LE SANCTUAIRE.....NET....

Accueil du site
Retour Accueil
Haut de la page
Retour à la page précédente
Propos, articles, commentaires d'illustres spirites ou des Esprits supérieurs

Docteur MORHÉRY membre de la Société Parisienne des Sciences Spirites

- Lettres du docteur Morhéry sur Mlle Désirée Godu.

* * * *
* * *
* *
*

Considérations sur le but et le caractère de la Société - Bulletin de la Société Parisienne des Études Spirites - Vendredi, 24 février 1860. (Séance générale.) - Revue Spirite avril 1860

" Messieurs,

" Quelques personnes paraissent s'être méprises sur le véritable but et sur le caractère de la Société ; permettez-moi de les rappeler en peu de mots.

" Le but de la Société est nettement défini par son titre, et dans le préambule du règlement actuel ; ce but est essentiellement, et l'on peut dire exclusivement, l'étude de la science Spirite ; ce que nous voulons avant tout, ce n'est pas de nous convaincre, puisque nous le sommes déjà, mais de nous instruire et d'apprendre ce que nous ne savons pas. Nous voulons, à cet effet, nous placer dans les conditions les plus favorables ; ces études exigeant le calme et le recueillement, nous voulons éviter tout ce qui serait une cause de trouble. Telle est la considération qui doit prévaloir dans l'appréciation des mesures que nous adopterons.

" Partant de ce principe, la Société ne se pose nullement comme une Société de propagande. Sans doute, chacun de nous désire la diffusion d'idées qu'il croit justes et utiles ; il y contribue dans le cercle de ses relations et dans la mesure de ses forces, mais il serait faux de croire qu'il soit nécessaire pour cela d'être réunis en société, et plus faux encore de croire que la Société soit la colonne sans laquelle le Spiritisme serait en péril. Notre Société étant régulièrement constituée, elle procède par cela même avec plus d'ordre et de méthode que si elle marchait au hasard ; mais à part cela, elle n'est pas plus prépondérante que les milliers de sociétés libres ou réunions particulières qui existent en France et à l'étranger. Ce qu'elle veut, encore une fois, c'est s'instruire ; voilà pourquoi elle n'admet dans son sein que des personnes sérieuses et animées du même désir, parce que l'antagonisme de principes est une cause de perturbation ; je parle d'un antagonisme systématique sur les bases fondamentales, car elle ne saurait, sans se contredire, écarter la discussion sur les faits de détail. Si elle a adopté certains principes généraux, ce n'est point par un étroit esprit d'exclusivisme ; elle a tout vu, tout étudié, tout comparé, et c'est d'après cela qu'elle s'est formée une opinion basée sur l'expérience et le raisonnement ; l'avenir seul peut se charger de lui donner tort ou raison ; mais, en attendant, elle ne recherche aucune suprématie, et il n'y a que ceux qui ne la connaissent pas qui peuvent lui supposer la ridicule prétention d'absorber tous les partisans du Spiritisme ou de se poser en régulatrice universelle. Si elle n'existait pas, chacun de nous s'instruirait de son côté, et, au lieu d'une seule réunion, nous en formerions peut-être dix ou vingt voilà toute la différence. Nous n'imposons nos idées à personne ; ceux qui les adoptent, c'est qu'ils les trouvent justes ; ceux qui viennent à nous, c'est qu'ils pensent y trouver l'occasion d'apprendre, mais ce n'est point comme affiliation, car nous ne formons ni secte, ni parti ; nous sommes réunis pour l'étude du Spiritisme comme d'autres pour l'étude de la phrénologie, de l'histoire ou d'autres sciences ; et comme nos réunions ne reposent sur aucun intérêt matériel, peu nous importe qu'il s'en forme d'autres à côté de nous. Ce serait, en vérité, nous supposer des idées bien mesquines, bien rétrécies, bien puériles, de croire que nous les verrions d'un œil jaloux, et ceux qui penseraient à nous créer des rivalités montreraient, par cela même, combien peu ils comprennent le véritable esprit de la doctrine ; nous ne regretterions qu'une chose, c'est qu'ils nous connussent assez mal pour nous croire accessibles à l'ignoble sentiment de la jalousie. Que des entreprises mercenaires rivales, qui peuvent se nuire par la concurrence, se regardent d'un mauvais œil, cela se conçoit ; mais si ces réunions n'ont, comme cela doit être, en vue qu'un intérêt purement moral, s'il ne s'y mêle aucune considération mercantile, je le demande, en quoi peuvent-elles se nuire par la multiplicité ? On dira, sans doute, que s'il n'y a pas d'intérêt matériel, il y a celui de l'amour-propre, le désir de détruire le crédit moral de son voisin ; mais ce mobile serait peut-être plus ignoble encore ; s'il en était ainsi, ce qu'à Dieu ne plaise, il n'y aurait qu'à plaindre ceux qui seraient mus par de pareilles pensées. Veut-on primer son voisin ? qu'on tâche de faire mieux que lui ; c'est là une lutte noble et digne, si elle n'est pas ternie par l'envie et la jalousie.

" Voilà donc, Messieurs, un point qu'il est essentiel de ne pas perdre de vue, c'est que nous ne formons ni une secte, ni une société de propagande, ni une corporation ayant un intérêt commun ; que si nous cessions d'exister, le Spiritisme n'en subirait aucune atteinte, et que de nos débris vingt autres sociétés se formeraient ; donc, ceux qui chercheraient à nous détruire dans le but d'entraver le progrès des idées Spirites n'y gagneraient rien ; car il faut bien qu'ils sachent que les racines du Spiritisme ne sont pas dans notre société, mais dans le monde entier. Il y a quelque chose de plus puissant qu'eux, de plus influent que toutes les sociétés, c'est la doctrine qui va au cœur et à la raison de ceux qui la comprennent ; et surtout de ceux qui la pratiquent.

" Ces principes, Messieurs, nous indiquent le véritable caractère de notre règlement, qui n'a rien de commun avec les statuts d'une corporation ; aucun contrat ne nous lie les uns aux autres ; en dehors de nos séances, nous n'avons d'autre obligation à l'égard des uns des autres que celle de nous comporter en gens bien élevés. Ceux qui ne trouveraient pas dans ces réunions ce qu'ils espéraient y trouver ont toute liberté de se retirer, et je ne concevrais même pas qu'ils y restassent du moment que ce qu'on y ferait ne leur conviendrait pas. Il ne serait pas rationnel qu'ils vinssent y perdre leur temps.

" Dans toute réunion, il faut une règle pour le maintien du bon ordre ; notre règlement n'est donc, à proprement parler, qu'une consigne destinée établir la police de nos séances, à maintenir, entre les personnes qui y assistent, les rapports d'urbanité et de convenance qui doivent présider à toutes les assemblées de personnes qui ont du savoir-vivre, abstraction faite des conditions inhérentes à la spécialité de nos travaux ; car nous avons affaire, non seulement à des hommes, mais à des Esprits qui, comme vous le savez, ne sont pas tous bons, et contre la fourberie desquels il faut se mettre en garde. Dans le nombre, il y en a de très astucieux, qui peuvent même, par haine pour le bien, nous pousser dans une voie périlleuse ; c'est à nous d'avoir assez de prudence et de perspicacité pour les déjouer, et c'est ce qui nous oblige à prendre des précautions particulières.

" Rappelez-vous, Messieurs, la manière dont la Société s'est formée. Je recevais chez moi quelques personnes en petit comité ; le nombre s'en étant accru, on s'est dit : il faut un local plus grand ; pour avoir ce local, il faut le payer, donc il faut se cotiser. On s'est dit encore : il faut de l'ordre dans les séances ; on ne peut y admettre le premier venu, donc il faut un règlement : voilà toute l'histoire de la Société ; elle est bien simple, comme vous voyez. Il n'est entré dans la pensée de personne de fonder une institution, ni de s'occuper de quoi que ce soit en dehors des études, et je déclare même, d'une manière très formelle que si jamais la Société voulait aller au-delà de ce but je ne l'y suivrais pas.

" Ce que j'ai fait, d'autres sont maîtres de le faire de leur côté, en s'occupant à leur gré selon leurs goûts, leurs idées, leurs vues particulières ; et ces différents groupes peuvent parfaitement s'entendre et vivre en bons voisins. A moins de prendre une place publique pour lieu d'assemblée, comme il est matériellement impossible de réunir dans un même local tous les partisans du Spiritisme, ces différents groupes doivent être des fractions d'un grand tout, mais non des sectes rivales ; et le même groupe, devenu trop nombreux, peut se subdiviser comme les essaims des abeilles. Ces groupes existent déjà en grand nombre, et se multiplient tous les jours ; or, c'est précisément contre cette multiplicité que le mauvais vouloir des ennemis du Spiritisme viendra se briser, car les entraves auraient pour effet inévitable, et par la force même des choses, de multiplier les réunions particulières.

" Il y a pourtant, il faut en convenir, entre certains groupes, une sorte de rivalité ou plutôt d'antagonisme ; quelle en est la cause ? Eh ! mon Dieu ! cette cause est dans la faiblesse humaine, dans l'esprit d'orgueil qui veut s'imposer ; elle est surtout dans la connaissance encore incomplète des vrais principes du Spiritisme. Chacun défend ses Esprits, comme jadis les villes de la Grèce défendaient leurs dieux, qui, soit dit en passant, n'étaient autres que des Esprits plus ou moins bons. Ces dissidences n'existent que parce qu'il y a des gens qui veulent juger avant d'avoir tout vu, ou qui jugent au point de vue de leur personnalité ; elles s'effaceront, comme déjà beaucoup se sont effacées, à mesure que la science se formulera ; car, en définitive, la vérité est une, et elle sortira de l'examen impartial des différentes opinions. En attendant que la lumière se fasse sur tous les points, quel sera le juge ? La raison, dira-t-on ; mais quand deux personnes se contredisent, chacune invoque sa raison ; quelle raison supérieure décidera entre ces deux raisons ?

" Sans nous arrêter à la forme plus ou moins imposante du langage, forme que savent très bien prendre les Esprits imposteurs et faux savants pour séduire, par les apparences, nous partons de ce principe que les bons Esprits ne peuvent conseiller que le bien, l'union, la concorde ; que leur langage est toujours simple, modeste, empreint de bienveillance, exempt d'acrimonie, d'arrogance et de fatuité, en un mot, que tout en eux respire la charité la plus pure. La charité, voilà le véritable critérium pour juger les esprits et pour se juger soi-même. Quiconque, sondant le for intérieur de sa conscience, y trouve un germe de rancune contre son prochain, même un simple souhait de mal, peut se dire à coup sûr qu'il est sollicité par un mauvais Esprit, car il oublie cette parole du Christ : Vous serez pardonné comme vous aurez pardonné vous-mêmes. Donc s'il y avait rivalité entre deux groupes Spirites, les Esprits véritablement bons ne pourraient être du côté de celui qui lancerait l'anathème à l'autre ; car jamais un homme sensé ne pourra croire que la jalousie, la rancune, la malveillance, en un mot, tout sentiment contraire à la charité puisse émaner d'une source pure. Cherchez donc de quel côté il y a le plus de charité pratique et non en paroles, et vous reconnaîtrez sans peine de quel côté sont les meilleurs Esprits, et par conséquent ceux dont il y a plus de raison d'attendre la vérité.

" Ces considérations, Messieurs, loin de nous écarter de notre sujet, nous placent sur notre véritable terrain. Le règlement, envisagé à ce point de vue, perd complètement son caractère de contrat, pour revêtir celui, bien plus modeste, d'une simple règle disciplinaire.

" Toutes les réunions, quel qu'en soit l'objet, ont à se prémunir contre un écueil, c'est celui des caractères brouillons qui semblent nés pour semer le trouble et la zizanie partout où ils se trouvent ; le désordre et la contradiction sont leur élément. Les réunions Spirites ont, plus que d'autres, à les redouter, parce que les meilleures communications ne s'obtiennent que dans un calme et un recueillement incompatibles avec leur présence et avec les Esprits sympathiques qu'ils amènent.

" En résumé, ce que nous devons chercher, c'est de parer à toutes les causes de trouble et d'interruption ; de maintenir entre nous les bons rapports dont les Spirites sincères doivent, plus que d'autres, donner l'exemple ; de nous opposer, par tous les moyens possibles, à ce que la Société s'écarte de son but, qu'elle aborde des questions qui ne sont pas de son ressort, et qu'elle dégénère en arène de controverse et de personnalités. Ce que nous devons chercher encore, c'est la possibilité de l'exécution en simplifiant le plus possible les rouages. Plus ces rouages seront compliqués, plus il y aura de causes de perturbation ; le relâchement s'introduirait par la force des choses, et du relâchement à l'anarchie il n'y a qu'un pas. "

* * * *
* * *
* *
*

Lettres du docteur Morhéry sur Mlle Désirée Godu.

Nous avons parlé de la remarquable faculté de Mlle Désirée Godu, comme médium guérisseur, et nous aurions pu citer les attestations authentiques que nous avons sous les yeux ; mais voici un témoignage dont personne ne contestera la haute portée ; ce n'est plus un de ces certificats qu'on délivre souvent un peu à la légère, c'est le résultat des observations sérieuses d'un homme de savoir, éminemment compétent pour apprécier les choses au double point de vue de la science et du Spiritisme. M. le docteur Morhéry nous adresse les deux lettres suivantes que nos lecteurs nous sauront gré de reproduire.

" Plessis-Boudet, près Loudéac (Côtes-du-Nord).

" Monsieur Allan Kardec,

" Bien qu'écrasé d'occupations en ce moment, je crois devoir, comme membre correspondant de la Société parisienne des études Spirites, vous informer d'un événement inattendu pour moi et qui intéresse sans doute tous nos collègues.

" Vous avez parlé avec éloge dans les derniers numéros de votre Revue de Mlle Désirée Godu, d'Hennebon. Vous avez dit qu'après avoir été médium voyant, médium auditif et médium écrivain, cette demoiselle est devenue, depuis quelques années environ, médium curatif. C'est en cette dernière qualité qu'elle s'est adressée à moi et qu'elle a réclamé mon concours comme docteur en médecine pour prouver l'efficacité de sa médication, qu'on pourrait nommer, je crois, Spiritique. J'ai pensé d'abord que les menaces qu'on lui faisait et les obstacles que l'on mettait à sa pratique médicale sans diplôme était la seule cause de sa démarche ; mais elle m'a dit que l'Esprit qui la dirige depuis six années le lui avait conseillé comme nécessaire, au point de vue de la doctrine Spirite. Quoi qu'il en soit, j'ai cru qu'il était de mon devoir, et de l'intérêt de l'humanité, d'accepter sa généreuse proposition, mais je doutais qu'elle l'eût réalisée. Sans la connaître ni l'avoir jamais vue, j'avais su que cette pieuse jeune personne n'avait voulu se séparer de sa famille que dans une circonstance exceptionnelle et pour remplir encore une mission non moins importante à l'âge de 17 ans. J'ai donc été bien agréablement surpris en la voyant arriver chez moi, conduite par sa mère qu'elle a quittée le lendemain avec un profond chagrin ; mais ce chagrin était tempéré par le courage de la résignation. Depuis dix jours, Mlle Godu est au milieu de ma famille dont elle fait la joie malgré son occupation énervante.

" Depuis son arrivée, j'ai déjà consigné 75 cas d'observation de maladies diverses et contre lesquelles, pour la plupart, les secours de la médecine ont échoué. Nous avons des amauroses, des ophtalmies graves, des paralysies anciennes et rebelles à tout traitement, des scrofuleux, des dartreux, des cataractes et des cancers à la dernière période ; tous les cas sont numérotés, la nature de la maladie est constatée par moi, les pansements sont mentionnés, et tout est tenu en règle comme dans une salle de clinique destinée aux observations.

" Il n'y a pas encore assez de temps pour que je puisse me prononcer d'une manière péremptoire sur les cures opérées par la médication de Mlle Godu ; mais, dès aujourd'hui, je peux manifester ma surprise sur les résultats révulsifs qu'elle obtient par l'application de ses onguents dont les effets varient à l'infini par une cause que je ne saurais m'expliquer avec les règles ordinaires de la science. J'ai vu aussi avec plaisir qu'elle coupait les fièvres sans aucune préparation de quinquina ou de ses extraits, et par de simples infusions de fleurs ou de feuilles de diverses plantes.

" Je suis surtout avec un vif intérêt le traitement d'un cancer à la troisième période. Ce cancer, qui a été constaté et traité sans succès, comme toujours, par plusieurs de mes confrères, est l'objet de la plus grande préoccupation de Mlle Godu. Ce n'est ni une, ni deux fois qu'elle le panse, mais bien toutes les heures. Je désire bien vivement que ses efforts soient couronnés de succès, et qu'elle guérisse cet indigent qu'elle panse avec un zèle au-dessus de tout éloge. Si elle réussit sur celui-là, on peut naturellement espérer qu'elle réussira sur d'autres, et dans ce cas elle rendra un immense service à l'humanité en guérissant cette horrible et atroce maladie.

" Je sais que quelques confrères frondeurs pourront se rire de l'espoir dont je me berce ; mais que m'importe si cet espoir se réalise ! Déjà l'on me fait un reproche de prêter ainsi mon concours à une personne, dont aucun ne conteste l'intention, mais dont la plupart dénient l'aptitude à guérir, puisque cette aptitude ne lui a pas été donnée par la Faculté.

" A cela je répondrai : ce n'est point la Faculté qui a découvert la vaccine, mais bien de simples pâtres ; ce n'est point la Faculté qui a découvert l'écorce du Pérou, mais les indigènes de ce pays. La Faculté constate les faits ; elle les groupe et les classe pour en former la précieuse base de l'enseignement, mais elle ne les produit pas exclusivement. Quelques sots (il s'en trouve malheureusement ici comme partout) croient se donner de l'esprit en qualifiant Mlle Godu de sorcière. C'est assurément une aimable et bien utile sorcière, car elle n'inspire aucune frayeur de la sorcellerie, ni aucun désir de la vouer au bûcher.

" A d'autres, qui prétendent qu'elle est l'instrument du démon, je répondrai très carrément : si le démon vient sur la terre pour guérir les incurables abandonnés et indigents, il faut en conclure que le démon s'est enfin converti et qu'il a droit à nos remerciements ; or, je doute fort que parmi ceux qui tiennent ce langage il y en ait beaucoup qui ne préfèrent encore guérir par ses mains que de mourir par celles du médecin. Prenons donc le bien d'où il vient, et, à moins de preuve authentique, n'en attribuons pas le mérite au diable. Il est plus moral et plus rationnel d'attribuer le bien à Dieu et de l'en remercier, et sous ce rapport je pense que mon avis sera partagé par vous et par tous mes collègues.

" Au reste, que cela devienne ou non une réalité, il en résultera toujours quelque chose pour la science. Je ne suis pas homme à laisser dans l'oubli certains moyens employés que nous négligeons trop aujourd'hui. La médecine, dit-on, a fait d'immenses progrès ; oui, sans doute, pour la science, mais pas autant pour l'art de guérir. Nous avons beaucoup appris et trop oublié ; l'esprit humain est comme l'Océan : il ne peut tout embrasser ; quand il envahit une plage, il en laisse une autre. Je reviendrai sur ce sujet et je vous tiendrai au courant de cette curieuse expérimentation. J'y attache la plus grande importance ; si elle réussit, ce sera une manifestation éclatante contre laquelle il sera impossible de lutter, car rien n'arrête ceux qui souffrent et qui veulent guérir. Je suis décidé à tout braver dans ce but, même le ridicule qu'on craint tant en France.

" Je profite de l'occasion pour vous adresser ma thèse inaugurale. Si vous voulez bien prendre la peine de la lire, vous comprendrez facilement combien j'étais disposé à admettre le Spiritisme. Cette thèse a été soutenue quand la médecine était tombée dans le plus profond matérialisme. C'était une protestation contre ce courant qui nous a entraînés à la médecine organique et à la pharmacologie minérale, dont on a fait un si grand abus. Combien de santés délabrées par l'usage de ces substances minérales qui, en cas d'échec, augmentent le mal, et, en cas de réussite, laissent trop souvent des traces dans notre organisation !

" Agréez, etc. MORHERY. "

" 20 mars 1860.

" Monsieur,

" Dans ma dernière lettre je vous ai annoncé que Mlle Désirée Godu avait bien voulu venir exercer sous mes yeux sa faculté curative ; je viens aujourd'hui vous donner quelques nouvelles.

" Depuis le 25 février, j'ai commencé mes observations sur un grand nombre de malades, presque tous indigents et dans l'impossibilité de se traiter convenablement. Quelques-uns ont des maladies peu importantes ; mais le plus grand nombre est atteint d'affections qui ont résisté aux moyens curatifs ordinaires. J'ai numéroté, depuis le 25 février, 152 cas de maladies très variées. Malheureusement dans notre pays, surtout les malades indigents, suivent leur caprice et n'ont pas la patience de se résigner à un traitement suivi et méthodique ; dès qu'ils éprouvent du mieux, ils se croient guéris et ne font plus rien ; c'est un fait que j'ai souvent constaté dans ma clientèle, et qui devait nécessairement se représenter avec Mlle Godu.

" Comme je vous l'ai dit, je ne veux rien préjuger, rien affirmer, à moins de résultats constatés par l'expérience ; plus tard, je ferai le dépouillement de mes observations, et je constaterai les plus remarquables ; mais, dès aujourd'hui, je peux vous exprimer mon étonnement pour certaines guérisons obtenues en dehors de nos moyens ordinaires.

" J'ai vu guérir sans quinquina trois fièvres intermittentes rebelles dont l'une avait résisté à tous les moyens que j'avais employés.

" Mlle Godu a guéri également trois panaris et deux inflammations sous-aponévrotiques de la main en très peu de jours ; j'en ai été véritablement surpris.

" Je peux constater aussi la guérison, non pas encore radicale, mais bien avancée, d'un de nos plus intelligents laboureurs, Pierre Le Boudec, de Saint-Hervé, atteint de surdité depuis 18 ans ; il a été aussi émerveillé que moi quand, après trois jours de traitement, il a pu entendre le chant des oiseaux et la voix de ses enfants. Je l'ai vu ce matin, tout fait espérer une guérison radicale avant peu.

" Parmi nos malades, celui qui attire le plus mon attention en ce moment est le nommé Bigot, ouvrier laboureur à Saint-Caradec, atteint depuis deux ans et demi d'un cancer à la lèvre inférieure. Ce cancer est arrivé à la dernière période ; la lèvre inférieure est en partie mangée ; les gencives, les glandes sublinguales et sous-maxillaires sont cancéromateuses ; l'os maxillaire inférieur participe lui-même de la maladie. Quand il s'est présenté chez moi son état était désespéré ; ses douleurs étaient atroces ; il n'avait pas dormi depuis six mois ; toute opération est impraticable, le mal étant trop avancé ; toute guérison me semblait impossible, et je le déclarai très franchement à Mlle Godu afin de la prémunir contre un échec inévitable. Mon opinion n'a pas varié au sujet du pronostic ; je ne puis croire à la guérison d'un cancer si avancé ; cependant je dois déclarer que, dès le premier pansement, le malade a éprouvé du soulagement, et que depuis ce jour, 25 février, il dort bien et peut prendre des aliments ; la confiance lui est revenue ; la plaie a changé d'aspect d'une manière visible, et si cela continue, je serai, malgré mon opinion si formelle, obligé d'espérer une guérison. Si elle se réalise, ce sera le plus grand phénomène curatif que l'on puisse constater ; il faut attendre et prendre patience comme le malade. Mlle Godu en a un soin tout particulier ; elle l'a pansé parfois toutes les demi-heures ; cet indigent est son favori.

" Par ailleurs, rien à vous dire. Je pourrais vous édifier sur les cancans, les commérages, les allusions à la sorcellerie ; mais comme la sottise est inhérente à l'humanité, je ne me préoccupe nullement du soin de la guérir.

" Agréez, etc. MORHERY. "

Remarque. Comme on a pu s'en convaincre par les deux lettres ci-dessus, M. Morhéry ne se laisse point éblouir par l'enthousiasme ; il observe les choses froidement, en homme éclairé qui ne se fait point d'illusions ; il y apporte une entière bonne foi, et mettant de côté l'amour-propre du docteur, il ne craint pas d'avouer que la nature peut se passer de lui, en inspirant à une jeune fille sans instruction des moyens de guérir qu'il n'a trouvés ni dans l'enseignement de la Faculté, ni dans son propre cerveau, et il ne s'en croit nullement humilié. Ses connaissances en Spiritisme lui montrent que la chose est possible sans qu'il y ait pour cela dérogation aux lois de la nature ; il la comprend, dès lors cette faculté remarquable est pour lui un simple phénomène plus développé chez Mlle Godu que chez d'autres. On peut dire que cette jeune fille est pour l'art de guérir ce que Jeanne d'Arc était pour l'art militaire. M. Morhéry, éclairé sur les deux points essentiels : le Spiritisme comme source, et la médecine ordinaire comme contrôle, mettant de côté tout amour-propre et tout sentiment personnel, est dans la meilleure position pour porter un jugement impartial, et nous félicitons Mlle Godu de la résolution qu'elle a prise de se mettre sous son patronage. Nos lecteurs nous sauront gré, sans doute, de les tenir au courant des observations qui seront faites ultérieurement.

* * * *
* * *
* *
*

Conseils. (Société, 25 novembre 1859. Méd. M. Roze) - Revue Spirite d'avril 1860

Jadis on vous eût crucifiés, brûlés, torturés ; le gibet est renversé ; le bûcher est éteint ; les instruments de torture sont brisés ; l'arme terrible du ridicule, si puissante contre le mensonge, s'émoussera contre la vérité ; ses ennemis les plus redoutables sont enfermés dans un cercle infranchissable. En effet, nier la réalité de nos manifestations serait nier la révélation qui est la base de toutes les religions ; les attribuer au démon, prétendre que l'Esprit du mal vient vous confirmer, vous développer l'Évangile, vous exhorter au bien, à la pratique de toutes les vertus, c'est simplement et heureusement prouver qu'il n'existe pas. Tout royaume divisé contre lui-même périra. Restent les mauvais Esprits. Jamais un bon arbre ne produira de mauvais fruits ; jamais un mauvais arbre ne produira de bons fruits. Vous n'avez donc rien de mieux à faire que de leur répondre ce que répondait le Christ à leurs prédécesseurs quand ils formulèrent contre lui les mêmes accusations, et comme lui de prier Dieu de leur pardonner, car ils ne savent ce qu'ils font.

L'ESPRIT DE VÉRITÉ.

* * * *
* * *
* *
*

Autre conseil dictée à M. Roze et lue à la Société. - Revue Spirite d'avril 1860

La France porte l'étendard du progrès, et doit guider les autres nations ; les événements passés et contemporains le prouvent. Vous avez été choisis pour devenir le miroir qui doit recevoir et refléter la lumière divine, qui doit éclairer la terre jusqu'alors plongée dans les ténèbres de l'ignorance et du mensonge. Mais si vous n'êtes pas animés par l'amour du prochain et par un désintéressement sans bornes, si le désir de connaître et de propager la vérité dont vous devez ouvrir les voies à la postérité n'est pas le seul mobile qui guide vos travaux ; si la plus légère arrière-pensée d'orgueil, d'égoïsme et d'intérêt matériel trouve une place dans vos cœurs, nous ne nous servirons de vous que comme l'artisan qui emploie provisoirement un outil défectueux ; nous viendrons à vous jusqu'à ce que nous ayons rencontré ou provoqué un centre plus riche que vous en vertus, plus sympathique à la phalange d'Esprits que Dieu a envoyés pour révéler la vérité aux hommes de BONNE volonté. Pensez-y sérieusement ; descendez dans vos cœurs, sondez-en les replis les plus cachés, et chassez-en avec énergie les mauvaises passions qui nous éloignent, sinon retirez-vous plutôt que de compromettre les travaux de vos frères par votre présence, ou celle des Esprits que vous amèneriez avec vous.

L'ESPRIT DE VÉRITÉ.

* * * *
* * *
* *
*

L'ostentation. (Société, 16 décembre 1860. Méd. Mlle Huet.

Par une belle soirée de printemps, un homme riche et généreux était assis dans son salon ; il humait avec bonheur le parfum des fleurs de son jardin. Il énumérait avec complaisance toutes les bonnes œuvres qu'il avait faites pendant l'année. A ce souvenir, il ne put s'empêcher de jeter un regard presque méprisant sur la maison d'un de ses voisins, lequel n'avait pu donner qu'une modique pièce de monnaie pour la construction de l'église paroissiale. Pour ma part, dit-il, j'ai donné plus de mille écus pour cette œuvre pie ; j'ai jeté négligemment un billet de 500 francs dans la bourse que me tendait cette jeune duchesse en faveur des pauvres ; j'ai donné beaucoup pour les fêtes de bienfaisance, pour toute espèce de loterie, et je crois que Dieu me saura gré de tant de bien que j'ai fait. Ah ! j'oubliais une légère aumône que j'ai faite dernièrement à une malheureuse veuve chargée d'une nombreuse famille, et qui élève encore un orphelin ; mais ce que je lui ai donné est si peu de chose, que ce n'est certainement pas cela qui m'ouvrira le ciel.

Tu te trompes, lui répondit tout à coup une voix qui lui fit tourner la tête : c'est la seule que Dieu accepte, en voilà la preuve. A l'instant une main effaça le papier qu'il avait noirci de toutes ses bonnes œuvres, et ne laissant que la dernière inscrite, elle l'emporta dans le ciel.

Ce n'est donc pas l'aumône faite avec ostentation qui est la meilleure, mais celle qui est faite dans toute l'humilité du cœur.

JOINVILLE, AMY DE LOYS.

* * * *
* * *
* *
*

Amour et Liberté. (Société, 27 janvier 1860. Méd. M. Roze.) - Revue Spirite d'avril 1860

Dieu est amour et liberté ; c'est par l'amour et la liberté que l'Esprit se rapproche de lui. Par l'amour il se crée, dans chaque existence, de nouvelles relations qui se rapprochent de l'unité ; par la liberté il choisit le bien qui le rapproche de Dieu. Soyez ardents à propager la nouvelle foi ; que la sainte ardeur qui vous anime ne vous fasse jamais porter atteinte à la liberté d'autrui. Évitez, par une trop grande insistance près de l'incrédulité orgueilleuse et craintive, d'exaspérer une résistance à moitié vaincue et près de se rendre. Le règne de la contrainte et de l'oppression est fini ; celui de la raison, de la liberté et de l'amour fraternel commence. Ce n'est plus par la crainte et la force que les puissances de la terre acquerront dorénavant le droit de diriger les intérêts moraux, spirituels et physiques des peuples, mais par l'amour et la liberté.

ABEILLARD.

* * * *
* * *
* *
*

L'immortalité. (Société, 3 février 1860. Méd. Mlle Huet.)

Comment un homme, et un homme intelligent, peut-il ne pas croire à l'immortalité de l'âme, et par conséquent à une vie future qui n'est autre que le Spiritisme ? Que deviendrait cet amour immense que la mère porte à son enfant, ces soins dont elle l'entoure pendant son jeune âge, cette sollicitude éclairée que le père porte à l'éducation de cet être bien-aimé ; Tout cela serait donc anéanti au moment de la mort ou de la séparation ? on serait donc semblable aux animaux, dont l'instinct est admirable, sans doute, mais qui ne soignent leur progéniture avec tendresse que jusqu'au moment où elle cesse d'avoir besoin des soins maternels ? A ce moment venu, les parents abandonnent leurs petits, tout est fini : le corps est élevé, l'âme n'existe pas ; mais l'homme n'aurait pas une âme, et une âme immortelle ! et le génie sublime que l'on ne peut comparer qu'à Dieu, tant il émane de lui, ce génie qui enfante des prodiges, qui crée des chefs-d'œuvre, tout cela s'anéantirait à la mort de l'homme ! Profanation ! on ne peut anéantir ainsi les parties qui viennent de Dieu. Un Raphaël, un Newton, un Michel-Ange, et tant d'autres génies sublimes, embrasent encore l'univers de leur Esprit, quoique leurs corps n'existent plus ; ne vous y trompez pas ; ils vivent, et ils vivront éternellement. Quant à communiquer avec vous, ceci est moins facile à admettre pour la généralité des hommes ; ce n'est que par l'étude et l'observation qu'ils peuvent acquérir la certitude que cela est possible.

FÉNELON.

* * * *
* * *
* *
*

Parabole. (Société, 9 décembre 1859. Méd. M. Roze.) - RS d'avril 1860

Un vieux navire, à sa dernière traversée, fut assailli par une tempête terrible. Il portait, outre une grande quantité de passagers, une foule de marchandises étrangères à leur destination, qu'y avaient accumulées l'avarice et la cupidité de ses patrons. - Le péril était imminent ; le plus grand désordre régnait à bord ; les chefs refusaient de jeter leur cargaison à la mer ; leurs ordres étaient méconnus ; ils avaient perdu la confiance de l'équipage et des passagers. Il fallait songer à abandonner le navire ; on mit trois embarcations à la mer ; dans la première et la plus grande se précipitèrent étourdiment les plus impatients et les plus inexpérimentés qui se hâtèrent de faire force de rames vers la lumière qu'ils avaient aperçue au loin sur la côte. Ils tombèrent entre les mains d'une horde de naufrageurs qui les dépouillèrent des objets précieux qu'ils avaient rassemblés à la hâte, et les maltraitèrent sans pitié.

Les seconds, plus clairvoyants, surent distinguer un phare libérateur au milieu des lumières trompeuses qui s'allumaient à l'horizon, et, confiants, abandonnèrent leur barque au caprice des flots ; ils allèrent se briser sur les récifs, au pied même du phare qu'ils n'avaient point quitté des yeux, et furent d'autant plus sensibles à leur ruine et à la perte de leurs biens qu'ils avaient entrevu le salut.

Les troisièmes, peu nombreux, mais sages et prudents, guidèrent avec soin leur frêle esquif au milieu des écueils et abordèrent corps et biens sans autre mal que la fatigue du voyage.

Ne vous contentez donc pas de vous mettre en garde contre les feux des naufrageurs, contre les mauvais Esprits ; mais sachez aussi éviter la faute des voyageurs indolents qui perdirent leurs biens et firent naufrage au port. Sachez guider votre barque au milieu des écueils des passions, et vous aborderez heureusement au port de la vie éternelle, riches des vertus que vous aurez acquises dans vos voyages.

SAINT VINCENT DE PAUL.

* * * *
* * *
* *
*

Le Spiritisme. (Société, 3 février 1860. Méd. Mme M.) - RS d'avril 1860

Le Spiritisme est appelé à éclairer le monde, mais il lui faut un certain temps pour progresser. Il a existé depuis la création, mais il n'était connu que de peu de personnes, parce que la masse, en général, s'occupe peu à méditer sur les questions Spirites. Aujourd'hui, à l'aide de cette pure doctrine, il se fera un jour nouveau. Dieu, qui ne veut pas laisser la créature dans l'ignorance, permet aux Esprits plus élevés de nous venir en aide pour contrebalancer l'Esprit de ténèbres qui tend à envelopper le monde ; l'orgueil humain obscurcit le jugement, et fait commettre bien des fautes ici-bas ; il faut des Esprits simples et dociles pour communiquer la lumière et atténuer tous nos maux. Courage ! persistez dans cette œuvre qui est agréable à Dieu, parce qu'elle est utile pour sa plus grande gloire, et il en résultera de grands biens pour le salut des âmes.

FRANÇOIS DE SALES.

* * * *
* * *
* *
*

Copyright © 2007 - Site Le Sanctuaire.net - version 4.0 - sylvain.administrateur@lesanctuaire.net

1