À maints égards à l'opposé du confucianisme, le taoïsme est à la fois une école
philosophique, une éthique, un système du monde et l'une des principales religions
chinoises. Les développements l'école philosophique et de la foi religieuse, étroitement
liés, ne peurent pas être toujours clairement distingués. Au centre du taoïsme se trouve
le concept dérivant de l'idéogramme et du vocable tao (ou dao : loi, doctrine, idéal de vie).
La philosophie ,taoïste est dénommée Dao Jin ("École taoïste"), alors que le taoïsme
religieux est le Dao Jiao. L'un et l'autre trouvent leur origine lans la figure légendaire
de Laotseu (Laotzu ou Laozi), et dans le Laozi, son œuvre écrite, texte fondamental qui
s'appelle aussi Dao-de-jing ("Livre de la Voie et de la Puissance") ou Wu-qian wen
("Livre en cinq mille mots").
D'après la tradition (il n'existe pas de sources sûres), la mère de Laotseu fut enceinte
pendant quatre vingt un ans d'un enfant engendré par un rayon de soleil, avant de
l' enfanter par l'aisselle gauche sous un prunier, au VIème ou au Vème siècle av. J.-C.
Orphelin de père, l'enfant aurait reçu le nom d'Er, ou d'Erl, auquel se serait ajouté
celui de Li, d'après le nom de l'arbre sous lequel il vit le jour. Li Er, ou Lao Dan
d'après d'autres sources, serait donc le nom de ce penseur, de ce sage caché, mais son nom
le plus connu est Laozi ("vieux maître"). Devenu archiviste de la cité de Luoyi,
l'actuelle Luoyang, capitale de la dynastie des Zhou (env. 1100-249 av. J.-C.), Lao-Tseu
y aurait rencontré Confucius qui s'y était rendu à la recherche de textes anciens,
préoccupé qu'il était, comme Lao-tseu, par la grave crise politique et morale que traversait
la Chine. A la différence de Confucius, l'état de décadence de la société chinoise
conduisit Lao-tseu à quitter ce monde et à se diriger, monté sur un bœuf, vers l'occident
(direction du paradis des Immortels). Toujours selon la légende, en pasant la frontière,
il rédigea pour le sardien de la Passe, Yin Xi, un court texte d'un peu plus de cinq mille
idéogrammes, le Tao-tê-king ou Daode jing, ("Livre de la Voie et de la Vertu"), avant
de disparaître pour toujours de la vue des hommes.
La doctrine du Tao-tê-king est fondée sur le concept de Tao dont la richesse de contenu,
caractéristique de la civilisation chinoise, est un principe absolument indéfinissable :
"Le Tao qui peut être appelé Tao n'est pas le Tao éternel / Si son nom peut être prononcé,
ce n'est pas son nom éternel / Ce qui est sans nom est le principe du Ciel et de la Terre."
Le Tao est la référence de tout ce qui existe. Lui seul persiste et ne change pas, il
est le cœur de chaque chose : "La mesure de 1'homme est la Terre, la mesure de la Terre
est le Ciel, la mesure du Ciel est le Tao, la mesure du Tao est lui-même." Tout prend
source dans le Tao, qui "peut être considéré comme la Mère du monde". C'est lui qui
engendre les dix mille êtres, c'est sa force qui les nourrit, ils sont pétris de son essence,
c'est son action qui les complète. Le Tao n'est pas seulement le principe de tout ce
qui existe, il est aussi l'unité fondamentale dans
laquelle peuvent être résolues toutes les contradictions et les différences entre les
êtres. Le but à atteindre pour le sage est donc l'adéquation du comportement humain avec
ce modèle qu'est le Tao.
Vivre à l'unisson du Tao est ce en quoi consiste la vertu (tê) de 1'homme : tê est la
participation individuelle au Tao, qui se manifeste fans la poursuite du wou wei (le
non-agir) qui est la force même du Tao : "Ce qui est le plus mou dans monde surpasse
ce qui est le plus dur. Ce qui n'existe pas pénètre ce qui n'a pas d'espaces intermédiaires."
Le wou wei, dans la vie de l'homme, doit être compris comme le choix de ne pas intervenir
et de suivre le flux naturel des choses et l'ordre cosmique originaire, sans le perturber
ni tenter de le modifier. L'homme, délaissant les actions extérieures, passionnelles et
égoïstes, doit s'abandonner de façon désintéressée au cours naturel du Tao. Dans cette
adéquation de soi à la nature, l'homme répondra à sa vocation ultime et atteindra ainsi à,
l'accomplissement de la perfection. La signification du non-agir dans le champ éthique se
concrétise dans la modestie, l'altruisme, l'humilité, la douceur, la tolérance,
l'abolition de la prétention à la sagesse et le rejet du savoir.
Les concepts du Tao-tê-king se sont enrichis et approfondis dans les deux autres textes
fondamentaux de la mystique taoïste. Le plus important, le Zhuangzi d'après le nom de son
auteur Zhuangzi (Chuangtzu ou Tchouang-tseu), qui vécut au IVème siècle av. l-C., expose
le principe de la transformation des êtres, essentiel pour le développement ultérieur
du taoïsme. Le second, le Liezi, dû à Liezi (Liehtzü ou Lie-tseu), présente
d'intéressantes compilations sur la cosmologie et le Vide.
Dès que le contenu de la pensée taoïste, fondamentalement individualiste, commença
de se diffuser dans de plus larges couches de la population, il se mêla à des élénents
issus du chamanisme, présents dans la religion populaire chinoise, ainsi qu'au
bouddhisme. C'est ainsi que se développa une véritable religion taoïste, largement
suivie, qui resta pourtant toujours liée au taoïsme professé dans des cercles élitistes.
La recherche de l'Immortalité ou, plus exactement, de la longévité, de la Longue Vie
est l'objectif du fidèle taoïste, qui cherche à y parvenir par de nombreuses pratiques
hygiéniques, gymnastiques, sexuelles, alchimiques (par exemple, celle du raffinement du
cinabre) et méditatives. La conception taoïste de la nature se fond alors avec les
cultes populaires pour donner vie à des constructions mythologiques et métaphysiques
complexes. Le Tao prend la forme de figures divines variées, dont la plus importante
est Yihuang dayi ; on peut citer aussi Tiangong,
Shangdi ou les Sanguan, les Trois
Agents ou les Seigneurs des Trois Mondes, qui gouvernent le Ciel, la Terre et l'Eau.
Les Sages qui ont acquis l'Immortalité (Xien ren) vont s'ajouter aux très nombreuses
divinités de ce panthéon populaire.
Le but spécifique de la religion taoïste : obtenir l'immortalité physiue, rendit
célèbres à une certaine époque les maîtres «à recettes», les fang-shi, aux pratiques
magiques. L'apparition de ces personnages, conjuguée avec l'exigence d'une vie retirée
conformément aux principes du wou wei, conduisit à la fondation le groupes monastiques
et sacerdotaux, qui se chargèrent d'organiser et de diriger les fidèles selon des
rites communautaires. La religion taoïste devint une Église dans la seconde moitié du
II siècle ap. J.-C., lorsque Zhang Ling, ou Zhang Daoling, fonda l'école de la Parfaite
Unité (Zhengyizong), ce qui entama une révolution profonde de la société. Le grand maître
portait le titre de Tianshi ("maître céleste"). Les Maîtres célestes, sommets de la
hiéarchie sacerdotale, résidèrent sur la montagne du Dragon et du Tigre, dans la région
du Gansu, jusqu'en 1927. Le soixante-quatrième Tianshi vit actuellement à Taiwan, où se
trouve le siège de la Société taoïste nationale, fondée en 1965.
Les écrits taoïstes relatifs aux sacrifices, aux temples, à l'exorcisme, à la divination,
à la géomancie et aux pratiques de la Longue Vie, représentent 1 464 ouvrages, réunis dans
le Daozang, le canon taoïste compilé en 745 ap. J.-C. sur le modèle du canon bouddhiste,
et publié pour la première fois de 1444 à 1447.
En littérature et en art, tout comme en physique, en chimie, en médecine et dans les
sciences naturelles, le taoïsme a laissé une empreinte indélébile, devenant un élément
fondamental non seulement de la religion, mais aussi de la culture et de la civilisation
chinoises tout entières.
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