Ce terme désigne l'une des plus grandes écoles philosophiques, morales et religieuses
chinoises, connue en ce pays sous le nom de Rujia ("école de lettrés"). Elle se
développe autour de l'œuvre du philosophe K'ong-fou-tseu, c' est-à-dire Maître K'ong
(551-479 av. J.-C.), connu en Occident sous le nom latinisé de Confucius.
Celui-ci n'est pas le fondateur d'une religion, comme le Christ ou Buddha : il a, avec
ses disciples, sauvé, réorganisé et enrichi le vaste patrimoine de l'ancienne religion
traditionnelle, à savoir l'universisme, en en faisant un système rituel achevé et une
doctrine à la fois sociale et morale, capable de remédier à la décadence spirituelle et
morale de la Chine de l'époque. Le confucianisme a ensuite joué un rôle fondamental dans
les religions chinoises puisqu'il a bénéficié pendant près de 2 000 ans, au cours de toute
la période de l'Empire jusqu'en 1911, de l'appui officiel de l'Etat.
Le système philosophico-religieux de Confucius a trouvé des adeptes hors du territoire
proprement national : par exemple, au Japon, au Vietnam ou en Corée du Sud, où le
confucianisme, désigné par le terme de Yukyo, compte enriron cinq millions de partisans,
soit 13 % à peu près de la population du pays.
Le philosophe a vécu à une période de 1'histoire chinoise dite « de Printemps et d'Automne »
(Chunqiu, 770-454 av. J.-C.), du nom d'une oeuvre de Confucius lui-même. La civilisation
chinoise était alors en déclin, et ce pour deux raisons : d'une part, les rois de la
dynastie des Zhou occidentaux (l027-771 av. J.-C.), très affaiblis politiquement, ne
conservaient qu'une autorité religieuse ; de l'autre, un système féodal se mettait en place,
qui divisait le pouvoir entre princes et nobles, en lutte perpétuelle.
Confucius naît en 551 av. l-C. dans un petit village appelé Zou, près de Qufu (dans
l'actuelle province du Shandong), au pays des Lu. Son père, simple fonctionnaire à Zou,
meurt alors qu'il est âgé de trois ans ; sa mère part alors se fixer avec son jeune fils
à Qufu, où, malgré des conditions de vie difficiles, elle lui dispense une insruction qui
semble avoir beaucoup inf1ué sur le futur philosophe, et 'avoir orienté vers la croyance
en la bonté de l'homme et vers l'affirmation du respect des autres et de la discipline
de soi. II se marie à l'âge de dix-neuf ans (532 av. J-C.) ; l'année suivante, il a un fils,
à qui il donne les noms de Li et de Boyu.
Dans un premier temps, Confucius se met au service de la famille des Qi, pour laquelle il
remplit la fonction subalterne de gardien des greniers (Weili) ; puis il est chargé du service
d'une bergerie locale. A vingt-deux ans, il commence son métier d'enseignant privé (le
premier dans 1'histoire de la Chine) et assemble autour de lui des enfants de toutes
conditions. Il leur transnet la connaissance des "six arts" : rites, musique, tir à
l'arc, conduite d'un char, écriture et calcul.
En 518 av. J-C., il fait un voyage à Luoyi (1'actuelle Luoyang), capitale les rois Zhou,
où il entreprend des recherches dans les archives. C'est dans cette ville qu'aurait eu lieu
sa rencontre avec l'archiviste Laozi (Lao-tseu), fondateur du taoÏsme (du moins c'est ce
que rapporte Zhuangzi dans son livre Le Vrai Livre du Pays des Fleurs du Sud). Quand le
philosophe rentre à Lu, il est considéré comme un sage, et estimé. Mais, lorsqu'en 517
éclate une révolte, il s'enfuit, en compagnie du prince, dans le pays des Qi. Il rentre
deux ans après pour se consacrer de nouveau à l'enseignement, mais cette fois avec une
idée de réforme religieuse et politique : Confucius est convaincu de vivre à une époque
de profonde décadence morale et de déclin politique, dus à la lutte que se livrent
les princes régnants pour le pouvoir, et au fait qu'ils négligent les rites anciens.
Ce qu'il veut, c'est changer la société en apprenant aux hommes le li (le juste comportement,
le droit chemin); il cherche ainsi, en réinterprétant et en codifiant l'héritage religieux,
spirituel et moral du passé, à trouver et à proposer des normes de comportement valables
pour le présent.
En 501 av. J.-C., à cinquante ans, Confucius accepte le poste de chef du district de Zhongdu,
puis reçoit celui de vice-ministre des travaux publics en 499 ; enfin, en 498, il est promu
dasikou du pays les Lu, équivalent du ministre de la Justice actuel. Après quatre ans
d'activité, probablement victime des intrigues du tout-puissant Ji Huanzi, maître du pays,
Confucius, par déontologie, décide de partir.
Commence alors pour le philosophe un long exil de quatorze années (de 497 à 483 av. J.-C.),
durant lequel il voyage dans toute la Chine, accompagné de ses disciIles, et fait œuvre de
prosélyte. Ce n'est qu'en 483 av. J.-C. qu'il rentre à Lu, où il mène une vie retirée,
dédiée à l'étude des rites, de 1'histoire, de la musique et de la littérature. Il rassemble
témoignages et récits de l'Antiquité chinoise, qu'il compile dans les textes classiques
canoniques (connus plus tard sous nom de jing) : Annales du pays des Lu de l'époque de
Printemps et d'Automne (Chunqiu jing), Livre de l 'histoire (Shujing), Livre des poèmes
(Shijing), Livre des rites Lijing ou Liji), Livre de la musique (Yuejing, perdu), Livre
des mutations (Yijing). Ces textes deviendront les piliers de la culture religieuse et
politique chinoise pendant près de 2 000 ans. En publiant ces ouvrages, Confucius
souhaitait présenter aux hommes politiques de son temps la Chine ancienne comme un modèle
possible pour le présent.
A la mort de leur maître, les disciples observèrent un deuil de trois ans avant de se
disperser. Confucius est enterré dans le bois sépulcral de sa famille à Zhufou, où l'on
conserve son tombeau.
Le premier disciple de Confucius, considéré comme le deuxième sage (yashing) de
1'histoire chinoise, est Mengzi ou Meng Ke (372 ?-289 ?), dont le nom latinisé est Mencius.
Il perfectionne et approfondit le confucianisme d'un point de vue dialectique dans
plusieurs ouvrages dialogués. Selon lui, 1'homme est bon par nature : cette bonté innée,
pour apparaître en chaque homme, n'a besoin que d'une éducation culturelle et morale
correcte. La philosophie de Mengzi peut être considérée comme une démocratie éclairée.
Un autre grand héritier de la pensée de Confucius est Xunzi ou Xun Kuang (313 ?-238 ?).
Selon les conceptions pessimistes de ce philosophe, « la nature de 1'homme est mauvaise »
et celui-ci ne peut se bien comporter que grâce à une éducation rigide et une sévère
disipline morale.
Zhou Dunyi (l017-1073) est considéré comme l'initiateur du néo-confucianisme, qui, sous
les Song (960-1279), est porté à son apogée par Zhu Xi (1130-1200) et son « Ecole de la
Raison suprême » ; il est considéré comme le penseur le plus systématique de la philosophie
chinoise et comme le père de l' "orthodoxie" confucéenne.
Le courant moderne du confucianisme est représenté par Kang Youwei (1859-1927), qui
l'interprète dans un sens strictement religieux, et Liang Qishao (1875-1929), qui en souligne
l'aspect potico-social, mais dans un sens républicain.
Confucius est convaincu que la réforme de la collectivité n'est possible qu'à travers
celle de la fanille et de l'individu. Les hommes de l'Antiquité, dit-il, « qui voulaient
organiser l'État, réglaient d'abord leur cercle familial ; ceux ui voulaient régler leur
cercle fanilial, visaient d'abord, à développer leur propre personnalité ; ceux qui
voulaient développer leur personnalité rendaient d'abord leur cœur noble; ceux qui voulaient
ennoblir leur cœur rendaient d'abord leur pensée digne de foi ; ceux qui voulaient rendre leur
pensée digne de foi perfectionnaient d'abord leur savoir ».
Selon Confucius, la vertu est une richesse intérieure que tout homme peut acquérir, étant
donné que la nature humaine n'est ni bonne ni mauvaise ; aussi tout homme a-t-il la
possibilité de devenir un sage, ou de se comporter comme un sot. Confucius, dans la société,
répartit les hommes en trois groupes. Les hommes parfaits (sheng), ou sages, représentent
le modèle qu'il faut suivre une fois que l'on a atteint le degré de perfection le plus élevé,
comme ce fut le cas, par exemple, des empereurs de la Chine ancienne. Puis viennent les
nobles, ou hommes supérieurs (junzi). Enfin, les hommes communs constituent le peuple.
La finalité de la morale confucéenne est la noblesse spirituelle : ce que l'on attend
d'un noble, d'un homme supérieur, c'est qu'il suive le li.
Ce terme désigne un concept très complexe qui peut se définir comme l'harmonie entre l'homme
et l'ordre général du monde dans tous les aspects de la vie, depuis l'observation des rites
religieux gouvernementaux et familiaux jusqu'aux règles de comportement de la vie en société.
Le li, donc, guide l'homme dans les devoirs aussi bien envers les autres hommes (respect,
tolérance, pardon, fidélité, dévouement, confiance, contrôle de soi) qu'envers les êtres
spirituels supérieurs (le culte rendu aux divinités et aux ancêtres).
L'autre thème principal de cette philosophie humaniste, avec la puissance ordonnatrice
qu'est le li, est le ren (l'humanité, la bonté), si l'on veut dire par là la bienveillance
qu'un homme doit montrer envers ses semblables, mais selon une hiérarchie de liens politiques
et familiaux très précise. Le ren est la vertu parfaite, mère de toutes les autres.
En outre, Confucius a accordé un rôle très important à la musique, synonyme d'ordre et
d'harmonie, et expression de sentiments nobles et élevés. La musique classique confucéenne,
avec ses instruments, existe encore aujourd'hui en Asie, principaiement en Corée.
Depuis l'époque où, sous les Han (env. 206 av. J.-C.-220 ap. J.-C.), le confucianisme
est devenu religion d'État en Chine, chaque ville qui était un centre administratif
disposait d'un temple consacré à Confucius, où les fonctionnaires de l'État devaient
régulièrement organiser des cérémonies en son honneur. Les salles dans lesquelles
Confucius et ses disciples étaient vénérés portaient le nom de wenmiao ("temples
de la littérature") ; dans ces édifices se trouvait simplement une table devant laquelle
le fonctionnaire en question faisait ses génuflexions rituelles. Ces temples étaient
souvent flanqués d'une bibliothèque, où les « fonctionnaires de la littérature » discutaient
des textes classiques.
Les temples de Confucius les plus célèbres se trouvent à Zou, dans la province du
Shandong, où il est né, et à Tainfu. Ce dernier, toujours situé dans le Shandong, est
constitué d'un atrium, d'une cour d'honneur, d'une autre cour où se trouve la salle
principale du culte, d'une cour transversale et d'une cour dans laquelle se trouvent
des bâtiments scolaires et des habitations. Malgré l'interdiction officielle du culte
de Confucius en 1912, le philosophe est encore de nos jours un objet de grande vénération
en Chine.
Des écrits canoniques du confucianisme font partie les cinq textes classiques canoniques
(jing, voir supra), le Livre de la piété filiale et les Entretiens de Confucius et de ses
disciples, ou Lunyu. Ce recueil contient les grands thèmes de la pensée de Confucius et un
portrait très vivant du philosophe, répartis en vingt chapitres organisés en 499
sous-parties ; sa thématique est généralement à caractère moral, souvent exprimée sous
forme de réponses aux questions posées par les disciples ou des hommes politiques.
Les Quatre Livres (shu), qui contiennent le Lunyu et le Livre de Mencius, rassemblent
également le Daxue et le Zhongyong. Le Daxue (La Grande Étude) est un court essai politique
et philosophique, seIon lequel le fondement de l'Etat organisé est représenté par la
culture personnelle de chacun, que l'on ne peut atteindre qu'à travers la connaissance
approfondie de l'harmonie universelle qui règne enre l'homme et le cosmos. Le Zhongyong
(L'Invariable Milieu), ce juste milieu représente l'équilibre intérieur de l'âme dans
lequel sentiments et émotions s'harmonisent. L'Ordre moral et physique de l'univers se
fonde sur la relation nécessaire qui existe entre équilibre intérieur et harmonie cosmique.
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