Les deux principales médiums de la première édition du Le Livre des Esprits d'Allan Kardec
Il s'agissait de Catherine Caroline Baudin née en 1827 et de Pélagie BAUDIN dite "Julie" née en 1829
Elles avaient donc 28 et 30 ans lors de la codification du Livre des Esprits et non 16 et 18 ans comme l'indique de nombreuses sources sur le Spiritisme.
Lire cet article très complet sur le sujet. Cette enquête très complète
prouve l'identité exacte et l'âge des soeurs Baudin au moment de la codification du Livre des Esprits. Cet article a
initialement été publié par l'auteur dans le Jornal de Estudos Espiritas volime 7, numéro d'article 010202 (2019),
lien d'accès : http://dx.doi.org/10.22568/jee.v7.artn.010202. Il a été traduit en français par Charles Kempf.
Revue Spirire de décembre 1864
William Ellery Channing est né en 1780, à Newport, Rhode-Island,
état de New-York. Son grand-père, William Ellery, signa la fameuse
déclaration de l'indépendance. Channing fut élevé à Harward college et
destiné à la profession médicale ; mais ses goûts et ses aptitudes le
portèrent vers la carrière religieuse, et en 1803 il devint ministre de la
chapelle unitairienne de Boston. Depuis, il demeura toujours dans cette
ville, professant la doctrine des Unitairiens, secte protestante qui compte
de nombreux adhérents en Angleterre et en Amérique dans le monde le
plus élevé. Il se fit remarquer par ses vues larges et libérales ; par son
éloquence remarquable, ses ouvrages qui sont nombreux et la profondeur
de ses vues philosophiques, il compte au nombre des hommes les plus marquants des États-Unis.
Partisan déclaré de la paix et du progrès, il prêcha
sans relâche contre l'esclavage, et fit à cette institution une guerre si
acharnée qu'à bien des libéraux, cet excès de zèle qui nuisait à sa
popularité, paraissait parfois inopportun. Son nom fait autorité parmi les
anti-esclavagistes. Il est mort à Boston en 1842 à l'âge de 62 ans. Gannet
lui a succédé comme chef de la secte des Unitairiens.
Madame DOZON (RS 12/1866)
L'une des premères médiums à avoir contribué à la codification du Livre des Esprits avec Allan Kardec
Extrait de la Revue Spirite de novembre 1861.
Le Spiritisme vient de perdre un de ses adeptes les plus fervents et les plus éclairés. M. Jobard, directeur du musée royal de l'Industrie de Bruxelles, officier de la Légion d'honneur, membre de l'Académie de Dijon et de la Société d'encouragement de Paris, est mort à Bruxelles, d'une attaque d'apoplexie, le 27 octobre 1861, à l'âge de soixante-neuf ans ; il était né à Baissey (Haute-Marne), le 14 mai 1792. Il avait été successivement ingénieur du cadastre, fondateur du premier établissement de lithographie en Belgique, directeur de l'Industriel et du Courrier belge, rédacteur du Bulletin de l'Industrie belge, de la Presse, et, en dernier lieu, du Progrès international. La Société parisienne des Études spirites lui avait conféré le titre de président honoraire. Voici l'appréciation qu'en a donnée le Siècle :
« Esprit original, fécond, prompt au paradoxe et au système, M. Jobard a rendu de réels services à la technologie industrielle, et à la cause, si longtemps délaissée, de la propriété intellectuelle, dont il a été le défenseur opiniâtre et peut-être excessif ; ses théories sur ce sujet ont été formulées dans son Maunotopole ; 1844. On doit à ce polygraphe infatigable une foule d'écrits et de brochures sur tous les sujets possibles, depuis le psychisme oriental jusqu'à l'utilité des sots dans l'ordre social. Il laisse encore des contes et des fables piquantes. Parmi ses nombreuses inventions, figure l'ingénieuse et économique lampe pour un, qui a figuré à l'exposition universelle de Paris en 1855. »
Aucun journal, à notre connaissance du moins, n'a parlé de ce qui avait été un des caractères saillants des dernières années de sa vie : son adhésion complète à la doctrine spirite, dont il avait embrassé la cause avec ardeur ; c'est qu'il en coûte aux adversaires du Spiritisme d'avouer que des hommes de génie, et qu'on ne peut taxer de folie sans faire douter de sa propre raison, adoptent ces idées nouvelles. C'est, en effet, pour eux un des points les plus embarrassants et dont ils n'ont jamais pu donner d'explication satisfaisante, que la propagation de ces idées se soit faite d'abord et de préférence dans la classe la plus éclairée de la société ; aussi se retranchent-ils derrière cet axiome banal, que le génie est cousin germain de la folie ; quelques-uns même affirment de bonne foi et sans rire que Socrate, Platon et tous les philosophes et savants qui ont professé des idées semblables n'étaient que des fous ; Socrate surtout, avec son démon familier ; peut-on, en effet, avoir le sens commun et croire qu'on a un Esprit à ses ordres ? M. Jobard ne pouvait donc trouver grâce devant cet aréopage qui s'érige en juge suprême de la raison humaine dont il se pose comme le type et l'étalon métrique. C'est, nous a-t-on dit, pour ménager la réputation de M. Jobard, et par respect pour sa mémoire, qu'ils ont passé sous silence ce travers de son esprit. L'entêtement dans les idées fausses n'a jamais été regardé comme une preuve de bon sens ; c'est, de plus, de la petitesse quand il est le fait de l'orgueil, ce qui est le cas le plus ordinaire. M. Jobard a prouvé qu'il était à la fois homme de sens et d'esprit, en abjurant sans hésiter ses premières théories sur le Spiritisme, quand il lui fut démontré qu'il n'était pas dans le vrai.
On sait que, dans les premiers temps, avant que l'expérience n'eût élucidé la question, divers systèmes surgirent, et que chacun expliqua ces nouveaux phénomènes à sa manière. M. Jobard était partisan du système de l'âme collective. Selon ce système, « l'âme seule du médium se manifeste, mais elle s'identifie avec celle de plusieurs autres vivants, présents ou absents, de manière à former un tout collectif réunissant les aptitudes, l'intelligence et les connaissances de chacun. » De tous les systèmes créés à cette époque, combien sont restés debout aujourd'hui ? Nous ne savons si celui-ci compte encore quelques partisans, mais ce qui est positif, c'est que M. Jobard, qui l'avait préconisé et amplifié, fut un des premiers à l'abandonner quand parut le Livre des Esprits, à la doctrine duquel il se rallia franchement, ainsi que l'attestent les diverses lettres que nous avons publiées de lui.
La doctrine de la réincarnation surtout l'avait frappé comme un trait de lumière. « Si j'ai tant pataugé, nous disait-il un jour, dans le dédale des systèmes philosophiques, c'est qu'il me manquait une boussole ; je ne trouvais que des chemins sans issue et qui ne me menaient à rien ; aucun ne me donnait une solution concluante des problèmes les plus importants ; j'avais beau me creuser la tête, je sentais qu'il me manquait une clef pour arriver à la vérité. Eh bien ! cette clef est dans la réincarnation, qui explique tout d'une manière si logique, si conforme à la justice de Dieu, qu'on se dit naturellement : « Oui, il faut qu'il en soit ainsi. »
Depuis sa mort, M. Jobard a fait aussi bon marché de certaines théories scientifiques qu'il avait soutenues de son vivant. Nous en parlerons dans notre prochain numéro, dans lequel nous publierons les entretiens que nous avons eus avec lui. Disons, en attendant, qu'il s'est montré très promptement dégagé, et que le trouble a duré fort peu de temps. Comme tous les Spirites qui l'ont précédé, il confirme de tous points ce qui nous a été dit du monde des Esprits, dans lequel il se trouve beaucoup mieux que sur terre, où il laisse néanmoins des regrets sincères chez tous ceux qui ont été à même d'apprécier son éminent savoir, sa bienveillance et son affabilité. Ce n'était point un de ces savants jaloux qui barrent le chemin aux nouveaux venus dont le mérite leur porte ombrage ; tous ceux, au contraire, auxquels il a tendu la main et frayé la route auraient suffi pour lui former un beau cortège. En résumé, M. Jobard était un homme de progrès, travailleur infatigable et partisan de toutes les idées grandes, généreuses et propres à faire avancer l'humanité. Si sa perte est regrettable pour le Spiritisme, elle ne l'est pas moins pour les arts et l'industrie, qui inscriront son nom dans leurs
annales.
Membre de la Société Parisienne des Études Spirites et collègue d'Allan Kardec
M. Mathieu, mort le 12 février 1864, était très connu dans le monde spirite parisien, où il fréquentait diverses réunions auxquelles il prenait une part active. Il s'était occupé des phénomènes spirites dès leur origine ; nous l'avons connu à l'époque où nous faisions nos premiers travaux préliminaires. La nature de son esprit le portait au doute, et longtemps après avoir expérimenté lui-même à l'aide de la planchette, il se refusait à y reconnaître l'action des Esprits. Depuis, ses idées s'étaient modifiées, et même, dans les derniers temps, il ne se montrait plus aussi radicalement contraire à la réincarnation. M. Mathieu n'admettait que difficilement et à la longue ce qui n'était pas dans ses idées ; mais ce n'était point un adversaire systématique, et, bien qu'il ne partageât pas entièrement les doctrines du Livre des Esprits, nous devons lui rendre cette justice que, dans sa polémique, il ne s'est jamais écarté des bornes d'une parfaite convenance. Sa douceur et l'honorabilité de son caractère l'ont fait estimer et regretter de tous ceux qui l'ont connu. Il est mort au moment où il venait de mettre la dernière main à un important ouvrage
sur les convulsionnaires, que MM. Didier et Compagnie viennent d'éditer.
Allan Kardec
Extrait Revue Spirite de février 1863
Le dimanche 1 er février ont eu lieu, à Lyon, les obsèques de M. Guillaume Renaud, ancien officier, médaillé de Sainte-Hélène, l'un des plus anciens et des plus fervents Spirites de cette ville, très connu parmi ses frères en croyance. Quoiqu'il professât, sur quelques points de forme que nous avons combattus, et peu importants du reste et qui ne touchaient pas au fond de la doctrine, des idées particulières qui n'étaient pas partagées par tous, il n'en était pas moins généralement aimé et estimé à cause de la bonté de son caractère et de ses éminentes qualités morales, et si nous avions été à Lyon à ce moment nous eussions été heureux de jeter quelques fleurs sur sa tombe. Qu'il reçoive ici, ainsi que sa famille et ses amis particuliers, ce témoignage de notre affectueux souvenir.
M. Renaud, homme simple et modeste, n'était guère connu hors de Lyon, et pourtant sa mort a retenti jusque dans un village de la Haute-Saône, où elle a été racontée en chaire, le dimanche 8 février, de la manière suivante :
Le vicaire de la paroisse, entretenant ses paroissiens des horreurs du Spiritisme, ajouta que « le chef des Spirites de Lyon était mort depuis trois ou quatre jours ; qu'il avait refusé les sacrements ; qu'il n'y avait eu à son enterrement que deux ou trois Spirites, sans parents ni prêtres ; que si le chef des Spirites (faisant allusion à M. Allan Kardec) venait à mourir, il le plaindrait s'il faisait comme celui de Lyon. Puis il conclut en disant qu'il ne niait rien de cette doctrine, qu'il n'affirmait rien, si ce n'est que c'est le démon qui agit contre la volonté de Dieu. »
Si nous voulions relever toutes les faussetés que l'on débite sur le Spiritisme pour essayer de donner le change sur son but et son caractère, nous en remplirions notre Revue. Comme cela ne nous inquiète guère, nous laissons dire, nous bornant à recueillir les notes qu'on nous adresse pour les utiliser ultérieurement, s'il y a lieu, dans l'histoire du Spiritisme.
Dans les circonstances dont nous venons de parler, il s'agit d'un fait matériel sur lequel M. le vicaire a sans doute été mal informé, car nous ne voulons pas supposer qu'il ait voulu sciemment induire en erreur. Il eût sans doute mieux fait de mettre moins d'empressement et d'attendre des renseignements plus exacts.
Nous ajouterons que, dans cette commune, on fit, il y a peu de temps, à propos de la mort d'un des habitants, répandre le bruit – quelque mauvais plaisant sans doute – que la société des Frères frappeurs, composée de sept à huit individus de la commune, voulait faire ressusciter les morts en leur mettant sur le front, des emplâtres, faits avec une pommade préparée par la Société spirite de Paris ; que cette société des Frères frappeurs allait visiter toutes les nuits le cimetière pour faire revivre les morts. Les femmes et les jeunes gens du quartier furent effrayés au point de ne plus oser sortir de leur maison dans la crainte de rencontrer le défunt.
Il n'en fallait pas davantage pour impressionner fâcheusement quelque cerveau faible ou maladif, et si un accident fût arrivé, on se serait empressé de le mettre sur le compte du Spiritisme.
Revenons à M. Renaud. Pendant sa maladie d'inutiles efforts furent tentés pour lui faire faire une abjuration authentique de ses croyances spirites. Néanmoins, un vénérable prêtre le confessa et lui donna l'absolution. Il est vrai qu'après cela on voulut retirer le billet de confession et que l'absolution fut déclarée nulle par le clergé de Saint-Jean comme ayant été donnée inconsidérément ; c'est un cas de conscience que nous ne nous chargeons pas de résoudre. D'où cette réflexion très juste, faite dans le public, que celui qui reçoit l'absolution avant de mourir ne peut savoir si elle est valable ou non, puisque avec les meilleures intentions un prêtre peut la donner d'une manière inconsidérée. Le clergé se refusa donc obstinément à recevoir le corps à l'église, M. Renaud n'ayant voulu rétracter aucune des convictions qui lui avaient donné tant de consolations et fait supporter avec résignation les épreuves de la vie.
Par un sentiment de convenance que l'on appréciera, et en raison des personnes que nous serions forcé de désigner, nous passons sous silence les regrettables manœuvres qui furent tentées, les mensonges qui furent débités pour provoquer au désordre en cette circonstance. Nous nous bornerons à dire qu'elles furent complètement déjouées par le bon sens et la prudence des Spirites, qui ont reçu à ce sujet des preuves de la bienveillance de l'autorité. Des recommandations avaient été faites par tous les chefs de groupes de ne répondre à aucune provocation. Sur le refus du clergé d'accorder les prières de l'Eglise, le corps fut porté directement de la maison au cimetière, suivi de près de mille personnes, parmi lesquelles se trouvaient une cinquantaine de femmes et de jeunes filles, ce qui n'est pas dans les habitudes de Lyon. Sur la tombe une prière de circonstance a été lue par un des assistants et écoutée par tout le monde, la tête découverte, dans un religieux recueillement. La foule silencieuse s'est ensuite retirée, et tout s'est terminé, comme cela avait commencé, avec l'ordre le plus parfait.
Comme contraste nous dirons que notre ancien collègue, M. Sanson, a reçu tous les sacrements avant de mourir ; qu'il a été porté à l'église, et accompagné par un prêtre au cimetière, bien qu'il eût préalablement déclaré d'une manière formelle qu'il était Spirite et ne renierait aucune de ses convictions. « Si pourtant, lui dit le prêtre, je mettais cette condition à mon absolution, que feriez-vous? – J'en serais fâché, répondit M. Sanson, mais je persisterais, car votre absolution ne vaudrait rien. – Comment cela ? Vous ne croyez donc pas à l'efficacité de l'absolution ? – Si, mais je ne crois pas à la vertu d'une absolution reçue par hypocrisie. Ecoutez-moi : le Spiritisme n'est pas seulement pour moi une croyance, un article de foi, c'est un fait aussi patent que la vie. Comment voulez-vous que je nie un fait qui m'est démontré comme le jour qui nous éclaire, à qui je dois la guérison miraculeuse de ma jambe ? Si je le faisais, ce serait des lèvres et non de cœur ; je serais parjure : vous donneriez donc l'absolution à un parjure ; je dis qu'elle ne vaudrait rien, parce que vous la donneriez à la forme et non au fond. Voilà pourquoi je préférerais m'en passer. – Mon fils, reprit le prêtre, vous êtes plus chrétien que beaucoup de ceux qui disent l'être. »
Nous tenons ces paroles de M. Sanson lui-même.
Des circonstances semblables à celles de M. Renaud pouvant se représenter, là ou ailleurs, nous espérons que tous les Spirites suivront l'exemple de ceux de Lyon, et qu'en aucun cas ils ne se départiront de la modération qui est une conséquence des principes de la doctrine, et la meilleure réponse à faire à ses détracteurs qui ne cherchent que des prétextes pour motiver leurs attaques.
M. Renaud, évoqué dans le groupe central de Lyon, trente-six heures après sa mort, donna la communication suivante :
« Je suis encore un peu embarrassé pour me communiquer, et, bien que je trouve ici des visages amis et des cœurs sympathiques, je me sens presque honteux, ou, pour mieux dire, ma pensée est un peu jeune. Oh ! madame B…, quelle différence et que de changements dans ma position ! Merci bien pour votre constante affection ; merci, madame V…, pour vos bonnes visites, pour votre accueil.
« Vous me demandez et vous voulez savoir ce qui m'est arrivé depuis hier. J'ai commencé à me détacher de mon corps vers le matin ; il me semblait que je m'évaporais ; je sentais mon sang se figer dans mes veines, et je croyais que j'allais m'évanouir ; peu à peu, j'ai perdu la perception des idées et je me suis endormi avec une certaine douleur compressive ; puis, je me suis éveillé, et alors j'ai vu tout autour de moi des Esprits qui m'entouraient, qui me fêtaient ; là j'ai eu un peu de confusion : je ne distinguais pas bien les morts et les vivants ; les larmes et les joies ont un peu troublé ma tête, et de tous côtés je m'entendais appeler, comme on m'appelle encore en ce moment. Oui, grâce aux vrais amis qui m'ont protégé, évoqué et encouragé dans ce dur passage, car il y a souffrance dans ce détachement, et ce n'est pas sans une douleur assez vive que l'Esprit quitte le corps, je comprends le cri d'arrivée, je m'explique le soupir du départ. J'ai déjà été évoqué plusieurs fois, et puis je suis fatigué comme un voyageur qui a passé la nuit.
« Avant de partir, voulez-vous me permettre de revenir et de vous serrer la main à tous ?
« G. R ENAUD . »
M. Renaud a été évoqué à la Société de Paris ; le défaut d'espace nous oblige à en ajourner la publication.
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