique noire, il existe deux grandes confréries, la al-qâdiriyya, fondée en 1166, surtout active du Moyen-Orient
à l'Inde, et la al-tidjâniyya, fondée au Maghreb à la fin du XVIIIe siècle par Ahmed Tiijânî (mort en 1815) et répandue
en Afrique subsaharienne. La première professe une doctrine intransigeante, faite d'adhésion sans restriction aux préceptes
coraniques. La seconde, plus tolérante, développe une morale : "ne pas mentir, ne pas voler", etc.
- La naqshbadiya, fondée au XIVème siècle, est encore bien implantée en République autonome du Daghestan et au
Turkménistan. Fondée par Muhammad Baha' al-ddîn Naqshband, elle concerne environ 10 % des musulmans pratiquants
dans ces régions et 300 000 personnes en ex-Union soviétique. La confrérie a aussi des membres dans des régions
telles que la Chine ou l'Afghanistan. Elle s'est illustrée par sa résistance à des années d'athéisme d'Etat. Lors
de l'initiation (talqîn), le disciple s'engage par serment à suivre la voie (al-tarîqa) qui le mènera à Dieu.
Un diplôme le 'ijâza,
lui est donné. Une cérémonie rituelle hebdomadaire, des prières supplémentaires, des veilles, des jeûnes, des pèlerinages
constituent la pratique. Les membres versent jusqu'à 30 % de leur salaire à la communauté.
- La al-sanûsiyya, fondée au début du XIXème siècle, est active en Libye et dans les régions sahariennes.
- Le mouridisme (de murîd, "celui qui veut, qui cherche") du Sénégal est l'une des confréries les plus
puissantes, et Amadu Bamba (v. 1850-1927) est sans doute le chef religieux le plus prestigieux qu'ait connu le Sénégal.
A la fois mystique et porteur d'un message social, il a incarné les espoirs d'une population confrontée à la
colonisation et aux bouleversements économiques. Fondateur de la confrérie des mourides à la fin du XlXème siècle,
il a écrit des poèmes en langue arabe (al-qasâ'id), odes imprégnées d'élans mystiques. Ces textes tiennent une place
imporante dans la méditation des fidèles. Exilé en 1895 au Gabon, où il reste sept ans avant d'être assigné
à résidence en Mauritanie, il inquiète rapidement les autorités françaises par sa forte audience. L'exil
renforçant le mythe du shaykh, les mourides ne tardent pas à devenir, surtout après l'indépendance (1960), l'une des composantes
majeures de l'islam sunnite au Sénégal, qui compterait aujourd'hui quelque 400 000 mourides.
Se présentant comme un éducateur et un moralisateur plus qu'un envoyé du ciel, Amadu Bamba a enseigné une rigoureuse
orthodoxie sunnite, mais avec le vocabulaire qui lui est propre. La devise de la confrérie est "Sciences, prières,
travail". Il n'existe pas de mendicité, puisque chaque mouride se doit de travailler, et la non-violence est un
principe sacré. Les femmes ont un statut particulier assez privilégié. Les membres non issus du lignage maraboutique
sont appelés taalibés (ta'labî) et consacrent bénévolement une partie de leur temps à la communauté. Ils obéissent
à un shaykh, lui-même soumis à un calife général des mourides, le "grand marabout" installé dans le site de Touba
(150 km de Dakar), la capitale du mouridisme. Le statut de marabout n'est accordé qu'à ceux qui peuvent se prévaloir
d'un lignage maraboutique : lien de parenté avec Amadu Bamba ou avec les premiers compagnons. Le pèlerinage de Touba
rassemble des foules de plusieurs centaines de milliers de fidèles. La mosquée de Touba, la plus grande du Sénégal,
est l'une des plus grandes mosquées du monde. Les mourides confèrent le titre de hajj au pèlerin de Touba, sans nier
pour autant le cinquième pilier de l'islam, le pèlerinage à La Mecque. La confrérie joue un rôle déterminant dans
l'agriculture (la terre est propriété de la communauté) et contrôle la culture de l'arachide au Sénégal, ce qui en
fait un État dans l'État. Les mourides sont restés essentiellement Sénégalais et aucun président de la république
du Sénégal ne peut prétendre se passer de leur appui.
- Les Black Muslims* américains, ou Bilâliyyûn
Fondée à Detroit en 1931, sous le nom de Allah Temple of Islam, par Wallace D. Ward (v. 1877-1934), l'association,
réservée aux Noirs, repose à l'origine sur des croyances parfois assez éloignées de l'islam orthodoxe, même si elle
respecte les cinq prières quotidiennes et l'interdiction de consommer du porc ou de l'alcool. Aujourd'hui, cependant,
le mouvement, qui a pris le nom de World Community of Islam in the West (W.C.I.W.), puis celui de American Muslim
Mission (A.M.M.), s'est rapproché d'un islam plus traditionnel. En outre, la plupart des restrictions raciales ont été
abolies.
- Les Ahmadîs
Mirzâ Ghulâm Ahmad (v. 1839-1908), un musulman né à Qâdiyân au Panjâb, fonde la communauté religieuse organisée,
l'ahmadiyya. Il fait la paix avec les Anglais et stoppe tout autre prosélytisme en se présentant comme une
réapparition du Messie (Jésus pour les chrétiens, Vishnou pour les hindous). A sa mort, ses adeptes élisent un
calife et vivent en communauté indépendante. Aujourd'hui encore, très dynamiques, les Ahmadîs sont environ
500 000, dont la moitié au Pakistan et le reste en Inde, au Nigeria, au Surinam, aux Etats-Unis, etc. Ils ont
été déclarés non musulmans et persécutés en Afghanistan, au Pakistan et en Arabie saoudite.
- Le Tablîgh
Fondé en 1927, en Inde, par Muhammad Ilyâs, un érudit musulman, le Jama'at al-tablîgh est une association
cosmopolite dirigée auourd'hui par des Arabes. Elle se fixe pour objectif de ramener à une pratique stricte de
l'islam les musulmans égarés : "L'islam va s'étendre où s'étendent le jour et la nuit, et Dieu ne va pas quitter
une maison sans que cette religion y entre". Pacifique et apolitique, ce courant prosélyte s'appuie sur des groupes
de missionnaires de natioalités différentes - qui ne sont pas nécessairement des mollahs - pour faire du porte-à-porte
(la al-jawla, la "tournée") et répandre les idées du tablîgh (la "proclamation"). Les principes en sont fort simples :
la profession de foi, la prière, la connaissance de Dieu, l'intention sincère et le respect du musulman.
- Les Frères musulmans
Fondée en Égypte en 1928, cette confrérie proclame sa volonté de fonder une vraie société islamique. Créée par
Hassan al-Bannâ' (1906-1949) à Ismaïlia, quartier de la Compagnie de Suez, elle lutte tout d'abord contre la
présence britanique en Egypte. Cette implication politique lui vaut d'être contrainte à la clandestinité, ce qui
ne l'empêche pas de s'organiser d'abord en confrérie, puis très rapidement en un véritable mouvement, dont les
membres reconnaissent pour "guide" (murshid) le chef capable d'inspirer une politique vraiment islamique.
Au fur et à mesure, les "frères" essaiment, y compris en dehors d'Egypte, et les adhérents non égyptiens se
rassemblent sous l'égide d'un guide suprême (murâqib).
Le fondateur des Frères musulmans, Hassan al-Bannâ' n'est pas un uléma, mais seulement un jeune instituteur de
vingt-deux ans qui s'inquiète de la corruption morale des Egyptiens par un Occident matérialiste. Parcourant
à dos d'âne la campagne, il prône l'avènement d'une société théocratique qui exclut toute laïcité, met l'action
sociale et politique au premier plan et ressuscite le califat. Ce programme lui vaut un succès fulgurant. Le
mouvement compte 60 000 membres en 1941, 500 000 en 1945 et plus de 1 500 000 en 1948. Il engendre même une
branche paramilitaire, qui s'illustre dans la guerre de Palestine en 1947-1948. Inquiet d'un tel succès,
le régime du roi Farouk accuse (sans doute à tort) Hassan al-Bannâ' d'être impliqué dans l'assassinat du
Premier ministre en 1948. Hassan al-Bannâ' est assassiné en pleine rue au Caire en 1949. Ses idées, loin de
disparaître, sont alors reprises par Sayyid Qotb (mort dans les geôles de Nasser), Hassan al-Hudhaybî,
mort en 1973, ou encore aujourd'hui par Omar Tilimsâni. Dans les années 1950-1960, sous Nasser, la répression
cntres les Frères s'intensifie. Une opposition de principe sépare le panarabisme de Nasser et la convicion
des Frères que la communauté des croyants ('umma) est avant tout coranique et ne peut s'arrêter à des frontières
fixées arbitrairement. Dans les années 1970, en revanche, le mouvement profite de la libéralisation générale
amorcée par Anouar al-Sadate, ce qui n'empêchera pas l'un des groupuscules incontrôlables issus des Frères de
revendiquer en 1981 l'assassinat du président Sadate. Depuis, Hosni Moubarak les soumet à une violente répression.
Le mot d'ordre des Frères : "Le Coran est notre Constitution", emporte un large écho dans des pays marqués
par la décolonisation, l'explosion démographique, les difficultés économiques, l'urbanisation. Les populations
frustrées attribuent l'échec au colonialisme et cherchent des solutions dans l'héritage islamique. Or, les
Frères nusulmans savent exploiter le désarroi des déçus des idéologies libérale et marxiste pour mieux brandir
la vertu de la loi et de l'organisation de la société islamique. La critique de la société de consommation
et l'incompétence des bourgeoisies nationales justifient selon eux la réfonne morale de la société, l'application
stricte de la charia et le retour à l'État de Médine, soit un islam finalement plus intégral qu'intégriste.
Autre figure de proue proche des Frères musulmans, Abû 'AIâ'Mawdûdî (1903-1979) est, comme al-Bannâ', né dans
une famille soufie très religieuse, mais celle-ci habite le sous-continent indien. Sa démarche est plus politique.
Mawdûdî réclame la fondation d'un vétable État islamique, réglementé par la charia. Il fonde en 1941
al-Jamâ' al-'islâmiyya sur la même structure que les Frères musulmans (le Guide s'appelle l'Émir). Le reutement
est plus élitiste et plus intellectuel. Ce mouvement fondamentaliste devient même au Pakistan un parti politique,
dont les obectifs semblent s'être réalisés avec la présidence du général Zia Ul-Haq (1977-1988). C'est par le relais
du Jamâ' que le parti al-Hizb al-'Islâmî est devenu le pivot de la politique pakistanaise en Afghanistan.
Les Frères musulmans inspirent mouvements palestiniens du Fath et des Fedayins. En Syrie, ils exploitent
la rancœur de la majorité sunnite, dépossédée du pouvoir politique par la minorité alaouite. En Jordanie, au Soudan,
en Palestine, ils possèdent des sections. La confrérie jouit de sympathies au Yémen à travers le mouvement Islah,
au Maroc chez les partisans de l' Istiqlal ("libération"), en Tunisie à travers le Ennahda ("renaissance") de Rachid
Ghanouchi et Abdelfattah Mourou, et en Angleterre dans l'Islamic Foundation de Leicester.
Très proche des Frères, avant qu'il ne s'en éloigne, le Soudanais Hassan Tourabi, fondateur du Front islamique,
soutient la junte au pouvoir à Khartoum depuis 1989. Le cadi Akbar Touradjanzade, dirigeant de l'opposition islamique
en 1992, a étudié à l'université théologique d'Amman en Jordanie.
De nombreux courants islamistes, tels les chiites iraniens ou le al-Jamâ al-'islâmiyyaa, n'ont cependant aucun lien
avec les Frères musulmans. Enfin, il existe une mouvance islamiste qui, en dépit de sa rigueur, ne refuse pas de
participer à la vie parlementaire : le parti Refah, fondé en 1970, dont est issu le Premier ministre turc, Necmettin Enbakan.
Révolution iranienne, Premier ministre islamiste en Turquie, talibans en Afghanistan…, l'islamisme semble vigoureux à la fin du XXème siècle. Pour les uns, ce développement repose sur l'important réseau scolaire mis en place par les islamistes. Au Pakistan ou au Mali, par exemple, les écoles coraniques (Kuttâb) sont moins chères que les écoles publiques. Elles préparent des mollahs, issus des classes pauvres et dont l'islamisation de la société est le seul débouché possible. Pour d'autres, les islamistes sont, selon l'expression de François Burgat, les "fils de l'usure des régimes au pouvoir" et les acteurs de la troisième phase du processus de décolonisation. Après la phase politique - les indépendances - et la phase économique - nationalisations du canal de Suez, en Egypte, ou du pétrole, en Algérie - est venu le temps de la phase culturelle. Pour d'autres enfin, l'anti-impérialisme (du F.L.N. à l'O.L.P.) reste le moteur de l'islamisme, l'islam étant le meilleur moyen de signifier le rejet des modes de vie occidentaux issus de la culture judéo-chrétiennne et du marxisme, deux conceptions erronées pour les musulmans.
Les uns veulent une islamisation par le haut (prise de pouvoir, pour asseoir une société musulmane) ; d'autres par
le bas, en insufflant à la société des valeurs conformes à l'islam. Ce qui est fondamental, c'est que pour les
islamistes, la définition du pouvoir islamique n'est pas seulement l'application de la charia, mais aussi la
détention du pouvoir selon un schéma islamique. C'est au nom de ce principe que les islamistes écartent les monarchies
(le Coran ne reconnaissant pas l'existence de rois), les démoraties parlementaires (puisque la seule souveraineté vient
de Dieu) ou encore les régimes accaparés par un groupe minoritaire (régime militaire en Syrie, parti unique en Egypte ou
en Algérie, clans, ethnies en Afghanistan), la 'umma musulmane ne pouvant connaître le division.
Enfin, dernière spécificité, l'application de la charia doit s'inscrire dans un contexte de renouveau et passe donc par
une rupture avec les ulémas, souvent lourdement compromis avec les pouvoirs en place et garants d'une tradition religieuse
suspecte d'avoir stérilisé l'islam. L'islam est une religion totale. Pouvoirs temporel et spirituel doivent se confondre,
mais avec deux restrictions : l'impossibilité absolue d'innover en matière religieuse et l'obligation pour le chef suprême de
prendre conseil de la shûrâ, cercle de militants soigneusement choisis.
Dans la lignée de l' enseignement de Mawdûdî, les islamistes croient que les sociétés modernes sont retournées à l'état
d'ignorance des sociétés préislamiques (jâhiliyya). Il faut donc se détourner de ces sociétés impies, faire une sorte
d'hégire intérieure comme aux premiers temps de l'islam pour retrouver l'authenticité originelle. Sayyid Qotb (exécuté
pour avoir participé au complot de 1955 visant à renverser le régime de Nasser) a développé le thème de cette reconquête
sur le mode de la guerre sainte, le jihâd. La démarche politique est aussi largement spirituelle. S' absraire du monde
moderne exige souvent une retraite spirituelle sous la direction d'un Guide, car la reraite est le préliminaire
indispensable à la reconstitution d'un Etat islamique unique, rassemblement de l'ensemble de la 'umma.
Le royaume d'Arabie saoudite est né de l'alliance d'un chef de guerre, Mohamed Ibn Séoud, et d'un chef religieux,
Ibn 'Abd al-Wahhâb, au XVIIIe siècle.
Vers 1740, Ibn 'Abd al-Wahhâb 1703-1791) s'attache à restaurer l'islam, perverti par des Ottomans jugés corrompus
et idolâtres. Il enseigne aux Bédouins une morale de l'islam rigoureuse. Le succès de sa prédication inquiète l'Empire
ottoman, qui l'exile dans le désert du Najd. C'est là qu'il rencontre Ibn Séoud, un chef bédouin, avec lequel il lie
une amitié qui donnera naissance à une doctrine, le wahhâbisme, et à un État, l'Arabie Saoudite.
C'est à une génération suivante que le petit-fils d'Ibn Séoud, cumulant les titres d'émir du Najd et d'imam des
wahhâbites, élargit son audience au-delà du désert central d'Arabie. Une fois encore le succès le sa prédication
lui vaut, dès 1811, de devenir la cible de Mohamed 'Ali le vainqueur des Mamelouks d'Égypte, et il doit s'incliner
en 1818. La victoire est cependant sans lendemain car l'État wahhâbite se reconstitue. En 1902, Abdul 'Aziz Al-Sa'ûd
reconquiert le Najdet, annexe de surcroît le Hasa (1913), l'Assir (1920), le Shammar (1921), puis le Hijâz, La Mecque
et Médine (1924) après avoir défait le roi Hussein, protégé des Anglais. Le royaume d'Arabie saoudite est né.
À l'origine, la doctrine wahhâbite est essentiellement négative : contre la spiritualité mystique des soufis, contre
les ramifications de l'islam, y compris le chiisme. Le wahhâbisme insiste sur l'unicité de Dieu, refuse le principe
de médiation (les wahhâbis détruisent les tommbeaux des saints de l'islam),déclare infidèles (et non seulement pécheurs)
les musulmans qui ne se conduisent pas selon les critères de l'islam le plus rigoriste (théorie du takfîr).
Les liens entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel sont étroits, le prince héritier étant nommé par la famille royale
en accord avec les ulémas. Le roi est entouré à la fois d'un conseil consultatif et d'un gouvernement dans la tradition
des vizirs, et le seul pouvoir législatif valide est celui de la charia, dictée par le Coran. La justice n'échappant
pas à la règle, les sanctions qu'elle inflige en cas d'homicide, de vol ou d'adultère, par exemple, sont puisées dans
le Coran. C'est à ce titre que le meurtrier du roi Fayçal (assassiné en 1975), le prince Mossad, fut condamné à mort
en dépit de son appartenance à la famille et que le prince Mohamed, le frère du roi Fayçal, n'hésita pas à faire exécuter sa propre petite-fille,
coupable d'adultère. La musique, le tabac, le rire, etc., sont bannis ; les femmes n'ont pratiquement pas le droit
de travailler et ne choisissent pas librement leur époux.
Défenseur de l'islam originel, le wahhâbisme apparaît un mouvement singulier, puisqu'il s'enracine lans un régime
politique (la monarchie) dont le concept ne figure ni dans le Coran ni dans la sunna, qui sont pourtant les deux
sources du droit selon lui. Les Saoudiens sunnites détiennent enfin l'immense privilège d'être les gardiens des
lieux saints (plus de 2 millions de pèlerins aujourd'hui, contre 61 000 en 1945) et les principaux instigateurs des
organisations unissant les Etats islamiques du monde : Fonds islamique de développement, Ligue islamique, etc.
Cette volonté de détenir le leadership du monde musulman explique leur hostilité à toute surenchère islamiste, à
commencer par la révolution iranienne coupable, entre autres, à leurs yeux d'être chiite et perse.
Sur le plan théologique, l'extrémisme saoudien et la révolution iranienne divergent d'emblée sur un point important.
Le wahhâbisme est sunnite et refuse toutes les interprétations de l'islam autres que la sienne. Il se fonde sur une
tradition d'imitation (taqlid) des comportements du Prophète et des grands anciens. La révolution iranienne est chiite
et recommande le ijtihâd (effort d'interprétation et d'adaptation à la situation actuelle). La cléricalisation des
chiites permet une relative politisation. Dès le XVIIème siècle, la querelle entre akhbâris (traditionalistes), favorables
à la non-interprétation des textes fondateurs, et usûlis (fondamentalistes), convaincus que les plus grands parmi les
ulémas (aplelés plus tard "ayatollahs") ont le droit d'interpréter la loi religieuse et d'en tirer des applications
pratiques, a tourné à l'avantage des seconds.
A la fin du XIXème siècle, la politisation du clergé s'accentue. Nombre de réformateurs n'hésitent pas à habiller
d'arguments religieux l'aspiration à la liberté politique. L'un de ses réformateurs est Jamâl al-Dîn Asadabadi (1838-1897),
un théologien chiite iranien qui se fait passer pour sunnite et se dit afghan, d'où son surnom d'Afghânî. Il préconise un
retour au système de gouvernement islamique appliqué autrefois par le Prophète, car tout pays qui se dit musulman ne
peut être dirigé autrement que sous le signe du Coran. Ses idées embrasent l'Iran, l'Inde, le monde arabe, la Turquie,
et l'Europe occientale. En 1890, quand le shâh de la dynastie iranienne des Qâdjârs concède l'exploitation du tabac
à établissement britannique, Afghânî encourage la révolte en accusant la dynastie en place de dilapider les ressources
nationales au profit des étrangers, "les ennemis de l'islam". De son côté, l'ayatolth Chirâzi lance d'Irak une
fatwâ interdisant la consommation de tabac. Devant une telle mobilisation, le shâh se rétracte auprès des Britanniques.
Trente années plus tard, la réolte des populations du Sud irakien contre le colonisateur britanigue éclate à
trois reprises, en 1920, 1922 et 1924. Rizâ Shâh, au pouvoir de 1925 à 1941, a beau avoir passé un pacte
avec les ulémas, son allégeance aux puissances occidentales le rend suspect. Les mesures modernes et laïques
adoptées (étatisation de l'enseignement, de la justice, de l'enregistrement des actes notariés, des fondations pieuses),
notamment l'abandon du chador en 1936, provoquent l'indignation du clergé conservateur. Le conflit s'achève par
une sévère répression. Les religieux les plus militants sont exilés en Irak, qui, déjà pays des lieux saints chiites,
se transforme en vivier de révoluionnaires.
Parallèlement, l'idée d'une synhèse entre radicalisme religieux et révolutionnarisme politique est de plus en plus
diffusée par des maîtres renommés. L'un des plus célèbres est 'Ali Chariati (1933-1977). Originaire de la région Meched,
Chariati est laïc, mais initié au réformisme islamique par son père, un théologien renommé. Après avoir étudié à Paris
(1959-1964), il tente d'appliquer l'engament sartrien à l'islam. Rentré en Iran, il est renvoyé de l'université de
Meched pour cause d'enseignement subversif. En 1964, alors que Khomeiny est exilé et l'ayatollah Taleghani, le chef
religieux du Bazar, arrêté, Chariati prend la relève. De la tribune d'un institut musulman récemment fondé, il s'applique
à expliquer aux foules que le martyre de Hussein, petit-fils du Prophète, est toujours d'actualité et que Hussein fut, comme le
peuple iranien, victime de la tyrannie du régime en place. Il englobe dans une nême condamnation la religion de la
période safavide (XVIe et XVIIIe siècles) et celle du régime du shâh : toutes deux n'ont cessé de se compromettre
avec le pouvoir. Il prêche un retour au chiisme alaouite, issu de 'Alî, le chiisme alaouite signifiant progrès et révolution,
refus de se soumettre. Grand orateur, il ne tarde pas à galvaniser les foules, se retrouve donc emprisonné et torturé
en 1973. Libéré en 1976, il émigre clandestinement en 1977 à Londres, où il meurt d'une crise cardiaque deux mois plus
tard. Ces circonstances donne au maître l'aura d'un martyr, pour des partians persuadés qu'il a été abattu par la Savak,
la police secrète du shâh. Chariati est sûrement l'un des maîtres à penser qui ont le plus influencé les jeunes Iraniens
qui vont conduire la révolution islamique. Ces jeunes, qui méprisent la religiosité traditionnelle, revendiquent d'être
"islamistes" plutôt que "musulmans", ce dernier terme renvoyant pour eux à la religion dépassée de leurs parents.
Autre maître de la révolution, Bakr est le premier à développer la théorie de la suprématie politique du juriste.
Résidant à Najaf, Mohammed Bakr al-Sadr (exécuté en 1980 par des agents baassistes), théoricien du chiisme politique,
inspirateur de la constitution iranienne actuelle, va savoir proposer à une jeunesse pauvre et insatisfaite, mais
élevée dans le respect de l'islam, un système plus structuré que celui des fatwâs. En 1969, il précise les notions
de factions dites "tutorales" et d'autres dites "conseillistes", distinguant nettement deux catégories de théologiens :
les mujtahidîn, l'élite du clergé, et les muqallidîn, les imitaeurs. Seuls les premiers (ayatollahs, hujjatu al-islâm,
thiqatu Al-lâh, etc.) peuvent atteindre le plus haut degré du savoir, donc diriger la communauté. Toutes les réformes
réclamées pendant la crise de 1978 figurent dans la "note juridique préliminaire pour un projet de Constitution en
Iran" de Bakr al-Sadr. Dans sa mouvance d'ailleurs gravitent des hommes tels que Muhsin al-Hakîm, avec lequel il
fonde le Parti de la prédication (parti clandestin) en 1957, Muhammad Hussein Fadlallah, chef spirituel du Hezbollah
(hizb Allâh, "parti de Dieu") libanais, Muhammad Mehdi Shams-Addîn, vice-président du Conseil suprême chiite
libanais et… un certain Khomeiny.
Issu d'une famille d'ayatollahs, Ruhollah Khomeiny mène des étules coraniques et devient professeur de mystique et
de philosophie à Qom, puis il obtient la chaire de droit islamique, acquérant un ascendant grandissant sur le jeune
clergé de Qom. Il commence à professer ses premières conférences publiques, intitulées "Pour un gouvernement islamique",
dans les années 1960, s'inspirant des travaux de Bakr, dont les œuvres paraissent au même moment : Fal-safatunâ
("Notre philosophie") et Iqtisadunâ ("Notre économie") sont de véritables projets de gouvernement islamique.
En 1963, lorsque le shâh, pressé par l'administration Kennedy, tente de mettre en place une série de réformes
(suppression de la mention du Coran dans les serments des élus aux assemblées provinciales, droit de vote
des femmes, réforme agraire qui menace les ressources financières du clergé), Khomeiny encourage l'opposition
aux nouvelles mesures et, arrêté plusieurs fois, se retrouve finalement exilé, en octobre 1964, après un discours
dénonçant l'allégeance du pouvoir iranien au pouvoir américain. Il est donc le premier chef spirituel à rompre
le compromis qui avait jusqu'alors toujours prévalu entre le clergé et le pouvoir politique. L'exil va lui permettre
de radicaliser ses positions. Dans les villes saintes du Sud irakien, à Najaf, où Khomeiny est exilé, à Kerbala
et à Kazimiyya, une nouvelle génération d'ulémas, acquise aux idées de Bakr et poussée par le contexte économique
(notamment l'intégrale répartition de la rente pétrolière), se prépare à la lutte révolutionaire. Ils sont la
base d'une pyramide socio-religieuse politisée dont les ayatollahs occupent le sommet. Ce clergé pas toujours
homogène est uni sur une même conception des valeurs fondamentales de la société (mœurs, respect de l'identité
islamique, etc.) et soutenu par des militants laïcs (notament ceux du Bazar) et par les mostazafin, les
couches sociales laissées pour compte lors du développement économique.
Dans les années 1970, la contestation chiite éclate en Iran. De son exil, désormais passé en France, Khomeiny
suit attentivement les événements de 1978 et appelle les Iraniens à se soulever contre la monarchie. Après
l'écroulement du régime du shâh, il rentre en Iran le 5 février 1979. Porté par sa popularité et son titre
de héros de la résistance de 1963, il s'impose à la tête de la révolution et fonde une république islamique à
partir de mars. Il se fait proclamer imam en décembre de la même année.
C'est l'avènement de la théorie du "règne du juriste-théologien" (valayal-e faqih) ; pour la première
fois, la totalité du pouvoir est revendiquée par un théologien. Les Iraniens pensent avoir trouvé en Khomeiny
l'homme le plus savant en sciences religieuses. Le nouveau chef spirituel instaure un gouemement qui
n 'hésitera pas à condamner à mort un citoyen pour apostasie (né musulman, il s'était converti au christianisme).
Les courants islamistes en Iran se divisent en courants anti-étatistes et courants étatistes. Considérés comme "conservateurs" et traditionalistes, les courants anti-étatistes sont hostiles à l'intervention de l'État islamique non seulement dans le domaine économique, mais aussi dans le domaine "religieux, qui doit être réservé selon eux aux membres du clergé chiite. Le courant hojjatyeh privilégie le retour au XIIe imam comme solution à tous les déboires terrestres. Dans cette perspecive, le gouvernement du shâh, par son injustice et sa corruption, avait plutôt tendance à avancer le retour de l'imam, tandis que le gouvernement islamique, plus juste et plus en accord avec la loi divine, le retarderait. Le clergé traditionnel est proche des hojjatyeh, mais s'en distingue par son adhésion au libéralisme économiquee. Le courant risâla (mission), également proche du hojjatyeh, est très strict en matière de répression religieuse des individus. Il soutient l'existence d'une police rligieuse, le port du tchador, l'anti-occidentalisme. Les autres courants (Jeunes radicaux, Mouvement de libération islamique) sont étatistes et recommandent intervention de l'État dans tous les domaines, y compris economique.
Les islamistes iraniens demeurent une référence pour les islamistes, moins pour leur façon d'exercer le pouvoir que
pour leur nanière de l'avoir conquis. Dans les années qui suivent l'avènementde Khomeiny, coups d'État et soulèvements
se multiplient. En Egypte, le al-Jamâ'a al-'islâmiyya s'attaque aux coptes dès 1980 ; dix huit mois plus tard, Sadate
meurt assiné. En 1982, des émeutes sanglantes secouent la Syrie et l'Irak. En Algérie, le Mouvement islamique de
Mustapha Buyali se lance dans la lutte armée. L'année même de la chute du shâh, le conflit afghan mobilise des milliers
de musulmans venus du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord pour soutenir les mujtahidîn. Il est clair que depuis
la révolution islamique iranienne de 1979, les oppositions et les révoltes du monde arabo-musulman se font au nom
de l'islam. Des traces de ce fanatisme existent en France, à travers la question du voile ou l'attentat perpétré
à Marakech (août 1994) par un commando de beurs de La Courneuve. Il est une référence pour ceux qui méprisent
le modèle occidental et les puissances impérialistes.
En revanche, la révolution iranienne n'a pas réussi à exporter son modèle dans le monde. Les aures mouvements
islamistes contestent sa supériorité au nom de leur antériorité et de la défense de la majorité sunnite. L'Iran
en a été amené à préférer soutenir des régimes laïcs, voire communistes, plutôt que d'encourager des islamistes
sunnites (soutien à la Syrie, malgré le massacre des Frères musulmans en 1982, neutralité par rapport à Saddam
Hussein dans la guerre du Golfe en 1991).
Presque tous les musulmans reconnaissent qu'il existe des rapports étroits entre la religion et l'Etat.
Les tentatives des dirigeants pour laïciser les institutions exigent un charisme et une légitimité indiscutables.
Mustafa Kemal l'a prouvé en Turquie en adoptant la laïcité dès 1924 ; mais l'évolution actuelle montre que la
séparation du temporel et du spirituel n'est pas si aisée. En Tunisie, Habib Bourguiba a rencontré beaucoup
l'obstacles en voulant atténuer les rigueurs du jeûne de ramadan dans les années 1960. En Syrie, l'islam ne figurait
pas comme religion d'Etat dans la Constitution de 1973, ce qui provoqua des émeutes. Depuis la Syrie stipule que le chef
de l'Etat doit être impérativement musulman, et le président Hâfiz el-Assad, appartenant à la ninorité alaouite issue
d'une dissience chiite, a dû proclamer publiquement en 1973 son adhésion à la branche sunnite de l'islam, majoritaire
dans le pays.
L'islam a servi de fondement diplomatique à plusieurs reprises. Le dirigeant libyen, le colonel Kadhafi, baptisé le
"templier d'Allah", le "nouveau Prophète", en a souvent usé en Afrique. Ainsi l'on vit le président du Gabon,
Albert Bernard Bongo, se convertir à l'islam et devenir Omar Bongo après des tractations financières avec la Libye.
En Centrafrique, Bokassa accepta de même, contre assistance financière, de se convertir à la religion musulmane
en 1976 (ce qui ne l'empêcha pas de se faire couronner empereur dans la cathédrale de Bangui). En Ouganda,
enfin, Kadhafi a aidé Idi Amin (citoyen musulman soutenu par la seule minorité de 5 % à laquelle il appartenait),
devenu tristement célèbre sous le nom d'Amin Dada.
Actuellement, en Arabie saoudite, en Iran, au Pakistan ou au Soudan, la charia tient lieu de Constitution.
Nombre de pays arabo-musulmans, à l'exception du Liban, stipulent dans leur Constitution que l'islam est la religion
d'État (au Liban, par tradition, le président de la République est maronite, le président du Conseil sunnite et
le président de l'Assemblée nationale chiite). L'Irak stipule que chef de l'État doit être impératiment musulman.
Au Pakistan, né du partage de l'Empire des Indes en 1947, l'islam a été utilisé pour donner à la nouvelle nation
une identité, consistant dans le rassemblement et l'indépendance des musulmans d'Inde, même si son fondateur,
Muhammad 'Alî Jinnah, est tenu par beaucoup pour un agnostique. Muhammad Iqbal (1877-1936), le premier à avoir
esquissé l'idée d'une nation musulmane en Inde, repose d'ailleurs à Lahore, capitale de l'Empire du sultan
Mahmûd de Ghaznî qui islamisa le sous-continent. En 1977, le coup d'État du général Zia Ul-Haq (Dhiyya' al-Haqq)
s'appuie sur l'islam, mais la loi coranique qu'il instaure n'a pas été levée par Benazir Bhutto quand elle est
arrivée au ouvoir.
Au cours de son expansion, l'islam a embrassé des civilisations et des cultures diverses. Aujourd 'hui,
sur le milliard de musulmans, à peine 20 % sont arabophones. Ils se décomposent en 89 % de sunnites, 10 %
de chiites et 1 % de kharijites. Les pays où la population nusulmane est la plus importante sont, dans l'ordre,
l'Indonésie, le sous-continent indien (Pakistan, Inde, Bangladesh), l'ensemble Turquie-Afghanistan-Iran et le Maghreb.
Cette réalité s'énonce en chiffres : 69 % des musulmans résident en Asie, 29 % en Afrique, 2,5 % en Europe, 0,5 %
en Amérique et en Océanie. L'Indonésie est le premier État musulman du monde avec 187 millions d'habitants, soit
presque autant que tous les pays arabes réunis. Les 220 millions d'Arabes, si l'on inclut le Soudan, la Somalie,
la Mauritanie et Djibouti, qui sont des pays arabopholes en majorité noirs, ne représensent que 24,4 % des 900 millions
de musulmans du monde.
Le contact avec le monde moderne a amené une réaction religieuse. À la fin du XIXème siècle, un mouvement de réforme
de l'islam a vu le jour sous l'influence de Jamâl al-dîn al-Afghânî (mort en 1897) ; il eut des ramifications en
Egypte (Mohamed Abduh, mort en 1905) et en Afrique du Nord (le mouvement des ulémas en Algérie, au Pakistan (Mawdûdî),
en Indonésie.
* * * * *
* * * *
* * *
* *
*
* 570 :
Naissance de "Mahomet", altération du nom de Muhammad, le Prophète
de l'islam.
* 622 :
Hégire de Muhammad à Médine, début de l'ère islamique.
* 632 :
Mort du Prophète Muhammad.
* Après 632 :
Les Arabes conquièrent la Sicile, la Mésopotamie et l'Afrique du Nord. Ils pénètrent en Espagne et en Inde.
* 632-634 :
Abû Bakr, premier calife, ordonne que soient rassemblées les révélations faites par Allah à Muhammad et qui constituent le Coran.
* 634-644 :
Omar, deuxième calife.
* 644-656 :
'Uthmân, troisième calife.
* Rédaction du Coran.
* 656-661 :
'Alî, quatrième calife et 1er imam.
* 657 :
Bataille de Siffîn sur l'Euphrate entre 'Alî et Mu'awiya.
* Naissance des khârijites.
* 661-750 :
Califat des 'Umayyades dont le siège est à Damas.
* 680 :
Mort de Hussein dans la bataille de Kerbela, séparation définitive entre sunnites et chiites.
* 732 :
Bataille de Poitiers.
* 750-1258 :
Califat des Abbassides dont le siège est à Bagdad.
* 756-1031 :
Domination des 'Umayyades en Espagne (Cordoue),
* 765 :
Mort de Ja'far al-Sâdiq, VIème imam et père d'Ismâ'îl, VIIème imam des ismaï1iens.
* 767 :
Mort d'Abû Hanifa, fondateur hanafites.
* 795 :
Mort de Mâlik ibn Anâs, fonlateur des mâlékites.
* 820 :
Mort d'al-Shâfi'i, fondateur les shâfi'ites.
* 855 :
Mort de Ahmad ibn Hanbal, fondateur des hanbalites.
* 874 :
Disparition de Mubammad al-Muntadhar, XIIe imam des duodécimains.
* 890-906 :
Hamdân Qarmat fonde le courant des Qarmates.
* 922 :
Exécution capitale du mystique al-Hallâj pour hérésie à Bagdad.
* 909-1137 :
Avicenne, médecin et philosophe (Ibn Sinâ).
* 1095 :
Le pape Urbain II (1088-1099) appelle les chrétiens à la première croisade (1099).
* 1111 :
Mort de al-Ghazâlî (1059), philosophe et mystique.
* 1126-1198 :
Averroès (Ibn Rushd) , philosophe et scientifique.
* 1207-1922 :
Dynastie turque des Ottomans.
* 1453 :
Le sultan turc M'hamed II conquiert Constantinople : fin de l'Empire byzantin.
* 1492 :
Conquête de Grenade par les souverains espagnols : fin de l'occupation islamique en Espagne.
* 1526-1806 :
Dynastie moghole en Inde.
* 1529 :
Les Turcs sont aux portes de Vienne.
* 1571 :
Victoire des Vénitiens et des Espagnols à la bataille navale de Lépante.
* 1780 :
Al-Wahhâb réforme la religion musulmane en Arabie.
* 1880 :
Fondation de la confrérie des Ahmadis, en Inde.
* 1880-1920 :
Développement du courant préislamique.
* 1881-1898 :
Révolte du Mahdî au Soudan.
* 1906 :
Fondation de la Ligue arabe à Dakka.
* 1922-1924 :
L'homme politique turc Kemal Atatürk abolit le sultanat, et l'ex-sultan Muhammad VI renonce aussi au titre de calife.
* 1928 :
Fondation des Frères musulmans à Ismaïlia.
* 1945 :
Fondation de la Ligue arabe au Caire.
* 1947 :
Le Pakistan devient un Etat musulman indépendant.
* 1948 :
Fondation de l'Etat d'Israël et première guerre contre les pays arabes.
* 1969 :
Le colonel Kadhafi renverse par un coup d'Etat le roi Idris de Libye et devient président de la République.
* 1979 :
Chute de Muhammad Rizâ Shâh (mort en 1980) et proclamation de la République islamique d'Iran.
* 1980 :
La guerre entre l'Iran et l'Irak éclate.
* 1985 :
An 1406 (à partir du 16 septembre) de l'ère islamique.
* 1900-1989 :
Ruhollah Khomeiny.
Copyright © 2007 - Site Le Sanctuaire.net - Version 2.0 - Administrateur : webmaster@lesanctuaire.net
