Cette religion très syncrétiste, qui tire son nom de Cao-Dai ("le palais suprême"), est née d'un
message du Très-Haut à Ngô Van Chiêu, dans le nuit de Noël 1925. En 1926,
un riche compatriote de Cochinchine, Lê Van Trung, fut désigné à la tête du mouvement. Le
caodaïsme devint rapidement l'une des religions les plus importantes et les plus influentes
du Vietnam et de toute la péninsule indochinoise. Il compte près de deux millions de fidèles,
regroupés surtout au Cambodge et au Vietnam ; on trouve néanmoins de nombreux pratiquants
dans les communautés indochinoises de France et des États-Unis. Le principal centre du
mouvement se situe dans la province de Tây Ninh, au sud-ouest de Saigon (Hô Chi Minh-Ville).
Le caodaïsme opère la fusion des trois religions asiatiques les plus importantes et les plus
anciennes, le bouddhisme, le taoïsme et le confucianisme, auxquelles viennent s'ajouter le
christianisme, les croyances populaires et le culte des hommes illustres.
Historiquement, on peut lier la naissance du caodaïsme à l'expérience de Ngô Van Chiêu,
fonctionnaire du gouvernement colonial français, né dans les environs de Saigon en 1878.
De religion taoïste, il fut élevé selon les préceptes confucianistes. En 1902, ressentant
l'"appel" des "esprits supérieurs", il commença de regrouper autour de lui de jeunes
adeptes issus eux aussi des rangs de l'administration coloniale. Mais c'est
Lê Van Trung qui fonda officiellement la nouvelle religion, le 7 octobre 1926. Son siège, d'abord fixé à Saigon,
fut déplacé quelques mois plus tard dans ce qui est son centre actuel de Tây Ninh. Là,
selon une organisation calquée sur le catholicisme, Lê Van Trung fut proclamé "souverain
pontife" (Giao Tong) du caodaïsme ; mais il fut déchu en 1935 pour cause de malversations.
Un concile désigna Pham Công Tac comme successeur à la fonction de pape de Tây Ninh.
L'expansion rapide du caodaïsme s'explique par une organisation économique solide, une
structure administrative efficace et une véritable armée privée, organisée à partir de 1943
par les caodaïstes dans cadre de la lutte contre les envahisseurs japonais. Grâce à la
conjonction de ces trois éléments, le caodaïsme put devenir en un bref laps de temps l'une
des religions les plus importanes du Vietnam. Cependant, cette rapide montée en puissance
ne manqua pas de susciter des tensions toujours croissantes avec les autorités politiques
du nouveau Vietnam du Sud, né à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et durant la guerre
d'indépenance contre la France. Le dictateur catholique Ngô Dinh Diêm ordonna en 1956 la
dissolution de l'armée des caodaïstes, qu'il extermina presque entièrement.
Le caodaïsme se caractérise par les "trois amnisties" qui sont accordées aux hommes par le
dieu Cao-Daï et qui correspondent aux révélations progressives et aux manifestations de
sa miséricorde au cours de l'histoire. Selon cette conception théologique, l'histoire se
déroulerait selon des cyles ; chaque époque serait marquée au début par une révélation
divine, puis par une évolution progressive vers son inévitable déclin. Or l'amnistie permet
précisément d'abréger la phase de décadence et d'ouvrir un nouveau cycle. Après les deux
"amnisties" orientales - manifestées par le Buddha et Laozi (Lao-tseu) - et après les deux
"amnisties" occidentales - manifestées par Moïse et Jésus-Christ -, on aurait entamé
aujurd'hui le cycle de la "troisième et dernière amnistie du Dieu", manifestée par le
caodaïsme.
Fondamentalement, le caodaïsme se considère comme un bouddhisme retrouvé : il se donne
pour but de combler les deux lacunes importantes - à ses yeux - du bouddhisme traditionnel
: d'une part, ses carences sur le plan éthique; de l'autre, l'absence de hiérarchie.
Parmi les fondements du caodaïsme figurent une éthique basée sur les principes de la
fraternité de tous les hommes et de la miséricorde pour tous les êtres vivants, et
le culte des "esprits supérieurs" tels que le poète taoïste chinois Li T'ai-po (701-762),
le fondateur de la République chinoise Sun Yat-sen (1866-1925), Jeanne d'Arc (1412-1431),
Napoléon et le poète Victor Hugo (1802-1885). Un des points essentiels du culte célébré
dans les temples caodaïstes est la prière communautaire, dont la finalité est la
méditation ; des fleurs, de l'alcool, du thé et cinq baguettes d'encens sont offerts lors
de la prière.
La structure de la hiérarchie sacerdotale s'établit comme suit : la plus haute autorité est
le Hô Phap ("pape"), assisté de trois Cuong Phap ("cardinaux"), huit Dan Sus
("archevêques"), trente-huit Phoi Sus ("évêques"), une soixantaine de Giao Sus
("grands prêtres") et trois milliers de simples prêtres. Chaque échelon de cette
hiérarchie - à l'exception du "pontificat" - est accessible aussi bien aux femmes qu'aux
hommes.
Le caodaïsme fit ériger des temples dans la plupart des villes du Vietnam et du Cambodge
et, à Tây Ninh, une immense cathédrale, dotée de clochers et d'un dôme d'inspiraon
catholique mais de style sino-vietnamien. Dans les sanctuaires et sur les autels des
temples se trouve toujours un symbole sacré : l'œil rayonnant de Cao-Daï qui surmonte le
globe terrestre tout entier.
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