Tirant son nom de Buddha, titre principal de son fondateur historique (en quoi il se
distingue très profondément de l'hindouisme*), le bouddhisme est né en Inde du Nord au Vème
siècle avant notre ère.
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Le futur Buddha avait pour nom propre Siddhârta et pour nom de famille Gautama. En
Occident, il est connu sous le nom de Sâkyamuni ("le sage du clan des Sâkya"). Il a fallu
quelque dix siècles aux bouddhistes indiens pour élaborer la biographie complète de leur
Maître. Deux chronologies principales ont été proposées : 566-486 ou 448-368 av. J.-C.
Cependant, ces dernières années, on préfère les dates de 480-400 av. J.-C. On y retrouve des
anecdotes, des faits historiques et des références mythologiques constantes. Ne seront évoqués
ici que les principaux événements de son existence.
La jeunesse de Sâkyamuni se déroule dans le confort et les plaisirs d'une existence princière.
Mais, à l'âge de vingt-neuf ans, il décide d'adopter une vie de religieux errant, décidé à
conquérir 1'Immortel. Dix années durant, il se livre à une ascèse sévère, s'efforçant
d'arrêter sa respiration et cessant, au cours de jeûnes prolongés, de s'alimenter ; en vain.
Jusqu'à ce que, s'étant assis au pied d'un figuier pour méditer, il reçoive la suprême et parfaite
"Illumination" (bodhi) ; il devient ainsi un buddha : "illuminé", "éveillé").
Peu après, le Buddha se rend à Bénarès où il prêche le sermon mettant en mouvement la Roue
de la Loi, où figurent les quatre nobles Vérités ou Vérités saintes, et inaugure ainsi un
ministère public qu'il poursuivra pendant quarante-cinq années. II prêche la Loi, opère des
conversions, suscite des vocations, recrute des disciples. Mais il doit déjouer des complots,
s'opposer ux schismes, contrer l'influence de maîtres hérétiques et consentir à certains
adoucissements de la disipline bouddhique.
C'est dans le Mahâparinirvânasûtra que sont relatés en détail les derniers jours et la mort du
Buddha. Se sentant malade, il fait préparer son lit de mort dans le bois des Sâla, à
Upavartana, faubourg de la ville de Kusinagora, en pays Malla. Il prêche une dernière fois,
puis, durant la troisième veille de la nuit, il entre dans le nirvâna, "pareil à la flamme qui
s'éteint faute de combustible". Il a quatre-vingts ans. Tout le monde se dispute les reliques du
Buddha. Et pour éviter la guerre, le corps est exposé durant sept jours avant d'être mis en
bière et déposé sur le bûcher. Les reliques sont réparties entre huit États.
Buddha, au moment de son Illumination, a compris en même temps le samsâra, le
Le samsâra. Ce cycle des renaissances ou de la transmigration renvoie a l'idée de
perpétuelle errance. Mais nul ne peut découvrir de commencement à ce samsâra. En
revanche, les ères cosmiques, en nombre considérable, sont chiffrées et permettent de
fabuleux calculs. Ainsi 9 millions d'années humaines équivalent à 500 années divines et, sur
l'échelle des renaissances, ces nombres donnent le vertige. Le Buddha lui-même se remémora
plus de 100 000 de ses vies antérieures au moment de 1'Illumination.
Selon la tradition bouddhique, le samsâra se déroule à travers les cinq destinées (des enfers,
des animaux, des "esprits", des hommes et des Dieux) et dans le triple monde qui
comprend : le kâmadhâtu, monde du désir, ou des cinq sens ; les rûpadhâtu, monde de la
matière subtile ; enfin l'ârûpyadhâtu, monde immatériel qui englobe les êtres célestes ayant
repris naissance dans les sphères des quatre recueillements (samâpatti).
Le karma (kamma en pâli). Le karma doit être évacué pour se libérer du cycle des
renaissances. Aussi est-il, en quelque sorte, le moteur du samsâra. Le bouddhismee n'a
donc pas le caractère de fatalité que certains lui attribuent. Notre destinée est liée à nos actes.
Mais l'ensemble de ce processus n'est point concevable par notre intelligence.
Les conseils pour réduire le karma sont l'absence de désir, l'absence de haine et l'absence de
l'illusion de l'existence d'un soi, puisque ces trois termes marquent bien les zones
dangereuses où l'état mental cesse d'être positif.
La croyance au karma ne signifie pas qu'on en ait la connaissance. Mais la renaissance et le
karma ont toujours été placés avant l'enseignement primordial. Ils sont la propédeutique utilisée par le Buddha avant
l'enseignement des quatre Vérités saintes ·
Les quatre nobles Vérités. Les fondements de la doctrine bouddhique sont contenus dans le
Sermon de Bénarès, appelé aussi "Sermon donnant l'Impulsion à la Roue de la Loi", où le
Buddha révéla les quatre Vérités saintes. La Roue de la Loi tourne trois fois, comporte douze
aspects, et le Buddha va livrer son message sur la douleur, sur son sens et son origine et sur les
moyens de la reconnaître et de la supprimer. Le Buddha procède comme le médecin de son
temps : diagnostic du mal, identification de l'origine, évaluation des chances de guérison, enfin
proposition de traiteent ; il veut donc signifier qu'il est le médecin spirituel. Il analyse le mal,
c'est-à-dire la souffrance.
Buddha énonce tout d'abord sept expériences hmnaines porteuses de réalité douloureuse : naissance, vieillesse, maladie, mort, union avec ce que l'on n'aime pas, séparation d'avec ce que l'on aime, privation de ce que l'on désire, et affirme l'universalité de la douleur (dukkha), inhérente à tout ce qui existe dans le monde. Le mot dukkha, que nous traduisons par "douleur" ou "soufffance", signifie aussi dans la pensée bouddhique "Imperfection", "impermanence" et "insubstantialité". Selon les textes anciens, les phénomènes de l'existence se répartissent selon trois classes : les cinq agrégats, les douze bases de la connaissance, les dix-huit éléments. Malgré tous ces phénomènes, ces "formations" (samskâra), le déterminisme des choses demeure : toutes les formations sont impermanentes, douloureuses, impersonnelles (non-soi ou anâtta). Ici encore, l'analyse du psychisme se traduit par de profondes réflexions philosophiques.
L'origine de la douleur est la soif (trsnâ), c'est-à-dire le désir. A lui revient la cause de la
renaissance, et le Buddha analyse les formes que prend le désir. Il précise bien combien le désir nous taraude et nous
dévaste et combien il perpétue en nous le mauvais karma. En effet, nous sommes la plupart du temps frustrés et donc nous
recommençons à vouloir ce qui constitue de fait la puissance des renaissances.
Trois types de désir sont répertoriés : la soif des plaisirs, la soif d'existence, la soif d'anéantissement.
Ces trois types de désir correspondent à des expressions puissantes en nous.
Elles empêchent sagesse et sérénité. Elles démontrent que le bouddhisme condamne et le
spiritualisme et le matérialisme.
Toutes ces expressions du désir marquent clairement l'origine de la souffrance. Mais il faut
pouvoir raisonner plus profond. Le Buddha explicite les raisons intimes : en réalité, les désirs
sont produits en nous par le système de la Production en dépendance (pratîtyasamutpâda).
Des liens constituent peu à peu des chaînes de conditionnements. Le Buddha énumère douze
membres responsables de cette chaîne de samsâra, dont chacun est condition du suivant. En voici
la liste : ignorance spirituelle, formations mentales, connaissance, union mentale et corporelle,
les six bases de la connaissance, stimulation sensorielle, sensation, désir, prise de possession,
existence, naissance, et enfin vieilIesse et mort. Cette longue chaîne de douze conditionnements
doit être bien analysée, si l'on veut pouvoir la démonter et la combattre.
Tout aussi difficile à concevoir, le nirvâna, but ultime de la pratique bouddhique, se traduit par
"l'exsufflation", "l'arrêt du souffle", le détachement des choses de la terre,
l'émancipation, la fin. Le nirvâna marque la fin de l'attachement, de la haine et de l'illusion,
et présente deux volets : il est la suppression du désir et la fin de la douleur ou de l'existence.
Il se confond, sur cette terre, avec la sainteté (arhatva), représentée par le moine
parfait, l'arhat ou arhant.
Le nirvâna ne peut aisément se comprendre et a fortiori s'expliquer puisqu'à l'issue
de la chaîne des douze membres, le saint ou nirvâne atteint un état radicalement différent. Aussi
l'expose-t-on de façon purement négative. Il correspond à "non-composé", "inconditionné",
"non-causé", "non-créé ". Cela ne veut pas dire que le nirvâna est négatif en lui-même : ces
expressions ne visent qu'à éliminer de lui toute limite ou conditionnement. C'est un "inconditionné ", il est absolu.
Le nirvâne digne, ayant vaincu les désirs et ayant achevé son développement spirituel, est
calme, paisible, équilibré ; il a développé les sept facteurs de l'Illumination : attention,
investigation du dharma, énergie, joie, tranquillité, concentration et équanimité. Cette
perfection a donc fait poser la question : où se trouve la personne "illuminée" après sa mort ?
est-elle ou n'est-elle pas ? Le Buddha n'a pas répondu, déclarant qu'il enseigne ce qui est
vrai et spirituellement utile. Il affirme aussi que ce type de question éloigne de la voie et de la
cessation de la douleur. Mille hypothèses ont donc été formulées par la suite.
Cette Voie qui mène à la destruction de la douleur (dukhanirodhagâminî pratipad), à huit branhes,
qualifiée chacune de "juste" ou de "parfaite" (la vue, la pensée, la parole, l'action, les moyens
d'existence, l'effort, l'attention et la concentration), comporte trois éléments : la moralité (sîla), la
conentration (samâdhi) et la sagesse (prajnâ). La moralité, c'est l'abstention de tout péché du
corps et de la parole, parfois aussi de la pensée : ainsi, meurtre, vol, amour défendu, parole oiseuse, convoitise, méchanceté,
vue fausse. La concentration, qui consiste à fixer sa pensée sur un point, va pratiquement de pair avec l'absence
le distraction et la tranquillité d'esprit. La sagesse, aussi appelée "vue pénétrante"
(vipasyanâ), engendre les quatre fruits du chemin, et est censée conduire le pratiquant jusqu'à
l'Eveil final, ou nirvâna.
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La vie du Buddha Sâkyamuni, s'est déroulée dans le nord-est de l'Inde et fut l'occasion de
nombreux sermons que les disciples successifs entendirent. Aussi dès la disparition du
maître, ils restèrent entre eux et voulurent continuer cette Vie. Ils cherchèrent d'abord à
maintenir vivante la mémoire des paroles et des conseils écoutés. Se constituèrent donc des
collections de sûtra et de règles que la comunauté voulut respecter de façon littérale et
presque égoïste. Chacun concevait que le salut était attaché à l'ensemble des prescriptions établies
par le Buddha. Chacun se voulait avoir été ou être un parfait auditeur. Et le terme de "Petit
véhicule" est resté attaché à cette attitude générale.
Le bouddhisme se caractérise par la méditation sur les Trois Joyaux (ratna) : le Buddha, sa
Loi et sa Communauté. Chaque religieux adhérant à la discipline monastique déclare accepter le
refuge en ces trois certitudes. Comme il pratique une morale stricte, il pense arriver ainsi
"au dégoût du monde, au détachement, à la destruction de la douleur, au savoir, à l'Eveil complet, au Nirvâna". Tous les
textes, en toutes leurs traductions, multiplient les règles de discipline, et les formules
monacales sont répétées inlassablement. Il est donc évident qu'en ses débuts, le
bouddhisme des auditeurs (srâvaka) propose les moyens d'atteindre le nirvâna, rejette
l'existence le l'âme individuelle et "ne reconnaît de réalité qu'aux seuls phénomènes psychophysiques de l'existence ".
Tous ces auditeurs se répandent en Inde, mais déjà se subdivisent en deux groupes essentiels :
les Anciens et les adeptes de la Grande Assemblée. Puis ces deux ensembles se ramifient en
dix-huit, selon la tradition. Des moines partent en mission dans les pays limitrophes de l'Inde.
Cela explique la présence du Hînayâna dans plusieurs pays asiatiques.
Dans ce pays si religieux, ou les extes déclarent que "tous les bouddhas naissent en Inde, prêchent en Inde et y atteignent le nirvâna", le Buddha Sâkyamuni ne fait pas exception. Dès qu'il a reçu la suprême illumination, il prêchera de 36 à 80 ans. Il imposera à ses moines cet ensemble de règles dénommées "Petit véhicule" de la façon suivante : deux excès existent : s'abandonner au désir et le sens, se livrer à l'ascétisme exalté ; la droite vérité est dans le chemin du milieu ; il faut être enseigné, sur les principes de la douleur et les voies de la libération. Pendant de nombreux siècles du Vème av. au VIIème ap. J.-C.), le boudlhisme sera vulgarisé et transmis dans toutes les régions de l'Inde. Les souverains accepteront eux aussi de soutenir cette religion, même contre l'hindouisme. A cette époque, et dans ce climat de consensus, l'art, l'architecture, la peinture et toutes les activités culturelles de l'Inde connaîtront un éclat incomparable. Mais les moines deviendront trop riches, leur message perdra de sa cohérence. En revanche, hindous et musulmans réussiront par des moyens divers à supplanter et à éliminer le Hînayâna vers le XIIIe siècle. Des adeptes du Petit Véhicule subsistent au Bengale, en Assam et au Cachemire. Au 20e siècle, les publications de textes et les incitations d'étrangers, surtout de Sir Edwin Arnold, aboutiront au choix par les autorités indiennes de la Roue de la Loi comme emblème national. Ainsi donc, le symbole d'amour et de compassion du Buddha pour toute l'Humanité rappelle la pureté et la simplicité de son premier message.
Le roi Devânampiya Tissa (217-207) aurait reçu le message du Buddha grâce au roi Asoka (272-231). De fait, l'île accueillit vite de nombreuses communautés monastiques, et une nouvelle espèce de relation se noua entre le roi et le clergé. Le roi, conçu comme un bodhisattva, maintenait un ordre social très hiérarchique, où la primauté spirituelle du clergé était reconnue. Aucun concept moderniste ne modifiera les règles de base rattachées à l'enseignement du Buddha de son vivant. Au 1er siècle a.v. J.-C., le canon bouddhique est mis au point, constituant la base définitive du Hînayâna. Les habitants de l'île résisteront à toutes les séductions de l'Inde, aux musulmans même, mais seront victimes de l'Empire britannique qui aida les missionnaires anglicans à supplanter la religion bouddhique. Les persécutions, les immigrations de Tamouls et les querelles politiques vont transformer l'île de Ceylan. Mais le moine Dharmapala suscitera le réveil bouddhiste : l'île reste désormais le bastion du Theravâda ("voie des Anciens", "doctrine des écritures", en pâli), même si à certains moments la communauté monastique faillit disparaître. De nos jours, les pèlerinages au Sri Lanka maintiennent une grande ferveur. Le retour aux lieux sacrés du bouddhisme en Inde s'appuie sur cette expression de foi.
Depuis longtemps en terre évangélisée par l'Inde et Ceylan, la Birmanie a maintenu les traditions Hînayâna et les arts différents qui apparaissent dans tout le pays confirme bien l'éclosion de systèmes plastiques et religieux très disparate. Mais c'est vers le milieu du XIe siècle que la Birmanie se convertit au Theravâda. Les richesses architecturales et monumentales n'aident pas nécessairement à comprendre les problèmes religieux : à Pagan, où il reste quelque 1500 monuments bouddhiques, divinités et génies sont associées au Buddha.
L'appellation de Thaïlande (ancien Siam) est récente (l939) et recouvre en fait une mosaïque de cultures et de langues. Des peuples différents s'y expriment, dont l'art ne nous est pas totalement éclairci, et les chroniques dont nous disposons ne permettent pas d'élucider les problèmes. Les premIers rois thaïs se convertirent au Theravâda et l'imposèrent à leur royaume au 13e siècle.
Implanté bien avant le XIVème siècle, vu le zèle missionnaire des pays voisins, le bouddhisme au Laos reste strictement d'obédience Theravâda. Il conserve les déités et les génies chtoniens : il est donc très syncrétiste ; il réussit aussi à garder un caractère villageois. Mais, au début du XIXème siècle, le pays sera annexé par le Siam. En réaction, les divinités païennes resurgissent ; d'où une alternance de syncrétisme et de séparatisme. Même s'il devient religion officielle en 1947, le boudlhisme ne constituera pas une arme contre le communisme. La société laotienne, ou le boudhisme était prédominant, s'invente autrement.
La situation y est très complexe. Le brahmanisme et le bouddhisme ont fleuri avec et dans la civilisaion khmère. Il est difficile de dater les évangélisations. L'apparition du Mahâyâna est attestée par une inscription datant de 791 ; il s'y maintient avec le shivaïsme. A la fin du XIIe siècle, les moines Theravâdin pénètrent au Cambodge, mais un siècle plus tard, les images bouddhiques sont détruites à suite d'une réaction shivaïste brutale. Cependant le Theravâda finit par l'emporter pour s'établir définitivement dans le pays, au XIVe siècle. Mais la dictature meurtrière des Khmers rouges a décimé les couvents et les moines. La communauté survivante est dérisoire par rapport à son passé.
Pendant tout l'enseignement de Buddha, des hommes et des femnes
l'écoutèrent, le suivirent et pratiquèrent une sorte de discipline monastique (vinaya). Dès qu'il
disparut, la communauté (sangha) veilla à perpétuer les traditions : on récitait les textes (sûtra)
ensemble on se les expliquait et une certaine exemplarité eut lieu. Cependant les consensus ne s'établissaient
pas toujours sur la pensée (vada) de chaque texte. Aussi des communautés
devinrent-elles schismatiques.
Mais, dès le règne de l'empereur Asoka (272-231), le bouddhislne connaît une grande
expansion. Cette conquête va de pair avec la fixation des textes canoniques. Dans la mesure où
l'empereur impose ou propose les pratiques bouddhistes, dont celle du pèlerinage et celle des
cultes rendus aux stûpa, les idées et les croyances se précisent. Des conciles et des traductions
font aussi avancer la connaissance des textes. D'ailleurs, plus la piété et la dévotion
deviennent populaires, plus on observe le développement de l'imagerie, de la sculpture et des
architectures religieuses. Le bouddhisme est reconnu un peu partout dans le monde. La
floraison esthétique et d'innombrables traductions manifestent une vie religieuse intense et
protéiforme. Mais le bouddhisme n'en continue pas moins à se définir par rapport à la
tradition et aux origines de l'Inde du Nord-Est.
Le Mahâyâna, pour lequel l'enseignement des Anciens ne représente qu'une partie de l'enseignement
du Buddha, apparaît entre 150 av. et 100 ap. J.-C. Il regroupe les fidèles sur
trois points essentiels : le rôle des bodhisattva dans le salut de tous les hommes, la cosmologie
et le développement de la sagesse dans le sens mystique. De nombreux fidèles suivent cette
école nommée "Grand Véhicule", ou "Grand Moyen de progression", par opposition au
bouddhisme ancien qui fut nommé de façon quelque peu méprisante Hînayâna, à savoir
"Petit Véhicule".
L'ultime finalité du bouddhisme, l'Éveil, n'implique plus, comme chez les Anciens, le
nirvâna : le nouveau bodhisattva, le pratiquant, n'est plus un futur Buddha, mais un être déjà
"éveillé" vivant en ce monde, ou dans d'autres. Le bodhisattva peut en effet rester dans le
monde, car il eut garder sa vie mystique secrète et se conduire à l'extérieur comme tout un
chacun. A partir de cette base, chacun choisit sa vie spirituelle, et donc l'Éveil suprême et
parfait qui permet d'œuvrer en ce monde pour le salut de tous. C'est pourquoi le bodhisattva
retarde son entrée dans le nirvâna ou, mieux, s'installe dans le nirvâna "comme s'il n'y résidait
point" pour poursuivre son œuvre salvatrice. Aussi la "carrière" du bodhisattva est-elle
ouverte à tous : aux laïcs, hommes et femmes, autant et plus encore qu'aux moines. La réussite
n'est pas liée à l'état de vie. Les sûtra du Grand Véhicule commencent souvent par
l'énumération des vingt-deux grands bodhisattva vénérables : si l'on en croit l'Upadesa, les
seize premiers parmi ces vingt-deux étaient laïcs.
Au cours de sa longue carrière, le bodhisattva doit exercer les six perfections (pâramitâ)
qu'implique son état : générosité, moralité, paience, énergie, extase et sagesse. Les théoriciens
du Grand Véhicule iront jusqu'à affirmer, toutefois, que la moralité comme telle est dénuée de
toute importance, que toutes les règles peuvent être transgressées au nom de la compassion.
L'élément fondamental de la philosophie du Mahâyâna reste l'idée de vacuité (en sanskrit,
sunyata ; en pâli, sunnâta), selon laquelle les réalités composées sont non seulement
"vides de soi", mais aussi de "choses" ou d'éléments (dharma) ; autrement dit, toutes les choses
sont foncièrement apaisées, il n'existe plus en elles aucune contradiction, toute dualité se révèle
illusoire ; en outre, la distinction entre idées vraies et idées fausses est elle-même fausse,
produit d'un esprit dualiste. C'est par un acte intuitif de la plus grande sagesse que l'on peut
saisir la réalité telle qu'elle est, et que l'on accède à la compréhension de cette dialectique
libératrice.
Fondée par Nâgârjuna dans la seconde moitié du III siècle ap. J.-C., cette école développe le
concept de vacuité en se fondant sur les sûtra de la Prajnâpâramitâ ("Perfection de la
sagesse"). Ces textes très anciens (à partir du 1er siècle av. J.-C.) comportent de 8 000 à
100 000 vers. Nâgârjuna, moine philosophe et mystique du sud de l'Inde, y expose la "voie
du Milieu", ainsi nommée parce que, refusant toute dualité, elle se tient à mi-distance entre
la négation d'une réalité et celle de son contraire, repoussant ainsi les concepts opposés
d'être et de néant, de nirvâna, etc. Ses disciples continuent son œuvre, et l'école se
développera surtout à partir du Ve siècle.
A travers les inévitables difficultés d'analyse dues à la langue et au rythme de la pensée, on
peut voir se dégager des notions essentielles. La plus importante consiste à souligner qu'il faut
une démarche spirituelle radicale ; le fidèle doit apprendre à "lâcher prise" et doit réaliser
qu'il existe deux niveaux de vérité : celui des conventions correspondant à notre vocabulaire
et celui de la vérité ultime accessible à travers des images ou des comparaisons, surout
négatives ou contradictoires.
C'est l'école principale du Mahâyâna, avec le Mâdhyamaka ; elle fut fondée au IVe siècle ap.
J.-C. par un moine du nom d'Asanga et par son frère, Vasubandhu. Pour ces théoriciens
bouddhiques, tout est le produit de notre pensée, l'esprit est la source de tout ce qui existe.
Ainsi l'univers entier peut être comparé à un rêve, une illusion ; l'univers n'est peut-être
qu'un rêve, mais le rêveur, lui, est bien réel ; le Yogâcâra vide de toute réalité et le rêveur et
le rêve. Voilà pourquoi cette école se nomme aussi Vijnânavâda, et ses adeptes les
Vijnânavâdin ("ceux qui enseignent la conscience"). Puisque, hors de celle-ci, rien n'existe,
la réalité est pure conscience.
D'autres textes, étrangers aux traditions indienne et tibétaine, les Tathâgatagarbha, ont été
ajoutés vers le III siècle ap. J.-C. au Malâyâna. On y trouve la description des qualités de la "bouddhéité",
accessible désormais à tout fidèle.
Le Buddha représente la Perfection. En revanche, le bodhisattva, être d'éveil, est l'idéal de
perfection à atteindre. Le Buddha, proche de 1'Absolu, laisse un peu de place au bodhisattva,
le saint, conduisant les hommes à la Réalité. Mais il ne s'agit pas d'un saint en soi, ou ne
visant que des buts égoïstes : le bodhisattva veut prouver que tout homme peut être saint et
buddha, laïc ou non ; il y a en plus un autre but que celui de mourir à soi, c'est celui de
renaître pour les autres. Ce renoncement et cette compassion pour autrui constituent une somme
d'abnégation et de charité où le bouddhisme atteint les sommets.
Le bodhisattva doit commencer par l'éveil de son esprit, s'attacher ensuite à la Perfection en
prononçant des vœux partiels, s'élancer sur les chemins de la Perfection, où il se concentrera
sur le sens de ces différents états, s'il veut les atteindre. Cet itinéraire ne s'achève qu'au ciel,
et la bouddhéité ne s'obtient que dans la demeure pure du nirvâna. Et ce trajet spirituel est
accompli dans la bienveillante compassion avec et pour 1'humanité douloureuse. Mais il ne
s'agit nullement là d'une attitude doloriste, non plus que passionnelle, puisque le
bodhisattva dans sa sagesse a dépassé tout dualisme, reconnaissant la souffrance dans sa
vacuité.
Le tantrisme est un mouvement de réforme qui a touché et l'hindouisme et le bouddhisme ; on
rencontre donc un hindouisme tantrique et un bouddhisme tantrique. Le terme "tantrisme" est
occidental ; l'Inde traditionnelle ne connaît que le mot tantra, qui désigne des textes
canoniques du Vajrayâna, parfois appelé pour cette raison "bouddhisme tantrique". L'Inde
utilise également l'adjectif tantrika ("tantrique"), qui s'oppose à vaidika ("védique") et qui
désigne une révélation ou des doctrines, et des pratiques, qui devraient être apportées aux
hommes par des divinités (Vishnou, Shiva…), alors que la Révélation védique précède les dieux.
Il semble que le phénomène tantrique soit apparu d'abord dans le domaine hindou, même si
certaines notions ou pratiques ont une origine brahmanique. Mais il y a beaucoup de chance
pour que 1'hindouisme et le bouddhisme se soient tantrisés en interaction mutuelle. Si l'on ne
sait donc pas grand-chose des origines et de 1'histoire de ce phénomène essentiellement
indien qu'est le tanrisme, on peut néanmoins affirmer qu'il connut une période très productive
entre le VIIIe ou IXe siècle et le XIVe (plus belles œuvres artistiques, grands temples), et ce
jusqu'à l'orée du XIXe siècle.
On peut nommer la doctrine du bouddhisme tantrique mags-kyuthag-pa (en sanskrit,
mantrayâna : "moyen de progression fondé sur les mantra"), ou rgyud-sde, "classe des tantra"
(en sanskrit, trantrayâna : "véhicule des tantra"), ou encore vajrayâna ("véhicule du diamant").
L'état final de l'Éveil ne peut être atteint qu'au moyen d'une combinaison entre la
méthode des sûtra, ou discours du Buddha (en tibétain, mdo), et celle des tantra, qui
permettent souvent de dépasser la condition humaine par la magie, l'alchimie et la sexualité.
Le tantrisme se présente comme un système de pensée où la logique et la symbolique
s'unissent pour capter les énergies. Dans le cas des mantra, la répétition, le geste, la visualisation
et le rôle précis du corps doivent
être réunis pour obtenir et capter la force. Mais, sous l'influence des cultes hindous, les
mandala jouent un rôle très important, où la spiritualité de 1'homme tente d'approcher, puis
de saisir les énergies cosmiques. Les mandala, dessins, peintures ou constructions avec des
carrés et des triangles inscrits dans un cercle, ont un centre qui est le Centre cosmique où
samira et nirvâna s'unifient et se transcendent. L'adepte doit alors aboutir puisqu'il veut réintégrer
1'homme dans le cosmos et le cosmos dans le nirvâna. Cette ambition suppose une liturgie
complexe difficile : le fidèle doit transférer mentalement le mandala dans son prit pour
arriver à la vacuité. Ou bien il faut qu'il s'identifie à la divinité figurée pour que l'effet soit
obtenu. Ces rites, comme tout ce qui a trait au tantrisme, se définissent par leur caractère
secret. Le tantrisme a répandu ces idées et ces méthodes à partir de la méditation et en
fonction des buts poursuivis.
Le guide spirituel (guru ; en tibétain, lama) apprend pourquoi son maître l'a choisi et il agit de
même avec le novice. Cette propédeutique est toujours individuelle et dépend étroitement de la
relation initié-initiant. En effet, la méditation reste un monde difficile d'accès, et les illusions y
sont légion. Mais, contrairement à la progression non tantrique, celle du Mahâyâna, très
longue, la méthode tantrique permet d'y aboutir plus rapidement (ce qui ne veut pas dire plus
facilement). Pour vaincre les illusions, le maître, à qui les adeptes doivent obéissance absolue,
utilise les procédés suivants. Apprendre à comprendre l'univers à travers l'harmonie et la
puissance des sons se fera grâce aux formulations répétés de mantra précis. L'adepte doit sentir
que des sons l'éveillent à des réalités stimulantes. Dans certains cas, des visualisations
peuvent être considérées comme des réalités externes ou mentales. Le maître va donner au
disciple les mantra qui lui sont adaptés, de telle sorte qu'il puisse connaître cette harmonie
intérieure par le truchement de tel ou tel saint invoqué, puisque chaque être sacré a son mantra
particulier. Apprendre à voir ses défauts s'obtiendra grâce au yidam choisi par le maître (un
yidam est un double du disciple, nais conforme à sa nature, vidée de ses défauts). Cette image
tutélaire aide le novice à se corriger en transformant ses faiblesses en force contraire. Les yidam
sont subdivisés en familles et en types de caractères. Quelle que soit leur apparence, terrible
ou douce, masculine ou féminine, les yidam peuvent aider n'importe quel novice, puisque
chacun est choisi selon son caractère. Apprendre à contempler l'univers sera l'exercice des
mandala. Car le maître va enseigner à son disciple comment se représenter le monde. Il faut
choisir des couleurs, des formes, des plans puisque, comme dans le stûpa, le mandala occupe
et anime l'espace d'une certaine façon. Il faut y entrer et animer la Roue du Dharma. Il y a
donc le long apprentissage d'un trajet où tout a un sens. Enfin le maître apprend les gestes et
les signes (mudrâ), à travers lesquels les divinités et les puissances sont évoquées ou
sollicitées. Cette formation du disciple est lente puisqu'il faut déjà à accomplir toutes ces
premières instructions. Mais dès qu'elles sont réalisées, le novice peut alors commencer à
visualiser et à pratiquer le sâdhana. Il s'agit de visualiser la création telle qu'enseignée dans
les textes, il s'agit aussi de s'identifier au yidam, enfin, par les pratiques du yoga, de contrôler
les énergies, celles qu'on peut acquérir et celles qu'on peut transférer. Cette propédeutique
permet d'obtenir un accomplissement parfait.
Même si de nombreux exercices contiennent des allusions ou des réalités sexuelles, le
tantrisme n'a jamais recherché le plaisir. Le texte fondamental le répète : "Cette pratique
redoutable n'est pas enseignée pour qu'on y trouve son plaisir." Le bouddhisme tantrique
apparaît comme une critique de l'institution bouddhique, et, en quelque sorte, comme le
développement extrême de 1'hindouisme.
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Le bouddhisme ne recommande ni n'impose aucune manifestation de dévotion ou de prière.
En revanche, les communautés de moines et certains fidèles ont pratiqué des gestes ou des actes
que la tradition maintient. Le monde bouddhiste offre donc une pratique très variée de
dévotion, où les mots, les gestes les offrandes peuvent se dire ou se faire chez soi, dans les
temples ou sur les lieux de pèlerinage.
En général, chaque croyant garde chez lui des images, objets de sa dévotion. Mais dans les
temples, souvent doublés par un monastère, les bouddhistes viennent prier et accomplir
certains rituels. Les stûpa, sortes de pagodes, sont objets de dévotion parce qu'ils abritent des
reliques, des statues ou des images vénérées. Les dorures extérieures reflètent la qualité
des objets intérieurs. Outre une salle unique, sous le dôme du stûpa, on trouve des salles
d'accueil ou de récitation, des lieux de méditation et d'initiation aux textes. Ces stûpa facilitent
la liaison entre les communautés des moines et celles des laïcs. Le fidèle a coutume d'aller
dans la salle unique, d'y apporter les offrandes, réparties en sept bols rituels, et d'y réciter des
mantra ou des incantations souvent mnémoniques permettant d'obtenir ou d'acquérir des
mérites valables pour soi, ou transférables à autrui pour une meilleure naissance. La prière et
les formules doivent comptabiliser du mérite, elles se réfèrent donc aux textes garantis des
sermons du Buddha. Ces récitations sont accompagnées de prosternations, de chants et
d'offrandes. Si les textes fondamentaux sont évoqués par les formules incantatoires, les
images renvoient à certains aspects du Buddha que la croyance privilégie. On assiste parfois
à des cérémonies de requête autorisant à penser que ces images de Buddha ont, sur-le-champ et
selon certaines procédures, une efficacité immédiate.
Les bouddhistes pratiquent aussi les pèlerinages, surtout ceux des hauts lieux du Buddha, dans
son avatâra des rives du Gange, et suivent les cérémonies des fêtes religieuses. Car dans le
bouddhisme pratiqué dans l'Inde du Sud, de très nombreuses fêtes rythment l'année,
acquérant ainsi une sacralisation répétitive et cosmique.
Tous les textes soulignent la nécessité de la morale pour éliminer la souffrance et conduire au
nirvâna. Mais il est précisé qu'il ne s'agit pas d'une application rigide et qu'il faut tendre à la
joie et au bonheur attachés à cette conquête. Il il'y a pas non plus de devoirs, mais bien plutôt
une série d'engagements pris ou de vœux formulés par tout un chacun.
La morale du bouddhisme est gouvernée par la "règle d'or" de la compassion pour le
prochain, mais aussi pour tous les êtres vivants. Cela aide, d'une part, à mieux comprendre les
problèmes dans la mesure où on les attribue aux autres ou à d'autres vies ; de l'autre, à
acquérir du mérite ou à le transférer. Pour parvenir à cette compassion plus aisément, le
bouddhisme propose de grands principes à respecter et de nombreux moyens simples.
Aussi recommande-t-on la générosité, qualité du don, de l'offrande et du partage. Car en
vivant constamment dans ce climat de charité et d'assistance mutuelles, on reçoit de l'aide
tout autant qu'on en donne, et l'on se prépare ainsi au gagement personnel, détaillé et précis
de ce que le fidèle veut faire. Chaque précepte est le désir d'un perfectionnement intérieur.
Aussi bien le fidèle choisit-il de s'abstenir de "nuire aux êtres", de "prendre ce qui n'est pas
donné", de "se livrer à l'inconduite sexuelle", de "mentir", de "prendre des drogues et de
l'alcoo1". Ces cinq abstinences peuvent, parce que le fidèle s'y engage, devenir l'occasion de
vœux, donc d'une morale plus riche, plus ouverte et plus méritante - puisqu'il peut partager ce
qu'il a acquis pour une autre vie. Un précepte essentiel, celui de la non-violence, consiste à
s'interdire de tuer ou de blesser un être humain ou n'importe quel animal. Sur cette déclaration
d'intention très explicite, toute école analyse les cas et propose des solutions. Ainsi
l'avortement, la contraception ou le suicide ne reçoivent pas la même réponse des bouddhistes
indiens ou japonais ; mais le respect de la vie reste au cœur du problème. Les bonzes
s'immolant par le feu au Vietnam du Sud, pendant la guerre, furent une minorité car le suicide religieux,
même en offrande au Buddha, reste une pratique morale difficile.
Pour mieux diriger sa vie morale, le bouddhiste veille à bien s'intégrer dans une communauté de moines
et à s'y inscrire par des voeux temporaires. Car ces assemblées de moines aideront le fidèle
à mieux respecter les engagements qu'il a pris surtout vis-à-vis des autres : la compassion, la
générosité et la bonté envers toute vie s'apprennent et se méditent sans cesse. Ainsi, les bouddhistes
s'engagent vis-à-vis des malades et des mourants, prennent part à de nombreux contrats sociaux.
La compassion réelle pour l'autre, sereine et rayonnante, ne contient plus de connotations douloureuses
ou déprimantes, et toute empreinte de cette force morale de la vertu bouddhiste.
La Communauté bouddhique elle est l'un des trois joyaux dans lesquelles tout fidèle doit trouver refuge.
Le sangha classique comporte quatre assemblées : celle des moines, des nonnes et celle des laïcs ayant
fait des voeux, hommes et femmes. Chaque communauté se constitue par la volonté de tous de pratiquer
la loi et de suivre la règle monastique. L'institution monastique est essentielle à la vie politique,
car le sangha reste le lieu où toute vie spirituelle, morale et sociale s'organise. Le moine jouit
d'une réputation excellente, même si les persécutions ont altéré cette image.
Et la fonction de clerc reste considérée.
Pour devenir moine (il existe une stricte hiérarchie entre moines et laïcs), il faut passer par deux
étapes correspondant à des ordinations mineures, puis majeures, validées par des vœux (le mot
occidental "ordination" est équivoque, car les moines bouddhistes ne sont pas des
prêtres, le bouddhisme ne comportant aucune fonction sacerdotale). La procédure est la même
pour les nonnes, bien que beaucoup plus compliquée, et les règles qu'elles doivent respecter
sont aucoup plus nombreuses que pour les moines (358 au lieu de 250).
Tous les moines, hommes et femmes, doivent respecter le code du vinaya. Ces préceptes de la
vie monastique ont été élaboré ; du emps du Buddha, et chaque règle aurait été édictée par le
Buddha à une occasion précise. Le vinaya se traduit par un apparei1 minutieux, quasi
obsessionnel, de deux à trois cents préceptes, contrebalancés par l'esprit pragmatique de l'ensemble :
est bien pour les moines et pour les nonnes ce qui est bon pour la communauté.
Chaque catégorie comporte des séries de préceptes, et chaque communauté veille à
l'application de la règle grâce à la vie en commun et à la volonté d'expiation quand il y a faute
(la principale cérémonie monastique est la confession publique).
Par ailleurs, les conditions de vie, fondées en principe sur la mendicité et sur un vœu tacite de
pauvreté, d'humilité et de continence, resserrent les communautés. Cependant, la personnalité
individuelle est respectée : certains moines se consacrent davantage à l'étude à la méditation,
d'autres au rituel ou à l'administration. Les moines sont tenus à la récitation psalmodiée de
textes sacrés. Et la vie de chaque moine doit comporter des périodes régulières d'étude, de
méditation, de prière, même si la vie communautaire et pastorale présente de nombreuses
exigences. Les structures monastiques devaient donc rester assez souples. Le sangha joue
enfin un rôle essentiel dans l'éducation. Un moine médecin ou astrologue peut utiliser ses
connaissances dans les milieux laïcs ; mais, en général, les moines n'exercent pas de métier
rémunéré.
Pour voir la réalité telle qu'elle est, et pour réfléchir et se conforter, la méditation reste
essentielle. Tout le monde peut et doit la pratiquer. Elle nourrit et purifie le cœur, permet
d'obtenir la maîtrise parfaite de l'énergie mentale et les états ultimes d'outre-conscience. Si le
corps a déjà été exercé par des postures adaptées, telle celle du Lotus (Jambes croisées, yeux
clos ou mi-clos), la maîtrise de l'esprit implique d'atteindre la "pensée juste", 1'"attention juste"
et la "concentration juste". Car dès qu'il s'agit de l'intériorité, la sensation et l'illusion
peuvent tromper. Il faut arriver à la méditation, au samâdhi ou dhyâna, c'est-à-dire une
absence de distraction et une quiétude mentale. Dans tous les cas, afin de contrôler l'esprit, il
s'agit d'abord de maîtriser le corps, notamment de discipliner la respiration et de créer de
nouvelles habitudes positives. Pour mieux aider le fidèle, les textes canoniques détaillent les
cinq empêchements provoqués par le désir des sens, la réticence, l'indolence, l'agitation et la
crainte de l'engagement ; ces cinq obstacles sont inévitables, car la concentration mentale les fait
naître. Il faut les élininer et, de la même manière, l'esprit va connaître une pensée unifiée sur
un objet unique. Ainsi, peu à peu, cesse tout mouvement de pensée.
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Le bouddhisme, l'une des plus anciennes grandes religions du salut, est aussi une religion à
vocation missionnaire, puisque c'est un devoir de faire le don de la Loi. Contrairement aux
traditions hindouistes, fixant le sanskrit comme langue sacrée, les bouddhistes traduisent dans
toutes les langues, ne veillant qu'à la correction du texte.
C'est sans doute dès le IIIe siècle avant J.-C. que le bouddhisme primitif gagne Ceylan. Au IIe
siècle de notre ère, le bouddhisme fait en Chine, où il parvient par l'intermédiaire des oasis
d'Asie centrale, des progrès considérables. C'est par cette voie également que les influences
helléniques, teintées d'influences iraniennes et indiennes, arrivent jusqu'à la Chine des Wei et
au Japon les Horyo-yi. D'ailleurs, les premiers prédicateurs bouddhistes en Chine
septentrionale et les premiers raducteurs qui s'efforcèrent de faire passer la pensée
bouddhique dans la langue chinoise vinrent d'Asie centrale (de la Sogdiane et u Khotan). Au
IVe siècle, des indianistes férus de chinois développent dans la communauté chinoise de
Tchang-Ngan une forte activité de traduction ; plus de mille moines y travaillent. Kumârajîva
(IVe siècle) Paramartha (VIe siècle) apportent avec eux les textes en pâli, et introduisent dans
le Mahâyâna les analyses chinoises, par exemple celles sur le dhyâna, une forme de yoga. La
Chine possède alors les textes sacrés, désormais traduits en chinois. Cependant des pèlerins et
d'autres érudits vont quitter la Chine dès le Ve siècle pour visiter les lieux saints, répertorier
les œuvres d'art et parachever leur étude. Beaucoup ne dépassent pas le Cachemire ; mais
Hiuan- Tsang (VIIe siècle), durant seize ans, connaîtra l'Inde, visitera le monastère de
Nalanda, la plus célèbre université des moines boudihistes, et retrouvera les lieux mêmes de la
vie du Buddha. À son retour, il traduira les textes qu'il a rapportés. En 671, Yi-Tsing fera le
voyage du sud par l'Indonésie, le Bengale et les lieux saints. Jusqu'aux invasions dévastatrices
de l'Islam au XIe siècle, les Chinois établissent un ensemble de textes si parfaits qu'ils
deviennent la référence. Les traducteurs indiens, dès la ruine de Nalanda, viennent travailler à
Tchang-Ngan, où les Japonais commencent de résider. Les textes bouddhiques se diffusent
très vite puisque leur première impression xylographique date de 972.
Le Japon du prince Shôtoku Taishi (574-622) promulguera une Constitution où l'article 2
recommandera de vénérer les Trois Joyaux comme "fin dernière de tout ce qui est et comme
l'unique fondement de tous les pays". Des sectes particulières (Tendai et Shingon) témoignent
de la vitalité du bouddhisme au Japon, même si des courants originaux (Nichiren, Zen)
semblent s'en écarter. Les traductions japonaises, nombreuses, regroupent les textes en pâli,
en sanskrit et en tibétain.
Au Tibet, dès le VIIIe siècle (bien que, selon la légende, le bouddhisme y soit apparu plus tôt,
au IVe siècle environ), les écoles indiennes et chinoises comparent leurs analyses du
bouddhisme. Quant à la conversion des Mongols, elle débute au XIIIe siècle et, dans la
seconde moitié lu XVIe siècle, se fixe le double pontificat des Eglises tibétaine et mongole.
Le bouddhisme connaît des fortunes diverses dans les pays d'Asie. Alors qu'il est originaire de
l'Inde, il va en être éradiqué pour plusieurs raisons. L 'hindouisme avait d'abord accepté le
Buddha en l'intégrant dans son panthéon. Mais les inégalités sociales se firent trop brutales :
1'hindouisme, protégé par le système des castes, ne pouvait à terme tolérer l'universalisme
bouddhique. Aussi l'hindouisme, sous des prétextes nationaux, fit-il tout pour éliminer le
courant populaire des bouddhistes ; les musulmans furent le bras armé de cette rupture.
En revanche, à Ceylan, grâce au canon pâli, dès le IIIe siècle av. J.-C., la communauté
bouddhique s'installe et, à partir du XIIe siècle, Ceylan devient le fief et, pour ainsi dire, la
capitale du bouddhisme de l'école du Sud, ou Theravâda. A cette époque également, le
bouddhisme cinghalais s'implante en Birmanie, puis au Cambodge, au Siam (l'actuelle
ThaÏlande) et au Laos.
En Malaisie, hindouisme et bouddhisme se présentèrent ensemble, et très imbriqués, surtout
dans le culte de Shiva.
La Chine, nous l'avons vu, connaissait le bouddhisme, mais le confucianisme impérial
s'opposait au monachisme, puisque le célibat monacal privait les ancêtres du culte qui leur
était dû ; par ailleurs, les moines ne travaillaient point. Le bouddhisme ne commence de
pénétrer les milieux cultivés qu'au moment de la chute de la dynastie des Han, en 220. Mais,
comme en Inde, une réaction confucéenne nationale se dresse contre l'universalisme de la
pensée bouddhiste. Aussi de nombreuses écoles chinoises, inspirées du Mahâyâna, furent-elles
soumises à des persécutions régulières ; mais, peu à leu, durant trois siècles, elles s'aclimatèrent
et comblèrent le fossé séparant la mentalité chinoise de la mentalité indienne. Vers le Ve - VIe
siècle, un moine bouddhiste indien, Bodhidharma, selon la tradition, aurait fondé l'école de
méditation du Ch'an, qui deviendra le Zen japonais. Cette école se répand dans toute la
société chinoise, élite, intellectuels et paysans. Les écoles Zen se multiplient et, au XVlle siècle,
le Japon adopte le bouddhisme comme religion d'État. Mais dans toute l'Asie, on assiste
toujours a un retour au nationalisme : toutes les religions universalistes ont été d'abord
acceptées, puis sévèrement endiguées ou rejetées.
Le XXème siècle
Au XXe siècle, le bouddhisme asiatique a été persécuté par les régimes communistes, et les
communautés monastiques ont été décimées, surtout en Chine populaire. Celle-ci leur infligea
près de trente ans de sévères persécutions puis, dans les années 1980, quelques monastères
ont pu reprendre leurs activités. Quel que soit le pays où le régime communiste s'est installé
ou perdure encore, les élites monacales ont été exterminées ; ainsi, au Cambodge ou au Tibet.
Seules subsistent les colonies bouddhistes formées dans les périphéries du monde communiste,
à Singapour, Hong-Kong ou Taiwan, et celles des réfugiés vietnamiens ou cambodgiens.
Le Japon, en revanche, a renoué avec le bouddhisme grâce à la secte de Nichiren, dont les
groupes essaiment en Orient et en Amérique du Nord. Quant à la secte Soka-Gakkai, elle
vilipende toutes les religions, critique toutes les formes de la conscience bouddhique ; elle
s'est même transfonnée en parti politique, et comporte des exigences et des ambitions telles
qu'elle ne cesse de progresser.
En Thaïlande, les bouddhistes, qui vivent dans un pays libre (le seul de l'Asie du Sud-Est qui
n'ait connu ni la colonisation occidentale ni l'invasion communiste), se trouvent par là même
confrontés à tous les problèmes que pose la " modernité ".
Au Sri Lanka, un chrétien retourné au bouddhisme, David Hewavitarane, choisit le nom
symbolique Anagarika ("moine errant") Dharmapala ("défenseur du dharma"). Il fonde
la Maha Bodhi Society, revient aux origines indiennes et tente de susciter, dans le
nationalisme cinghalais, une reponse au zèle missionnaire chrétien. Cependant l'île se divise
entre Tamouls et Cinghalais, ces derniers considérant les premiers comme des intrus,
favorisés en outre par l'occupant britannique.
En Birmanie, le bouddhisme s'est maintenu quel que soit le régime.
En revanche, en Malaisie et en Inde, la cohabitation avec les musulmans est mal vécue. Mais
les colonies tibétaines ont réussi à revivifier l'esprit bouddhique dans les lieux où il s'est
implanté. L'Inde a connu de nombreux mouvements disparates. Les missions archéologiques
entraînèrent les traductions européennes, et la connaissance des arts indigènes fut une
première manifestation de l'intérêt nouveau manifesté pour le bouddhisme. Le mouvement du
Dr B. R. Ambedkar (1892-1956) tenta même de briser le système des castes et lança un
mouvement de conversion au bouddhisme. Ce nouvement, adopté par plusieurs millions de
Mahars, l'une des plus grandes castes des intouchables, fut, comme à l'époque du Buddha une
école de dignité humaine.
Au XIXe siècle, on fit beaucoup d'études comparatives des religions. Dans les pays
protestants, le bouddhisme fut bien accueilli pour plusieurs raisons : il s'appuie sur
i'expérience, il estime que l'univers est régi par des lois, il juge que l'être dépend de lui-même
et non de Dieu ou des prêtres, il offre en outre les voies mystiques les plus intenses.
L'Occident commença par traluire les textes : en Angleterre, la Pali Text Society, fondée en
1881, a pratiquement terminé son œuvre de traduction des textes pâlis (textes, traductions et
commentaires, à savoir plus de 300 ouvrages). En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, des
maisons d'édition se sont même spécialisées dans l'étude des textes sanskrits, chinois, tibéains
ou indiens. Outre cette intention encyclopédique, penseurs et écrivains découvrent avec
admiration le bouddhisme : Arthur Schopenhauer, Hermann Hesse, Sir Edwin Arnold…
Quant aux sociétés théosophiques, elles tentent des syncrétismes plus ou moins heureux.
Aux Etats-Unis et en France, le bouddhisme connaît aujourd'hui un large développement ; en
Angleterre, de nombreuses écoles fleurissent grâce à de puissantes sociétés. On peut avancer
que le bouddhisme, de nos jours, est répandu un peu partout et répond aux demandes de laïcs
de plus en plus nombreux.
Dès le VIle siècle, des échanges spirituels et politiques existèrent entre le Népal et le Tibet ; les moines et les souverains se rencontraient souvent. En 779, le boudlhisme est proclamé religion officieI1e, il intègre les grandes idées du Mahâyâna et du tantrisme hindou et chinois. D'éminents religieux indiens, comme Padmasambhava, vont susciter un courant de traductions et ainsi faciliter l'arriée du bouddhisme au Tibet. On distingue deux recueils, le Kanjur ou "Traduction des paroles du Buddha", et le Tanjur ou "Traduction des Traités" (du canon pâli). Ce travail colossal comprend près de 4 500 textes, répartis en 1 325 volumes. Les écoles se différencient par rapport aux textes choisis. Ainsi, au IIIe siècle, est fondée celle des Gelukpa, l'une des quatre grandes écoles du bouddhisme tibétain, dont le nom signifie "méthode de vertu" ou "comportement vertueux". Pour elle, la maîtrise de l'intellect est un préalable indispensable à la pratique des tantra ou des études de philosophie. Cette école fut fondée par Tson-kha-pa (1357-1419), ses disciples furent nommés les Bonnets jaunes, en raison du chapeau jaune, le panshanering, qu'ils portaient. Parmi d'autres écoles : les Nyingmapa, les Kagyupa ou les Sakyapa.
C'est une appellation donnée au bouddhisme tibétain par certains tibétologues, qui se fondent
sur le fait que les enseignants de cette doctrine sont nommés "lamas". Le lamaïsme fusionne
le tantrisme, les conceptions du Mahâyâna et, surtout, les anciennes croyances du Tibet.
L'activité religieuse est réservée à l'élite monacale. Les fidèles demandent son intercession,
mais les méditations et les rituels peuvent être accomplis de façon mécanique, par exemple avec
des moulins à prières, alors que, pour les lamas, les mêmes exercices spirituels sont très
astreignants. En fait, le lamaïsme conserve intact l'enseignement du Buddha, même si,
considéré de l'extérieur, il semble différent du bouddhisme des origines.
Les textes tibétains sont d'une grande poésie. Le "Dict de Padma", texte du XVe siècle, rapporte
comment le moine Padmasambhava, véritable fondateur du bouddhisme tibétain, voit et décrit le
monde en sa réalité cosmique et en sa transcendance.
I1 est vivant à l'étranger, alors qu'au Tibet, le communisme chinois fut à l'origine de la
destruction de plus de 3 650 grands monastères, sur les 3 700 qui abritaient plus de 200 000
moines. Aujourd'hui, le nombre des moines n'excède pas quelques centaines. Bien que le
rayonnement du dalaï lama permette de rappeler à l'Occident le destin déplorable du Tibet
sous domination chinoise, l'appel au pacifisme et aux valeurs spirituelles semble désavouer
une vision plus politique et constituer, pour certains militants tibétains, une manière de
défaitisme.
En revanche, 1'héritage culturel tibétain est préservé, par exemple aux Etats-Unis et en
Angleterre, où les écoles tibétaines sont très connues. Ainsi, dans le Colorado, le maître
Ch. Trungpa Rinpoché fonda un centre florissant qui, depuis sa mort en 1987, n'en continue pas
moins à dispenser toutes les expériences du bouddhisme. En Grande- Bretagne, les écoles
Kagyu et Guelong fonctionnent depuis les années 1960-1970. Centres et instituts se
développent, et se spécialisent dans les techniques de la méditation. Dès que les communautés
se créent, elles retrouvent les conditions du bouddhisme primitif, avec cette fraternité des
moines et des laïcs. En France comme en Italie, des instituts de recherche et des publications
témoignent de la présence très vivace de ce boudihisme.
Le bouddhisme fut toléré par es dynasties du Nord parce qu'elles l'utilisaient comme
contrepoids au confucianisme adopté par les dynasties du Sud. Dès la réunification, le
bouddhisme fut accepté et se propagea rapidement. Les textes sanskrits furent traduits, et à
partir de là, plus de dix écoles et sectes se constituèrent, dont trois directement issues du
Hînayâna ; deux s'intéressaient à la philosophie, et connurent une faible audience ; en
revanche, la secte Tien-t'ai, au VIe siècle, connut un succès considérable. Fondée par le moine
Tche-Yi (533-597), elle stipule que les différents ensembles de sûtra prêchés par le Buddha
s'ordonnent en périodes chronologiques et correspondent à des types d'auditeurs différents,
plus ou moins avancés dans la compréhension des vérités bouddhiques.
La secte de la Terre pure, dont les origines remontent au grand moine Huiyuan (344-416),
stipule que la foi et les prières et, surtout, l'invocation sans fin d' Amitâbha, sont suffisants
pour renaître en son paradis. Le texte essentiel est le Wuliangshoujing (Sukhâvatîvyuha) .
L'école du Tch'an ou Ch'an (du sanskrit dhyâna), qui deviendra le Zen au Japon, affirme que
la méditation profonde devient pour ainsi dire une fin en soi, du fait qu'on la considère comme
une expérience immédiate, où se révèle la réalité absolue. Certains procédés originaux de
psychothérapie ont été utilisés par cette école. Elle apparaît comme une réaction essentiellement
chinoise aux raffinements scolastiques indiens.
La secte de l'Ornementation, fondée par Xian-shu (643-712), s'appuie de préférence sur le
sûtra de l'Ornementation (Huajanjing, Avatamsaka).
Malgré cette richesse d'écoles et de sectes, le bouddhisme en Chine sera persécuté et
remplacé par le néo-confucianisme. Après les longues persécutions des communistes, le
bouddhisme chinois a connu un regain de popularité, grâce aux multiples diasporas chinoises
dans le monde, en Californie et en Grande-Bretagne.
Dès le VIe siècle, le bouddhisme est connu et apprécié par la Cour et l'aristocratie, le peuple et
les samouraïs. Religion nationale dès le VIIe siècle, développée par les moines qui introduisent
l'écriture au VIlle siècle, le bouddhisme accueille l'école chinoise du Tch'an ; ainsi la doctrine
T'ien-t'ai devient l'école Tendai au Japon, qui est une synthèse de toutes les tendances
bouddhiques.
En 866, le moine Kûkai (774-835) revient de Chine et introduit le bouddhisme ésotérique, à
l'origine de la secte Shingon, qui s'établit sur les monts Kôya. Les pratiques ésotériques de la
secte (exorcismes, prières pour conjurer les maux et réaliser les désirs) enraînèrent la décadence
du boudlhisme, top empreint d'ésotérisme.
Les deux sectes Tendai et Shingon seront paradoxalement portées à leur sommet et
différenciées par la doctrine de la Terre pure, propagée parmi les gens du peuple par des
moines itinérants comme Kûya. Mais, déjà au XIIe siècle, deux sectes Zen sont introduites de
Chine : la secte Rinzai, de Yôsai, et la secte Sôtô, de Dôgen.
Le Japon se partage entre la secte Sôtô où l'on travaille le zazen, c'està-dire la méthode de la
posture assise paisible, et la secte Rinzai, avec prise de conscience intuitive développée par la méditation
du kôan (les kôan sont de courtes histoires avec questions et réponses énigmatiques
ou paradoxales, dans lesquelles apparaissent les côtés "anti-logiques", voire "anti-religieux"
du Zen). Les deux formations issues de la secte Tendai constituèrent le "nouveau bouddhisme
de Kamakura". Auourd'hui, au Japon, le Zen compte quelque 10 millions d'adeptes, 1 million
pour la secte Sôtô, 7,5 millions environ pour le Myôshinjiha, la principale sous-secte du
Rinzai.
Quant à la secte de Nichiren, qu'il fonda en 1253, elle s'imposa peu à peu, malgré des
persécutions dues à l'intolérance du moine et, au milieu du XXe siècle, elle donna même
naissance à de puissants nouvements laïcs. L'ensemble de ces sectes mit le bouddhisme à la
portée du peuple ; mais la simplicité de leurs pratiques ne doit en aucun cas laisser penser
qu'elles propagèrent une doctrine superficielle. Toutes les religions et autres formes de bouddhisme
sont fausses. Nichiren a l'ambition de convertir : "briser et soumettre", Ces nouvelles formes
religieuses inspirées des textes de Nichiren semblent avoir une importance accrue au Japon.
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* -480-400 : Vie du prince Siddhârta Gautama, le Buddha historique (en Inde).
* -543-544 : Début de l'ère bouddhiste selon la tradition cinghalaise qui attribue à cette date la
mort et l'entrée dans le parinirvâna du Buddha, plutôt qu'en 400, date cependant
historiquement plus probable.
* -380-370 : Concile de Vaishali.
* -272-231 : Règne de l'empereur : Açoka.
* -253 : Mahindra introduit le bouddhisme à Ceylan.
* -251 : Troisième concile de Pâtaliputra ; schisme entre Sarvastidavin et Sthaviravadin.
* -200 : Prajnâpâramitâ, la version la plus ancienne.
* -IIème - 1er siècle : Stûpa de Sançi.
* -166-145 (environ) : Ménandre (Milinda) devient protecteur du bouddhisme ; Milindapañha ("Questions de Milinda").
* -8O-35 (environ) : Rédaction du canon pâli et des sûtra du Mahâyâna.
* 65 : Arrivée du bouddhisme en Chine.
* 120 (à partir de) : Monastères rupestres dans la falaise de Karli (Inde).
* 120-165 : Nâgârjuna (lOO-165) fonde l'école du Mâdhyamaka ; les moines diffusent le
bouddhisme au Vietnam.
* IIème siècle : Buddhacarita ("histoire lu Buddha") d'Asvaghosa.
* 280 : Saddharmapundarikasûtra ("Sûtra du lotus de la bonne loi").
* 372 : Le bouddhisme pénètre en Corée du Nord.
* IVème Siècle : Vasubandhu compose l'Abhidharmakosa.
* 400 : Le bouddhisme Hînayâna arrive en Thaïlande.
* IVème-Vème siècle : Asanga fonde l'école des Yogâcâra.
* 420-424 : Gunavarmam introduit le bouddhisme à Java.
* 420-452 : Le bouddhisme se diffuse en Birmanie.
* Ve siècle : "La Vie de la pureté" de Buddhaghosa.
* VIème siècle : Construction de la pagode sur le mont Song, en Chine.
* 518 : Compilation du plus ancien canon bouddhiste.
* 526 : Bodhi-dharma (498-561), fondateur du Ch'an (en japonais : Zen), arrive en Chine.
* 552 : Le bouddhisme se diffuse au Japon.
* VIème siècle : Grottes de Yunkang et Longmen en Chine ; stûpa Dhamek à Sarnath (Inde).
* VIème - VIIème siècle : Architecture rupestre et zone des monastères à Ajanta (Inde) ; dans la zone
himalayenne naît le bouddhisme Vajrayâna.
* 629-645 : Hiuan- Tsang, pèlerin chinois, voyage à travers l'ensemble des pays bouddhistes.
* 634 : Pagode de Punhwang-sa à Kyongju (Corée).
* 640 : Un roi tibétain épouse une princesse de foi bouddhique qui intraduit le bouddhisme au
Tibet.
* 671-695 : Pèlerinage de Yi-Tsing, de Chine jusqu'à Palembang (Sumatra).
* VIIème siècle : Construction de l'Horyuji aux environs de Nara (Japon).
* 70O-800 : Le bouddhisme Mahâyâna se répand en Indochine (Birmanie, Thaïlande).
* VIIe-VIIIe : siècle Sanctuaires rupestres à Ellora (Inde).
* Début du VIIIe siècle : Todaiji à Nara (Japon).
* 747 : Le moine indien Padmasambhava arrive au Tibet, diffusant le Vajrayâna.
* 750 : Début de la construction du Toshodaiji à Nara (Japon).
* VIIIe et IXe siècle : Sanctuaire de Borobudur à Java (Indonésie).
* 805 : École Tendaï fondée par D. Daishi (767-822) au Japon.
* 806 : École Shingon introduite par Daishi (774-835) au Japon.
* 845 : Persécutions contre le bouddhisme en Chine par les œuvres de Wuzang.
* Milieu du IXe siècle : Fo Guang Si, pagode principale sur le mont Wutai (Chine).
* 1000-1200 : Le bouddhisme disparaît de l'Inde sous la pression des musulmans.
* Début du XIIe siècle : Chüsonji, le salon d'or, aux environs de Kyoto au Japon.
* 1175 : Ecole Jôdo introduite au Japon par Honen Shonin (1133-1212).
* 1202 : Secte Rinzai introduite au Japon par Yôsai (1141-1215).
* 1224 : Secte Jodo-shinshu fondée au Japon par Shinran (1173-1263).
* 1228 : Sôtôshu fondé par Dôgen (1200-1250) au Japon.
* 1253 : Secte Nichiren fondée par Nichiren au Japon.
* 1260-1294 : Qubilai Khân favorise bouddhisme.
* XIIIe siècle : Engakuji à Kamakura (Japon).
* 1340-1350 : Le bouddhisme est introduit au Laos.
* Fin du XIVe siècle : Kinkaku-ji (le céIèbre Pavillon d'or) à Kyoto (Japon).
* 1400-1500 : Le bouddhisme est supplanté à Java par 1'hindouisme et à Sumatra par l'islam.
* 1407 : Ecole Gelukpa, les "Bonnets jaunes", fondée au Tibet par Tson-kha-pa (1357-1419).
* 1414-1428 : Persécution des boudihistes au Vietnam.
* Partir de 1545 : Construction du Potala à Lhassa (Tibet).
* 1642 : Le cinquième dalaï lama devient, en qualité de supérieur des moines, souverain du Tibet.
* 1782 : IVe concile des Theravâdin en Thaïlande.
* 1871 : Ve concile des bouddhistes du courant Hînayâna à Mandalay (Birmanie).
* 1881 : Fondation de la Pali Text Society à Londres.
* 1891 : Fondation de la Maha Bodhi Society à Ceylan par Anagarika Dharmapala (1864-1933).
* 1925 : Reiyukai fondé par Kotani Kimi (1884-1924) au Japon.
* 1930 : L'organisation Sôka-Gakkai ("Société créatrice de valeur") fondée au Japon.
* 1950 : Première conférence mondiale bouddhiste à Kandy (Ceylan) ; World Fellowship of
Budihists, mouvement fondé par G.P. Malalasekera dont le centre est à Bangkok.
* 1952 : Deuxième conférence mondiale bouddhiste à Rangoon : d'illusres représentants du
Hînayâna et du Mâhâyâna font leur entrée dans le World Fellowship of Buddhists ; VIe
concile bouddhiste à Rangoon.
* 1956-1957 : 2500e anniversaire de la mort de Buddha et IVe conférence mondiale bouddhiste au
Népal.
* 1959 : Le quatorzième dalaï lama fuit le Tibet pour l'Inde.
* 1966 : World Buddhist Sangha Orgamsation fondée à Colombo (Ceylan).
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